‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 103 sur 168 · E. Desor et Favre, Le bel âge du bronze en Suisse · texte numérisé non relu

E. Desor et Favre, Le bel âge du bronze en Suisse

6. Salomoa Reinach, Revue archéologique, 1883, t. II, p. 263.

LA GAULE AVANT LtS GAULOIS

d'invasions, sans se fixer sur la rive gauche. Les établissements sédentaires de l'époque des métaux appartiennent tous à l'âg-e du fer. D'un autre côté, les hyperboréens du bronze, navigateurs, ainsi que le prouvent les navires gravés sur leurs rasoirs(fig. 170, 171), ont pu entrer chez nous par nos fleuves et nos rivières, et les remonter, comme plus tard les Normands, jusqu'à une certaine hauteur. Des luttes ont dû avoir lieu entre étrangers et indigènes. Les dépôts que nous avons considérés commela. part des dieux T^TOyiendraieni^ en partie de ces luttes.

Fis. no.

Fig. 171. — Rasoirs scandiaaves de l'âge du bronze.

Le commerce apportait incontestablement aux chefs des tribus indigènes quelques-unes de ces merveilles de l'indus-

1. Voir notre Archéologie celtique et gauloise, 2eédit., p. 217, note intitulée: Deux morts de cheval en bronze ; La part des Dieux. Des textes relevés par MM. Worsaaî, Beauvois et Waldemar Schmidt donnent à ces conjectures un haut degré de vraisenihlauce. On peut admettre sans trop de hardiesse, disait Worsaœ à une séance de la Société des Antiquaires du Nord {Mém. Soc. des Antiquaires du Nord à Copenhagtie, 1866, p. 71), que la plupart des trouvailles faites dans les lacs, les tourbières, le lit des rivières, ou sous de grosses pierres, doivent leur origine à des pratiques religieuses et qu'elles repré-

INTRODUCTION DES MÉTAUX EN GAULE 20î^(

trie métallique. Des espèces de Bohémiens semblent avoir été leurs pourvoyeurs *. E. Desor a conjecturé que les stations lacustres du bronze servaient de dépôt à ces premiers trafiquants *.

De tous les bronzes découverts en Gaule, les bronzes lacus-

scutent le? offraudes eu rhouueiir des diviuitOï. Ces mœurs sont bieu celles des populations guerrières du nord, Hyperboréens, Scaudiuaves, Cimbres et Gaulois, telles que les historiens les ont dépeintes. « Les vainqueurs, écrit Tite-Live à propos de la bataille de l'Allia en 387 (Tite-Live, 1. V, ch. xxrx), furent d'abord étourdis et comme stupéfaits de leur victoire. Ils n'osaient avancer, craignant des embûches, puis rassurés, ils se mirent à dépouiller les morts suivant l'usage de leur nation, dressèrent en trophée toutes les armes et les enfouirent sous des tumulus. » Le fait est signalé par Justin et par Strabou ; l'amas d'or que les Tectosages jettent en offrande aux dieuxdans le lac sacré de Toulouse, au retour de l'expédition de Delphes, a le même caractère. Nous possédons un texte encore plus précis. J'ouvre Paul Orose (liv. V, ch. xvi), et j'y lis : « Les Cimbres vainqueurs, maîtres des deux camps romains (l'an 618 de Rome), par un sentiment de sauvage superstition, détruisent tout ce qui tombe en leur pouvoir. L'or et l'argent sont jetés dans le fleuve. Les armes, les cuirasses, les phalères, sont brisées et foulées aux pieds. Les chevaux eux-mêmes sont précipités dans le gouffre. Les cadavres des Romains suspendus aux branches d'arbres, leurs vêtements lacérés, en sorte que les vainqueurs ne proOtèrent en rien du butin. » Ces mœurs étaient encore celles des Gaulois au temps de César {De Bello Gall. VI, ch. xvii). «Les Gaulois vouent généralement les dépouilles de l'ennemi au dieu Mars... On peut voir, dans beaucoup de cités, des tumulus où ce butin a été déposé, et rarement il arrive qu'au mépris de la loi religieuse, un Gaulois ose dissimuler une partie de son butin ou toucher à celui qui a été déposé; crime puni d'une mort terrible. »

1. Voir plus loin le chapitre vu : Les premières grandes voies de commerce vers la Gaule.

2. Cf. E. Desor, Les palafitles du lac de Seuchûlel, 1863. Opinion développée par l'auteur en 1874, dans Le bel ôrje du bronze en Suisse.

« Après avoir examiné, comme nous venons de le faire, la station de Mdringen, on est naturellement amené à se demander quelle était la destination d'un établissement pareil? Cette question en soulève une autre, qui a été bien discutée et sur laquelle ou parait être à peu près d'accord, savoir que les premières palaflttes (les palafittes de la pierre) avaient été construites en vue d'augmenter la sécurité de leurs habitants. On y signale, en effet, des indices nombreux d'une population stable, qui, à l'époque de la pierre, vivait dans ces refuges avec ses animaux domestiques, en sorte qu'il n'y a rien qui s'oppose à ce qu'on les envisage comme des habitations fixes, des villages ou des cités lacustres. Ces stations sont, en général, très rapprochées du rivage, là où l'eau est peu profonde. De là leur nom de tcnevières, expression du pays indiquant un monticule inondé nature' ou artificiel. 11 en est autrement des stations du bronze. Elles se trouvent ordinairement sur les mêmes points que les ténevières, mais au large de ces dernière* et à une profondeur beau-

210 LA GALLIi AVANT LIS GAULOIS

très sont certainement les plus remarquables'. Aucun autre centre n'en a livré avec autant d'abondance. La plupart de ces bronzes, les armes surtout, sont parfaits. L'art n'y est point à ses débuts, mais en plein épanouissement.

Le petit volume d'E. Desor : Les Palafittes du lac de Neuchntel, 1865, sa grande publication : Le bel âge du bronze en Suisse, 1874, l'Album du Dr Gros", les belles gravures de M. Munro ^, les planches du Dictionnaire archéologique de la Gaide dont nous donnons plusieurs spécimens (fig-. 172, 173) mettent cette vérité en plein relief.

(( Il existe écrivait E. Desor, dès 18(i5, une différence notable, entre les palaflttes de l'âge de la pierre et celles de Tàge du bronze. Ces dernières, qui sont à la fois les plus vastes (il y en a qui comprennent une surface de plusieurs hectares et les plus nombreuses, se trouvent à une plus grande distance du bord, leur profondeur est, par conséquent, plus considérable. Les pieux sont plus grêles; ce sont fréquemment des troncs fendus eu quatre cl n'excédant guère 12 à 15 centimètres de diamètre. Leur nombre est considérable. Il est des stations où on les compte par milliers, tantôt groupés par six, dix, vingt, tantôt sur plusieurs rangs qui semblent tendre

coup plus considérable, double et même triple, de manière que quelle que soit l'amplitude des oscillations du lac, ou ne peut guère admettre qu'elles aient jamais été des îles, comme les stations des âges de la pierre. C'est donc avec rinteution bien arrêtée de vivre sur l'eau que les palafittes de l'âge du bronze ont été établies. On s'est demandé ce qui pouvait engager les gens de l'époque du bronze (qui étaient arrivés à un certain degré de culture et qui possédaient dans leurs armes des moyens de défense assez efficaces) à coutinuer de construire des cabanes sur l'eau, alors que pourtant ils devaient posséder des établissements sur terre ferme, ne fût-ce que pour abriter leur bétail. Ces considérations nous ont amené à uous demander si les constructions lacustres de fàgc du bronze étaient réellement des habitations ou bien si ce n'étaient pas plutôt des magasins. Cette idée nous a été suggérée par le fait que l'on trouve fréquemment sur un seul point une quantité d'ustensi'es trop considérable pour pouvoir être attribuée à un seul ménage, spécialement des amas de poterie qui dépassent de beaucoup les besoins d'une famille. De plus, Ja plupart des objets sont neufs. On n'y a jamais trouvé, que nous sachions, une épée ébréchée, et même les ustensiles usuels, tels que haches, couteaux, etc., sont rarement usés. » (Lebelâffe du bronze, 1874, p. 1). 1. Des stations du bronze ont été constatées dans les lacs de Zurich, de Bienue, de Neuchàtel, de Genève, de Morat, de Sempach (Suisse), d Annecy (Haute-Savoie), et du Bourgct. Il ne faut pas oublier le lac de Garde, en Italie. Quelques-unes de ces stations coutieuneut du fer.

Page 1