Voir Clerniont-Gauneau, L'imagerie pltmicicnne, p
Passons à la deuxième zone. Derrière l'escorte militaire, le cortège civil : une procession conduisant au sacrifice un bœuf et un bélier. Le bœuf marche en tête ; à côté de lui, un serviteur coiffé d'un chapeau à larg-es bords. Au-dessus vole un oiseau. Par derrière viennent trois servants, dont l'un porte l'eau lustrale. Ils sont suivis de trois femmes vêtues de capes brodées ou bariolées, portant sur la tête l'une des fagots artistement liés, la seconde une situle, la troisième une corbeille d'osier, espèce de cage à poulets dont les barreaux sont visibles. Puis, quatre nouveaux servants, deux à chapeau de Basile et à tunique, deux la tête nue et dans un costume plus léger, portant d'autres paniers. Nous voyons ensuite un bélier et son conducteur; trois hommes sans attributs, peut-être des prêtres, toujours coiffés du grand chapeau; trois femmes, ayant des vases de formes variées sur la tête ; deux suivants qui ferment le cortège, Tun tenant un seau àanse, l'autre portant sur l'ép^iule gauche deux grands pieux appointés, probablement dos broches pour faire rôtir les animaux offerts en holocauste. A leur main
droite est suspendue une plaque-cloche. Un gros dogue marche solennellement derrière eux.
La troisième zone présente des scènes qui semblent indépendantes des deux premières. A gauche, un laboureur, portant la charrue sur son épaule, pousse, le fouet à la main, deux bœufs devant lui. Plus loin, une femme retient par la queue un porc qui cherche à s'échapper. Au-dessus du porc — on dirait sur ses épaules — vole un gros oiseau.
ATextrémité de droite, au milieu des grandes herbes, un paysan ayant dans la main un bâton noueux (le Iagobo!o?ides Grecs) poursuit un lièvre qui va se faire prendre dans ses filets. Derrière, deux chasseurs reviennent au logis, ramenant, pendu à leurs épaules et les pattes liées, un cerf, produit de la chasse. Au-dessous d'eux est un chien.
Mais la scène la plus originale de cette zone centrale est celle du centre. Un lit élégant, espèce de canapé à pieds tournés, à dossiers renversés, se terminant par d'énormes têtes de lion, tient le milieu du tableau. L'un des lions serre un lièvre dans sa gueule, l'autre un homme dont la moitié du corps est encore visible. Le fond du lit est orné de canards. Sur ce lit sont assis deux musiciens à chapeau de Basile, se faisant face. L'un joue de la cithare, l'autre de la syrinx. Au-dessus, plantés, pour ainsi dire, sur les têtes de lion (c'est évidemment un simple défaut de perspective), deux lutteurs se menacent du poing. Un vase, suspendu au fond, représente le prix du combat.
La quatrième zone est une simple bordure, à l'imitation des tapisseries orientales. Nous y voyons un défilé d'animaux réels ou fantastiques, un cerf, deux lions la langue pendante, cinq quadrupèdes ailés dont l'un tient dans sa gueule une jambe d'homme. Ce sont des motifs qui reparaissent sur les vases rhodiens et corinthiens du vui" et du ix*' siècle avant notre ère. C'est dans ces processions d'animaux, et là seulement, que nos situles sont des œuvres d'imitation et font une part à la fantaisie. .Tusque-là, nous étions en pleine réalité, devant le tableau d'une société régulièrement or-
ganisée avec ses guerriers , [ses'[prêlres, ses agriculteurs.
La silule Anwaldi Fe/«, découverte en 1880, quatre ans après ]a situle Zannoni, dans la même contrée et dans des
conditions analogues, présente, avec de nouveaux détails, le même tableau d'un état social assez avancé (tig. 71). Nous y retrouvons encore un défilé de guerriers avec les mêmes cas-
Fig. 69. — Situle de Matrai.
ques à marmite et à chenille ; leurs longs boucliers ont un umb o très prononcé, comme les boucliers gaulois. Un des personnages sans armes porte, comme sur la situle Zannoni, le chapeau à la Basile. Nous sommes toujours dans le même
Fig. — 70. Siti'le de Matrai.
milieu. Cependant la situle Arnoaldi se distingue de la situle Zannoni par deux points. La première des zones figurées met sous nos yeux une course de chars. Comme l'a fait judicieusement observer M. Brizio, les cinq chars qui prennent part à la
course sont à deux roues elles roues à quatre rayons ; ils sont tout différents de ceux que nous trouvons peints sur les murs des hypogées étrusques. Les guerriers qui les conduisent portant des ceinturons et armés d'aiguillons, comme on en a trouvé par centaines dans les tombes ombriennes du Bolonais témoignent aussi du caractère ombrien de cette situle qu'il est impossible de considérer comme étrusque.
Sur la silule Zannoîii éidiienl représentés deux acrobates. Ici, nous avons affaire k deux lutteurs bien autrement terribles, à un co?nbat de ceste. Deux personnages, ayant pour tout vêlement une ceinture de métal, se provoquent au combat, ou plutôt sont au moment d'en venir aux mains. Les cestes (espèces d'haltères) sont parfaitement reconnaissables. Dans le fond du tableau, sur un tronc d'arbre, se voit le prix ducombat, un casque à chenille. Le spectacle du combat du ceste paraît avoir joui d'une grande faveur chez les différents peuples de la famille celto-ombrienne.
Plusieurs fragments d'une situle découverts à Matrai (Tyrol), à l'entrée de la vallée du Brenner, existent au Musée d'Inspruck (fig. 69, 70). La scène représentée sur l'un d'eux est le môme combat de cestes ; les lutteurs sont dans une position identique et le prix proposé est le même. Seulement, outre le casque à chenille, on offre aux combattants une lance et peut-être un cheval ou un taureau dont les jambes de devant sont seules visibles. La même scène du combat de cestes, audessus d'un casque à chenille, reparaît sur la situle de Kuffarn (fig. 74) ; on la trouve aussi, avec le même détail, sur la situle de Walsch (fig. 72).
Ce spectacle était un des éléments traditionnels des jeux publics aux temps héroïques de la Grèce. Le combat du ceste est un des épisodes les plus célèbres qui se rattachent à l'expédition des Argonautes. Théocrite, dans sa vingtième idylle, et Apollonius de Rhodes, au second chant des Argonautiques, ont raconté la victoire au ceste du fils de Jupiter. Dans le cycle homérique, ce genre de lutte n'était pas moins en honneur.
DANS LES VALLÉES DU PÔ ET DU DANUBE ll3
On voit, dans Y Iliade ' , deux guerriers se livrer à ce jeu cruel aux funérailles de Palrocle. Tous les lettrés connaissent les beaux vers du cinquième livre de VÉnéide,oh le vieil athlète Entelle, l'héritier du ceste d'Eryx, écrase le jeune et présomptueux Darès :
« Alors, montrant tout nus et tout prêts aux combats Son corps, ses reins nerveux, son redoutable bras Et sa large poitrine, où ressort chaque veine. Seul il avance et seul semble remplir l'arène. Puis le héros troyen prend deux cestcs égaux Lui-même, et les enlace aux bras des deux rivaux Prêts à lutter d'ardeur, de courage et d'adresse. Sur ses pieds à l'instant l'un et l'autre se dresse, Tous deux, les bras levés, d'un air audacieux, Se provoquent du geste et s'attaquent des yeux. »
Regardons de nouveau le fragment de la situle découverte à Matrai (fig. 69) : ne dirait-on pas que Virgile, en écrivant les beaux vers si bien traduits par Jacques Delille, était en présence d'une œuvre d'art où cette scène était traitée comme sur les vases travaillés par les « chalkeutes » de la vallée du rinn?
Les prix offerts sont les mêmes :
« Au vainqueur un taureau, dont la corne dorée De longs festons de laine et de fleurs est parée; D'une éclatante épée et d'un casque brillant, Le vaincu recevra le tribut consolant. ;>
Le casque destiné au vainqueur, placé en évidence sous les yeux des deux rivaux, nous le connaissons. C.e détail suffirait, s'il en était besoin, à démontrer la réalité de la scène. Nous ne croyons pas trop nous avancer en concluant qu'au vi° siècle avant notre ère ou plus tôt encore, au moment où la civilisation, dont les témoins sortent aujourd'hui de terre, llorissait dans les vallées du Danube, de l'Adige et du Pô, le combat de cesles était un des principaux spectacles que les chefs celto-ombriens donnaient aux populations du nord et du sud
i. Iliade, XXIII, r,);).
i'''.g. 71 et m. — Siliilc <lo Is.
: i^iill.ii'ii.
i 1() LES CELTES ET LES GAULOIS
des Alpos. Il est permis de rappeler quaujourdliui encore le spectacle de la liilte à coups de poing-, le boxing, est très recherché du peuple anglais et ([ue ces duels sanglants, avec leurs péripéties émouvantes, font les délices des rajahs de l'Inde'.
Revenons à nos situles et cherchons à découvrir dans celles de Watsch et de KulTarn le complément des informations que nous devons à lasitule Zawwiii [voiv ûg. 72, 74).
La zone supérieure de la situle de Watsch nous fait assister aux préparatifs d'une fête. Des chevaux sont conduits en laisse pour prendre part à quelque course ou à quelque tournoi. Des cavaliers, dont les chevaux paraissent caparaçonnés, les suivent. Des seigneurs se rendent à la fête montés sur des chars ; la forme des chars, dont lun est orné d'une tète d'oiseau, est particulièrement curieuse.
L'interprétation de la deuxième zone est difticile. M. de Hochstetter y voit la représentation d'un banquet offert à de grands personnages, ceux qui portent de hautes coiffures. Ne faudrait-il pas plutôt y reconnaître les détails de quelque cérémonie religieuse, l'adoration du feu, l'exaltation de la fleur, FolTrande aux ministres du culte d'un breuvage sacré? Nous avons déjà décrit la seconde partie de la scène, le spectacle traditionnel du combat du ceste. Deux champions, ne portant autour des reins qu'une étroite ceinture, sont déjà aux prises ; l'enjeu du combat, un casque à crête, est figuré au second plan. A droite et à gauche sont les juges ; derrière ceux de droite^, un écuyer conduit un bélier destiné sans doute au vainqueur. Le casque^ comme dans l'épisode de V Enéide, doit consoler le vaincu.
La troisième zone, comme dans les autres situles, est un simple ornement, un défilé d'animaux fantastiques empruntés aux œuvres d'art orientales, vraisemblablement aux tapisseries.
La dernière situle découverte dans ces contrées, celle de