‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 135 sur 168 · NOTIONS NOUVELLES SUR L AGE DU RENNE · texte numérisé non relu

NOTIONS NOUVELLES SUR L AGE DU RENNE

Assise uippiquikiNnk. — Les amas hippiquiens, plus développés que les précédents, les débordent latéralement en certains endroits où ils reposent sur le limon. Cette disposition, qui se renouvelle à chaque assise, tient sans doute au développement de la population. C'est dans les accumulations de débris de cette époque qu'on rencontre les plus nombreuses et les plus belles sculptures. Les statuettes en ronde bosse et les bas-reliefs gisent en grande quantité parmi les ossements brisés en long pour l'extraction de la moelle, avec les silex taillés, les morceaux de bois de renne façonnés, au milieu de la cendre noire laissée par des feux allumés avec du bois, entretenus avec la chair des animaux. C'est vers le milieu de l'assise que l'on commence à rencontrer des études del'écorché et ces tètes sculptées en ronde bosse dont la saillie exagérée des os, du mufle et des yeux prouvent l'existence d'une tradition et de ce qu'on appelle l'école. Les gra-

Tètc d'équidé sculptée en ronde bosse. (Grotte du Mas d'Azil.)

vures n'apparaissent que vers le haut du conglomérat et elles y sont très rares '. Presque dès le début, l'art quaternaire atteint ici son apogée. Les instruments les plus divers spnt successivement inventés et s'échelonnent dans la hauteur de l'amas. Dans toute son épaisseur, on rencontre des pointes de lance unies ou ornomentées. Les llèches en bois de renne, à base en biseau, ne se montrent qu'à sa partie supérieure. Il en est de même de très rares aiguilles. Il y a, dans celte agglomération, des outils en silex, de toute dimension ; mais les petits sont bien moins nombreux que dans les assises cervidiennes. Les ossements d'oiseaux sont encore rares Ceux d'équidés continuent à être en quantité considérable à toutes les hauteurs. On y trouve aussi du renne, de l'aurochs, du bouquetin, de la chèvre primitive, de rares dents de panthère et d'ours féroce. Parmi

1. L'art, à l'âge du renne, a doue commeucé par la sculpture.

les équidés sculptés ou gravés par les artistes, il eu est un dont la queue forme un long panache comme celui de VEquus caballus dont il paraît êtrerancêtre, quoique sa crinière soit ordinairement plus courte. Quelques os plats, découpés en forme de têtes de chevaux bridées par la chevrette, apparaissent dans le haut de l'assise.

Tète (i'équidé bridée par la chevrette, découpée daus uu os plat gravé des deux côtés. (Grotte du Mas d'Azil.)

Assise tara.ndienne. — Les couches tarandiennes, caractérisées par la prédominance des os de renne, s'étendent en stratification transgressive sur les amas équidiens. J'y ai recueilli des ossements d'aurochs, de bœuf primitif, de cerfélaphe, de bouquetin, de chamois, de chèvre primitive, d'équidés divers parmi lesquels figure le kcrtay, de renard, de loup, d'ours commun. Le sanglier et le lièvre commencent à y apparaître. Les os d'oiseaux n'y sont pas rares. Les sculptures, encore nombreuses à la base de l'assise, sont en

Tête Je cerf sculptée en ronde bosse. (Grotte des Espélugues à Lourdes.)

très petite quantité à la [)artie supérieure, tandis que les gravures sur os s'ymontrentàtouteslesliauteurs. L'une d'ellesreprésentedes têtes de mammouth; une autre des tètes d'éipiidés avec la chevretle. On voit aussi, à la partie inférieure de l'amas, des os plats découpés en forme de tètes de che-

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vaux et des rondelles sur lesquels il semble qu'on ait voulu dessiner le soleil ou des signes qui ont, dans les civilisations postérieures, représenté le dieu solaire et qui le représentaient peut-être déjà. On commence aussi à y rencontrer quelques rares gravures sur pierre. Les tlèches à base en biseau en bois de renne et les aiguilles abondent dans toute la hauteur de l'assise. Les petits silex à fine pointe et les grands outils en silex y sont très variés et très nombreux. De larges pectens remplis de peroxyde de fer broyé témoignent de l'usage que l'homme faisait de la couleur rouge dès

Têtes d'équidés avec la chevrette gravées sur os. (Grotte du Mas J'Azil.)

l'époque tarandienne, soit qu'il s'en peignit le corps, soit qu'il en teignît les peaux dont il s'enveloppait. Ses peintures artistiques, s'il en fît, ne nous sont pas parvenues. L'humidité des cavernes, pendant l'époque qui devait suivre, en donne assez la raison; mais presque tous les ossements ont pris une teinte ocreuse par suite de la présence de l'hydroxyde de fer dans cette assise. Souvent déjà, dans l'amas hippiquien, on remarque cette teinte des os, soit que, dès ce temps, on peignit ou l'on teignit, soit que la couleur ocreuse fût due à des infiltrations provenant des couches superposées.

Assise élaphienne. — Les accumulations élaphiennes affleurent sur Famoncellement tarandien. Elles sont caractérisées par la grande abondance des ossements du cerf commun {Cervus elaphus) . Les débris de renne encore nombreux à leur base deviennent de plus en plus rares dans leurs couches supérieures; ils appartiennent à une variété plus petite que celle des amas bovidiens. Avec eux, gisent dans la terre noire, quelques os d'aurochs, déquidés, d'ours commun, dechat sauvage, de lynx, de lièvre, de rat d'eau. Le porc {ms), le blaireau, le loup, le renard, le chamois y sont en assez grand nombre. Les vertèbres depoissonsn'y sont pas rares. On y voit quelques vestiges de batraciens. Les os d'oiseaux y abondent Un petit bœuf à l'allure domestique, dont j'ai recueilli de nombreux ossements, est représenté sur les gravures. C'est le même qui a été figuré à Gourdan, avec une sangle, et à Laugerie-Basse (collection de M. de Vibraye) avec une sorte de couverture. On récolte en grande abondance, à toutes les hauteurs de l'assise, des aiguilles, des flèches à base en biseau, des spatules, des harpons en bois de renne à fût cylindrique et des instruments en silex de toute taille parmi lesquels ou en remarque quelques-uns de forme

nouvelle. Les gravures sur os y sont aussi très communes et souvent très belles. A la partie supérieure où les débris de renne sont devenus rares, on en trouve de nombreuses exécutées sur la surface cylindrique d'os d'oiseaux. Des défilés de renne y sont représentés. Une vache accompagnée de son veau a été figurée sur une stapule. Les artistes en étaient arrivés cà faire des groupements d'animaux.

Vache et son veau. Gravure sur uue spatule. (Grotte du Mas d'Azil.)

Quelques pierres schisteuses ont été utilisées pour la gravure; mais les pierres gravées sont beaucoup plus rares qu'à Gourdan et à Lorthet où elles caractérisaient surtout le haut de la formation. Dans les couches supérieures on voit apparaître les lissoirs en bois de cerf et les harpons de même bois. Les sculptures y font complètement défaut. Au point de vue de l'art, l'époque cervidienne fut donc surtout celle de la gravure, et l'époque équidienne celle de la sculpture.

Les amas élaphiens ne s'étendent pas en une assise régulière sur les agglomérations tarandiennes de la rive droite. Ils sont alrophié^• et ne forment que de minces îlots dans le haut de la caverne. L'humidité de cette partie de la grotte, à une époque où le ruissellement des eaux y apportait du limon enlevé au revêtement de la montagne, en avait éloigné les habitants. Ils étaient descendus près des bords de l'Arise ; et, sans doute, avant l'établissement de la route nationale sur la rive droite, on voyait affieurer sur cette rive les amoncellements élaphiens, comme on les voit encore aujourd'hui sur le bord gauche de la rivière. Mais les inondations n'y laissèrent pas les troglodytes tranquilles : à trois reprises différentes, elles les en chassèrent et envahirent leurs stations pendant longtemps. Ils y revenaient dès que les crues avaient cessé. De là, sur la rive gauche, trois couches archéologiques de l'époque élaphienne séparées par d'épais sédiments de limon qui se délitent en minces feuillets dont chacun se dédouble étant formé, à la base, de sable grossier où dominent les grains de peroxyde de fer, et de sable fin à la surface. Chacun de ces feuillets est le témoin subsistant d'une recrudescence et d'une diminution de l'inondation. Leur nombre considérable prouve que les grandes eaux ne furent pas un accident passager; elles furent le régime de toute une épo(iue. Les deux couches archéologiques les plus an-

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ciennes sont très minces et ne représenlent qu'une habitation de peu de durée; la plus récente a près d'un mètre d'épaisseur. Klle est recouverte elle-même par une couche de limon fluviatile dont la iiuissance est peu considérable. Nous connaissons l'un des endroits où l'homme s'est réfugié pendant les époques d'inondation. C'est un abri sous roche situé au-dessus de l'entrée de la grotte, du côté nord-est. lA j'ai recueilli de nombreux objets caractéristiques des temps élaphiens, et notamment beaucoup de harpons en bois de renne.

La grotte du Mas d'Azil n'est pas la seule qui témoigne de la grande humidité de cette époque : àGourdan,où la caverne est située à une trop grande hauteur au-dessus de la Garonne pour être facilement envahie par ses inondations, les amas élaphiens sont composés de couches archéologiques noirâtres alternant avec dos lits de lœss amené par les eaux de pluie roulant bourbeuses sur les pentes de la montagne. Parfois le limon qu'elles déposaient s'étendait en nappe dans presque toute la caverne ; d'autres fois il n'en envahissait qu'une petite partie. Les habitants chassés se hâtaient de revenir sous leur abri, dès que l'eau s'était retirée; ils n'attendaient pas même toujours que la vase se fût complètement séchée, et les cendres de leurs foyers, les vestiges de leurs repas s'y enfonçaient et s'y mêlaient.

A Lorlhet, un véritable ruisseau paraissant avoir sourdi du fond de la caverne l'avait traversée dans toute sa longueur, ravinant les amas tarandieus. De ses bords escarpés, les os, les silex, les paquets de cendre s'étaient effondrés dans le limon stéatiteux qu'il avait déposé et ils y avaient formé une sorte de brèche que le temps avait durcie. Dans d'autres stations, les eaux pluviales amenées en grande quantité par des conduits souterrains avaient lavé les amoncellements, emportant la cendre et les parties menues, ne laissant que les silex et les os d'une certaine dimension au milieu des pierrailles et mélangeant ensemble les vestiges de plusieurs époques. Ce fut ainsi qu'à la suite des pluies abondantes qui se continuèrent pendant le commencement des temps néolithiques, les eaux firent irruption dans certaines grottes et introduisirent dans les assises superficielles de l'âge du renne des fragments de poterie. De là une cause d'erreur pour les personnes trop souvent inexpérimentées qui fouillent les cavernes. La vérité est que, dans le midi de la France, partout où l'on trouve ces couches bien en place, n'ayant subi aucun remaniement, on n'y rencontre pas de tesson de céramique. L'homme de l'âge du renne ignorait l'art du potier; il ne se servait que d'outrés en peau, moins encombrantes et moins fragiles que les vaisseaux en terre cuite.

En résumé, l'âge du renne, succédant à une époque de grande humidité attestée par les couches de lœss sur lesquelles reposent les amoncellements, a été caractérisé, pendant les temps équidieus, par un climat froid et relativement sec. Puis, quand sont venus les temps cervidiens, l'atmosphère s'est de nouveau chargée d'humidité, et à l'époque élaphienne, le ciel a été presque constamment pluvieux. Alors durent commencer à se former la plupart des tourbières de France. Ce fut l'humidité

croissante, amenant comme conséquence l'adoussicement de la température, qui causa l'extmction du renne dans la région pyrénéenne. Le bois de ce cervidé avait été la matière première de toute l'industrie pendant les siècles qui venaient de s'écouler ; c'était aussi de lui que s'étaient servi les sculpteurs pour faire leurs statuettes et leurs reliefs. Le bois du cerf élaphe était trop spongieux à l'intérieur et avait l'écorce éburnéenne trop mince pour être employé aux mêmes usages. Avec le renne disparut fatalement la florissante industrie qui n'avait jamais cessé de progresser au cours de cette période pendant laquelle l'homme, se dégageant des langes de la sauvagerie, fît les premiers pas dans la voie de la civilisation. Les temps quaternaires primitifs furent clos.

Les assises do l'âge du renne ne sont pas les seules qui affleurent au Mas d'Azil. On y voit aussi celles de l'époque de transition qui l'a suivi. Cette époque était demeurée inconnue jusqu'en ces dernières années. Parmi les préhistoriens, les uns disaient qu'après l'extinction du renne dans nos régions, l'Europe occidentale était restée pendant longtemps inhabitée, et, dans leur langage, la série de siècles pendant laquelle nos pays avaient été déserts prenait le nom (Vhiatus. Les autres prétendaient qu'il n'y avait de lacune que dans nos connaissances; qu'entre l'époque magdalénienne et celle de la pierre polie, il avait dû s'écouler un laps de temps sur lequel nous n'avions pas de notions. Cette lacune est aujourd'hui comblée.

Sur la rive gauche de l'Arise, dans la caverne du Mas d'Azil, la dernière couche des amas élaphiens, ravinée par les eaux, est recouverte d'un ht de pierrailles ayant trois centimètres d'épaisseur et d'un dépôt de limon fluviatile, sableux, feuilleté, dont la hauteur ne dépasse nulle part quinze centimètres. Ce fut sur ce limon à peine desséché, qu'après l'inondation dont il fut le résultat, l'homme vint de nouveau s'installer dans !a grotte. II y vécut, après l'extinction de l'espèce tarandienne, de la même manière que pendant l'âge du renne, allumant ses foyers avec du bois et des herbes sèches dont on retrouve la trace, les entretenant avec la chair des animaux quand il en avait en excès, y jetant les os brisés eu long après en avoir extrait la moelle, moins soucieux pourtant des beaux-arts. Il ne sculptait plus; il ne gravait plus ; car on ne peut considérer comme dos gravures artistiques ces lignes symétriques qu'il a faites sur quelques pierres; mais il coloriait en rouge des galets de rivière avec du peroxyde de fer broyé; il y représentait des végétaux, des ornements de fantaisie, des caractères peut-être; il y peignait aussi des séries de barres parallèles ou de disques qui semblent des signes conventionnels exprimant des nombres ou des marques de jeu. Les galets coloriés gisent en très grand nombre dans la cendre de ses foyers. La sécheresse de celte partie de la grotte et le niveau élevé où ils se trouvent au-dessus des eaux de l'Arise, à l'abri des inondations, les ont garantis contre les lavages qui auraient pu leur enlever la couleur et ont permis qu'ils arrivent intacts jus(|u'à nous. Cà et \h, dans l'assise, l'on voit de petits amas ou de minces couches de peroxyde de fer enlevé à des gisements (|ui se trouvent en amont, à une

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faible distance de la grotte. Tous les os ont pris une teinte ocreuse ou jaune; il y en a aussi de rouges qui semblent avoir été peints. 11 y a des endroits où les pierres elles-mêmes ont été accidentellement colorées en rouge. Tout est admirablement conservé dansjes amas de celte époque. On y reconnaît des traces de litière ou de foin, des endroits où, sur le sol tassé, se sont élevées des habitations, la paille brûlée des herbes qui ont servi à allumer le feu. M. Boule et moi, nous y avons trouvé un petit tas de graines que nous avons prises pour du blé et qui tombaient en poussière blanche dans nos mains. J'y ai recueilli des noyaux de cerise.

Les habitants de la caverne paraissent avoir conservé ce qu'ils ont pu de l'outillage de l'âge précédent. Leurs silex sont presque tous de type magdalénien. On voit pourtant parmi eux quelques formes nouvelles présageant les temps néolithiques, notamment un grattoir arrondi et plat, dont on trouvait déjà quelques spécimens dans l'assise élaphienue. Les instruments en os, par suite de la disparition du renne, sont peu variés. Il n'y a plus d'aiguille, plus de flèche à base en biseaux. Les pointes de lances sont rares; mais on trouve en grande abondance des poinçons, des lissoirs et des harpons perforés en bois de cerf. Il y a donc eu continuation d'industrie avec les modifications rendues nécessaires par l'extinction du renne.

Et cependant tout était bien changé, depuis le temps de l'assise à aurochs, autour des troglodytes. On trouve dans les amas à galets coloriés, les ossements des espèces suivantes : cerf élaphe de petite taille, très nombreux, cerf du Canada très rare, chevreuil, chamois, bouquetin, bœuf, cheval, porc ou sanglier, ours commun, blaireau, chat sauvage, lynx, fouine, castor, lièvre, rat d'eau, nombreux oiseaux, parmi lesquels on dislingue le coq de bruyère et la gelinotte, brochets, grosses truites, et autres poissons. La faune des couches élaphiennes était déjà le précurseur de celle-ci. Il y a donc eu transition plutôt que révolution subite.

Les parures étaient alors des coquilles marines percées, des pendeloques en pierre et des colliers de dents canines de cerf élaphe.

A l'entrée de la grotte, la couche à galets coloriés contenait quelques tessons de poterie noirâtre qui ne me paraissent pas y avoir été introduits par accident. En cet endroit, elle était de couleur foncée contrastant avec la blancheur de la cendre à escargots qui la recouvrait, et rien ne décelait un remaniement : la différence fort nette de la couleur des assises à leur point de contact s'opposait à toute hypothèse de bouleversement du sol. Cependant, dans les autres parties de la caverne, je n'ai remarque aucun tesson gisant avec les cailloux peints; et il est certain que les débris de céramique de celte assise y sont conflues dans des foyers très limités. Je serais disposé à admettre que les troglodytes avaient déjà des rapports avec les populations néolithiques qui venaient d'envahir la Gaule et que ceux qui habitaient l'entrée de la caverne avaient pu se procurer, par échange, des vases de terre ou en avaient reçu en présents d'hôtes qu'ils avaient accueillis. Peut-être même avaient-ils appris à en fabriquer sans en pouvoir faire adopter l'usage par les autres habitants de la grotte.

Les os lonps et la mandibule d'un squelette humain gisaient, légèrement rougis, dans la couche à galets, à quelques centimètres au-dessous de la surface. Deux rayures sur l'un des fémurs prouvaient qu'il avait été décharné avec un silex. Le soin avec lequel ces ossements avaient été rassemblés, le contraste qu'ils formaient, étant tous intacts, avec les os longs des animaux brisés pour l'extraction de la moelle, la teinte rouge qui leur avait été donnée intentionnellement ou qui résultait de la coloration d'une peau dans laquelle ils auraient été enveloppés et qui se serait détruite par l'eflet du temps, m'ont fait penser que je me suis trouvé en présence de la sépulture d'un squelette que l'on avait inhumé après avoir laissé le corps exposé à l'air jusqu'à complète putréfaction et en avoir raclé les chairs restées adhérentes. Un autre squelette incomplet a été trouvé dans une assise de même âge, sous l'abri qui est au nord-est audessus de l'entrée de la grotte; il gisait au milieu de pierrailles cimentées par du calcaire d'eau douce. La coutume d'enterrer le squelette des morts existait donc dans les cavernes des Pyrénées, au temps oîi l'homme peignait les galets coloriés. Avait-elle été introduite dans celte région aux âges antérieurs? Rien, dans les nombreuses fouilles que j'ai faites, ne me permet de l'affirmer. Les os humains provenant des membi^s sont extrêmement rares dans les amas de l'âge du renne ceux que j'y ai recueillis étaient isolés et n'avaient pas été fragmentés en long comme ceux des animaux. J'ai aussi trouvé un crâne humain presque entier dans l'amas tarandien de la rive droite, au Mas d'Azil.

Ces découvertes ne suffisent pas pour prouver l'existence de sépultures datant de ces époques; mais elles n'infirment pas celles sur lesquelles certains préhistoriens se sont appuyés pour prétendre que l'inhumation a été pratiquée à Solutré et à Menton dès les temps sulutréens, à Laugerie- Basse et à Sordes, pendant la période magdalénienne.

L'absence d'esquilles d'ossements humains provenant des membres et la présence de rares os longs dont on a pas extrait la moelle dans les accumulations de débris doivent faire écarter l'hypothèse d'habitudes de cannibalisme trop souvent admise sans preuve pour les hommes des cavernes. Ces hommes, malgré la nature de leur alimentation presque exclusivement composée de chair et l'obligation de dépecer les corps des grands animaux, paraissent avoir été de mœurs douces. Il faut n'avoir jamais fouillé leurs rejets de cuisine pour enseigner qu'ils ont été habituellement anthropophages. Mais ce n'est pas une raison pour rejeter, par esprit systématique, des faits parfaitement établis qui, au premier abord, paraissent en opposition avec cette manière de voir, A Gourdan, dans l'assise élaphienne, j'ai recueilli plus de cent petits fr;igmcnts de crânes humains, dont plusieurs avaient certainement été brisés à l'aide d'une pierre. Sur quelques-uns l'on voyait des rayures faites avec des silex. J'ai aussi rencontré dans la même grotte, divers fragments de mandibules humaines qui paraissent également avoir été brisées à coups de cailloux. L'un d'eux était couvert de rayures faites en le décharnant avec un silex. Au Mas d'Azil, j'ai recueilli, dans la cendre noire d'un foyer

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de la fin de l'époque bippiquienne, un fragment de mâchoire inférieure humainr", brûlée et noircie par du feu alimenté avec de la viande, gisant au milieu d'os d'animaux brisés.

Comment expliquer ces faits? M. Jolly, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, dans un opuscule qu'il a écrit en collaboration avec un surveillant d'ouvriers que j'avais renvoyé, a affirmé que certains fragments de crânes provenant de Gourdan portent la trace des dents des anthropophages qui les ont rongés. Les sillons que les auteurs de cette grotesque assertion ont pris pour des traces de dents sont des sil-- Ions d'artères. D'autres écrivains ont préféré contester des faits qui contrariaient leurs théories plutôt que de chercher à les interpréter. IN'ier

Fragment de mâchoire humaine rayée [)ar les silex. (Grotte de Gourdan.)

n"est pas expliquer. Pour moi, simple observateur, j'accepte les faits tels qu'ils sont, et je prends l'humanité pour ce qu'elle est, avec ses contradictions, ses défaillances et sa grandeur.

Il est incontestable qu'à Gourdan, surtout vers la fin de l'âge du renne, des têtes humaines ont été dépouillées de leur chair et de leur cuir chevelu avec des silex, que le crâne et les mâchoires ont été brisés à coups de cailloux et que leurs débris ont été jetés dans les rejets de cuisine ou dans les foyers. On ne voit pas que l'on ait fait subir le même traitement au reste du corps et l'on n'en trouve pas les ossements. J'en infère que ces tètes ne devaient pas être celles de personnes mortes dans la grotte, qu'elles étaient probablement celles d'ennemis surpris et tués dans les cantonnements de la tribu. Elles étaient rapportées comme trophées dans la caverne. En mangeait-on la cervelle? C'est vraisemblable, puisqu'on brisait les crânes et que leurs fragments gisent dans les rejets de cuisine. Ce n'est pourtant pas complètement prouvé. Peut-être les habitants des cavernes obéissaient-ils à quelque idée superstitieuse. H ne paraît pas qu'il y ait eu rien de semblable à Lorthet, à Arudy ni à Lourdes. Il faut donc considérer ces faits comme exceptionnels.

L'assise à galets coloriés est recouverte, au Mas d'Azil, par une couche de cendre blanche, grise, ou rubannée de gris, de rouge et de blanc, due à la combustion du bois, dans laquelle sont intercalés des lits lenticu-

Jaires et des tas de coquilles d'hélices : c'est la couche à escargots qui forme un excellent point de repère dans les Pyrénées centrales. Ces mollusques entraient pour une partie notable dans l'alimentation de l'homme à l'époque où il a formé ces amoncellements. Les habitants de la caverne mangeaient aussi alors divers fruits et des graines dont on trouve les vestiges dans les amas, notamment des noisettes, des noix, des glands, des cerises, des prunes sauvages, etc., etc. De minces couches de phosphate de chaux, résidu des os brûlés, paraissent dans la cendre, attirant les regards, par leur blancheur. Quelques esquilles d'ossements échappés à l'action du feu et quelques dents d'animaux prouvent que la chair faisait encore partie de la nourriture des habitants. Panni ces os, j'ai reconnu du cerf commun, du bœuf, du porc, des molaires d'équidés, des débris d'oiseaux et de rares vertèbres de poisson. Les instruments en os sont l'écorchoir le lissoir et le poinçon. Les pierres en grès sur lesquelles on polissait les poinçons ne sont pas rares. Les parures étaient des coquilles marines et des colliers faits de dentales ou de perles cylindriques en os. Les outils en silex trouvés dans cette assise sont généralement très grossiers et consistent la plupart du temps en de simples éclats sur lesquels on voit parfois trois ou quatre retouches faites sans soin. Quelques-uns sont mieux travaillés; panni eux on en remarque dont la forme est magdalénienne et qui pourraient bien avoir été pris aux couches sous-jacentes ; d'autres sont de type néolithique, notamment un petit grattoir arrondi. Des tessons de poterie noire gisent dans la cendre; ils proviennent de vases ayani sur la panse des saillies percées d'un trou transversal. On les remarque en grande quantité à l'entrée de la grolle; mais à mesure que l'on s'avance sous la voûte, on les voit de moins en moins nombreux. Ils sont très rares vers le milieu de la station.

L'époque des mangeurs d'escargots a été caractérisée par les premiers essais de polissage de la pierre dans les cavernes des Pyrénées. Les amas qui la représentent renferment de petits cailloux roulés, allongés, dont une extrémité a été usée et polie sur les deux faces ou sur une seule pour les transformer en burins, de minces pierres ayant la forme de racloirs polis et non retouchés sur les bords, enfin des instruments polis ayant l'apparenee de haches ou de tranchets sans en avoir l'épaisseur ni la solidité et ne pouvant servir aux mêmes usages.

Exceptionnellement j'ai recueilli quelques galets coloriés dans l'amas a escargots. Mais cela n'a eu lieu que dans les endroits où cet amas et la couche à galets sur laquelle il repose sont tous deux à l'état pulvérulent et ou d'énormes blocs de calcaire détachés de la voûte ont, en tombant, dérangé l'ordre des assises et mêlé la cendre de l'une avec celle de l'autre, aux points où elles sont en contact.

L'aire d'extension des amas à escargots est plus considérable que celle des amoncellements sous-jacents; on les rencontre dans beaucoup de grottes pyrénéennes où l'âge du renne n"a pas laissé de trace; et, dans ces slalions, ils m'ont paru renfermer les vestiges d'une industrie plus grossière que dans celles où les mangeurs de mollusques ont été précédés par

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les mangeurs de cheval et de renne. Ils sont à peu près inexplorés, et l'élude en reste à faire.

Dans la caverne du Mas d'Azii, ils sont recouverts par une assise de pierrailles détachées de la voûte, dans laquelle on trouve des haches polies et des tessons de poterie néolithique. Sur les hergos de l'Arise on recueille du bronze et du fer.

L'élude stratigraphique qui précède dorme de nombreuses notions sur le genre de vie de l'homme, pendant Tàgu du renne. Pour les conq^léter, il faut se reporter aux mœurs et aux usages des populations qui habitent de nos jours les contrées hyperboréennes. Elles sont assurément bien dilïérentes des vaillantes races magdaléniennes qui ont été les premiers pionniers de l'humanité dans la voie du progrès; mais une certaine similitude de climat, de faune, de milieu, leur a fait adopter l'industrie de rage du renne, et incapables d'eiforts et d'aspirations vers un meilleur état de chose, elles s'y sont immobilisées. On peut donc, par induction de ce qui se passe chez elles, expliquer beaucoup de faits observés dans les amas de nos cavernes. 11 ne faut pourtant pas tout assimiler entre les pays du soleil de minuit et ceux des Pyrénées tels qu'ils étaient à la tin de l'ère quaternaire primitive.

Les troglodytes des régions hyperboréennes ferment leurs cavernes avec des peaux pour se préserver contre le froid. Ceux de l'âge du renne, qui avaient des outils pour façonner la peau des animaux, agissaient certainement de même. Ils n'allumaient pas du feu indilléremment à tous les endroits sur le sol de leurs habitations. Ils en faisaient dans des foyers construits en plaquettes de grès. Ces foyers étaient nombreux au Mas d'Azil et à Gourdan. Us avaient des aiguilles, savaient coudre etbroder; ils devaient donc se vêtir. Cependant, quand ils ont sculpté ou gravé l'homme ou la femme, ils l'ont toujours figuré nu. Ils vivaient probablement comme les Esquimaux qui ne sortent que vêtus et se tiennent complètement nus daus leurs habitations.

Quelques grottes magdaléniennes, notamment la station de la rive droite, au Mas d'Azil, sont entièrement obscures. Il fallait s'y éclairer. La giaisse jetée dans le feu ne donne qu'une flamme intermittente insuffisante pour les travaux. Les Esquimaux brûlent de l'huile dans des lampes. Il n'y a pas trace de lauipes dans les amoncellements de l'âge du renne. Les crânes d'animaux, s'ils s'en étaient servis pour cet usage, auraient été ornementés et auraient eu leurs bords unis. Il est probable que l'homme magdalénien s'éclairait avec de la résine ; le pin a été souvent gravé par lui. Les Esquimaux connaissent la propriété. Us ont leurs cabanes et leurs coffrets où ils enferment de petits objets. Les habitants des cavernes des Pyrénées savaient creuser dans le limon des trous ovales et réguliers qu'ils fermaient avec des dalles et qui leur tenaient lieu de coffrets. J'en ai découvert de nombreux au Mas d'Azil, sur la rive droite de l'Arise, dans une assise de lœss recouverte par un amas élaphien. Us étaient l'œuvre de gens vivant à l'époque tarandienne ou aux temps équidiens. Ou a généralement des idées très fausses sur les habitudes des hommes

à l'âge du renne. Les auteurs les représentent comme des nomades vivant exclusivement du produit de la chasse et de la pêche et parcourant de vastes régions à la poursuite du gibier. M. de Mortillet, dont Topinion fait autorité, les compare aux Peaux-Rouges qui font des trajets de plus de quatre mille kilomètres, du nord au sud, à la suite des grands troupeaux debuffles sauvages. Il admet qu'à l'époque du Moustier l'homme était à peu près sédenlaire; mais à son avis, le climat de nos régions, aux temps magdaléniens, le condamnait à une vie errante. Se nourrisanl uniquement du produit de la chasse et de la pêche, il était obligé de suivre partout les troupeaux sauvages. Or, enseigne-t-il. les étés étaient alors très chauds, les hivers très froids, et ces écarts de température forçaient les animaux à de longues migrations. Cet auteur tire argument en faveur de sa manière de voir de la présence de coquilles de l'Océan et de la Méditerranée dans une même station et de l'existence de minces lits de stalagmite dans la caverne de Gourdan, signes certains de l'abandon de la grolle pendant quelque temps.

Ce que j'ai dit du climat de l'âge du renne, en m'appuyant surdos faits incontestables, me dispense de discuter l'assertion relative aux excessives chaleurs des étés et au froid rigoureux des hivers. L'atmosphère a été froide pendant toute la période magdalénienne; elle a été sèche, sans excès, au début, et très humide à la fin. Nos régions découpées par les mers n'ont donc alors rien eu des écarts de tempérai ure ordinaires dans les pays oi^i règne un climat continental.

Les minces lits stalagmitiquesdontj'ai signalé l'existence dans lagrotle de Gourdan sont dus à l'humidité des temps élaphiens pendant lesquels ils se sont formés. Ils ne s'étendent que sur une petite partie de l'aire de la caverne et sont très circonscrits; ils sont souillés de cendre, et leur existence ne prouve qu'une chose, c'est que les troglodytes de Gourdan ont évité de se placer sous les gouttes d'eau qui lombaicnt de la voûte en certains endroits. Ils se sont installés à côté pendant que la slalagniite se formait. Il est d'ailleurs certain qu'à l'époque élaphienne, ils ont été à plusieurs reprises chassés momentanément de leur demeure par l'eau des pluies qui faisait irruption dans la grotte. L'épaisse couche stalagmiliquo de la station d'Alliat 'grotte de la vache) n'est pas plus probante, lilllc représente le commencement de l'époque néolithique car elle contient des haches en pierre polie et l'IIe repose sur l'assise à harpons perforés eu bois de cerf élaphe.

Quant aux coquilles marines des deux mers, elles ont pu être apportées dans les habitations humaines par les voyageurs (car il y a eu de tout temps des hommes à l'humeur vagabonde), ou par des commerçants qui allaient de grotte en grotte pour trafiquer et faire des échanges.

Il n'est pas douteux qu'il y ait eu des chasseurs et des pêcheurs passionnes à l'âge du renne. Chacun l'était un peu à l'occasion, et le gibier faisait partie notable de l'alimentation. En résulte-t-il que les hommes de ce temps étaient îles nomades, se nourrissant exclusivement du produit de la chasse et de la pèche?

JJOTIONS NOUVELLES SUR l'aOE DU RENNE 277

Ce genre de vie est ce qu'il y a de plus opposé à ce que nous savons des peuplades magdaléniennes. Ce n'est pas un homme sans cesse en mouvement, sans gîte, harassé de fatigue, préoccupé do la proie du lendemain, obligé de consacrer toutes les forces de son être à la recherche de sa nourriture qui a pu inventer les arts, s'y adonner avec passion, créer des instruments ingénieux et s'attacher à les perfectionner sans cesse. Pour accomplir cette lâche, il a fallu le calme, l'absence de préoccupation poignante, une abondance relative; il a fallu les loisirs de la vie sédentaire. Les grottes n'étaient pas des habitations momentanées; elles étaient des ateliers de fabrication permanents. Des blocs de silex de diverses provenances y étaient apportés. Les habitants en détachaient de longues lames et les transformaient en outils divers. Les déchets de taille et les outils mal venus sont bien plus nombreux dans les cavernes que ceux qui sont bien réussis. On y débitait aussi le bois de renne; on en voit beaucoup de morceaux coupés dans les amoncellements, et l'on trouve avec eux des instruments en os à demi confectionnés, des ébauches de sculptures et des gravures inachevées, jetées au rebut.

Si les grottes avaient été momentanément désertées par leurs habitants, les animaux carnassiers s'y seraient introduits, et cherchant dans les rejets de cuisine, y auraient rongé des os. Or il n'y a pas d'os rongés dans les amas équidiens ni dans les amas tarandiens. On n'en rencontre que dans les couches élaphienues et ils y sont extrêmement rares. Leur présence d'ailleurs s'explique par cette circonstance que les eaux de pluie et celles des rivières débordées, faisant irruption dans les stations humaines, en ont plusieurs fois chassé les troglodytes.

Il est si vrai que les grottes ont été les demeures d'une population sédentaire et non les abris momentanés de chasseurs à la poursuite du gibier, que leurs habitants se sont particularisés par des aptitudes, des usages et des découvertes qui donnent à chacune d'elles un caractère qui lui est propre. Ainsi, pour ne parler que des arts plastiques, dans les Pyrénées, le sculpteur et le graveur se préoccupent surtout de l'exactitude de la forme; ils font, avec une grande vérité d'allure, des portraits d'animaux. Ils ne les groupent pas dans une action et c'est à peine s'ils savent représenter, même à l'époque élaphienne, un défilé de rennes ou une vache avec son veau. Moins habiles dans l'exécution, les artistes de Laugerie-Basse ont la conception d'un art plus élevé. Les amours du renne, la loutre cherchant à s'emparer d'un poisson, l'homme chassant l'aurochs, la femme au renne sont de véritables tableaux ; et comme la population d'une grotte exerce toujours autour d'elle une certaine influence, sur le même versant du bassin delà Garonne, une gravure représentant un troupeau de chamois trouvée sous l'abri de Bruniquel, est aussi un véritable tableau.

Dans la caverne d'Arudy, uu artiste invente la volute; ce motif d'ornementation y est répété avec des variations de détail sur de nombreux bois de renne; puis il se propage dans la grotte de Lourdes située dans une vallée voisine, et enfin il parvient dans celle de Lorlbet, oii il n'est

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représenté que par une seule gravure. On ne l'a pas, jusqu'à présent, rencontré ailleurs.

La grotte du Mas d'Azil se distingue des autres par ses études de l'écorché et par ses appliques sculptées.

Au point de vue industriel, les stations humaines présentent aussi des particularités remarquables. Celle du Mas d'Azii est la seule où l'on ait trouvé des navettes de matelot. Les abris de Bruniquel sont caractérisés par leurs aiguilles sur lesquelles on a gravé la direction que doit prendre le fîl et par leurs lames de silex dont les bords sont entamés par une série de petites coches régulière. Au Mns d'Azil, dans un espace qui n'avait pas un mètre carré de surface, j'ai recueilli quelques lames et une aiguille semblables. C'était une importation venue des bords du Tarn ou les essais d'imitation d'un habitant qui avait visité Bruniquel, essais bien vite abandonnés.

On peut aussi considérer l'abondance des fragments de crânes humains dans les amas élaphiens de la caverne de Gourdan, comme une particularité propre à cette station.

Il n'est pas d'indices plus révélateurs des habitudes sédentaires d'une population que ces coutumes locales, ces œuvres d'arts dues à des aptitudes spéciales, et ces inventions d'instruments dont l'usage ne s'étend guère au delà des limites d'une grotte. Il est donc certain que l'homme des cavernes n'a pas été le nomade que l'on a dit; et s'il est vrai qu'il ail été sédentaire, il a fallu qu'il ait eu des ressources permanentes à la portée de son habitation. Ces ressources, il n'a pu les trouver que dans la culture ou l'élevage des troupeaux. Il est incontestable qu'il connaissait les céréales, car on a recueilli à Bruniquel et à Lourdes des épis d'orge ou de blé sculptés en bois de renne. Il ne figurait guère que les objets servant à son alimentation. Cependant il n'y a, dans son outillage, aucun instrument propre à travailler la terre, et rien ne prouve qu'il ait eu des notions de culture. Les céréales ne furent donc vraisemblablement pour lui que des objets de curiosité et d'importation. Tout au plus fit-il l'essai d'en planter quelques pieds près de sa demeure. Mais s'il ne pratiqua pas la culture, il faut nécessairement qu'il ait formé et entretenu, dans ses cantonnements, des troupeaux domestiqués ou au moins semi-domestiqués, dont la chair faisait sa nourriture habituelle.

On se fait généralement une idée inexacte de l'état dans lequel ont vécu les chevaux, les bœufs et les rennes aux temps où Ihomme a commencé à se les approprier. Dès qu'on parle de domestication, nous nous représentons le renne tirant le traîneau, la vache et la chèvre donnant leur lait, le bœuf attaché au joug, creusant péniblement un sillon, le cheval portant le cavalier, traînant de lourdes charrettes ou faisant rouler de brillants équipages. L'animal n'a subi primitivement aucun de ces assujettissements, et l'on peut se rendre compte de sa conquête de la manière la plus simple.

L'homme lui faisait la chasse pour sa chair, et c'est pour sa chair qu'il a commencé à le domestiquer. La nécessité l'avait rendu ingénieux. 11

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