LA HACK DE C.RO-MAGNON
Eslhoniens, quels qu'ils fussent d'ailleurs et celles des hommes de Cro- Magnon', et M. de Quatrefages abonda dans le même sens.
J'avais le premier brièvement réfuté la thèse de Priiner-Bey, en rendant compte dans la Gazette médicale de Paris (16 mai 1868) des discussions soulevées autour de la découverte des Eyzies. Les conclusions négatives de Broca ne me satisfaisaient pas plus que les assurances de Pruner et j'estimais que si les Esthoniens avaient été mal choisis, comme terme d'identification, il fallait chercher ailleurs, dans la même direction, chez les Mongols ou les Mongoloïdes, encore si mal connus, du haut nord asiatique ou européen, tant il me semblait logique de poursuivre dans les contrées encore habitées par le renne les survivants des hommes qui avaient autrefois chassé dans nos contrées ce ruminant depuis lors émigré vers les terres boréales. Le peu que l'on savait des crânes des Vogouls, des Tongouses, etc., etc., semblait indiquer qu'on trouverait quelque part chez eux, bien loin dans le nord-est, ce que les Esthoniens de la Baltique avaient si malencontreusement refusé à Primer-Bey.
Encore en 1870, j'acceptais l'idée que les hommes de Cro-Magnon, dont je rapprochais déjà ceux des moyens niveaux de Grenelle, de la Madelaine, de Bruniquel, etc., devaient avoirfait partie de quelque groupe hyperboréen -. Le développement considérable de la face en travers, chez nos troglodytes, la forme sublosangique qui résultait de l'exagération des pommettes, la disharmonie de la face, ainsi constituée, par rapport au crâne un peu surélevé en son milieu et pentagonal dans sa norme verticale, tout cela justifiait une opinion qui me paraissait, en tout cas, utile à maintenir en face de contradictions qui n'aboutissaient qu'à des dénégations stériles.
Je commençai à modifier cette manière de voir, en examinant en 1872 une planche publiée par Liedbeck à la fin de sa dissertation sur le cervelet^ et représentant, vue de profil et par derrière, une tète osseuse assez analogue à celles de Cro-Magnon, et qui avait appartenu à un Dalécarlien, par conséquent à un individu qui n'était certes pas mongoloïde et n'appartenait ni de près ni de loin aux hyperboréens, tout en rentrant dans les conditions d'habitat septentrional qui me paraissaient encore exigibles d'un de nos chasseurs de rennes. Un moulage de crâne de même race, rapporté du nord par Gaimard qui l'avait otiert au Muséum comme une bonne représentation du type, me confirma bientôt dans cette idée qu'il pouvait y avoir chez les Occidentaux de nos jours, en dehors des groupes dits allophyles, mongoloïdes, finno-ouvaliens, etc., des oollecti-
1. P. Broca, Su*' les crânes et ossements des Eyzies {BuU.de la Soc.d'anlhrop. de Paris, 2" sér., t. III, p. 3:j0-392, 1888). — Les crânes des Eyzies et la théorie esthonienne {Ibid., p. 454-510).
2. E.-T. Hamy, Précis de paléontologie humaine. Paris, 1870, 1 voL in-S», pp. 252, 272, 280, 314, 332, 354 , etc.
3. P.-J. Liedbeck, De cerebello humano observata et commenlda, disserlaiio phydologico-anatomica, Upouliee, 1845, in-8", tab. 11.
viles plus ou moins nombreuses ou lout au moins de petites familles ayant conservé les caractères si peu habituels dans leur juxtaposition, dont la découverte de Cro-Magnon était venue nous révéler la coexistance
Je retrouvais en effet, sur cette pièce, atténués il est vrai, le développement du crâne en long, l'anipliation de la face en travers, qui constituaient ce que Pruner avait appelé la disharmonie céphalique. Le nez était long et étroit, les orbites étaient bas et larges. Bref, mon Dalécarlien présentait à la fois le type crânien et le type facial de Cro-Magnon, notablement adoucis dans les exagérations que présentaient les troglodytes '.
Aussi me mis-je résolument à examiner, au point de vue nouveau où me plaçait cette curieuse constatation, les innombrables pièces que la préparation des Crania Ethnica m'obligeait à étudier et à mesurer.
Je ne tardai pas à rencontrer une série qui allait donner satisfaction pleine et entière à ma conception nouvelle. Broca avait acquis à bon compte, pour son laboratoire, une collection de crânes anciens, recueillis jadis dans une grotte du Rarranco Hundo de Ténériffe, par le voyageur français Bouglinval ^ qui venait de mourir à Passy.
Fig. 194. — Crâne guanche {Crania Elhnica, p. 95).
Ainsi que je l'ai écrit plus tard ' « toutes les données numériques susceptibles de déceler quelque caractère ethnique, celles en particulier qui président à la formation des indices crâniens et faciaux ;>, s'accciiluaieni au Barranco Hundo dans le sens do nos fossiles du Périgord.
Je m'empressai de faii'c part à Broca de (;es constatations et, avec celte bienveillante écpiilé dont il m'a donné tant de preuves pendant les sept