Tite-Live, V
jadis empruntée aux Celtes du rameau oriental par les Germains et d'autres peuples de l'Europe.
Dans le combat acharné que César soutint contre les Helvètes, ces derniers, retranchés derrière leurs chariots, blessaient les Romains en lançant des matarae et des tragulae* : NonnuHi inter carrosrotasque mataras et tragulas mhjicicbant noUrosque vulnerabant. On a généralement pris la rnatara ou la mataris pour un javelot, mais Holtzmann, suivi par Lindenschmit, a pensé qu'il fallait y voir un « couteau de jet » (Wurfinesser), analogue au sax ou sults qui servait, chez les Francs, au même usage * . Tacite décrit les exercices des jeunes Germains, dansant au milieu des glaives qu'ils se jettent : nudi juvenes, quitus id ludicrumest, inter gladios se atque infestas frameas saltu jaciunt. Lindenschmit fait observer que l'usage des couteaux de jet s'est encore conservé en Italie et en Espagne'. On peut donc compter le sax au nombre des armes que les Celtes de l'époque de l'indépendance ont transmises aux Francs. D'ailleurs, les grands et les ■petits couteaux de guerre, qui tiennent une grande place dans l'équipement des guerriers du v" siècle, sont essentiellement des armes barbares, bien que les Grecs et les Romains aient pu quelquefois les adopter. C'est ce que prouve avec évidence l'emploi de l'épithète (xaxatpoBÔpoç, qui est toujours appliquée à des Barbares, Asiatiques, Thraces ou Africains.
Revenons à la cateia. Les exemples qui précèdent montrent que nous sommes autorisés, par analogie, à chercher cette arme des anciens Germains parmi celles des envahisseurs de l'époque franque. C'est, du reste, ce qu'ont déjà fait Dieflenbach et Lindenschmit % mais ces savants ont eu l'idée de retrouver la cateia dans la massue en bois durci au feu dont se servaient les Goths en 377": Barhari ingénies clavas in nostros conjicientes ambustas, sinistrum cornu perrumpunl. Mais si la cateia n'avait été qu'une massue de bois, on se demande pourquoi on l'aurait faite, au témoignage d'Isidore, en bois très flexible, ex materia quam maxime lenta, alors qu'on comprend parfaitement ce détail s'il s'agit d'une tige en bois garnie, à une extrémité, d'une hache en métal. En outre, les armes qu'Ammien attribue aux Goths sont en bois durci au feu, qui a cessé, par conséquent, d'être flexible. Or, nous connaissons, à l'époque franque, des haches de fep emmanchées servant d'armes de jet : ce sont les francisques, dont le nom même est significatif, puisque la cateia s'appelait encore teutona au moyen âge : Clava vel cateia vel teutona, id est genus teli^', unde et eas Hiapani etGalli teutonas vocanf. Si la cateia n'est pas identique à lafrancisca, elle est avec elle dans le même rapport que l'épée gauloise avec la spatfia.