L'Antlirofjofogie, \8^i
2. Benveiiuli, La situla lienvenuli nel Museo di Este, grauii iii-folio, 1886.
grosse panse, étaient ornés de figures. On remarquera que le dessin des chevaux et le costume des personnages dans leurs longs
l<^ig. 77. Fragmeuts de Morilzing (Tyrol).
vêtements étroits et sans ceinture rappellent tout à fait ce que nous avons déjà constaté sur d'autres monuments de la môme
série. Lo char figuré sur le troisième fragment présente à sa partie
supérieure un ornement terminé par deux têtes, exactement comme sur le premier registre de la situle de Watsch(fig.72).
Des découvertes ultérieures augrnenteront, sans doute, le nombre de ces curieux monuments, mais il n'est pas à pré-
voir qu'elles ajoutent l'rand'r.hose au répf^rtoirc d(^ formes et de motifs que les siUiles connues nous fournissent. On Inmverait difficilement un autre groupe d'œuvres d'art présonlan'i un caractère aussi frappant d'homog-énéilé.
LES CELTES ET LES (iAULOIS
Dans le même ordre d'idées, nous devons signaler un certain nombre de ceinturons, d'un travail de chaudronnerie identique, découverts dans les mêmes cimetières ou des cimetières analogues : au Predio Benacci (Bologne), à Este, à Cornelo (fig. 78-81). Ces ceintures, portant pour ornement la rouelle flanquée de signes serpentiformes ou de têtes de canards, rappellent certains motifs relevés sur des antiquités du même ordre de l'Autriche et de la Hongrie. L'étendue géographique de cette civilisation celto-ombrienne s'affirme ainsi de plus en plus. Nous en verrons dans la suite bien d'autres exemples.
Fig. 81. — Ceiûturon de Cometo.
Yl
HAf.LSTATT ET LES CELTO-GALATES
La découverte d'une nécropole très considérable, renfermant des antiquités toutes antérieures à l'ère romaine, dans une région isolée des Alpes d'Autriche, a été un événement dans l'histoire de l'archéologie. Commencées en 1846, poursuivies avec assez de méthode pendant les années suivantes, ces fouilles ne peuvent pas encore être considérées comme terminées à l'heure actuelle. Dès 1848, un savant de Sanct-Florian, Joseph Gaisberger, publia une brochure intitulée : «Les lom-
beaux de Hallslatt», où il décrivit le contenu de 58 sépultures. D'autres furent signalées par Simony et Gaisberger de 1850 à 1838. Les trouvailles se multiplièrent alors jusqu'en 1864, époque à laquelle fut close la première période des fouilles. M. de Sacken, directeur du Cabinet des antiques à Vienne, fut chargé de résumer les résultats acquis et le fit dans un volume intitulé: « La nécropole de Ilallstatt dans la Haute-Autriche et ses antiquités » (en allemand), qui parut à Vienne en 1864. C'est un m-i" accompagné de 26 planches, auquel il faut encore recourir aujourd'hui comme à la source d'informations la plus sûre, bien qu'on puisse reprocher à l'auteur d'avoir trop négligé, parmi les découvertes, les objets qui ne flattaient pas ses instincts d'artiste, d'antiquaire de l'ancienne école habitué aux monuments grecs et romains.
Sacken avait plusieurs fois visité les fouilles, mais il ne les avait ni dirigées ni surveillées. Cette tâche avait incombé à Georges Ramsauer, homme sans instruction archéologique, mais zélé, auquel on doit une longue série inédite de procèsverbaux relatant l'inventaire des tombes et d'aquarelles représentant leur contenu. Un exemplaire de ces procès-verbaux et de l'album dont ils sont le commentaire existe au Musée de Saint-Germain; et il y en a un second au Musée impérial de Vienne et un troisième au Musée Ashmoléen d'Oxford.
« Nulle part, écrivait en 1867 M. de Sacken, nulle part on n"a observé, dans une même région, des modes d'ensevelissement si divers et en partie si étranges (comme l'incinération partielle des cadavres, la réunion, dans une même tombe, de cadavres inhumés et incinérés) ; nulle part on n'a constaté, sur une aussi grande échelle, le mélange complet des styles du bronze et du fer, avec la prédominance neltement manpiée dustyle propre au bronze. 11 faut aussi insistcrsur l'extraordinaire variété des formes et des ornements qui sont représentés ici avec une telle richesse qu'on peut y reconnaître comme le trésor des types usités à la fin de l'âge du bronze cl au début de l'époque du for. La nécropole d'Hallstatt représente cette période d'une manière si complète, si distincte, que les objets recueillis pourront, à l'avenir, être considérés comme des types, offrant de nombreux points de comparaison avec les découvertes faites ailleurs. »
La prédiction de M. de Sacken s'est réalisée et on parlf an-
jourd'hui couramment de Vépoque de Halhtatt, du style de Ealhtatt, etmême, plus brièvement, du « hallstattien. » Ces manières do s'exprimer ont l'avantage de ne pas impliquer une thèse ethnographique, mais ce serait vraiment pousser un peu loin la prudence, ou plutôt la timidité, que de se contenter de désignalions aussi vagues et de ne pas chercher à préciser les relations des hommes de Hallstattavec ceux des autres groupes alpestres et danubiens.
En abordant les Alpes Noriques, l'archéologue se trouve dans un milieu nouveau pour lui. Les types de Vadena, de Golasecca, d'Esté, de Villanovane sont plus au premier plan.
Fig. 82. — Fourreau historié d'une épée de la Tèue.
Sans doute, ils se retrouvent encore; le lien entre les contrées du midi et celles du nord des Alpes n'est pas rompu; mais ces types sont plus rares et d'autres prennent le dessus, ceux même que l'on a qualifiés à! hallstattiens .
La nécropole de Hallstatt neise distingue pas seulement des nécropoles primitives qui nous ont occupés jusqu'ici par l'âge des objets, qui, dans leur ensemble, paraissent plus récents, et par la présence de formes nouvelles : elle s'en distinguo avant tout par l'apparition do sépultures à inhumation, recouvrant des squelettes près desquels reposent des armes, et, en particulier, une grande épée de fer. Cette épée typique a pu passer, pendant quelque temps, pour celle que Polybe et Tite-Live
DANS LES VALLÉKS DU PÔ ET Di; DANUBK I2o
ont décrite plusieurs fois et qu'ils oat attribuée aux envahisseurs gaulois de l'Italie; mais cette manière de voir se heurte contre un fait, à savoir qu'on n'a pas encore découvert une seule épée de ce genre en Italie. Il y faut donc renoncer. La longue épée dont parlent Polybe et Tite-Live^ l'épée gauloise classique, nous paraît être bien plutôt l'épée delà Tène, épée d'un caractère très différent dont l'ornementation relève d'un autre art (lig. 82) et dont bon nombre d'exemplaires se sont retrouvés dans les sépultures gauloises de la Cisalpine.
Nous ne sommes plus, à Hallstatt, en présence de cimetières homogènes, comme ceux de Golasecca, Este, Yillanova : les nécropoles hallstattiennes sont des cimetières mixtes^ où la variété des rites paraît attester une juxtaposition de tribus obéissant à des traditions religieuses différentes, et, par con-
Fig. 83. — Grande épée de Hallstatt'.
séquent, de provenance géographique diverse ^ Dans les vieilles nécropoles italiennes, de Golasecca à Albano, nous trouvons des tribus restées pures, attachées à leurs coutumes nationales, où ne paraît aucune trace de classes subordonnées les unes aux autres ni de mélange de populations. L'absence de toute caste guerrière s'y retlèle nettement dans le mobilier des tombes, où les armes sont si rares^ alors qu'elles sont fréquentes à Hallstatt. Là^ tout atteste l'existence sinon d'une caste, du moins d'un groupe militaire, associé à une autre classe d'habitants paisibles dont la richesse des sépultures atteste le bienêtre. Si à Hallstatt, et sur plusieurs points de la vaste région qui s'étend de Salzbourg à Sigmariugen et à Inspruck, de Gratz à Aquilée, les incinérés sont encore les plus nombreux et les plus riches, les inhumés ont déjà leur part du pouvoir; or, ces
1. Sackeu, Grabf'eld vun llallslulL, pi. V. ' 2. Hérodote, V, 8, uous signale également chez les Thracea le mélange des deu.^ rites, iucluOnitioii i-t inliiimation.
LKS r.KI/lES 1;T LKS fiAULOlS
inhumés, leur mobilier funéraire le démontre, sont, pour Ja plupart, des guerriers. Cela autoriso-t-il à parler d'une caste à pari? Assurément non, mais ce que nous sommes en droit d'affirmer, c'est que nous avons sous les yeux un état social nouveau, correspondant à une transformation sociale et à l'entrée en scène d'éléments nouveaux. La physionomie de ces petites nail[ons{7iationes) a changé. Ce n'est plus le clan primitif,
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Fig. 84. — Tombe à inhumation de Hallstatt'.
dans sa simplicité patriarcale. A côté desgroupes de pasteurs et d'agriculteurs représent^ml le passé et continuant à incinérer, surgissent des associations guerrières qui, d'abord au service des maîtres du sol, deviennent bientôt leurs maîtres à leur tour. Ces derniers, comme les Gaulois du Belgium, pratiquent l'inhumation.
Revenons à Hallstatt pour écouter l'ingénieur Ramsauer, témoin oculaire, comme nous l'avons dit, de la plus grande partie des fouilles :