Sacki n, t.i'iih/flil mu l!o//.sla/l, pi. III
" Un des traits caractéristiques des lombes de llallstalt, nous dit-il, est le mélang-e complet des sépultures à inhumation et des sépultures à incinération, confondues pêle-mêle dans le même champ funéraire, et la presque identité des objets découverts de part et d'autre, témoignant de la contemporanéité des deux séries. »
Sur 993 tombes fouillées de 4847 à i8G4, 525 étaient à inhumation, 455 à incinération, 13 à incinération partielle. Sur 6,084 objets recueillis, 3,696 étaient des objets de parure (bronze, verre, ambre, or et ivoire); la grande majorité des objets de luxe appartenaient aux incinérés.
Après les bijoux, la série la plus remarquable est celle des vases de bronze, faits à l'aide de minces feuilles de tôle réunies par des rivets, travail de chaudronnerie dénotant, dans cet art difficile, une habileté consommée. Plusieurs de ces vases sont ornés d'élégants dessins au repoussé. Sur près de deux cents vases en bronze bien conservés ou, du moins, auxquels on a pu rendre leur première forme, vingt-trois seulement proviennent de tombes à inhumation. Les incinérés sont donc ici les plus riches. Bien plus, les armes de luxe appartiennent presque exclusivement aux incinérés. Vingt-huit épées, sans compter les poignards, ont été retirées des tombes : 6 sont en bronze, 3 en fer et en bronze, 19 en fer. Bien que les tombes à inhumation soient, en majorité, des tombes de guerrier, il est très remarquable que les plus belles épées, même parmi les épées de fer, proviennent des tombes à incinération. Les épées sont relativement rares auprès des inhumés.Leur armement se compose presque uniquement de lances, de javelots, de haches en fer. Les ceintures et baudriers de bronze semblent constituer leur seul luxe. On est ainsi amené à supposer qu'à Ilallstatt les chefs, même les chefs militaires, appartenaient à la classe qui suivait le vieux rite de la crémation.
De l'examencomparé des deux séries de tombes, il résulte que les incinérés étaient les premiers occupants du sol. Le rite de l'incinération, ce rite primitif de toutes les anciennes tribus c<-l ta ombriennes, le faisait déjà supposer. La décoration des
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urnes fuuéraircs, qui, en grande parlio, oiïrenl. la même ornementation que les urnes de Villanova, du predio Arnoaldi de Bologne et des couches inférieures d'Esté, en sont une démonslralion presque sans réplique.
La classe opulente de Ilallstatt. enrichie par le commerce des mines de sel qu'elle exploitait, appartenait certainement à l'ancienne migration dite aryenne à laquelle se rattachent ég-alement les populations du premier âge du fer en Italie.
Les inhumés se montrent, au contraire, sous l'aspect de nouveaux-venus établis au milieu de Tancienne population, plutôt comme des auxiliaires au service des familles puissantes que comme leurs égaux, encore moins comme leurs maîtres. C'est une nouvelle couche qui se superpose ou se juxtapose à l'ancienne. Nous ne voyons là, d'ailleurs, aucune trace de conquête armée. Mais ne généralisons pas. Il faut tenir compte ici, en effet, du caractère tout spécial de la contrée. Hallstatt n'est pas, ne pouvait pas être, par sa situation même, un centre d'habitations constituant une civitas^ un oppidum, demeure du chef analogue au rath irlandais, autour de laquelle viennent se grouper toute une tribu, tout un clan, vivants et morts. Hallstatt est un cimetière, un lieu de repos, un champ sacré, près duquel devait vivre une population très restreinte, celle des mineurs qui exploitaient le sel. La nécropole, le champ .svzcre isolé dans les montagnes (les coutumes de ces temps primitifs autorisent aie croire), pouvait, au contraire, servir de sépulture à plus d'un clan. On pouvait venir s'y faire enterrer de loin, comme dans la grande nécropole insubrienne de Golasecca. Les vieilles familles pouvaient avoir à cœur de reposer là près de leurs pères. Ne peut-on pas conjecturer que les guerriers inhumés à Hallstatt constituaient seulement Xa. force armée destinée à la défense des salines? Nous trouverons un état de choses tout différent à Laybach.
En résumé, et bien que le résultat de toutes les fouilles faites à Hallstatt ne soit pas encore publié à l'heure actuelle, nous croyons pouvoir nous arrêter aux conclusions suivantes, fondées en partie sur celles que M. de Sacken a indiquées :
1° Deux groupes distincts de population ont été enterrés à Hallstatt; l'un d'eux, celui qui incinérait, se montre beaucoup plus riche que Taulre.
2° Les populations représentées par le mobilier funéraire des lombes se livraient, en dehors de l'exploitation du sel, leur principal commerce, à l'élevage des bestiaux. De nombreux ossements et dents d'animaux enfouis dans les tombes font foi qu'elles avaient des troupeaux. Leurs occupations agricoles sont démontrées par la présence, dans les sépultures, de nombreuses faux et faucilles. Les scories et les blocs de fonte attestent qu'elles se livraient aussi à l'extraction et au travail des métaux.
3° Parmi les incinérés, la majeure partie des hommes et des femmes déployaient un luxe relatif de toilette, luxe alimenté par un commerce lointain qui pouvait leur fournir l'ambre de la Baltique, les verroteries phéniciennes, l'ivoire, des broderies d'or et des feuilles d'or estampé d'un travail tout oriental, dont ou décorait les poignées et les fourreaux des épées.
i" Sur les vases de bronze, à côté de la vieille ornementalion géométrique, commune à ces vases et à ceux de la Cisalpine, se remarquent de nouvelles combinaisons de signes, de symboles, dont quelques-uns se retrouvent sur les monnaies celtiques de la Gaule.
Nous n'avons rien à objecter à ces conclusions. Nous sommes également d'accord avec M. de Sacken quand il déclare que les incinérés de Hallstatt sont des Celtes. Mais il pense que les inhumés sont des Rhètes ou des Rasènes (proto-étrusques), anciens habitants de la montagne réduits par les Celtes à une sorte de servage. Ici nous sommes obligés de nous séparer do lui, car rien, à nos yeux, ne justifie une telle hypothèse.
Un métallurgiste distingué, M. Kournel (de Lyon), s'est également occupé de la nécropole de Hallstatt'. Ses observalions sont à noter, car elles complètent celles de M. de Sac-
1. Jj'ournet, iJe l'influence du mineur sur les progrès de la civilisalion, Lyon, 1861.
kcn en faisant intervenir dans la question les connaissances techniques propres à l'auteur.
Pour M. Fournet, l'or travaillé découvert à Hallstatt provient des mines de la Transylvanie, d'une mine encore exploitée (Barbara près Fuser). On n'avait plus recours aux mines de l'Oural, comme dans l'âg-e du bronze Scandinave. Une autre remarque de M. Fournet concerne l'absence complète d'objets en argent, non moins remarquable que celle des monnaies et des inscriptions. On sait que Philippe de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand, exploitait de riches mines d'argent et frappait une monnaie qui ne tarda pas à se répandre chez les barbares. MM. Fournet elMorlot ont fait observer que si l'argent, au ive siècle, pénètre en Hongrie, oiides monnaies d'argent de Philippe ont été recueillies en grand nombre, et si, d'autre part, la population de Hallstatt se livrait au commerce comme l'atteste la présence de l'ambre, de l'ivoire et du verre dans les tombes, c'est donc que la nécropole de Hallstatt cessa de servir de champ de repos dès la fin du v® siècle. L'absence du plomb s'accorde avec celle de l'argent pour démontrer que l'on n'enterrait plus à Hallstatt à l'époque où commence l'exploitation des mines d'argent de la Macédoine.
Mais à quelle époque la nécropole peut-elle remonter? « La population, dit M. Fournet, qui repose dans les 963 tombes de Hallstatt, a dû exploiter le sol antérieurement au règne de Philippe II de Macédoine, pendant les premiers temps de l'âge du fer, assez vraisemblablement à partir du x^ siècle avant notre ère. »
11 faut remarquer la concordance de ces résultats avec ceux auxquels nous arrivons nous-mêmes par la comparaison des antiquités de Hallstatt avec celles de la Cisalpine, comparaison à laquelle Morlot et Fournet ne pouvaient pas encore se livrer faute de matériaux.
Nous venons de voir une seconde couche archéologique, caractérisée par le rite do l'inhumation, se superposer, ou plutôt se juxtaposer, à la couche primitive qui incinérait. Le fait paraît être général dans les Noriques. Cette couche nouvelle
existe également à Laybach; elle s'y présente même avec un caractère plus accusé. A Laybach, en effet, à côté des nécropoles, se montrent des centres de population, des hauteurs fortifiées {oppida), formant un ensemble de défenses qui s'accorde avec l'importance des scènes militaires figurées sur les situles.
Si la couche inférieure des nécropoles de Sigmaringen, Laybach, Hallstatt, n'est que le prolongement ou plutôt la tête de nos antiquités celto-ombriennes, les couches supérieures nous mettent manifestement en rapport avec ce que Worsaae aurait appelé « une nouvelle province archéologique», s'élendant au delà des Noriques sur la Hongrie, la Bohème, la Bavière et le Wurtemberg.
Ces pays sont, par excellence, des régions gauloises. Pour la Bavière, la Bohême et la Souabe, le fait n'est pas douteux, il est attesté par les témoignages historiques. Seulement, à mesure que nous montons vers le nord, la couche inférieure est moins profonde, elle plonge moins avant dans le passé. Ceci demande explication.
Dans la péninsule italienne, des Alpes à la Campanie, le début du premier âge du fer nous transporte au delà du xu® siècle. Le flot humain qui l'y introduisit ne semble pas s'être fixé sur la rive droite du Danube avant le ix" siècle, avant le vni® et le vu"" sur la rive gauche. Ces attardés arrivèrent au centre de l'Europe dans des conditions de civilisation plus avancée que les premiers immigrants. Nous en trouvons la preuve dans les grands tumulus où le chef, couché sur un char où brillent le bronze et l'acier, le front ceint d'une couronne d'or, est entouré d'un riche mobilier funéraire. Ces Calâtes ne sont plus des vagabonds comme en Italie : ils sont chez eux.
Rien ne prouve que les Galates du sud, Hallstatt, Sigmaringen et même Laybach, aient fait partie des bandes qui, au IV® siècle, sont descendues en vainqu(!urs dans les plaines insubriennes. On n'a pas recueilli dans leurs tombes d'objets (|iii puissent être considérés comme les trophées d'expéditions
lointaines. Au contraire, la présence de vases peints, d'œnochoés en bronze à long bec de travail étrusque, d'un magnifique trépied de travail toscan (Durckheim), nous portent à croire que chez les Galates du centre, nous sommes en plein dans le pays des Gésates. Les Galates du Wurtemberg- et de la Hesse ont certainement pris part aux expéditions dont l'iiistoire a conservé le souvenir. L'étude des tumulus de la Bohème, de la Westphalie, du Hanovre, comme celle des cimetières de notre Belgium, donne la même impression, quoiqu'à un moindre dej,'ré. En entrant en Bavière et en Wurtemberg, nous mettons le pied sur le centre du mouvement de conquête qui, au iv^ siècle, entraîne les Gaulois au sud des Alpes.
Pourquoi n'y étaient-ils pas descendus plus tôt? Pourquoi, dès le vu*" siècle, le mouvement en avant vers le sud s'était-il arrêté? Une explication naturelle se présente à l'esprit.
A la fin du viii" siècle, les Étrusques s'étaient emparés delà Cisalpine et y dominaient en maîtres, Lesinsubres, les Euganéens et même une partie des Ombriens leur obéissaient. Une descente pacifique dans les riches plaines de l'Insubrie était impossible : on ne pouvait y pénétrer que les armes à la main. Les chefs galates ne purent songer à une aussi périlleuse entreprise tant que la puissance étrusque fut intacte. Une expédition ne devint possible que le jour où les populations opprimées, sœurs des Galates, purent concevoir l'espérance de secouer le joug étrusque avec l'aide de leurs frères du nord.
Une autre cause nous paraît alors avoir déterminé ou, tout au moins, précipité le mouvement vers le sud des tribus celtogalatiques de la rive droite du Rhin. Ces tribus avaient alors commencé à passer sur la rive gauche du grand fleuve, s'avançant même jusqu'au delà de la Saône. Mais, à ce moment même, c'est-à-dire vers la fin du v'' siècle, un autre groupe de même race, celui des Celto-Belges, les Kimris d'Amédée Thierry (il n'y aurait, suivant nous, aucun inconvénient à leur conserver cette qualification entrée déjà dans l'usage), prenait ])Osition, au-dessus des Celto-Galales, en Mocklembourg, en Hanovre, en Westphalie, en Hollande, en Slesvig, en Julland,
descendant jusqu'au Mcin et entrant en Gaule par le nord. Les Kimris étaient de vaillants g-uerriers; leur mobilier funéraire en fait foi. Des Dolg-cs ont certainement pris part aux expéditions du IV' siècle en Italie. Ne seraient-ce pas eux qui, trouvant les Galates déjà maîtres des Vosg-es et du Jura, les ont entraînés au sud pour ne pas entrer en lutte avec eux ? Ne seraientce pas les Pielg-es, ces Gaulois du nord, que les Étrusques avaient sous les yeux quand ils dépeignaient sous des couleurs si effrayantes les nouveaux envahisseurs, venus des extrémités du monde et des bords de l'Océan,
l.ittorc ab Oceani Gallis venieniibus*...
Ce ne sont là que des hypothèses ; mais il est permis de dire qu'elles s'accordent parfaitement avec les faits. Nous pouvons donc distinguer en Allemagne trois g-roupes de Celto-Galates :
1° Galates du sud (vallée du Danube);
2° Galates du centre (Bohême, Bavière, Wurtemberg);
3" Galates du nord (Belgium, Westphalie, Jutland).
Examinons les antiquités qui les rapprochent en regard de celles qui les diversifient. De ce relevé ressort de la manière la plus évidente, en dépit do divergences notables, l'existence d'une parenté plus ou moins étroite entre tous ces groupes et la grande étendue de leur domination aux environs du iv" siècle, de cet État que M. d'Arbois de Jubainville appelle YEmpire celtiqup.
Si l'on est en droit, comme cola est évident, d'appolor romaines les antiquités répandues sur une partie do l'Europe occidentale à la si5ite de rétablissement de l'Empire, et de qualifier du même terme la période qui s'étend du i"' au v" siècle de notre ère, — <\(i germaniques ou gothiques les antiquités de la période qui succède à celle de la domination romaine, — la période précédant celle-ci, durant laquelle les tribus gauloises ont joué un si grand rôle, ne doit-elle pas être à bon droit