‹ Nos origines (volume 2)Chapitre 55 sur 140 · Bull. Paletnolofjia ilaliana, t. IV, pi. VI · texte numérisé non relu

Bull. Paletnolofjia ilaliana, t. IV, pi. VI

4. Bivista di Como, fasc. ii, pi. Vil, 4 ; fasc. x.\i, pl. Il, 42 ; fasc. vii-vin, pi. \ a, 3 ; fasc. xxi, pl. H, 33.

A quel ensemble ethnique rattacherons-nous le groupe de populations dont nous avons là les nécropoles sous les yeux ?

Quelques tentatives ont été faites pour y voir des Lig-ares. M. Pigorini avait d'abord soutenu cette thèse, mis il l'a depuis abandonnée. La principale objection, c'est que les Ligures inhumaient; il faut ajouter^ ce qui est très important, qu'aucun cimetière analogue ne s'est rencontré dans laLig-urie historique. Les Ligures paraissent d'ailleurs s'être montrés fort rebelles à la civilisation et celle que nous constatons dans les nécropoles insubres est déjà supérieure à celle qu'il est permis de leur attribuer.

Cette dernière objection vaudrait, a fortiori^ contre ceux qui seraient tentés de faire intervenir ici les Pélasg-es. D'ailleurs, à l'époque de ces nécropoles, s'il peut encore être question d'un fond de population pélasg-ique, la civilisation des Pélasges n'existe déjà plus — si elle a jamais existé au nord des Apennins en dehors de quelques stations maritimes.

Personne, d'autre part, ne peut songer à attribuer les cimetières insubres aux Etrusques. Les Etrusques de la belle époque inhumaient et les nécropoles préétrusques à incinération de l'Etrurie centrale n'ont avec la nécropole de Golasecca que de lointains rapports, dont MM. Helbig- et Jules Martha ont exagéré l'importance. Une ligne de démarcation très nette existe entre ces nécropoles primitives des contrées subapennines et les véritables nécropoles étrusques ; MM. Brizio et von Duhn, après M. Gonestabile, l'ont suffisamment démontré pour qu'il soit inutile d'y insister à notre tour.

Force est donc — l'archéologie, d'ailleurs, nous y invitant — de nous tourner du côté des vallées alpestres, Alpes orientales et occidentales (Rhétiques et Juliennes), qui, par plusieurs passages très anciennement fréquentés, communiquaient avec l'Insubrie. C'est de ce côté que nous avons chance de rencontrer les frères de nos clans insubriens.

Mais ici le problème se complique et il faut éviter, dès l'abord, un malentendu. Si nous tenons compte des seules

données archéologiques, l'unité de civilisation de ces contrées alpestres et subalpines, vers le vni* siècle avant notre ère ou au delà, n'est ni contestée ni contestable. Les liens archéologiques rattachant ces vallées aux plaines insubrcs ont été signalés depuis longtemps. Mais s'il y avait unité de civilisation, la même unité existait-elle au point de vue ethnique ? Toutes ces populations formaient-elles une même famille sortie d'un même tronc ?

Un nombre infini de petits groupes, de clans, s'étaient établis sous des noms divers dans cet enchevêtrement de vallées alpestres si propres à l'isolement des tribus. Sans nous arrêter à cette diversité de noms, qui ne pourraient presque rien nous apprendre, constatons que deux désignations ethniques restées familières aux historiens, planent, pour ainsi dire, au-dessus de ces noms particuliers : celles des Galates et des Rhètes. Les Galates, nous le savons, étaient des Celtes, mais les Rhètes, d'après le témoignage d'écrivains relativement récents il est vrai, auraient été des Etrusques. Toute une école soutient encore cette thèse en Italie. Il s'agit de savoir si nous devons rattacher nos Insubres aux Rhètes ou aux Celtes, à moins que sous ces noms différents de Celtes et de Rhètes, on ne veuille voir un fond de population identique, mais encore innomé.

LES RHETES

Les Rhètes sont-ils des Étrusques? Quelle importance doiton attacher aux arguments par lesquels on a voulu établir celte thèse?

La thèse étrusque s'appuie en premier lieu sur la découverte, en pays rhélique, d'inscriptions étrusques sur pierres tombales

et sur bronzes votifs *. Assurément, il faut y voir la trace d'une influence étrusque ; mais en quelle mesure et remontant à quelle époque? Ces inscriptions peuvent ne pas démontrer plus clairement l'origine ethnique des Rhètes que les inscriptions romaines de la Gaule ne nous obligent à considérer les Gaulois comme originaires du Latium. Est-il d'ailleurs bien certain que ces inscriptions en caractères étrusques soient en langue étrusque ?

Si nous examinons l'ensemble des antiquités rhétiques, abstraction faite des inscriptions, cet ensemble ne présente que

Fig. 29. — Coupe de la nécropole rhétique de Vadeua'.

de très lointains rapports avec les antiquités étrusques proprement dites, celles des camere à inhumation. Elles se rapprochent, au contraire, si évidemment de nos antiquités insubres que M. G. de Mortillet pouvait écrire dès 1866 ^ :

« Les tombes de Vadena (en pleine Rhétie) ont tout à fait le même cachet que celles de Golasecca (rives du TQ'à'àm). Elles appartiennent évidemment à une même civilisation, à une même population. Dans les unes comme dans les autres, on brûlait les morts; les cendres étaient enfouies dans de grands vases en terre avec les bijoux et les objets usuels du

1. Giovanelli, Dei Rezi. e d'una iscrizionc rezio-etriesca ; Conestabile, Di alcune scoperle nelV agro trentino (dans les Annali dell' Instituto, t. XIII, p. 74) ; G. Oberziuer, / Reti in rplazione cogli antichl abitatori d'Italia, Roma, 1883; P. Or si, Il sepo le l'eto italico di Vadena, Rovereto, 1883; Pauli, Inschr. nordetrusk Alphabets, Leipzig, 1885.

2. Orsi, Vadena, pi. I, n" 1. Au fond, montagnes de porphyre; au-dessous, terre charbonneuse; plus bas, urnes cinéraires avec couvercles de porphyre.

3. G. de Mortillet, Le signe de la croix avant Le christianisme, p. 138-143.

défunt, objets et bijoux qui portent les traces du feu. Les ossuaires étaient couverts, comme à Golasecca, de vases en forme de coupe servant de couvercles et accompagnés d'autres vases plus petits que l'ossuaire, souvent arrondis au fond avec un petit repoussé pour base. L'ornementation de tous ces vases est des plus simples et seulement formée de lignes diversement combinées. Ces différents objets, urnes et mobiliei' funéraire, étaient disposés sous terre entre de grosses pierres qui les abritaient et constituaient le tombeau. On voit qu'en tout ce qui est essentiel, il y a simililude parfaite. »

Nous reviendrons sur les rapports étroits existant entre les antiquités rhétiques et les antiquités insubriennes. Débarrassons-nous d'abord des arguments tirés des témoignages de l'histoire,

Y a-t-il contradiction entre les faits archéologiques et les témoignages de l'histoire? Nous ne le pensons pas.

Le texte historique le plus affirmatif est celui de Tite-Live':

« Avant l'établissement de la puissance romaine, les Toscans avaient une domination très étendue sur la mer et sur le continent*. Les noms seuls des deux mers qui baignent la péninsule de l'Italie suffiraient pour attester leur ancienne puissance; car l'une s'appelle la mer de Toscane, du nom commun à tous les peuples de cette confédération, et l'autre, la mer Adriatique, du nom d'Adria, colonie des Toscans. Les Grecs donnent également à ces deux mers les noms de Tyrrhénienne et d'Adriatique. Les portions du continent qui s'élendent vers ces deux mers étaient chacune dans la dépendance de douze cités. Les premiers établissements se firent en deçà de l'Apennin, vers la mer inférieure; par la suite, les douze métropoles formèrent au delà de l'Apennin autant de colonies qui occupèrent tous les pays au delà du Pô jusqu'aux Alpes, si Ton excepte seulement le canton des Vénètes, vers l'enfoncement du golfe. Toutea les nations alpines ont incontestahlement aussi la même ori(jine, surtout les Rhétes qui, depuis, ont pris le caractère sauvage des lieux qu'ils habitent, en sorte quils n'ont retenu des Toscans, dont ils sortent, que le langage, et non encore sans altération*. »

Nous sommes en présence de faits positifs. Réduits à ce qu'ils présentent de certain, ils peuvent s'énoncer ainsi :

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