Nos missionnaires patriotes et savants
Un de nos meilleurs ambassadeurs auprès du Sultan, le regretté M. Henri Fournier, homme du monde, doublé d’un observateur émérite, disait, bien qu’il fût plutôt voltairien que religieux : « Semez de la graine de missionnaire. » C'est qu’il avait pu voir de près, en Orient, tout ce dont sont capables, pour la dissémination de l’influence française, ces modestes pionniers de notre civilisation. Paul Bert, qui fut l’admirateur et l’ami de Mgr Puginier, au Tonkin, et refusa au grand mandarin tonkinois Hoang Ké-vien le renvoi des missionnaires, et
M. Constans lui-même, qui vint exprès, dit-on, de Constantinople à Paris, pour défendre les PP. Assomptionnistes, auraient pu signer la même déclaration. M. Doumer, qui, l’an derniér, faisait venir de Chang-haï le P. Froc, le savant directeur de l’observatoire météorolosique de Zi-ka-wei, pour le charger d’établir des stations analogues en Cochinchine, et qui est actuellement en instance pour obtenir des frères des écoles chrétiennes deux écoles de plus dans cette colonie, est évidemment du même avis, bien qu'il n’ose peut-être pas l’exprimer aussi ouvertement que M. Fournier. Le cénéral Galliéni, qui a eu si souvent l’occasion d'utiliser les connaissances spéciales de nos missionnaires à Madagascar et qui en a proposé au moins deux pour la croix de la Légion d'honneur, pourrait, sans doute, lui aussi, répéter le mot de l’ancien ambassadeur à Constantinople, s’il n’avait pas la crainte de se faire traiter de réactionnaire par son ministre de la guerre, sinon par le ministère tout entier.
Deux marins qui se connaissent en hommes, pour les avoir étudiés sous toutes les latitudes, rendent un’éclatant hommage à nos missionnaires. Écoutez l’amiral Aube, ancien ministre
de la Marine : « De tels hommes ne sont pas
seulement l'honneur de la religion à laquelle ils ont donné leur vie, ils sont l'honneur de l'humanité tout entière ; leurs vertus sont de plus de poids dans là balance, où se pèsent les destinées de notre race, que toutes les COTrUuptions que le monde, le wideworld, étale aux yeux du voyageur. Les Missions sont essentiellement françaises ; c’est que, pour les missionnaires, comme pour les populations qu’ils dirigent, la France est toujours le représentant avoué du catholicisme, la plus puissante et la plus complète expression de son génie t,
Dans un discours au banquet des anciens élèves du collège de Juilly ?, l'amiral Humann rendait un témoignage semblable aux missionnaires en général. « En butte aux basses jalousies du peuple, aux persécutions des autorités. Soutenus par la seule force que donne la foi, quelques centaines de missionnaires cheminent isolément, semant partout la bonne doctrine, Malgré les difficultés innombrables accumulées sous leurs pas, la dignité de leur vie, l’abnégation de leur œuvre, finissent toujours par leur concilier le respect et l'autorité. Et qu’on ne vienne pas dire que cette influence bienfai-