À travers le Zanguebar; AU Kilima-Ndjaro ; Sur
terre et sur l’eau; l'Esclavage africain; Islamisme el civilisation.
Londres à Melbourne. L’Armazonie et la Guyane ont été décrites, la première, par le P. Libermann, la seconde, par le P. Brunet. Nos lecteurs n’ont sans doute pas oublié l’article si curieux du P. Lejeune, sur la condition de la femme au Gabon, paru l’année dernière dans le Correspondant.
La langue française est enseignée dans toutes les écoles et collèges dirigés par les Pères du Saint-Esprit, tant en Afrique qu’en Amérique et en Irlande. Il serait trop long d’en donner ici la liste.
Il faudrait encore faire un grand catalogue pour indiquer seulement les titres des nombreux ouvrages de linguistique qu’on doit aux zélés missionnaires de la rue Lhomond, à Paris ‘.
Nous avons eu l’occasion de voir ceux qu'à déjà publiés le P. Sacleux, aussi distingué linguiste qu’il est savant botaniste *. Traduction des livres saints, grammaires, dictionnaires en swahili, en volof, en sévère, malinké, bambara, etc., en un mot, dans presque toutes les
1 La-maison mère des PP. du Saint-Esprit se trouve à Paris, rue Lhomond, n° 30.
9. Plus de 200 espèces nouvelles de plantes ont reçu son nom.
langues des noirs africains de léurs missions sont dus à la plume des missionnaires. De même qu’un Père Jésuite, le P. Camboué, avait été nommé officiellement professeur de malgache à l’école coloniale ?, Je P. Sébire vient d’être, pendant un an, professeur de langue volofe à l’École des langues orientales vivantes, mais plus heureux que son confrère, de la Société de Jésus, il a été officiellement reconnu. Car On n'a pu trouver personne autre pour professer cette langue, tandis que l’on a écarté le P. Camboué, en le remplaçant par un jeune Malgache qui se trouvait être justement l’un de ses élèves de français, et qui ne faisait ses
1. Pour plus de détails, voir dans les Annales apostoliques de la Congrégation du’: Saint-Esprit. n° 7 novembre 1898 et n° 10 février 1899, 30, rue Lhomond, le catalogue des ouvrages publiés sur les langues africaines par les PP. de la Congrégation. Ces deux numéros ne mentionnent pas moins de 56 grammaires, dictionnaires, exercices en 21 langues africaines : volof, sérère, malinké, bambara, soso, ibo. pongwé, eshira, kombé, fang, galoa, douma, fyot, nyaneka, mboundou, gangouella, swahili, zigoua, massaï, sorvinhé, malgache. Le P. Sacleux prépare en ce moment un gros travail sur la langue bantou montrant ses rapports avec les autres langues d'Afrique, et même avec l’arabe, le malais, le javanais et le chinois.
2. 11 ne put excercer vu l'opposition qu’on lui fit ensuite, et ce fut un de ses élèves, un jeune Malgache, qui le remplaca,
en ren
mm
cours qu'avec l’aide de son ancien maître, professant ainsi par l’intermédiaire de son disciple. Le P. Derouet a reçu les palmes académiques pour son dictionnaire français-fvot,.
dialecte du Congo nord, et le P. Abiven pour ses ouvrages sur la langue malinkée. Les missionnaires protestants du Zanguebar sont unanimes dans leur admiration pour les travaux en swahili du P. Sacleux, et ils lui ont emprunté sa traduction des Livres sacrés dans cette langue, entre autres celle d’une partie des livres saints.
Mgr Augouard, vicaire apostolique de l’Oubanghi, qui fit la campagne de 1870 parmi les volontaires de l’ouest et qui évangélisa le Gabon, le Congo et l’Oubanghi depuis 1877, y a créé de nombreuses écoles de français et de travaux manuels. Pour le remercier d’avoir conquis à la France, par la croix, un territoire grand comme trois fois celui de la Mère-Patrie, il a été décoré de la croix de la Légion d’honneur ét d’une couronne civique par la Société nationale d'encouragement au bien. Il a, de plus, reçu un prix de la Société Anti-Esclavasiste et un autre de l’Académie des sciences morales et politiques.
Avant de passer à l’étude de travaux scienti-
fiques et humanitaires, accomplis par nos missionnaires dans le nouveau monde, arrêtonsnous un instant sur ceux qui ont distingué les Pères de la Congrégation des Saints-Cœurs et de l’Adoration, plus connus sous le nom de Pères de Picpus ou Picputiens, du nom de là rue de Paris où se trouve leur maison mère. N'ayant pas eu, Comme pour la plupart de ceux dont nous avons parlé, l’heureuse chance de visiter leurs missions en Océanie, c’est à des amis, informés aux meilleures sources, que nous devons les renseignements qui vont suivre.
Les Pères de Picpus ont là trois vicariats
Tahiti, les Marquises et les Sandwich. Il est hors de doute qu’ils ont grandement facilité l’annexion, ou plutôt la cession de l’île de Tahiti à la France. Dans leurs écoles, ils ont toujours tenu à cœur d’apprendre le français aux indigènes. Ce sont eux qui l’ont appris aux Marquisiens, puisque, jusqu’à ce jour, eux seuls ont tenu les écoles dans l’archipel des iles Marquises. Un peu partout ils: ont implanté notre langue : au Gambier, aux Tuamotou, aux Sandwich, aujourd’hui même aux îles Cook, qui sont sous le protectorat anglais. Tout en cherchant à faciliter la diffusion du français parmi les peuplades de l’Océanie, 1ls ont eu
—7— D dE te
l’excellente pensée de veiller à la conservation et à la fixation dans sa beauté et sa pureté primitives de la langue indigène, ce qui, certes, n'est pas sans mérite au point de vue ethnographique. Ils considèrent, avec raison, que c’est être trop rigoureux que de tuer une langue par une autre.
Mgr Jaussen, premier évêque de Tahiti, est l’auteur d’un dictionnaire tahitien-français et français tahitien,; de la grammaire tahitienne et d’un livre d’école avec texte tahitien et texte français en regard. Au R. P. Richard Lemoing on doit un Guide du tahitien pour apprendre le français.
Mgr Dordillon a édité, en 4 volumes in-4°, un grand dictionnaire marquisien-français et français-marquisien, puis une grammaire de cette langue. D’autres missionnaires ont fait des dictionnaires des langues mangarewa, hawaïenne, etc. Nous ne parlons pas des livres de piété, traductions de Livres saints, qui ont été faits dans toutes ces langues, bien qu'ils représentent une somme considérable de travaux de linguistique et font aussi grand honneur à des Français. Les sciences historiques et naturelles n’ont pas été oubliées. On doit à Mgr Jaussen la découverte des tablettes de l’île
ee —
de Pâques. Il a sauvé de lFoubli une écriture aujourd’hui disparue et dont on ne possède que les quelques rares exemplaires qu'il a recueillis et dont deux figurent à l’Exposition des Missions, où nous avons pu les voir (vitrine 14). On ne pourra plus dire, ce qui avait été affirmé à la légère, que les Maoris de ces îles ne possédaient pas d’écriture. La description de ces tablettes, écrites en caractères idéographiques et suivant la forme dite boustrophédon, c’est-à-dire en zigzag, comme le bœuf qui laboure, se trouve, avec le répertoire des principaux caractères, dans une brochure rédigée sur les notes de Mgr Tepano Jaussen, après sa mort, par le R. P. I. Alazard*. S’il est
un jour possible de fixer irrévocablement la
genèse de la race tahitienne, c’est au vaillant et savant évêque que reviendra la gloire d’avoir saisi et fixé les seuls vestiges qui restent actuellement d’un peuple à peu près disparu et d’avoir enrichi la science et l’histoire d’impé-
1. L'Ile de Pâques, historique, écriture et répertoire des signes des tablettes en bois d'hibiscus intelligents, par Mgr Tepano Jaussen, ouvrage posthume rédigé par le KR. P. lidefonse Alazard, de la Congrégation des SS- Cœurs de Picpus, Paris. Ernest Leroux, 28, rue Bonaparte, 1893. (Tepano était le nom donné par les indigènes à Mgr Jaussen.)
rissables monuments qu'il serait impossible de reconstituer aujourd’hui f.
Le premier évêque de Tahïti, tout en convertissant les indigènes anthropophages des îles Pomotous, s’efforca de pourvoir autant aux besoins de leurs corps qu’à ceux de leurs âmes. Il se fit agriculteur et introduisit, sur ces îles madréporiques, où ne poussarent que des broussailles, la culture du cocotier qui a non seulement sauvé les indigènes de plus d’une famine, mais leur a fourni, avec le coprah (noix de coco séchée au soleil} l’élément d’un commerce avantageux. À Tahiti, Mgr Jaussen introduisit l'élevage et l’exportation des bestiaux. Là, où, avant lui, on ne trouvait que du poisson, du porc sauvage et des volailles (introduites par Cook et Bougainville), on élève aujourd’hui des moutons et des bœufs, et l’on cultive mille plantes utiles introduites par ses soins. Les Pomotous lui sont donc en grande partie redevables de leur richesse actuelle en produits végétaux et animaux.
Aux îles Marquises, les Pères de Picpus ont introduit de nombreuses plantes utiles et parmi elles le coton qu'ils ont appris aux indigènes
1. Le Contemporain : Mgr Jaussen, premier évêque de Tahiti (1815-1891), par I. Tepano (Papeete).