César, Bell. GalL, VI, lii
conservé pendant ces cinq cent cinquante ans les mêmes cantonnements, la même importance relative non seulement entre elles, mais à l'égard des autres groupes du nord, de l'ouest et de l'est. En eiïet, Tite-Live nous dit qu'elles constituaient la troisième partie de la Gaule [Celtanim qiiaepars Galliae teriia est), passage où il suit évidemment le début du livre de César : « La Gaule tout entière se divise en trois parties, habitées, la première par les Belges, la seconde par les Aquitains, la troisième par ceux qui s'appellent eux-mêmes Celtae et que nous appelons Galli. »
3° Que la Gaule, à cette époque reculée, et malgré la tendance au morcellement des populations d'origine celtique (organisées en dans jaloux de leur indépendance), était parvenue à l'état d'un empire centralisé, ayant un chef unique auquel obéissaient non seulement les Bituriges, ses sujets directs, mais les Ambarres, les Arvernes, les Carnutes, les Aulerques, les Sénons.
4° Que la population sous un seul règne avait augmenté dans de telles proportions que la terre ne pouvait plus nourrir ses habitants, malgré la fertilité du sol.
5" Qu'Ambigat jouissait d'une assez haute autorité pour pouvoir déterminer six cent mille hommes, soit environ cent cinquante mille familles, à abandonner leurs foyers pour aller chercher fortune dans des contrées inconnues, dont l'une au moins, comme l'a fait observer M. Mommsen, était occupée par la puissante nation des Etrusques; ceux-ci dominaient alors sur une grande partie de l'Italie du sud et du nord, dont ils ne furent expulsés qu'au commencement du iv- siècle par un soulèvement armé des populations combiné avec l'invasion celtique de 395.
6" Que Bellovèse et Sigovèse avaient pu s'entendre avec les chefs du pays où ils comptaient se fixer, à l'effet de trouver sur leur route des guides et des ravitaillements suffisants. Cette difficulté avait vivement frappé Fréret, qui, dans ses mémoires sur les Cimmériens^ considérés par lui comme des Gaulois, est amené à supposer que, maîtres de la Bohême dès
DANS LES VALLÉES DU PÔ ET DI' DANUBi;
le vin" siècle avant J.-C, ils avaient pu, par rentremise des Helvètes, donner la main aux bandes de Sigovèse :
« II faut supposer, dit cet illustre érudit, pour rendre vraisemblable l'expédition deSigovèse, que des chefs cimmériens déjà établis en Bohême servaient de guides à Sigovèse, l'instruisant do la route que devait tenir sa colonie ainsi que des endroits où elle pouvait passer les rivières et traverser les montagnes avec moins de peine. Alors les noïens et les Tectosages n'arriveront plus dans un pays désert et ennemi. Ils y trouveront des alliés qui auront préparé ce qui était nécessaire pour les faire subsister à leur arrivée et pour faciliter leur établissement. Ce n'est là, je l'avoue, qu'une pure conjecture, mais le fait du passage et de l'établissement d'une colonie sortie du cœur de la Gaule dans l'extrémité oi'ientale de la Germanie étant reçu de toute antiquité et prouvé par des témoignages formels (?) de César, de Strabon, de Tacite, de Plutarque, etc. S quoique nous en ignorions le détail, il est permis à un critique de proposer des conjectures sur les moyens qui peuvent rendre le fait probable. »
Fréret ne paraît pas avoir songé que les Boïens pouvaient bien exister en Bohême au vi^ siècle sans qu'ils y fussent nécessairement venus de la Gaule. Il n'y a pas moins un grand fond de vérité dans son opinion. Il n'est guère douteux, en effet, que bien avant le vi'' siècle, des Celtes (nous ne disons pas des Gaulois) aient occupé non seulement la vallée du haut Danube, mais une grande partie des vallées des Alpes, se trouvant, par suite, en contact avec les Etrusques. Ïite-Live, sans se douter des contradictions qu'il accumule dans cette partie de son œuvre, par suite de la divergence des sources qu'il consulte, constate clairement cet état de choses au chapitre xxxur du livre V :
« Pour moi, dit-il, je ne contesterai pas qu'Aruns ou tout autre Ckisien amena les Gaulois devant Clusium; mais un l'ait certain, c'est que ceux qui assiégèrent cette ville n'étaient pas les premiers qui eussent pass»' les Alpes. En effet, deux cents ans avant le siège et avant la prise de i{ome, les Gaulois avaient passé en Italie; et longtemps avant les Clusiens, dautres Étrusques, qui habitaient entre les Apennins et les Alpes, avaient eu souvent à combaltre contre des armées gauloises. »
1. Frérel aurait hieu f;iit de ritcr ces -( témoignages formols » ; ilsn'cxisteut [lao.
7" Que la majorité des tribus [nationes] émigrées, tant en Germanie qu'en Cisalpine, auraient perdu dans leur pays d'adoption sinon leur personnalité, du moins leur nom, que les tribus mères conservaient au contraire soigneusement. Sur sept?zationes ayant, au dire de Tite-Live, suivi Bellovèse au delà des Alpes, six en effet, et les plus célèbres, étaient inconnues de Polybe au commencement du n*" siècle, à savoir : les Bituriges, les Arvernes, les Carnutes, les Aulerques, les Eduens, les Ambarres. Le nom des Senones surnage seul, tandis que d'un autre côté les tribus qui jouent un rôle en Germanie avant la conquête romaine, les Ardyes, les Agones, lesBoii*, les Japydes, lesTaurisci, les Scordisci, les Garni, les Noriciont, s'ils y avaient jamais séjourné, disparu de la Gaule sans y laisser aucun souvenir, à l'époque où écrivaient César, Diodore et Strabon. Les Tectosages seuls figurent encore des deux côtés du Rbin.
Une observation de M. d'Arbois de Jubainville mérite aussi d'être prise en grande considération, La plupart des éditions de Tite-Live font passer les émigrants de Bellovèse per salins 2'mn'inos, déboucbant ainsi dans les plaines dont Turin est le centre. Or, dans les dernières éditions critiques, les mots /)ers«/tits Taurinos, qui manquent aux meilleurs manuscrits, ont disparu, pour être remplacés par une leçon qui indique une direction bien différente. La voie suivie par les Gaulois aurait été celle des Alpes Juliennes, conduisant du Noricum à Aquilée et delà en Vénétie. Sur cette voie, tracée sur la carte de Peulinger, décrite dans l'Itinéraire d'Antonin, se trouvait Noreia, capitale des Taurisci, que Sempronius Asellio, à la fin du ii" siècle avant notre ère, plaçait non en Germanie, mais en Gaule. La confusion entre Taurisci c\ Tau nui ela.il facile. D'autre part, Posidonius nous apprend que les Taurisci étaient des Celtes ^
1. A l'époque où César entrait en Gaule,' les Boii étaieut cantonnés sur la rive droite du Rhin, donnant la main aux Helvètes.