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LES CALATES DU SUD A LAYBACH

Rapprochons-nous des sources du Danuheet, sous la direction de MM. Deschmann et de Hochstetter, jetons un coup d'œil sur les groupes celtiques des vallées de la Save et de la Drave *.

Des découvertes dues au hasard, faites aux environs de Laybach, ayant attiré l'attention d'un membre de l'Académie des sciences de Vienne, M. Ferdinand de Hochstetter, l'Académie décida, en 1878, que des fouilles régulières seraient pratiquées en Carniole.

Les résultats dépassèrent les espérances. En quelques semaines, MM. de Hochstetter et Deschmann (député de Laybach et directeur du Musée) constatèrent, dans dix-huit localités du district, mais surtout dans les contrées montagneuses, la présence d'antiquités pré-romaines parfaitement caractérisées.

Plusieurs de ces localités étaient fortifiées. Le bassin de la Save et du Morast, en particulier, possédaient nombre de ces oppida ou gradisce, autour desquels s'élevaient de nombreux

1. Deschmaun et Uochsteiter, Pràhistorische Ansiedelungen und Begriibnisssfà/len in Krain. extrait du t. XII des Mémoires de l'Académie de Vienne, Malhem. naiurwiss. Clause, Vienne, 1879, ia-4.

tumuJus dits gromilas, dans lesquels on ne tarda pas à reconnaître une série de sépultures.

II était évident qu'une petite nation, un groupe de tribus, s'était, bien avant l'époque romaine, fortifié dans ces vallées. Les gradisce sont entourés de respect ; on y allume traditionnellement les feux de la Saint-Jean. Les anciens habitants de ces lieux fortifiés sont encore l'objet de légendes locales et la terre des tumulus oii ils reposent passe pour ensorcelée. Les paysans la recueillent et la conservent dans des pots, persuadés qu'à l'heure marquée par les fées, ceux qui ont eu la patience d'attendre verront cette poussière se convertir en poudre d'or.

Bien qu'appartenant tous, au fond, à la même civilisation, ces divers groupes de sépultures se présentent dans des conditions assez dillerentes pour qu'il soit impossible de réduire en une seule formule les résultats obtenus. A part le fait — important à signaler et commun à tous les groupes — de l'absence complèle de toute antiquité remontant à l'époque néolithique ou à l'âge du bronze aussi bien qu'à l'époque romaine, ces cimetières offrent les variétés suivantes concentrées sur un espace restreint :

1° Prépondérance marquée du rite de l'incinération;

2° Prépondérance marquée du rite de l'inhumation;

3" Mélange confus des deux rites.

A un autre point de vue, ce sont tantôt les incinérés, tantôt les inhumés qui sont les plus riches. Mais procédons par ordre et voyons les faits se dérouler sous nos yeux, en suivant la relation officielle.

Au mois de juillet 1878, au-dessous d'un rclranchemenl de pierres sèches, sur le bord du lac de Zirknitz, on découvrit quelques ossements humains ; puis, sur le penchant de ia colline, uncst'n-ie d'urnes cinéiaiies. Celles-ci étaient grossières, d'une argile sahlonneuse, peu cuite et d'un jaune rougeâtre. Au milieu des cendres mêlées de charbon de hois, on recueillit des bracelets de bronze, des libules de bronze du t^-pe de Golasecca et de Villanova, quelques-unes du type de l'arc simple ; à côté de couteaux et d'anneaux en fer, il y avait des colliers composés de perles de verre , de grains d'ambre, de perles d'agate. Malheureusement, les

136 T.ES CELTES ET LES fiAULOlS

objets découverts près des squelettes à cette époque n'ont pas été conservés.

A Grad près de Saint-Michel, non loin d'Adelsberg, de grands retranchements de terre signalaient la présence d'un autre gradisce. La charrue avait, à plusieurs reprises, fait sortir de terre des fragments de bracelets de bronze et de fibules, des perles de pâte émaillée ou du moins colorée, des pointes de lance en fer, des tessons de poterie appartenant visiblement à des urnes cinéraires ; d'autre part, des squelettes déposés simplement en terre attestaient qu'à Grad les deux rites avaient été pratiqués concurremment. Le sol ayant été trop bouleversé par la culture, la commission de rAcadémie porta ses efforts sur le cimetière de Klenik, situé également sur une hauteur où, le 24 juin, s'allument les feux de la Saint- Jean (fig. 85). Ce cimetière se trouva être presque exclusivement à incinération. On y rencontra un seul squelette, avec mobilier funéraire des plus pauvres. Les urnes avaient un caractère particulier : très grandes, d'un aspect analogue aux bonbonnes à acide du Midi, elles étaient ornées de saillies en forme de bouton. Dans quelques-unes, un enfant pouvait s'asseoir à l'aise; une des moyennes mesurait 0"',67 de haut sur 0°»,77 de tour. Cette urne, comme celles de Golasecca, était entourée de cailloux. Un tiers de la hauteur était rempli de cendres humaines, mêlées de charbons; au-dessus, une feuille de tôle de bronze semblait être les restes d'un chaudron. A côté étaient un petit couteau de fer oxydé et une boule de plomb percée, de 2 centimètres de diamètre. Une des urnes était noyée dans un lit de cendres et entourée de charbons en guise de cailloux. Dans toutes, le mobilier funéraire était modeste. Une plaque de ceinture ornée, à laquelle étaient encore fixés des débris de tissus, une grande fibule en fer, à arc orné de boules, faisaient seules exception.

Ces fouilles furent reprises par le Musée de Laybach. La première tombe découverte (2 septembre) fut celle d'un inhumé couché sur le dos. Il avait au cou un collier d'ambre, au milieu duquel pendait un petit grelot de bronze en forme de panier'. A son bras gauche était un bracelet, composé de cinq rangs de perles d'ambre ; une grande fibule et un couteau de fer complétaient son attirail personnel. Auprès du squelette on trouva deux figurines humaines très grossières en corne de cerf et un petit cavalier sculpté de même matière ^ Enfin, la même tombe donna encore une petite boîte cylindrique en os.

Après la tombe à squelette se présentèrent seize tombes à incinération. Les unes contenaient plusieurs fibules du type Golasecca-Villanova, d'autres des fragments de bracelets de bronze, des pesons de fuseaux et des anneaux de fer.

Le lendemain (3 septembre), nouveau squelette couché sur le dos.

1. Ces petits grelots se retrouvent dans plusieurs nécropoles de la môme époque, notamment à Sigmaringon (cf. LindeMschmii, Sammlungen zii Sigmaringen, pi. Xill, 15).

2. Deschmana et Hochstetter, p. 13. Ces objets sont trop informes pour qu'il y ait intérêt à les reproduire.

Dans la cavité des fosses nasales, on remarqua un anneau de fil de bronze ; on trouva encore une épingle à cheveux, six perles de verre bleu, une perle d'ambre, deux bracelets et deux fibules de bronze.

Les deux jours suivants on ne rencontra que des urpes au nombre de quarante-cinq.

6 septembre. — Troisième squelette; près du squelette, de grands anneaux de bronze et une fibule; à ses pieds un vase brisé.

Le 8, on découvrit dix nouvelles urnes, puis trois squelettes avec les mêmes anneaux de bronze et les mêmes fibules, plus deux couteaux de fer au-dessus. La présence de deux urnes semblait attester une superposition de sépultures.

Les fouilles continuèrent ainsi, donnant toujours à peu près les mêmes résultats. Les tombes à incinération étaient de beaucoup les plus nombreuses, mais aussi relativement les moins riches.

Le 17 septembre, pour la première fois, on découvrit près d'un s*iuelette une arme véritable, une belle pointe de lance en fer. Au même moil appartenaient une grosse perle d'ambre, des fragments de ceinture en bronze et une pierre à aiguiser.

En résumé, à la fin de cette campagne, deux cent trente-cinq sépultures avaient été explorées; cent vingt-trois étaient des sépultures de pauvres, dont les cendrcs, placées entre deux dalles, n'avaient même [)as été renfermées dans des urnes ; quatre-vingt-douze étaient des tombes à urnes cinéraires. Aucune de ces tombes n'indiquait un personnage important. Les tombes à inhumation étaient en grande minorité.

Il ne faut pas croire cependant que ces humbles tombes avaient été construites sans soin. Au fond de beaucoup d'entre elles était étendue une couche d'argile destinée à préserver la fosse de l'humidité. La même précaution était pi-ise à Hallstatt. Les cendres mêlées de chai-bon étaient déposées sur le sol soit directement, soit dans des urnes. L'urne était alors soigneusement entourée d'une murelte de pierres sèches comme à Golasecca ou à Villanova, ou encore d'une couche de charbon formant corps isolant. Enfin, sans être travaillées au tour, beaucoup de ces urnes ont une certaine délicatesse de forme et sont ornées de dessins géométrif|ues d'un aspect élégant.

L'impression qui se dégage de ces faits est que le cimetière doKIonik était celui d'un pauvre village dépendant de localités plus importantes : on n'avait évidemment pas mis la main sur les sépultures des seigneurs des ç/radisco.W fallait les trouver. On se rappela que, quelques années auparavant, à 400 mètres seulement de Klenik, avait été découvert un magnifique casque do bronze conservé depuis au Musée de Laybarh, Plusieurs squelettes avaient été déterrés à la même époque, auprès desquels étaient, disait-on, des pointes de lance en fer, dont

l'une garnie d'une élégante virole de bronze. Les paysans affirmaient que le fer des lances était d'excellente qualité : on pouvait le reforger pour fabriquer des outils. Le casque était identique, pour la forme, à ceux qui avaient été découverts, en 1812, à Nég-au dans la Basse-Styrie et dont l'un portait une inscription euganéenne en caractères étrusques.

Le prince Ernest de Windischgraetz,dontles propriétés sont voisines de Ivlenik, comprit qu'il v avait des espérances à

Fig. 80. — Vue de la uécropole de Kleuik'.

fonder sur de nouvelles fouilles. Ce fui lui qui voulut en faire les frais.

Une première enquête prouva que le cimetière de Klenik était loin d'être un des plus importants du district. Les paysans, interrogés avec adresse, signalèrent bientôt des localités où des centaines de tumulus étaient comme pressés les uns contre les autres. Les fées, disait-on, les avaient élevés pour empêcher de découvrir celui où était le Veati d'or, qiii restait caché au milieu d'eux.

(1) Desclimann et Hochsletler^ Pr.ehistorische Ansiedelungen in AV«m, Vienne, 1879, pi. Vlll.

On apprit qu'à Marialhal, au sud de Laybach, cinq squelettes avec colliers de perles de verre et d'ambre, ornés de bracelets de bronze, venaient d'être exhumés, et que, non loin de là, plus de cent tumulns s'élevaient autour de Sanct-Marg-arethen, dans un périmètre d'une demi-lieue seulement. On y avait déjà recueilli une riche moisson de bronze et même quelques objets en or.

Il y avait donc en Carniole non seulement deux rites funéraires distincts, mais deux modes sensiblement différents de sépulture : l'ensevelissement en pleine terre et l'ensevelissement sous tumulus. Il était intéressant de savoir à quoi ces différences répondaient.

C'est dans ces conditions que le prince de 'Windischg-raetz reprit, en 1879, les fouilles précédemment abandonnées et que M. de Hochstetter les continua, de 1881 à 1883, au nom de TAcadémie des sciences de Vienne.

Les explorateurs, dit le rapport, s'attaquèrent d'abord aux tumulus de Sanct-Margaretlien, d'où ils passèrent à ceux de Walsch. Les fouilles montrèrent dès le début que les tumulus, tant ceux de Watsch que ceux de Sanct-Margarethen, n'étaient pas tous à inhumalion. Bon nombre contenaient encore des urnes cinéraires, mais les tumulus à inhumalion, au nombre de plus de cent, étaient là incontestablement les plus richrs et beaucoup d'entre eux contenaient des armes.

On découvrit d'abord un casque de bronze, puis une grande pointe de lance et des phaières de bronze. Un seul tumulus renfermait, auprès du squelette, deux bracelets, sept fibules, un collier et des fragments de pendants d'oreille en bronze, recouverts d'une mince plaque d'or ornée de méandres dessinés par de petits clous. Plusieurs squelettes avaient été inhumés avec tout un arsenal de pointes de flèche et une véritable provision de pointes de lance en fer. On était donc en présence des tombes d'une aristocratie militaire, de ceux qui se retranchaient dans les gradisce voisins.

Parmi les armes, l'épée manquait toujours. Il est bon de rappeler que, même à l'époque germanique, chez le plus grand nombre de tribus, l'épée est l'arme des chefs seuls, l'insigne du commandement. Du reste, elle fait également défaut sur la plaque de ceinturon et la situle appartenant à ces tumulus dont nous avons donné plus haut des gravures (fig. 67 et 72\

Il y a là une nouvelle concordance entre ces scènes et ce que l'étude directe des nécropoles nous fait connaître de la civilisation du pays. Pas plus que cette civilisation, l'industrie du métal dont témoignent les monuments en question n'est grecque ou étrusque. L'une et l'autre sont également indigènes et, bien qu'ayant subi des influences étrangères, présentent un caractère local nettement tranché.

Nous avons donné plus haut (p. 96) la liste des ouvrages en bronze repoussé de cette région. En consultant la colonne 011 sont indiquées leurs provenances, on voit que la zone où ils se rencontrent dépasse très peu les Apennins. Ce sont les vestiges d'un art daiiubio-podouan, en indiquant par là sinon le centre de fabrication, qui pouvait être plus restreint, du

Fi^r. Sfi. — Fibule à nœuds de Klenik. en brouze et en fer'.

moins l'extension du marché où ces produits trouvaient acquéreurs. Ils représentent surtout, à nos yeux, la vie publique et privée des tribus des vallées de la Save, du Haut-Danube et de la Traun (lacs de Gmunden et de Hallstatt), c'est-à-dire l'état social des tribus celtiques du Noricum, contrée où les casques, lances, haches et débris de chars se sont rencontrés dans les tombes comme on les voit figurés sur les situles. La Cisalpine n'ayant jusqu'ici rien fourni de semblable, à part le mobilier funéraire de Sesto-Calende, paraît rester en dehors. Que nous voilà loin de Vadena, de Golasecca, d'Esté, c'està-dire de tous les cimetières homogènes de la Haute-Italie ! Ce n'est pas que les tombes des incinérés de Sanct-Margare-

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