Polybe. III, îi8-59 (trad. Bouchot, t. 1, p
2. Aux yeux de Polybe, cette régiou comprend la Gaule (III, 38). Cf. Virg. Aen., VIII, 727 :
EiIreniiquG lioiiiinuni Mui'ini.
réussir! Les dangers sur mer étaient grands et nombreux, sur lerre ils l'étaient encore davantage. Et si quelqu'un, par nécessité ou par goût, visitait les régions les plus lointaines, il n'avançait guère la question. D'abord, il était malaisé d'examiner tout de ses propres yeux dans des pays habités par des peuples barbares ou tout à fait déserts, et, surtout à cause de la difTerence de langage, de recueillir par la parole des détails sur ce qu'on voyait. Supposons même ces connaissances acquises, il fallait encore, et c'est là peut-être ce qui est le plus difficile à observ(!r, que celui qui les possédait se tînt sur une sage réserve et silt, laissant le merveilleux, l'incroyable, aimer la vérité pour elle-même et ne rien dire qui ne fût d'accord avec elle. Si donc il était, je ne dirai pas seulement difficile, mais encore impossible, d'avoir autrefois sur tout cela des données suffisantes, il ne serait pas juste de reprocher aux historiens des omissions ou des erreurs : il faut bien plutôt leur savoir gré et nous étonner de leurs connaissances et des progrès qu'ils firent faire à la science. Aujourd'hui que la conquête de l'Asie par Alexandre et celle du reste du monde par les Romains ont fait que les mers et les continents sont presque tous ouverts à nos recherches... on doit nécessairement avoir des connaissances plus complètes sur ce qui était jadis ignoré. »
Dans un autre chapitre ', Polybe est plus explicite encore en ce qui concerne la Gaule :
« L'Asie et l'Afrique... embrassent la partie méridionale de notre mer, de l'est à l'ouest. L'Europe, placée au nord, leur esl opposée et court du levant au couchant. La partie la plus importante et la plus vaste de ce continent est au septentrion, comprise entre le Tanaïs et le Narbon, fleuve situé à peu de distance de Marseille et des bouches par où le Rhône se jette dans la mer de Sardaigne. On ne rencontre que des Celtes depuis le Narbon et les campagnes voisines jusqu'aux Pyrénées, dont la chaîne va de notre mer cà la mer extérieure. Le reste de l'Europe, depuis les Pyrénées jusqu'au couchant et aux colonnes d'Hercule, est entouré par la Méditerranée et par l'Océan. Le pays que baigne la mer intérieure jusqu'au détroit s'appelle Ibérie, mais ceux qui sont situés sur le grand Océan n'ont pas de dénomination commune, parce que la découverte en est toute récente {écr'û vers 150 av. J.-C). Ces contrées sont habitées par des peuplades nombreuses et bai-bares, dont nous aurons plus tard à parlei- »'n détail...*. Personne ne saurait dire au juste si, à partir de l'endroit oii l'Asie et l'Afrique se réunissent vers l'Ethiopie, les régions qui tendent au midi forment un continent ou sont entourées d'eau. De même tout Vespace qui s étend au nord du Narbon et du Tnnais nous est complètement inconnu. Peut-être d'activés recherches pourront-elles nous en apprendre
{. Polyt)e, III, 37-38 (trad. Bouchot, t. I, p. 211-212).
2 .Mallieureusemeut, les cbiipilres que Polylie auuoucc ici sont perdus.
quelque chose, mais quant à ceux qui parlent de ces régions ou en écrivent, nous déclarons hautement quils n'en savent pas p/ws que nous-mêmes et qu'ils ne font que débiter des fables. »
On le voit : vers le milieu du u" siècle avant notre ère, Polvbe parle de la Gaule centrale et septentrionale comme l'on pouvait, au début du xix° siècle ou plus tard encore, parler du centre de l'Afrique. L'ignorance fut plus lente à se dissiper que Polybe ne paraît l'avoir prévu. Dans son discours Sur les provinces proconsulaires, prononcé en l'an 56, Cicéron s'exprime ainsi ' :
« Des contrées et des nations qu'aucune histoire, aucun récit, aucun bruit public ne nous avaient encore fait connaître, notre général (Jules César), nos troupes, nos armes les ont parcourues. Nous n'occupions auparavant qu'un sentier dans la Gaule : le reste était aux mains de nations ou ennemies de cet empire, ou peu sûres, ou inconnues, ou du moins féroces, barbares et belliqueuses; il n'était personne qui ne désirât les
voir vaincues etdomptées Aujourd'hui enfin, nous venons d'obtenir que
les limites de ces mêmes régions seraient celles de notre empire. »
Les « nations inconnues » dont parle Cicéron sont assurément les tribus gauloises du Belgium-.
Ainsi réduite aux seuls textes autorisés, l'histoire ne pourrait guère commencer, pour la plus grande partie de la Gaule, avant la seconde moitié du i*"" siècle avant l'ère chrétienne. L'archéologie peut et doit embrasser un horizon plus vaste ; les documents qu'elle met en œuvre sont bien plus anciens et disséminés sur un vaste domaine dont les confins, les limites méridionales du moins, sont éclairés par des textes remontant eux-mêmes à une plus haute antiquité. Ces textes permettent de grouper, de classer les monuments, et de conclure ainsi, sans faire une part excessive à l'hypothèse, du connu à l'inconnu.
Ceci suffit à nous indiquer par quels pays nous devons en-