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Liudenschmit, III, 6, 2, texte, fig. 5 et

DANS LES VALLÉKS DU PÔ ET DU DANUBE 1 o7

exemple, les Francs auprès des Burg-ondes. A l'époque où l'épée de fer n'était pas encore en usage, ces bandes aventureuses s'étaient avancées jusqu'en Irlande et s'étaient trouvées en relations avec le monde Scandinave. Mais à l'époque où domine Tépée de fer hallslattienne, le champ de leurs expéditions paraît se restreindre. Durant ces deux périodes (épée de bronze et épée de fer), dont la seconde a certainement été de beaucoup la plus courte, les hommes armés de ces épées ont poussé plusieurs pointes et probablement même fondé des établissements durables à l'ouest du Rhin, dans le Jura, les Vosges, la Côte-d'Or, le Cher, et plus au sud dans la Drôme, l'Aveyron, le Cantal et le Lot. Les descentes en Italie appartiennent à une époque plus tardive — les Celtes et Proto- Celtes mis à part — alors que l'épée en fer du type dit de la Tène avait remplacé la lourde épée en fer de Hallstatt.

11 est indispensable, pour éviter toute confusion, d'insister sur ce point : les deux groupes dont nous parlons sont loin de représenter l'ensemble de la famille celtique, dont l'aire g'éographique est bien autrement considérable. Il ne s'agit que de deux branches, étroitement apparentées entre elles, de cette grande famille, qui paraissent avoir été particulièrement remuantes et belliqueuses. Pour nous faire une idée de l'extension du domaine celtique, antérieurement aux expéditions guerrières du iv^ siècle qui en reculèrent, les limites jusqu'en Asie, c'est à d'autres statistiques archéologiques que nous devons avoir recours, à celle des rasoirs, des fibules et des cistes à cordons.

Nous avons déjà donné une statistique et une carte des rasoirs dans la seconde édition de Y Archéologie celtique et gauloise. Ce petit instrument de bronze, qui, n'étant pas une arme, n'appartient pas seulement au mobilier funéraire des tombes de guerriers, est très répandu dans les nécropoles celtiques et italiques ; il est remarquable qu'on ne l'a jamais découvert à Santa-Lucia, quiest probablement uncimetière illyrien. A Este, il manque dans la première période (euganéenne); il est rare dans la seconde et dans la troisième. Les autres nécropoles ar-

chaïques de l'Italie en ont fourni un grand nombre. Les régions où il se rencontre le plus fréquemment sont le nord de l'Italie depuis le Latium, la Souabe, la Franconie, la Bohême ; à l'époque de Hallstatt, il s'est aussi répandu sur la rive gauche du Rhin.

Des rasoirs en bronze du même type se sont même exceptionnellement trouvés en Armorique, non pas, il est vrai, dans des sépultures, mais dans des dépôts d'ambulants. Le fait n'en est pas moins à noter et, joint à d'autres du même genre, il n'est pas sans offrir un grand intérêt. Nous voyons ainsi se répandre dans la Gaule occidentale, où la civilisation de la pierre polie avait été si vivace, la culture propre à la région des Alpes, du Danube et du Rhin.

En France, la Vendée, la Haute-Vienne, la Vienne, les deux Charentes, la Gironde, les Landes, le Gers, le Tarn, la Dordogne, la Haute-Garonne, les Hautes et Basses-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales, c'est-à-dire le sud-ouest de la Gaule, n'ont offert, au contraire, aucun spécimen de rasoirs en bronze. I/absence du rasoir est également remarquable dans la région du Bas-Danube et en Iliyrie. Au nord-est de la Germanie, il se présente sous une autre forme, qui le rattache au groupe Scandinave où il est fréquent. On sait qu'entre ce groupe et le groupe celtique existent des analogies incontestables.

La chronologie du rasoir a son importance comme sa géographie. L'usage de cet objet remonte à une époque très reculée, aux inspirations qui marquèrent le début du premier âge du fer. Il existait en Scandinavie dès l'âge du bronze. Au sud des Alpes, il apparaît plus tardivement, mais s'y maintient avec une grande ténacité. Nous le rencontrons encore au iii^ et au ne siècle dans le Belgium, où il a subi la même transformation que l'épée : comme un grand nombre de fibules, il est alors en fer.

La statistique des cistes à cordons, bien que l'usage en ait été plus restreint et que les lacunes en soient plus nombreuses, offre, dans l'ensemble, un résultat analogue.

Déjà, en 1873, à propos des fouilles du tumulus de Magny-

Lambert, l'un de nous a eu l'occasion de s'occuper du seau à côtes, appelé par les Italiens cista a cordoni, en même temps que du rasoir •;

Il y a, toutefois, une distinction à faire. Si Taire de la distribution des deux ustensiles est à pou près la même, la date de leur introduction dans le mobilier funéraire est diirérente. La ciste à cordons est sensiblement plus récente. Les tribus primitives de l'Italie, si riches, cependant, en ustensiles de chaudronnerie de bronze, ne s'en servaient pas, ou, du moins, ne le plaçaient pas dans les sépultures. Le seau à côtes ne s'est rencontré ni à Vulci, ni à Corneto, ni à Vetulonia, ni à Golasecca. Au vi° siècle, on le voit apparaître à la Certosa(Bologne), où il n'est pas rare; puis il se montre au nord des Alpes, à Hallstatt, et dans les grands tumulus de la Bavière, du Wurtemberg-, de la Gaule orientale. Il appartient donc à une seconde couche de migration, étrusco-ombrienne en Italie, celto-galalique au nord des Alpes.

Un fait semble toutefois prouver que les tribus au milieu desquelles pénétraient l'épée de fer et la ciste à cordons se rattachaient par un lien étroit aux tribus primitives qui les ignoraient. Non seulement le rasoir se retrouve presque toujours à côté de la ciste, mais les formes les plus anciennes, les formes typiques de la fibule ont persisté, avec une bien remarquable constance, jusqu'à la fin de la grande période qui précède la domination romaine.

Si l'on place en regard une collection de fibules celtiques, une collection de fibules romaines, une collection de fibules franques ou mérovingiennes, l'œil le plus inexpérimenté reconnaîtra qu'il a devant lui les monuments de trois périodes, de trois civilisations distinctes, séparées l'une de l'autre par de profondes révolutions.

Du L\e au i" siècle avant notre ère, aucune coupure semblable, si l'on peut dire, ne se manifeste en Europe. L'uniformité relative qui distingue celte période des suivantes no

1. A. Berlraiiil, Mémoires de la Société des Anli'/uuiirs, 1873, p. 28'; el suiv.

peut s'expliquer que par une seule cause, qui est la prédominance de la civilisation celtique en Occident.

r^ous avons vu la civilisation celtique passer successivement de l'état social particulier aux tribus homogènes (Insuhriens. Ombriens) à un état d'organisation plus complexe, et cela par des groupements de tribus qui ont formé les nationes dont rhistoire nous a transmis les noms — Senones, Boii, Taurisci — ou des ag-gloméralions g-uerrières comme les Gésates. Cette transformation sociale ne s'est pas acccomplie en Italie, mais sur le Rhin et sur le Danube. Les Galales et les Gésates ne paraissent en Italie qu'au iv^ siècle, au milieu de populations de même souche qu'eux, mais pacifiques, prospères, n'acceplant la guerre que comme une nécessité. Ces populations, en effet, se trouvant en contact avec les Tyrsènes- Pélasges, les Étrusques, les Ombriens, s'étaient développées, pendant des siècles, d'une manière indépendante, et ce développement les avait différenciées de plus en plus des tribus congénères restées éloignées de Tltalie.

Par une bonne fortune inexpérée, deux séries de fouilles admirablement conduites — celles du Bolonais commencées parGozzadini, poursuivies par MM. Zannoni et Brizio et celles d'Esté, dues à l'intelligente activité de Prosdocimi et aux encouragements de la famille Benvenuti — nous permettent de suivre presque sans interruption, et avec des points de repère certains^, les populations primitives de ces deux centres importants depuis le xu* ou le xiv® siècle jusqu'à l'invasion galatique du iv®.

A Bologne, dans une vaste nécropole qui s'étend du centre de la ville à la Certosa (Chartreuse), sur un développement de o à 6 kilomètres, s'échelonnent, suivant l'ordre des temps^ les séries des sépultures préromaines ; les sépultures de Felsina (la Bologne ombrienne) sont les plus anciennes, les autres se succèdent de proche en proche sans que la domination étrusque vienne y déterminer une lacune, jusqu'à l'avènement brutal des Galatesqui bouleversent l'état ancien sans le remplacer, ce semble, par rien de durable.

DANS LES VALLIÎKS DU PO KT DU DANUHIi

A Este, par suite de circonstances locales, les débordements et inondations périodiques de l'Adige dont les sables ont exhaussé successivement le sol, les sépultures, dont la série est également complète, ne sont pas juxtaposées^ mais superposées. Il y a là une stratigraphie du plus grand intérêt qui présente lachronolog-ie des nécropoles sous un aspect parfaitement clair. M. Prosdocimi a résumé, dans un tableau que nous reproduisons, la succession des couches funéraires divisées en

Fig. 92. — Stratigraphie des tombes d'Esté, d'après M. Prosdocimi' (Voir p. 163).

cinq g'roupes. L'ordre de cette succession est nalurclK'inent l'inverse de l'ordre chronologique, les sépultures supérieures étant les plus récentes. Voici l'explication de ce tableau : 1° Une couche romaine caractérisée avec une paifaile jtrécision parla présence de monnaies romaines de la République et d'Auguste; ces monnaies ont été découvertes dans des tombes datées d'ailleurs jiar la nature de la poterie et par de. inscriptions funéraires en caractères romains.

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