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CHAPITRE PREMIER

L'histoire de la Gaule, antérieurement à la conquête franque, se divise en trois grandes périodes:

i" Peuplement de la Gaule par une succession de tribus dont la langue nous est complètement inconnue et auxquelles on ne peut appliquer, jusqu'à nouvel ordre, aucune désignation ethnique. Bien que présentant un état social très supérieur à l'état sauvage, ces tribus innomées, réduites à leurs propres forces, ne purent sortir de la phase industrielle dite néolithique '.

2° Période celtique ou gauloise, marquée par des caractères qui la distinguent nettement de la précédente et accusent l'intervention d'éléments nouveaux. La différence n'est pas moins sensible que celle qui, dans l'histoire de rAmériijue, sépare les temps qui précèdent de ceux qui suivent la conijuèle, caractérisés par la domination des nations européennes.

3° Période de la conquête et de la domination romaines.

\. Voir le [Jivccduiil \uliiiiic, l-a (iaiile aviiiU lis (lut/tais (2" éd.. IS'JI).

La Gaule avant les Gaulois est une esquisse à grands traits de la première période. Nous abordons la seconde, la période celtique, qui est celle de la prépondérance et de la domination des Celtes (dont les Gaulois sont une branche), non seulement en Gaule, mais dans les îles Britanniques, la Haute- Italie, la Germanie et une partie de TEspag-ne. C'est l'âge héroïque de notre race, celui de sa plus grande expansion territoriale.

Dans le présent volume, né, comme le précédent, de leçons professées à l'Ecole du Louvre, nous étudierons les monuments et les textes relatifs àl'histoire des Celtes et des Gaulois, antérieurement à la conquête romaine.Les documents archéologiques, dont la comparaison et le classement ont été jusqu'ici trop négligés, tiendront ici la première place.

La période initiale de notre histoire comprend l'époque quaternaire ou de la pierre éclatée, l'âge des cavernes ou du renne, l'âge de la pierre polie, des monuments mégalithiques et des cités lacustres où le métal fait défaut. Elle prend fin, sans qu'on puisse en marquer exactement la limite, lorsque, par suite de rapports commerciaux encore mal connus, on voit les métaux, le cuivre, le bronze et bientôt après le fer, remplacer, dans l'Europe occidentale, la pierre, l'os et la corne comme matière des instruments et des armes.

En même temps, des phénomènes d'un autre ordre, en particulier sur notre littoral, annoncent l'intervention de tribus civilisées qui, se mêlant aux indigènes, les soumettant sans doute, commencent à transformer leur état social.

Au premier rang de ces tribus figurent les Celtes. D'où venaient-ils?

Qualifier les nouveaux venus à' indo-européens ou d'art/ens, parce que leurs descendants parlent une langue dite indoeuropéenne ou aryenne, laisse la question d'origine à peu près intacte. Les recherches faites sur le lieu de diffusion des langues aryennes n'ont pas abouti à des résultats décisifs * : en

1. Voir La Gaule avant les Gaulois, 2« éd., annexe E, p. 307, et S. Reinach, Vorifjine des Aryens, Paris» Leroux, 1892.

fùt-il autrement, nous ne serions pas mieux éclairés sur l'itinéraire que les Celtes ont pu suivre et les territoires qu'ils ont occupés à l'aurore des temps historiques. La désig^nation cVmclo-europée?i répond à une idée précise aux yeux des linguistes; elle est à peu près sans valeur pour les archéologues, qui étudient les civilisations et non les langues. C'est à Tarchéologie seule qu'il appartient d'élucider les problèmes qui se rattachent à la marche et à la diffusion de la civilisation celtique: les documents qu'elle met en œuvre lui permettent de remonter à une époque sur laquelle les textes historiques sont muets.

Ces documents ont été surtout recueillis et classés au cours de ces trente dernières années. On les trouve tant dans nos musées nationaux (en particulier au Musée de Saint-Germain) que dans les collections publiques delà Hongrie, de l'Autriche, de la Hesse, de la Bohême, du Wurtemberg, du pays de Bade, de la Suisse, de l'Italie.

La liste de ces musées, qui sont loin d'avoir tous été décrits avec détail, serait longue à dresser. Nous recommandons plus particulièrement à l'attention des archéologues ceux de Mayen ce, Prague, Pesth, Linz, Vienne, Gratz,Agram, Laybach, Inspruck, Sigmaringen, Zurich, Berne, Bienne, Neuchâtel, Trente, Côme, Este, Milan (Musée Brera), Reggio d'Emilia, Bologne, Florence (Musée étrusque), Rome (Musée Kircher, et surtout le nouveau Musée Papa Giulio, installé sous l'habile direction du commandeur Barnabei).

Pour l'étude de la période proprement celtique, le Musée de Dublin fournit des points de comparaison d'un grand intérêt.

Les résultats auxquels conduit l'étude de ces musées peuvent, au premier abord, paraître en contradiction avec les textes historiques. Mais le désaccord entre ces deux ordres de documents n'est qu'apparent: il ne résiste pas à un oxanicn approfondi. Mieux interprétés, les faits d'ordre divers que niellent en lumière l'archéologie et l'histoire se complètent et s'éclairent sans se contredire. La tâche essentielle qui incomlu- aujourd'hui à la science est d'établir comme un tableau de ron-

cordance entre les monuments et les textes. C'est à quoi nous avons donné nos soins.

Lorsqu'on parle du désaccord entre les monuments et les textes, il y a deux faits qu'il ne faut jamais perdre de vue. Le premier, c'est que la plupart des monuments sont de beaucoup antérieurs aux textes les plus anciens; le second, c'est qu'aucun renseignement quelque peu détaillé ne nous a été transmis sur la Gaule, sur les Celtes et les Gaulois antérieurement à Polybe, qui mourut vers 123 avant J.-C. Posidonius, mort vers l'an 4.'), ne paraît pas avoir pénétré dans l'intérieur de la Gaule; il ne connut directement que les contrées alpestres et méditerranéennes. Jules César a le premier parlé, en pleine connaissance decause, de la Gaule septentrionale et de la Gaule centrale; encore a-t-il souvent cherché, suivant une fâcheuse habitude des écrivains anciens, à mettre ses informations personnelles en accord avec les renseig-nements de seconde main qui avaient été recueillis avant lui par des auteurs grecs.

Polybe a nettement constaté l'ignorance où l'on était à son époque de tout ce qui touchait à l'intérieur de la Gaule*.

« Presque tous, ou du moins la plupart des historiens qui ont essayé de dire les particularités et la situation des pays situés aux confins de l'univers «, se sont étrangement trompés. Mais s'il est juste de ne pas laisser passer leurs erreurs, on doit du moins les réfuter avec la plus grande attention, et non pas en courant et à la légère. On doit, loin de prendre envers eux un ton de reproche et d'amère critique, les louer en redressant leurs fautes, et songer que ces mêmes écrivains, s'ils revenaient aujourd'hui, changeraient ou rectifieraient beaucoup de leurs assertions. Combien peu de Grecs, en définitive, dans les temps reculés, ont tenté d'explorer les contrées placées au bout du monde, faute d'y pouvoir

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