‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 136 sur 168 · NOTIONS NOUVELLES SI H L AGE DU RENNE · texte numérisé non relu

NOTIONS NOUVELLES SI H L AGE DU RENNE

avait appris à dresser des pièges aux bêles sauvages et à les faire tomber dans des fosses. Les grands herbivores vivant en société, craintifs et doux étaient le plus souvent ceux qui s'y laissaient prendre et faisaient la base de son alimentation. Parfois la chasse, très abondante, dépassait les besoins de la famille; d'autres fois le gibier manquait aux chasseurs, et ils restaient de longues journées sans nourriture. ï.e raisonnement le plus simple les porta, quand les prises étaient abondantfs, à épargner quelques anin)aux pour les jours de détresse. Les plus jnuncs étaient ceux

ik

Épi de blé ou d'orge sculpté. (Grotte des Espélugues a Lourdes.)

dont ils pouvaient le plus facilement se rendre maîtres. L'herbe qui devait les nourrir se trouvait partout. Les plus jeunes fur.Mit ceux qu'ils laissèrent vivre, et ils grandirent sous leur tutelle.

Parmi les espèces sauvages, il en est dont les adultes ne se reproduisent qu'en liberté. I^'individu peut être apprivoisé, asservi; l'espèce ne peut être domestiquée. Tel est l'éléphant : on le dresse; il rend de nombreux services; mais il est frappé de stérilité dès qu'il a subi la suprématie de l'homme. D'autres, comme les chevaux, les bœufs, les rennes, les chèvres, les moutons, les porcs, se reproduisent en servitude. Ceux-là, dès qu'ils sont apprivoisés, peuvent devenir la souche de nombreux animaux domestiques.

Les animaux qui vivent en société recherclient leurs pareils. L'homme dut, au début, se servir de ceux qu'il avait apprivoisés pour attirer les troupeaux de leur espèce, s'approcher d'eux plus facilement et faire tomber dans ses pièges les individus qui s'écartaient de la bande; il fit jouer, aux bêtes qu'il avait privées, le rôle d'appelants. De là, l'utilité de les conserver pendant longtemps, leurs rapprochements et leur reproduction en servitude. Après deux ou trois générations, l'espèce domestiquée perdit fatalement la crainte instinctive qu'à l'état sauvage elle avait de l'homme, et l'on put laisser vivre, dans une demi-liberté, les troupeaux nés d'individus asservis. Ce fut eux qui, dès lors, fournirent surtout la nourriture à leurs maîtres ; et ce fut à partir de ce moment, qu'une abondance relative et la sécurité du lendemain remplaça, dans une certaine mesure, les hasards de la chasse et la détresse des jours sans proie. Peut-être cette transformation des espèces domestiquables remonte-t-elle à une époque plus lointaine que les temps magdaléniens. Elle était certainement un fait accompli, quand l'homme apprit à tailler et à buriner le bois de renne, sous l'abri des cavernes. Ce fut elle qui lui permit de cesser la vie nomade et toujours errante des peuplades chasseresses, de se fixer dans les grottes, de les transformer en ateliers, d'y devenir sédentaire. Ce fut elle qui lui donna assez de loisir pour inventer la sculpture, la gravure, la musique et se livrer passionnément à ces arts pendant les heures de repos.

Les arguments que l'on a fait valoir contre ces vérités ne supportent pas l'examen. M. de Mortillet est l'auteur qui les a présentés avec le plus de talent. « Si le renne avait été domestiqué, a-t-il écrit, on l'aurait abattu « sur place, et nous trouverions dans les stations toutes les parties de « son squelette. Il n'en est point ainsi. Les ossements des parties les plus (c utiles, comme les cuisses, les épaules et la tête, abondent; mais ceux de « centre du corps font à peu près complètement défaut. Cela prouve que « l'animal a été tué à la chasse, dépecé surplace, et qu'on n'emportait au

« domicile que ce qui pouvait servir Il n'en est pas de même des

« chevaux de Solutré. Toutes les parties du squelette se trouvent dans le u magma. Ces animaux ont donc été abattus et dépecés dans la station « même. Cette présence de tous les os prouve-t-elle la domestication? « Non. En effet, pour peu qu'on connaisse les mœurs des animaux, on sait « que le cheval, pris vivant, quand il n'a plus les moyens de s'échapper ou « de se défendre, se soumet. Il est abattu moralement; il est dompté, mais H il n'est pas domestiqué pour cela. Dès qu'il pourra se dégager, il repren- <c dra son indépendance et s'échappera. Les habitants de Solutré, ayant (( pris les chevaux vivants, soit dans des pièges, soit au moyen du lasso, « ont très bien pu lesamener jusqu'à leurs demeures en les tenant par la « tête, sans les lâcher, puis là, les tuer pour les manger... Du reste, les « habitants de Solutré n'avaient pas d'écurie pour enfermer les chevaux. c< Ils auraient donc été obligés de les laisser à l'air libre, c'est-à-dire à (c moitié sauvages, et ils n'avaient pas le chien pour les garder et les ra- (( mener. La domesticité du cheval, à l'époque quaternaire, n'est donc

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« pas plus admissible que celle tlesautres animaux. » (Mortillel,Le Prêhistoi'ique, p. 38G et suivantes.)

Il est certain que les grands animaux, et notamment le renne, étaient ordinairement abattus et dépecés hors de la grotte et que l'on y transportait seulement les quartiers charnus et la tête. Les côtes, les vertèbres manquent généralement dans les amas, et les os du bassin y sont rares. Il y a cependant des exceptions. Sous la voûte de la caverne de Lorthet on trouve, dans les accumulations de débris élaphiens , une grande quantité de ces concrétions à couches concentriques qui se forment dans les intestins des ruminants. On y dépeçait donc et l'on y vidait même les rennes et les cerfs. Mais de ce que le renne a été abattu le plus souvent hors de la grotte, s'en suit-il, comme le prétend M. de Mortillet, qu'il ait été tué à la chasse? Je ne vois aucunement d'où il tire cette conséquence. Le renne ne vit pas à l'étable ; les propriétaires lapons qui ont des troupeaux de plus de mille rennes seraient bien embarrassés s'il leur fallait des écuries pour mettre ce bétail. Le renne enfermé dégénère promptement, comme le fait observer le savant auteur du Fréhislorique. Mais il ne s'agit pas de rennes enfermés. Si, comme tout le démontre, l'homme vivait alors de la chair d'animaux semi-domestiqués, les troupeaux pouvaient se trouver fort éloignés de la grotte, dans les cantonnements de la tribu, et il était bien plus commode d'abattre les individus dont on avait besoin pour se nourrir, de les dépecer et d'en apporter les quartiers à la station, que de les y amener vivants. D'ailleurs, il fallait aussi de la viande aux gardiens, et le plus souvent on leur laissait le cou, les côtelettes, parfois même le dos et le filet.

Ainsi la présence presque exclusive des os des membres et de la tète dans les stations ne prouve absolument rien contre la domestication ; mais puisque notre attention a été attirée sur ces ossements, disons que la diversité des usages locaux s'est encore manifestée dans la manière de dépecer les membres que Ton apportait dans les stations. Au Mas d'Azil, la coutume était de couper la jambe du cheval au-dessus du pied, avant d'en emporter les quartiers ; aussi n'y trouve-t-on presque jamais l'os du sabot dans les amoncellements. A Lourdes, au contraire, on apportait la cuisse sans en avoir détaché l'extrémité des jambes. Aussi l'os du sabot y est-il en assez grande abondance. Ajoutons que dans toutes les cavernes, on trouve des débris de faons de tout âge, ce que l'on reconnaît à l'aspect des dents et des bois, et l'on peut en conclure que l'homme passait toute l'année dans la grotte qu'il avait choisie pour demeure.

Si, pendant la période magdalénienne, l'homme dépeçait le cheval hors de la station, il n'en était pas de même à l'époque précédente. On trouve tous les os du squelette des équidés dans les agglomérations de débris que l'on voit à Solutré. M. de Mortillet suppose qu'après avoir pris le cheval à la chasse, ou l'amenait en le tenant par la tête, sans le lâcher, jusqu'à l'habitation de la tribu. C'est une hypothèse; et il ne me parait pas prouvé que cet animal aurait montré assez de bonne volonté pour suivre. Nous ne savons pas la résistance que pouvait opposer le cheval

sauvage adulte en pareille circonstanee, par la raison qu'il n'y a plus de chevaux sauvages. Ceux que nous appelons ainsi sont les descendants d'individus domestiqués qui ont reconquis leur liberté. I.eur pelage diversicolore, gris, blanc, noir ou rouge, est une livrée de servitude dont ils n'ont pu encore se débarrasser. Leur caractère a aussi conservé, à l'état latent, la tache de la domesticité. Et pourtant, il n'est pas très facile de s'en emparer. On les empêche de dormir pour s'en rendre maître ; c'est par le supplice du manque de sommeil qu'on les dompte, et, r[uand ils sont épuisés, je doute fort qu'ils se laissassent conduire si l'on n'avait pas la bride. Il est donc fort probable que les habitants de Solutré ont vécu de chevaux domestiqués. Peut-être conservaient-ils du bétail dans des enclos, à proximité de leurs demeures, et, s'ils n'en avaient pas, il faut reconnaître qu'il leur était plus facile d'amener un animal semi-dnmestiqué qu'un animal sauvage à leur habitation.

Reste cette objection : L'homme des cavernes n'avait pas de chien, et sans le chien, la domestication des animaux herbivores n'a pas été possible. 11 est certain que l'homme de l'âge du renne n'avait pas de chien, car on ne trouve pas d'os rongés dans les cavernes. Mais pourquoi donc la domestication des herbivores n'aurait-elle pu s'accomplir sans lui? Est-ce que c'est lui qui les nourrit, qui les parque, qui les abrite, qui les élève ? Est-ce que c'est lui qui les a domptés, qui a mis le jougau bœuf, la bride au cheval, le harnais au renne? C'est en apprivoisant de jeunes animaux, en se les attachant par des bienfaits et en se faisant l'ami de leurs petits, quand ils en ont eu, que l'homme a créé les races domestiquables. Pour cette œuvre, le chien était inutile. Cet excellent auxiliaire n'est devenu nécessaire que depuis que la culture a couvert les champs de moissons. H empêche les bêtes qu'il surveille de saccager la récolte d'autrui. Avant l'invention de la culture, la garde des troupeaux était beaucoup plus facile que maintenant. Les animaux qui les composent restent naturellement groupés. C'est leur instinct. Les bêtes qui s'écartent de la troupe savent bien y revenir; et la masse ne cherche guère à quitter les cantonnements où elle est habituée à paître. Toute la tache des pasteurs consistait à les y retenir. Pourquoi quelques hommes soujiies et agiles, comme ils devaient l'être au tenij^s où l'on sortait à peine de la sauvagerie, sachant au besoin lancer un bâton et connaissant les animaux qu'ils gardaient, n'auraient-ils pas pu accomplir la tâche dun chien? Les grands herbivores craignent beaucoup moins le chien que son mailre. Ils ne se gênent pas pour poursuivre cet auxiliaire dévoué, quand il pénètre dans un enclos (n'i ils pâturent. C'est la présence de l'homme qui le protège contre eux. D'ailleurs, pourquoi les habitants des cavernes n'auraient-ils pas, comme nous le faisons, enfermés les bêtes apprivoisées dans des enclos? Il est très probable qu'ils en conservaient toujours à proximité de leurs demeures. L'assislance du chien est plus utile au chasseur qu'elle ne l'a été au pasteur dans les temps primitifs, et cepend.int il n'est jamais venu à la pensée

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de personne, de soutenir qu'il n'y avait pas da eliasseur avant la domestication de cet animal.

Non seulement la garde des troupeaux doinesti<[ués était facile aux temps magdaléniens, mais il n'est pas chimérif[ue de penser que souvent on les laissait paître en liberté, puisqu'il y a encore maintenant des pays où il en est ainsi. Le renne, dont on a exagéré la rétivité, est lui-même parfois laissé dans un état de demi-domesticité; c'est celui qui paraît lui plaire le plus et en mrme temps lui Atrt^ le [ilus favorable. Il n'accepte qu'à regret l'asservissement. Si on l'attelle au traîneau il a ]teine à se résigner ; il dégénère promptement et il faut le croiser avec des rennes laissés en liberté pour que sa descendence ne s'éteigne pas, ou ne devienne pas si petite qu'elle ne puisse plus être apte au service qu'on lui demande. M. Rabot, dans ses notes ethnographiques recueillies en Laponie ', a décrit la manière dont cet animal est traité dans la presqu'île de Kola qui s'étend entre l'océan Glacial et la mer Blanche : — « Aucun Skolte n'est no- '( made comme les Lapons pasteurs des pays Scandinaves. Tous sont pè- « cheurs. . .comme les Lapons pêcheurs d'Enara. Ceux de Russie ajoutent au •< produit de la pèche les ressources de l'élevage du renne. Chaque famille « ne possède qu'un petit nombre de ces animaux, une cinquantaine au « plus... Les Lapons russes les laissent errer en toute liberté dans les « forêts, et jamais ils ne les rassemblent pour les traire, ainsi que le font « les pasteurs de la Suède et de la Norvège. A l'approche de l'hiver, ils les (' poussent sur les collines voisines de leurs pagostes où ils trouvent une « nourriture abondante. Les rennes delà péninsule deKola sont plus grands '< que ceux des pays Scandinaves et leur ramure atteint des dimensions que (I l'on n'observe pas chez les animaux des régions situées plus à l'ouest. »

Les rennes domestiqués des temps magdaléniens pouvaient vivre dans les mêmes conditions que ceux de la presqu'île de Kola.

Parmi les rennes des Lapons Scandinaves, il y en a presque toujours qu i trouvent le moyen de paître en liberté, malgré leurs pasteurs, et qui ne perdent pas pour cela l'esprit de retour au troupeau. Je trouve dans un ouvrage de Kcechlin-Schwartz intitulé : Un touristp en Laponie, p. 68, le passage suivant :

« Chemin faisant, pendant notre ascension, nous avons fait la rencontre « d'un grand troupeau de rennes. Les Lapons nomades qui accompagnent (I les troupeaux au bord de la mer, ne les mènent jamais, paraît-il, dans « l'île d'Hammerfest. On ne m'en a pas dit la raison ; mais les rennes se « passent très bien de la permission et traversent à la nage les bras de K mer, s'isolent spontanément, abandonnent des mois entiers le troupeau «■ principal et les Lapons qui sont chargés de les accompagner. Puis, en « automne ils se rapprochent d'eux-mème du gros de la troupe qui se « remet alors en route vers d'autres pâturages.

1. Voyez Revue d'ethnographie, publiée par le U"" Hamy, année 188j, t. IV, p. 50.

« C'est un de ces troupeaux que nous avons rencontré faisant l'école « Luissonnière sur les flancs du Tyven. Il se composait de quatre-vingts « tètes de renne environ que suivaient quelques petits au nombre de cinq «c ou six, fort laids d'ailleurs, hauts sur pattes dans leur taille minuscule, '.( roux foncé et manquant de grâce. Ils ne nous parurentnuUement timides « jeunes ou vieux. Nul n'était effarouché de notre présence. Ils nous lais- « sèrent arriver à cinquante pas d'eux, et alors seulement toute la bande « prit le petit trot, sans se presser, et traversa un champ de neige pour « aller disparaître derrière un monticule où nous la suivîmes. Nous nous « glissions, pour les surprendre, I3 long des blocs de pierre, en nous dis- « simulant, et, lorsque nous avons débusqué pour ainsi dire au miUeu « d'eux, ils sont restés tranquillement à nous regarder, sans se sauver.

« A notre descente, nous les avons retrouvés couchés au milieu des ro- « ches. Ils ne se sont levés que lorsque nous avons été sur eux; encore « semblaient-ils se demander pourquoi nous venions ainsi les déranger. »

Ainsi, après avoir pâturé tout l'été en pleine liberté, les rennes qui ont quitté le troupeau le rejoignent spontanément pour prendre avec lui leurs quartiers d'hiver, et il n'est besoin ni de chien pour les harceler, ni même d'homme pour les pousser. Que devient donc ce fameux axiome inventé par M. Cari Vogt, répété et amphfic par tous les auteurs qui se sont copiés les uns les autres, que sans le chien le renne n'aurait pu être domestiqué. Lorsqu'on examine attentivement les faits, toutes les assertions hasardées s'évanouissent, et l'on est bien forcé de reconnaître que les peuplades magdaléniennes, loin d'être composées de sauvages errants, étaient en majorité sédentaires, vivant de la chair d'animaux semi-domestiqués; qu'elles étaient déjà commerçantes et qu'elles sont celles qui ont fait les premiers pas dans la voie de la vraie civilisation.

Au surplus les œuvres de leurs artistes ne peuvent laisser aucun doute sur la réalité de la domestication du renne, du cheval et du bœuf au temps où ils vivaient. J'ai dans ma collection un fragment de palme de renne provenant de Laugerie-Basse, sur lequel est sculptée en relief une femme couchée près de son renne. Il est évident qu'un animal sauvage ne fût pas resté avec elle; il se fût enfui. S'il a été représenté immobile à côté d'elle, c'est parce qu'il était domestiqué. Les préhistoriens, qui ne veulent pas admettre la domestication à cette époque, prétendent que le sculpteur n'a pas voulu faire un groupe, qu'il a d'abord figuré un renne, puis que sans s'inquiéter de l'œuvre qu'il venait de faire, il a buriné pardessus une femme. Mais dans ce cas, les jambes de la femme eussent coupé celles du renne, tandis qu'elles passent derrière, parce que la femme est au second plan. J'ai recueilli au Mas d'Azil et à Arudy de nombreuses gravures sur lesquelles sont dessinées des têtes de chevaux garnies delà chevrette. Or, la chevrette, que le mors a remplacée à l'époque gauloise, a été l'instrument le plus puissant de la domestication et de l'assujettissement du cheval. La plupart des morceaux de bois de renne ornement tés connus sous le nom de bâtons dc' comniaiidi'meiit ne sont (jue des parties rigides de chevrettes.

NOTIONS NOUVKLLKS SUR L AGE DU REXNK

J'ai aussi rencontré, dans l'assise claphieiine de Gourdaii, un os sur lequel est représenté un bœuf ceint d'une sangle et dans celle du Mas d'Azil, une gravure de renne ayant un collier. Parmi les œuvres d'art que M. de Vibraye a trouvées à Laugerie-lîasse, il en est de non moins démonstratives, notamment des gravures figurant un renne avec un licol, une tète de cheval garnie de la chevrette et un bœuf ayant sur le dos une sorte de couverture. La réalité de la domesticité de ces trois espèces d'animaux à l'époque du renne ne peut donc plus être mise on doute.

11 est impossible de dater d'une manière précise la fin de l'âge du renne. Nous ne sommes pourtant pas dépourvus de toute notion pour

La femme au rem

apprécier son éloignemenl et la distance qui le sépare de l'époque où brilèrenl les vieilles civilisations de l'Afrique et de l'Asie.

Il a pris fin sous l'influence d'un climat exceptionnellement pluvieux ; et cette époque de grande humidité, qui fut celle du commencement des tourbières dansnos régions, a été la dernière qui ait assombri notre ciel. La formation d'épaisses stalagmites dans les cavernes pendant la première partie de la période néolithique prouve qu'elle s'est longtemps continuée; puis les brumes sont progressivement devenues moins fréquentes. Au temps de César, la Gaule était encore plus marécageuse que de nos jours. Il est vrai qu'elle était plus boisée.

Les grandes civilisations de l'Egypte et de l'Assyrie n'ont pu se développer sur une vaste surface de pays que sous l'influence d'un climat

beaucoup plus humide que celui qui règne aujourd'hui dans ces régions. Depuis qu'elles ont cessé de briller, le sol s'est constamment desséché, le désert a envahi de plus en plus les vallées habitées et il s'est étendu sur les antiques cités.

Tète d'équidé garnie de la chevrt lie, découpée dans un os [liat et gravé des deux côtés. (Grotte du Mas d'Azil.)

I/époque d'humidité qui a mis fln a l'âge du renne est piécisément celle qui a permis aux hommes de se multiplier dans les vallées du Ml et de riiluphrate. Les civilisations de l'Asie et de l'Afrique n'ont donc brillé que lorsque celle du renne était éteinte. Si l'on fait la part du temps qu'il leur a fallu pour se former, on peut les considérer comme contemporaines d'une partie de la période néolithique.

PlETTE.

ANNEXE li

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