Notizie, 1882, pi. VI, fig
On a présenté comme « un couvercle de ciste en bronze repoussé » un fragment de coupe décoré d'animaux fantastiques, qui a été découvert vers 1884 dans une tombe de la nécropole de Golasccca, à Caslelleto-Ticino. Ce morceau a été trouvé en même temps qu'une ciste à cordons, mais il est inadmissible qu'il ail jamais servi de couvercle à une ciste. Le style s'éloigne
Fjg. 55. — Miroir de Castelvetro.
tout à fait de celui dos situles et présente un caractère nettement oriental '.
i. Atti délia Soc. cU arc/mol. e di belle arlÀ pev la prov. di Torino, vol. V ; NolizJe der/li Scavi, 1883, pi. I; Matériaux, t. XIX, p. 473, lig. 120; Anliqua, 1884, pi. XX Vin.
Une première réflexion qui s'impose, quand on considère les cistes énumérées plus haut, c'est l'identité de la technique dans toute la zone des découvertes, identité portant à la fois sur la nature du bronze et sur le mode de réunion des plaques. Celte fabrication se retrouve aussi au sud de TApenniu et jusque dans le Latium, mais elle dilfère sensiblement du travail étrusque. C'est une industrie particulière au premier âge du fer et commune aux Proto-Celtes, Proto-Ombriens, Proto- Italiques, etc. '.
En second lieu, les scènes figurées sur les cistes, si l'on fait
Fig. 56. — Couvercle de Graudate.
abstraction des zones d'animaux fantastiques, ne sont pas des scènes d'imitation, empruntées à la mythologie, comme les épisodes du cycle homérique sur les vases grecs et les urnes étrusques, mais — en majorité, du moins — des scènes de la vie réelle et locale, comme celles du bouclier d'Achille décrites par Homère ^ Les objets représentés se sont retrouvés au
1. Ou a découvert àOlyuipie, dans le Pélopouuèse, et l'on conserve aujourd'hui dans uue collection particulière à Zanle, uue cuirasse historiée avec dessins gravés a la pointe, qui a déjà souvent été rapprochée de nos cistes, bien que le sujet représenté soit mythologique; mais l'analogie île la technique est indéniable. Voir le Bullclin de Correspondance hellmii/ne, 1S83, pi. 1-111.
2. Iliade, XVIII, in fine. — La description du bouclier d'Achille est un
cours des fouilles, dans des lombes contemporaines des cistes à images, ce qui exclut rhypothèse d'une importation.
Il n'v a pas grand'chose à dire au sujet de la ciste de Sesto- Calende, dont le travail est extrêmement grossier (fig. 4). Un pourrait y voir une tribu en marche, accompagnée de ses
Fig. 57. — Fourreau d'épée découvert à Hallslatt.
troupeaux, qui est reçue par un chef ami venu au-devant d'elle. Mais il vaut mieux ne pas nous arrêter à une représentation si imparfaite et jeter tout de suite un coup d'œil sur la situle de Watsch (fig. 72-73).
C'est en publiant cette ciste que M. de ilochstetter a très
modtîlo du tableau de mœurs que l'ou pourrait composer eu iulerprétant les sujets représentés sur nos situles.
heureusement mis en lumière la concordance des détails qu'elle présente avec le mobilier des tombeaux de la même région *.
Ses observations au sujet des casques sont parliculièroment caractéristiques.
Les casques de Watscli et de Sanct-Marg-arclben (rig.[61-62) appartiennent aux types suivants :
1" Casque eu forme de chapeau rond sans crAte. Le profil de la calotte a l'aspect d'un fer à cheval. C'est le type des casques à inscriptions euganéennos qui ont été découverts en 1812 à Neg-au en Styrie.
2° Casque à double crèto trouvé àWatsch(rig\ 61-G2, n° I),
Fig. 58. — Casque d'Oppeano. Fig. 59. — Coiiloaii d'Esté.
tout à fait semblable à celui de Hallstatt qu'a publié M. de Sacken". Il est à remarquer que ces deux casqties ont été découverts dans des tombes de guerriers et en compagnie des mêmes objets (pointes de lance, ceintures de bronze, etc.).
3" Casque en forme de chapeau, sans crrle ; le profil de la calotte à la forme d'une demi-ellipse. Il se compose de cinq morceaux de tôle de bronze^ assemblés au moyen de petits clous. Au sommet du casque étaient deux petits bustes ailés : le seul qui subsiste rappelle un ornement deTurno de bronze de Graeckwyl(rig.6i-G2, n''2).Dans le même tombeau ont été découvertes des armes en fer.
i. Tlochstetter. Die neiiesten Gmeherfundc, etc., travail aiialy^i'- par l'un île nous <lans la Ileviie wc/n'ohr/ir/ue, 188.J, II, p. 265. 2. Sacken, lla/lsl^ill, j.!. VIII, fig. 5.
4o Casque ayant la forme d'une demi-sphère ou d'une coupe, se terminant par une pointe comme la Pickelhaiihe moderne et orné sur les côtés de cercles, dont le centre est marqué par des pointes. Ce casque^ porté par les cinq fantassins qui forment le second groupe de la situle de la Ccrtosa, n'était encore connu que par cette représentation, lorsqu'on en a découvert plusieurs tout semblables dans les tumulus de Sanct- Margarethen (fig-. 62, n° 3).
rjo Au cours des fouilles faites en 1880, par le Musée de Laybach, on a trouvé un chapeau conique en treillis avec un grand nombre de clous de bronze. Ce casque tomba malheu-
Fig. 60. — Situle de Trezzo.
reusement en morceaux, mais il est facile d'en reconnaître le type dans la coiffure des quatre derniers guerriers de la situle de Bologne.
Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération. Ce qui précède suffit à établir deux faits d'une haute importance :
1" Que les casques figurés sur les situles de Bologne et de Watsch se sont retrouvés en nature à Watsch et à Sancl- Margaretlicn ;
2" Que plusieurs de ces types de casques ne se rencontrent pas ailleurs.
Il n'en faut pas davantage, semble-t-il, pour prouver que les guerriers figurés sur les bronzes de la Certosa et de Watsch ont réellement existé en Carniole et ont été ensevelis dans les tombeaux de cette région. Il devient, dès lors, tout à fait im-
Fig. 61, 02. —Casques de Walsch et de Sauct-Marf^arethen.
i 04 LES CELTES ET LES GAULOIS
possible de voir dans ces objets autre chose que le produit d'un art local et indigène.
Plusieurs guerriers de la situle Zannoni {{\g. G8) et delà plaque WmdiscJigractz (fig. 67) portent sur l'épaule ou brandissent de la main droite une hache d'une forme particulière. Elle est attachée à un manche flexible, uni au fer de l'arme à Taide d'un système de clous; la tête do ces clous est parfaitement visible sur l'un de nos monuments (fantassin de droite de la plaque de Watsch, fig. 67). Cette arme, que l'un de nous a proposé d'identifier à la cateia gauloise \ est certainement particulière aux tribus de cette région ; des fers de hache analogues, en bronze et en fer, se sont souvent rencontrés dans les sépultures, tant de la Cisalpine que do la vallée du Danube. On en connaît même deux exemplaires qui sont
Fig. 63. — Situle de Capodaglio (Este).
des armes de luxe, et ont servi d'insignes de commandement. L'une d'elles, dont le manche en ivoire est rehaussé d'ambre, appartient au Musée de Florence.
En queue de la procession religieuse (seconde zone de la situle Zannoni, fig. 68), marche un personnage coiffé d'un chapeau bizarre^ qui rappelle celui de Basile dans le Mai'iage de Figaro. Ce personnage tient à la main, suspendue à la façon d'un seau plein d'eau, une plaque de forme singulière qui commença par intriguer beaucoup les archéologues. Cette plaque a été retrouvée près de plusieurs urnes cinéraires, notamment à Villanova. Le battant en bronze qui l'accompagne toujours en révèle l'usage : c'est une plaque- cloche analogue à celles dont on se sert encore en Autriche, dans les stations de chemin de fer, pour annoncer le départ des trains.
\. A. Bertrand, Revue archéologique, 1884, I, p. 102.
Un des objets les plus remarquables de ces nécropoles primitives est le seau de bronze : or, un seau de ce genre figure sur la situle Benvemiti (fig. 76).
Nous ne devons enfin oublier ni le javelot à amentiim, ni les mors de bride, ni les détails de harnachement des chevaux, dont les éléments se retrouvent au sein de ces nécropoles et dont les détails sont reconnaissables sur les cistes.
On peut dire que, sur cette question de la conformité des
Fig. 64. — Situle d'Esté.
scènes figurées avec le contenu des tombes, la lumière est pleinement faile. Aussi n'hésitons-nous pas à considérer ces roprésenlations comme aussi propres à nous faire connaître la civilisation de l'époque de Hallstatt, que les grandes peintures des camere à nous renseigner sur la civilisation des Etrusques;
Fig. e5. — Situle A de Boldù-Doifin.
La plus anciennement découverte des situles complètes est celle que M. Zannoni a recueillie dans ses fouilles de la Certosa de Bologne (fig. 68).
Elle comprend cinq zones, dont quatre décorées de scènes. Commençons par celle du haut. Deux cavaliers casqués à tunique courte, la hache à manche flexible sur l'épaule, s'avancent au pas, sur d'élégantes montures. Le casque a la forme d'une casquette de jockey sans aucun ornement. Le harnachement des chevaux est de même très simple.
106 LES CELTES ET LES fiAULOTS
Derrière ces deux cavaliers marchent dix-sept fantassins divisés en quatre groupes, que les variétés de l'armement ne permettent pas de confondre. Ce sont évidemment les représentants de quatre corps de troupe différents. Un oiseau volant — détail que l'on retrouve sur les coupes gravées phéniciennes * — les précède et semble leur indiquer le chemin. Le premier groupe comprend cinq soldats, coiiïés d'un casque à pointe aiguë, orné de bossettes; un casque identique a été découvert à Watsch. Comme les highlandcn d'Ecosse, ils ont les jambes nues et une jupe très courte ; leur bouclier ovale présente un léger ornement semi-hmaire au centre, La pointe des lances est dirigée vers le sol. Le deuxième groupe se compose de quatre hommes casqués. Leur coiffure est le casque
Fig. 66. — Situle B de Boldù-Dolfin.
dit à marmite^ avec crête ornée d'une chenille retombant sur le cou. Leurs boucliers sont carrés, avec des ornements médians de même forme. Ils ont aussi les jambes nues et tiennent leurs lances abaissées. Dans le troisième groupe, nous trouvons quatre guerriers avec même casque que les précédents, bouclier rond sans décoration médiane, mais avec bordure ornée de dents de loup ; leurs lances sont également abaissées. Le quatrième groupe offre quatre fantassins portant sur l'épaule la hache à manche flexible; leurs jambes sont nues, leurs tuniques très richement décorées. Cette fois, le casque est un cône à large base, semblable aux chapeaux de papier que se font les enfants. Le casque d'Oppeano (fig. 58) est un couvre-chef de cette espèce.