‹ Nos missionnaires patriotes et savantsChapitre 15 sur 25 · SOL II · texte numérisé non relu

SOL II

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De même qu’en Chine, les Pères Jésuites ont établi dans l’Inde des postes d'observation : l’un météorologique se trouve à Kodikanel.

l’autre astronomique est situé à Trichinopoly. Tous les deux sont en relation avec ceux de

Bombay et de Calcutta, et ils publient d’inté-

ressants bulletins qui s’échangent avec tous les grands observatoires du globe.

Notons en passant que l'établissement des observatoires semble être une spécialité de la Compagnie de Jésus. On voit encore à Pékin les merveilleux et artistiques instruments de bronze fondus par les PP. Schall et Verbiest pour l’observatoire de l’empereur Kang-hsi. On connaît les superbes découvertes sur le soleil et surtout le météorographe du P. Secchi de.l’observatoire pontifical à Rome. Nous avons parlé des travaux remarquables du P. M. Dechevrens à

Zi-ka-weï, et nous avons déjà dit que M. Doumer, gouverneur de l’Indo-Chine française, voulant établir des stations météorologiques dans cette colonie, n’a pas hésité à confier ce soin au P. Froc, le digne successeur du P. Dechevrens, qu'il a fait venir exprès de Zi-ka-weï Où 1l a envoyé un certain nombre de personnes, destinées aux observatoires en création, faire leur éducation spéciale. Cela coûtera infiniment moins cher au budget colonial que de faire venir de France des observateurs officiels, et cette mesure intelligente fait le plus grand honneur au courage civique de M. Doumer qui a dû s’exposer ainsi aux foudres des frères et amis du gouvernement métropolitain.

Cette question des observatoires créés par les religieux de la Compagnie de Jésus nous sert de transition naturelle pour passer directement de l'Inde à Madagascar. C’est d’autant plus facile que c’est encore sur des bateaux français de la Compagnie des Messageries Maritimes desservant l’Inde et les îles de la côte orientale d'Afrique que nous ferons le voyage en changeant seulement à Aden.

Les fils de saint Ignace et de saint Francçois- Xavier étaient à peine installés à Madagascar qu'ils s’occupèrent d’en dresser la carte. « Le R. P. Roblet, ancien professeur de mathématiques, qui y était arrivé en 1860, commença en 1872 à lever d’une facon sommaire la carte de quinze paroisses sur un rayon de 40 kilomètres. Voyageant toujours à pied, il connaissait parlaitement les distances horaires séparant les différents postes, mais il n’avait d’autres instruments que ses bons yeux. Il improvise une planchette avec une vieille boîte de baromètre anéroïde, sur le fond de laquelle il fixe une feuille de papier et la cale avec des pierres. Il se sert d’une règle en guise d’alidade. Pour mieux viser les directions, il prend la position du nageur et tourne ainsi autour de l’instru-

ment. Ses premiers levés furent donc e: xécutés

littéralement ventre à terre. Parfois il fut atta-

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ué à coups de pierres par les naturels, qui le

prenaient pour un sorcier soufflant au Nord,

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des ancêtres. Tantôt ce sont ses insiru-

ments qu'on attaque ou que le vent emporte

par-dessus sa tête ; tantôt c'est lui-même qui

dégringole d’un sommet, au risque de se From

ÿ : S HE AGEN PPT huta pre les os ou d’entrainet dans sa Chut collègue (qui, m’a-t-il dit, le laissa passer sans

le retenir, craignant d’avoir les os moins solides

que lui). Muni “e à peu d'instruments plus parfaits, il perfectionna ses dessins et arriva à

lever la carte om DIRE dc district central, l’Ime-

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carte générale de Madagascar ; de 10/4 à n6- X7 m h 4 / )Q/ . : 7011 Ya \ 7 A à » + y À ‘f ] vembre 1894. il avait relevé à Jui tout seul

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1 524 levés à la planchette, mesuré l’altitud

d’environ 3 000 montagnes, et calculé lui-même

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qu’admirent tant MM. Demolins et P. de Cou-

hertin. Si les eleves des Peres Jésuites suivent

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l'exemple de leur ancien professeur, 1ls n au-

ront pas besoin d’aller chercher des leçons en Angleterre, comme le voudraient ces anglo:

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scolaires el les exercices physiques ont été de

tout temps pratiqués dans les collèges de la Compagnie de Jésus, avec méthode, il est vrai, et sans les excès qui caractérisent les Sports anglais, et dont on revient d'ailleurs un peu avec raison.

Par extraordinaire, et grâce particulièrement à M. A. Grandidier, cet ancien explorateur de Madagascar, qui s’en est fait une spécialite, on à su reconnaître en France les services du P. D. Roblet, et voici la liste des récompenses

j° Grande médaille d’or à l'Exposition universelle de Paris, en 1889 ; 2° grande médaille

d’or de la Société de Géographie, 1888 ; 9 mé-

daille d’or de la Société de Topographie de France. 4888 : 4° prix Delalande-Guérineau, de l’Académie des sciences, 1888 ; 5° enfin le gouvernement lui-même a dû reconnaitre les services exceptionnels qu’il à rendus à l’armée d'occupation par ses cartes et surtout par celles de l’Imérina et de l'itinéraire de Tananarive

: Andévorante, publiées par le Service géographique de l’armée. en lui décernant la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 31 décembre 1898 !, comme on l’avait déjà donnée à son prédécesseur, le P. Jouen. dès 1861 (12 novembre). Il était officier d’Académie depuis le 3 avril 1893, officier de l’Instruction publique depuis 1896. L’année dernière. il a été fait chevalier de l’Étoile d’Anjouan pour services aux iles Comores.

Pendant que le P. Roblet dressait les cartes, son confrère, le P. E. Colin, fondait, avec mille peines, l’observatoire astronomique et météorologique dit de Tananarive, bien qu’il se trouve sur la colline d’Ambohidempona, à quelque distance de la capitale de l’Imérina. Tout était à faire, et le Père dut être à la ne tailleur de pierre, maçon, charpentier, architecte, avant de pouvoir devenir observateur. Pendant les

1. Voici la liste des travaux du P. Roblet, telle qu'elle nous est donnée par ses états de service en vue de la décoration : 1° carte de l’Imerina au 1/300 000 et au 1/100 000 publiée par M. A. Grandidier ; ? environs de Tananarive ; 3° carte de l'Imerina, publiée par le Service géographique de l’armée ; 4 carte du Betsiléo, publiée par M. A. Grandidier ; 5° grande carte de MadagSascar au 1/1 000 000 ; 6° plan de Fianarantsoa : 7° itinéraire de Tananarive à Andévorante, publié par le

Service géographique de l'armée.

travaux, il logeait dans une misérable cabane en planches, si primitive qu’il lui fallait pendant les pluies ouvrir son parapluie au-dessus de sa table ou de son lit. Quand les bâtiments furent achevés à grand’peine, et qu'il s’agit d'y monter les instruments envoyés de France, on dut en confier le transport aux bourjanes ou porteurs. Ceux-ci s’imaginèrent que la longue caisse du télescope contenait un canon. Ils l’ouvrirent et, découvrant l’instrument de mort, dont le lourd pied en fonte était évidemment l'affût, ils jetèrent le tout dans la forêt, persuadés qu’ils avaient sauvé leur patrie de l’envahissement à main armée des Français, et s’en vantèrent comme d’un haut fait. Le P. Colin courut au palais et, grâce aux photographies des appareils qu’on lui avait envoyés, pour en faciliter le montage, il put persuader au ministre de la reine Ranavalo qu’il n’avait nullement importé de France un canon de siège destiné à bombarder Tananarive du haut de l'observatoire. Des ordres furent donnés en Conséquence ; on dut rapporter au P. Colin, sous la menace des peines les plus graves, même les clous des caisses d'emballage. Mais le télescope avait souffert, et il fallut passer un temps considérable à le remettre en état. Pendant la

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