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LA HACE DE CHO-MAGNON

années que j'ai passées prés de lui, il voulut bi(;n leur faire une place à la fin d'un mémoire spécial inséré dans sa Revue * du ! 5 janvier 1873.

« On sait, disait-il, que le vieillard de Cro-Magnon réunit des cara-^tères tellement extraordinaires, qu'on s'accorde à le considérer comme faisant une exception dans sa propre race et comme présentant l'exagération des caractères qui la distinguent. Tous les efforts qu'on a pu faire pour le rapprocher des types actuels de l'Europe ont été vains. Or M. Hamy, passant en revue la collection des Guanches de mon laboratoire, a été frappé de la ressemblance que deux de ces crânes, et surtout l'un d'eux (no 9), présentent avec le crâne si exceptionnel deCro-Magnon. Cette ressemblance, sans être complète, m'a paru bien réelle et la comparaison des éléments cràniométriques ne l'a pas démentie. De tous les crânes que j'ai étudiés dans les collections parisiennes, ces deux crânes de Guanches sont ceux qui se rapprochent le plus du type du vieillard de Cro-Magnon. Cela ne suffit pas sans doute, ajoutait Rroca en terminant, pour servir de base à une conclusion, mais on me permettra d'attacher quelque importance à un rapprochement établi par un observateur aussi compétent et aussi sagace que M. Hamy. »

Fig. 195. — Crâne de Cro-Magnou.

Il fallait que les ressemblances que j'avais relevées fussent en effet bien frappantes pour que Broca fît un accueil aussi particulièrement favorable à ma petite découverte. Il sortait, qu'on ne l'oublie pas, d'une lutte qui avait duré des années et danslaquelle il avait eu pour principal adversaire un homme dont je reprenais, en leur donnant des bases plus larges et plus solides, les procédés comparatifs. Prûner-Bey, s'inspirant des méthodes de restitution de Cuvier, dans ce Muséum où il travaillait chaque jour au milieu des souvenirs laissés par le grand naturaliste, avait longtemps cherché et croyait de bonne foi avoir découvert des lois morphologiques qui devaient lui permettre de reconstituer, avec un minime fragment de malaire, de temporal, etc., la tête entière du sujet auquel ce débris avait jadis appartenu. L'architecture du crâne, pour reproduire une de ses expressions favorites, était la résultante d'un ensemble de formes adaptées

\. Revue d'anthropologie, t. II, p. ol.

les uues aux autres, d'une façon presque immuable, et quand on possédait bien les règles qui présidaient à l'agencement de ces formes étroitement subordonnées entre elles, il n'était pas trop malaisé de reconstituer à l'aide d'un simple détail morphologique le tout dont il avait nécessairement dû faire partie. Ainsi le Mongoloïde, par exemple, avait l'écaillé temporale triangulaire, tandis que sur l'Aryen, cette écaille figurait un demi-cercle . L'orbite était à jour chez le premier, couvert chez le second, etc. Et ces menus caractères, grossis démesurément par la loupe d'un théoricien convaincu, dont les idées sur l'ethnogénie européenne étaient obstinément arrêtées depuis 1859', prenaient, dans les débats scientifiques, des proportions vraiment excessives.

Bertillon, qui mesurait les crânes sans les regarder, et ne tenait compte, en excellent statisticien qu'il était, que des résultats numériques inscrits sur ses registres, ne pouvait que rejeter en bloc les assertions de Prûner, et Broca, moins éloigné de l'observation morphologique qu'il commençait alors à pratiquer, tout en reconnaissant, à part lui, qu'il pouvait y avoir quelque chose à faire, dans la voie du diagnostic cranioscopique, se refusait énergiquement à laisser prendre pied dans une science encore toute jeune à des méthodes qu'il jugeait dangereuses dans leur simplicité apparente, et funestes parla fausse certitude attribuée a priori a leurs résultats.

Je m'estimai donc bien heureux d'avoir gagné le demi-acquiescement de Broca à la théorie que d'autres observations accumulées allaient m'au- (oriser à formuler bientôt avec plus de netteté.

Je m'étais entouré des mesures de toutes les pièces quaternaires alors connues, qui rentraient dans le type ostéologique des troglodytes de Cro- Magnon,afin de ramènera une moyenne ces exagérations de type que tout le monde avait constatées. C'est au type moyen ainsi reconstitué que je comparai toutes les séries de crânes occidentaux existant à Paris et ailleurs. Je trouvai successivement des preuves plus ou moins manifestes de la survivance de la race en Picardie, en Normandie, dans l'Ile-de-France, en Bourgogne, dans la Suisse romande, etc., etc. Mais c'est surtout dans la caverne de l'Honime-Mort, à Saint-Pierre-des-Tripiés, qu'à la suite de Broca je rencontrai nombreux les caractères comnmns aux troglodytes néolithiques exhumés par M. Prunières et aux hommes plus anciens de l'abri de Cro-Magnon ou des alluvions de Grenelle. L'examen de cette remarquable série me suggéra l'idée que les hommes des cavernes de la Lozère, rapprochés par leurs mœurs et leurs usages, aussi bien que par leurs traits, de ceux de la Vézère, doivent en partie au croisement avec l'une des races nouvelles de la période néolithique les modifications morphologiques que Broca a mises en rehef à côté des analogies si frappantes signalées entre eux et leurs ancêtres de l'âge du renne *.

Plus au sud, la population basque primitive se montrait à Peyrehoiade

1. Fniiier-Bey. Der Menscli im liauine and in der Zeit. Miiucheu, 1859, iu-i".

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