Isid., 0/7^i;«. ,^XV1II
ANNEXE a 199
Que la francisque ait été par excellence une arme de jet, c'est ce que prouve, à défaut des textes, la forme môme de cette arme. Lorsque les Krancs de Théodeberl envahissent l'Italie, Procope nous dit qu'ils portent une épée, un bouclier et une hache de 1er à manche de bois très court; au signal donné, ils jettent leurs haches cl rompent ainsi les boucliers de leurs adversaires'. Nous savous d'ailleurs par Sidoine Apollinaire que les Francs lançaient leurs haches avec une telle précision qu'ils pouvaient désigner à l'avance l'endroit qu'elles frapperaient:
Excussisse cilas vastum per inane bipennes El p/agaepraescisse locum,cl^peo.scjue ru tare Ludus, ni. intortas prnecedere sallibu-s haslas, Inqiie huslem veninse pjrius'-.
Il est vrai que le poète qualifie, ici comme ailleurs, les haches fran(|ues de bipennes, alors qu'elles ne sont jamais à double tranchant; mais, dans la langue du v* siècle, bipennis était devenu un simple synonyme de « hache », et avait perdu sa signification précise. Déjà TIbulle emploie hipeimis dans le sens de couleau ou de rasoir :
Ipsa bipenne suos caedit vio/enla lacertos^.
Samuel Fergusson, Specht et Lindenschmit ont d(q)uis longtemps invoqué, à propos du texte d'Isidore sur la cateia, le projectile australien et africain appelé boumerang*, arme en bois de forme coudée, que l'on a d'ailleurs imitée en fer. On sait que le bouinerany, habilcmentlancé, peut revenir presque à son point de départ. C'est ce que dit Isidore de la cateia : Si ab artifice miltalur, rursus veail ad euin (jid misit. Mais il est bon de rappeler que, dans la mythologie germanique, le marteau lancé par le dieu Thor revient se placer, après chaque coup, dans la main du dieu ■ ; un pourrait donc penser que le renseignement donné par Isidore est moins la constatation d'un fait usuel que l'écho d'une tradition poeliqui; ou le résultat d une comparaison ambitieuse entre le guerrier germain et le dieu des combats qui le protégeait.
Salomon Heinach.