‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 104 sur 168 · Muuro, op. laud., p. 14, Vu, 2'J, 43, 77, 94, etc · texte numérisé non relu

Muuro, op. laud., p. 14, Vu, 2'J, 43, 77, 94, etc

INTRODUCTION DES MÉTAUX EN GAULE

Fig. 172. — Couteaux de bronze (types des stations lacustres), d'après le Dictionnaire archéologique de la Gaule (époque celtique.)

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vers le rivage, nous fournissant ainsi la preuve qu'il s'agit bien de constructions sur pilotis coniniuniijuatit avec le rivage par des avenues ou passerelles et non pas d'îles artificielles comme pouvaient être les téneviéres ou steinberg de l'âge de la pierre. C'est dans les intervalles des pieux que se trouvent les ustensiles, armes et parures de toute sorte qui caractérisent cette époque.

« Les ustensiles en bronze se font remarquer par leur bon état de conservation dans toutes nos palafittes. Les haches sont nombreuses, mesurant de 12 à 20 centimètres et pesant de 300 à 750 grammes ; le plus souvent elles sont parfaitement intactes, sans aucune trace d'usure, comme si elles n'avaient jamais été en usage... Les couteaux sont nombreux, en général petits (fig. 172), mais toujours élégants, la lame mesurant 10 à 20 centimètres de longueur; la plupart sont munis d'une soie qui pénétrait dans un manche qui n'est pas conservé, mais qui devait être en bois ou en corne, d'autres ont un manche en métal, d'autres enfin sont munis d'une douille... Les faucilles ont été trouvées en assez grand nombre » (fig. 174).

Fig. 174. — Faucille lacustre en bronze, d'après E. Desor.

« Les armes de l'époque sont des épées, des poignards, des lances et des flèches. Les épées ne sont pas nombreuses (il s'agit ici du lac de Neuchâtel, mais l'observation est exacte, d'une manière générale, et s'étend à tous les lacs). Les poignards sont peu nombreux.

« Les objets de luxe et de parure sont au moins aussi nombreux que les ustensiles. Les objets les plus en vue dans les collections sont les épingles à cheveux et les bracelets (fig. 173). Ces deux séries témoignent d'un goût cultivé • ».

On nous demandera peut-être quels rapports ont pu exister

entre les lacustres de la pierre et les lacustres du bronze. La

question, pour le moment, paraît insoluble. S'il fallait

1. Desor accentue encore ?a pensée en 1874, 9aus plus tant, voir [)ius haut, note 2 de la page 209.

répondre, nous inclinerions à y voir des tribus contemporaines occupant dans l'ensemble des populations aryennes un rangsocial différent et inégal. Il est difficile de croire, en tous cas, que les uns et les autres n'aient pas vécu côte à côte, à l'époque de transition de la pierre aux métaux.

La source la plus abondante, pour les objets de bronze, est, en Gaule, après les cités lacustres, le lit des rivières ou la tourbe des marais. Les plus belles armes de nos musées ont cette origine* (fig. 475). Beaucoup de bronzes proviennent aussi de cachettes [les cachettes de fondeur). Ces cachettes sont assez nombreuses, et il en est de très importantes. Le dépôt de Larnaud' (Jura) contenait quinze cents pièces environ. Le dépôt du Petit-Villatte ^ (Cher) en contenait 628.

Les outils, particulièrement les haches, sont aussi soignés que les épées et de formes très variées (fig. 176).

Les cachettes de ce genre sont particulièrement intéressantes. Elles donnent des synchronismes précieux en montrant quelles sont les formes diverses usitées à une même époque. Elles témoignent en outre de l'existence de certains centres précoces de fabrication ou d'entrepôt. Une carte de ces cachettes sérail utile à dresser.

Des armes et objets de bronze, de même type que les précédents, ont été recueillis sous des tumulus funéraires non dolméniques^ Mais ces tumulus sont, en Gaule, de l'âge du fer.

\. Voir au Musée de Saiot-Germalu, l'iuléressante découverte de Vaudrovauges. Salle V, vitrine 7.

2. Découvert eu 1865, actuellement au Musée de Saint-Germaiu, salle V, vitrine centrale.

3- Découvert en 1884, actuellement au Musée de Saint-Germaiu, salle V, vitr. 3 et 4. Cf. de Goy, La cacliette de fondeur du Pelil-Villale, 1885 (extrait des mémoires de la Société des Antiquaires du Centre). Les bronzes découverts sous les dolmens bronze importés probablement par mer et très probablement aussi antérieurs aux beaux bronzes lacustres, ne présentent jamais la perfection de ces derniers. Les bronzes du tumulus de Cruguel récemment découverts, les plus parfaits de cette série, en sont une démonstration suffisante : ils paraissent uniquement hiératiques (fig. 177). Cf. Rev.arcli.,^'^ èévlc, t. XV (1890), p. 304. Nous pouvons citer également les petits poignards et le couteau de bronze provenant de dolmens et stations néolithiques de la Lozère, fig. 178, p. 219. (.Musée de Saint-Gcrniain, salle III, vitrine 1.)

INTRODUCTION DKS MÉTAUX EN GAULE

Fig. 175. — Types des Épées de bronze. (Rivières et trésors), d'après le Dictionnaire archéologique de la Gaule (époque celtique).

IiNTRODLT.TlON DES MÉTAUX EN GAULE 217

L'épée de bronze etl'épée de fer, d'un type calqué sur Fépée de bronze , s'y rencontrent associées ; d'où, deux conclusions : la première, que les épées de bronze étaient encore en usage, après l'introduction, en Gaule, do la civilisation du fer — je dis civilisation à dessein. — La seconde, qu'il n'existe point en Gaule, sinon à l'état de grande exception, de sépultures intermédiaires entre les sépultures még'alithiques et les tumulus de l'âge du fer. Les rites funéraires, pendant la période de transition, s'étaient maintenus ce qu'ils étaient antérieurement, sauf, ce semble, quelques conversions à l'incinération ^ En un mot, entre les deux périodes, âge de la pierre polie, âge du fer, aucun monument n'existe en Gaule, attribuable à un âge du bronze pur. En Danemark, la civilisation du bronze et le rite de l'incinération sont des faits connexes. Les cimetières à incinération, peu nombreux chez nous, appartiennent à l'âge du fer.

Il n'y a donc point eu, à proprement parler, nous le répétons, d'âge du bronze en Gaule. La Gaule néolithique a reçu par le commerce ou à la suite d'essais de missions religieuses, des objets de bronze en plus ou moins grande abondance. Sur quelques points du territoire, les indigènes ont pu apprendre, comme les indigènes des côtes d'Espagne *, les secrets de cette fabrication. Le pays n'a point été, comme le Danemark, profondément révolutionné à l'époque de l'apparition du métal. Cela étant, comment dater les objets de bronze, même les armes que possèdent nos musées? La' salle VI du Musée de Saint-Germain, où est réuni le mobilier funéraire de nos plus anciens tumulus de l'âge du fer, renferme plusieurs épées de bronze identiques aux épées découverts dans le lit de nos rivières. Pourquoi les épées de la salle V, livrées presque toute par un terrain banal, seraient-elles d'une autre époque que les épées en bronze des tumulus de l'âge du fer dont rien matériel-

1. Nous attribuons à des missions religieuses, les conversions de quelques tribus ou de quelques chefs au rite de l'incinération. Ces missions paraissent être venues par mer. Nous croyons en trouver surtout la trace eu Armorique. 2. Cf. Siret, op. laud., p. 17.

Fiu 1" i3rouzes découverts sous le luuiulus-dolmeu de Cruguel, co.muuue do, Guidel, pièi de Lori.^ut (Morbihan), d'après le capilaiue de vaisseau Le

Foulais.

INTRODUCTION DES MÉTAIX EN OALT-K

lement neles disting-ue?Et si les dépôls, qui nous ont paru être la part des dieux, ont effectivement ce caractère, s'ils constituent l'olTrande du vainqueur consacrant anx dieux les dépouilles de son ennemi à la suite d'un combat heureux, qui peut nous dire si ce vainqueur n'était pas un héros aux

Fig. 118. — Couteau et petite poignards de bronze, découverts dans des stations néolithiques du département de la Lozère.

armes de fer? Enfin, si, comme le pensait Desor, les cités lacustres sont des magasins destinés au commerce du bronze, de quel droit conclurait-on de cette accumulation d'objets emmagasinés, bien que tous en bronze, que le fer, en dehors des lacs, n'était pas déjà répandu même chez les tribus aux-

Fig. 179. — Bracelet de Boryzow.

Fi". 181. — France.

Fig. 180. — Bracelet de Mœriageu. Fig. 182. — Mecklembourg.

INTRODUCTION DES MÉTAUX EN GAULE

quelles ces marchandises de luxe étaient destinées? Il y a plus ; laprobabilité est que les cimetières transalpins appartenant au premier âg-e du fer, cimetières de Golasecca, près Milan*, de Yillanova, près Bologne (Italie)', ceux de Gaule, cimetières de Garin (Haute-Garonne) ^, du plateau de Ger (Hautes-Pyrénées)*, et de la forêt de Hag-uenau (Haut-Rhin) ^, sont ou contemporains ou plus anciens que les cités lacustres du bronze.

Un fait important sur lequel on ne saurait trop insister, est l'air de parenté de tous ces bronzes en Europe, la certitude qu'à l'origine des rapports commerciaux reliaient entre eux des pays aussi éloig'nés que l'étaient à cette époque oi^i n'existait aucun système de grandes routes, le Danemark, la Suède, la Hongrie, la Gaule, et l'Italie du nord. Les découvertes faites dans ces différents pays démontrent, sans doute possible, que les bronzes primitifs, danois, lacustres, gaulois, italiens, avaient une origine commune, Nous insistions déjà sur ce fait dans une note lue il y a une vingtaine d'années à l'Académie des inscriptions \ Nous y signalions et nous les reproduisons ici plusieurs spécimens d'armes ou bijoux, on peut dire identiques, découverts dans ces diverses contrées.

1° Bracelets : le bracelet de Boryzow (vallée du Dnieper (fig. 179) rapproché d'un bracelet lacustre (fig. 180), découvert à Mœringen, station du lac de Bienne (Suisse).

2° Des poignards (fig. 181-182) provenant l'un du midi de la France, l'autre du Meklembourg.

Plus sensible encore, s'il est possible, est la ressemblance de l'épée de Yaudrevanges (fig. 183) rapprochée des épées de Mœringen (Suisse, fig. 184), et du Yermiand (Suède, fig. 185).

\. Cf. C. «le Mortillet, Revue archéologique, XII, p. 453 (1865).

2. Cf. C'O Gozzadiiii, Di un sepolcreto etrusco scoperto pressa Bologna, 1834.

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