‹ Nos matelotsChapitre 9 sur 34 · MALO · texte numérisé non relu

MALO

Bomm ! Bomm ! Bomm ! Bomm ! Bomm ! Bomm

La vieille rue du Boycr à Sainl-Malo.

Reproduction d'un tableau du peintre aialouin 11. Aro.nuel.

JEANNE, bâillant.

Six heures!

J'bâiir d'avoir trop veillé c' matin, Mais les nuits prochaines s'ront meilleures. Ma robe est finie, essayons.

{Elle s'habille.)

(Allant se regarder dans la glace.)

Ah ! par exempl', c'est pas commode.

Je n' me vois pas jusqu'aux talons.

Dans la p'tit' glac' qu' est su' 1' commode (1).

L' corsag' va bien, c'est l' principal.

r m' serre et ça m' fait comm' deux pommes.

J' pens'que ma jup' ne m' va pas mal,

Mais c'est V corsag' que r'gard'nt les hommes.

(Elle sourit en pressant le devant de son corsage.)

C'est drôr je m' suis jamais vu ça.

(Redevenant sérieuse.)

ôh 1 qu' ma figure est fatiguée !

Mais j'm'en moqu', car ça s'en ira, I-cs que j' vas êtr' débarbouillée.

(1) Chez r pauv' bougr' du pays malouiii Commode est du genr' masculin.

(Jeanne, après avoir fait sa toilette du matin, s admire da nouveau dans la glace en souriant et en arrangeant ses cheveux.)

Si mon Jean-Pierr' ne m' trouv' pas bien, C'est quT s'ra dev'nu difïïcile.

(Noguette et Malo sonnent sept heures.)

V'ià sept heur's ! F n' doit pas et' loin.

(Un bruit de voiture se fait entendre dans les environs.)

L'omnibus circul' dans la ville...

On mont' ! J' pari' qu' c'est lui déjà !

Je m' sens tout' remué' !... V'ià qu'on frappe !

Entrez !

JEAN-PIERRE

Bonjour, p'tiL' Jeann', me v'ià!...

(Très troublé.)

Crédié, qu' t' es bell' fille ! . . .

JEANNE, heureuse de l'effet produit sur son cousin.

Hein, j' t'attrape.

JEAN-PIERRE

Oui, tu m' coup' la chiqu', nom d'un chien ! J' comptais pas te r'voir en d'moiselle, Comme un'factric' de magasin...

Et la famill', comment va-t'elle ?

JEANNE

On s' port' bien tous trois, Dieu merci. Louisa dort, tu vas voir le père, Car j'ai pas voulu c't' anné'-ci, Qu'il aiir fair' sa pêche à Saint-Pierre.

JEAN-PIERRE

Moi j' suis pas d' ton avis, 1' maqu'reau N' rapport'' pas autant qu' la morue.

A n' pêcher qu' ça on n' boit que d' l'eau, Les p'tits vont pieds nus dans la rue.

JEANNE

Oui, mais quand papa est au banc, Huit mois d' Tanné', su' sa goélette, J' t'assur* qu'i' m'arriv' bien souvent D' pleurer la nuit tant j'suis inquiète.

(On entend le brait de gros sabots dans l'escalier.) JEAN-PIERRE,

Écoute un peu ! j'entends des pas.

JEANNE

T'as raison, c'est papa qui monte...

(Mathuria rentre, une manne de poissons sar l'épaule.)

Crédié, qu' l'os belle lil:e!.

JEAN-PIERRB»

Bonjour, beau-pèr' !

MÂTHURIN, joyeux, posant sa manne à terre.

Te v*là, mon gas.

Embrass'-moi ! vas-y ! n'ai pas honte !

JEAN-PIERRE, plaisantant après l'aroir embrassé.

Bon Dieu, c'est toi qui pu's T poisson!

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