‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 21 sur 168 · Sentinelia bresciana, avril · texte numérisé non relu

Sentinelia bresciana, avril

zoni répond qu'il n'y a jias trace de remaniement des couches. Cette observation suffît-elle pour résoudre la question, surtout quand on sait que l'action de la mer consiste surtout à disséminer les corps d'animaux qui ont encore leurs chairs et à disperser les os des squelettes ? ^>

Ces objections, que M. de Mortillel avait déjà présentées à roccasion du squelette de Savoue découvert dans des conditions analogues, ont une incontestable valeur. M. de Quatrefages, il est vrai, n'y est pas sensible.

« L'existence de l'homme tertiaire', n'était encore attestée que par un petit nombre d'objets, os incisés et silex taillés, quand la découverte de M. Ragazzoni est venue montrer l'ouvrier lui-même. A en juger par les détails qu'a donnés M. Sergi, il est bien difficile de ne pas admettre que la lacune existant jusque-là est comblée. Dès 1860, des ossements avaient été trouvés en place par M. Uagazzoni lui-même, sur les lianes de la colline de Castenedolo. Plus tard, des fouilles furent faites avec les précautions que l'expérience a montrées nécessaires. On enleva le terrain par tranches horizontales; jamais ni nulle part, on ne rencontra les traces d'un mélange de couches, mélange qui se serait trahi facilement par la différence de coloration des terrains superposés. A diverses reprises M. Ragazzoni a surveillé les fouilles et a recueilli de ses mains de nouveaux ossements, incontestablement in situ. M. Sergi» a visité la localité et contrôlé les faits annoncés. Tout indique donc que des ossements sont bien contemporains de la couche où ils ontété rencontrés... Dans l'état actuel des choses, il n'existe aucune raison sérieuse permettant de mettre en doute la découverte de M. Ragazzoni. A coup sûr, si elle avait été faite dans un terrain quaternaire, i)ersonne n'en aurait contesté la réalité ... 11 importe défaire ressortir que M. Sergi n'a rien trouvé d'extraordinaire, rien de simien dans les ossements qu'il paraît avoir examinés avec soin. Tout y est franchement humain^. »

Nous n'avons point à prendre parti dans le débat. Nous ne pouvons nous empêcher, cependant, de remarquer que, tandis que les partisans de l'anthropopithèque refusent, presque sans examen, tout caractère tertiaire à l'homme de Castenedolo, M. de Qiiatrefages, partisan de l'apparition de Vhomo sapiens dès l'époque miocène, ne met pas la découverte en doute.

\. Quatrefages, Introduction à l'étude des rucus humaines, p. DO.

-• S*?rgi, UUomo terzario in Lombardia . Archiv. pev i'antUropol. e l'etnol. l''irenza, 1880, p. 303-319.

3. Ces deruières phrases sout l'vidcinmout à l'adresse de M. do Morlillet et lie sou école.

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La question a été de nouveau longuement disculée au Congrès scienliliquc international des catholiques, tenu à Paris en 1888. Les arguments pour et contre y ont été examinés et pesés avec soin. M. Adrien Arcelin, résumant les débals, conclut que : Les probabilités l'emportent en faveur d'une sépulture^. La plus grande réserve est donc toujours obligatoire à ce sujet.

Le crâne du camp des Anges en Californie, connu sous le nom de crâne de Calaveras, ne mérite pas de nous arrêter. Outre que son authenticité a été mise sérieusement en doute, Tàge des graviers aurifères oii il aurait été découvert est mal déterminé.

Même observation au sujet des ossements humains signalés par M. Améghino dans les terrains pliocènes ou quaternaire des embouchures de la Plala (République argentine). Les faits recueillis par M. Améghino sont intéressants; mais, comme pour les graviers du camp des Anges, Tàge géologique des terrains de la Plata est trop douteux pour que nous puissions tenir compte de celle découverte autrement qu'à titre de renseignement à contrôler.

1. Congrès scientifique international des catholiques tenu à Paris en 1888. Coiuniunication de M. A. Arcelin. — Les arguments favorables à l'idée d'une sépulture sont, eu dehors de ceux de M. de Mortillet : 1° Le peu de profondeur de renfouissemeut et la parfaite conservation de l'un des squelettes; la situation du gisement sur le llauc d'une colline, où le pliocène, par suite d'érosions, se trouve depuis longtemps à tleur de sol. 2° La présence d'ossements humaius dans des couches mariues non remaniées d'âge pliocène parait a priori si extraordinaire que .M. Sergi doit recourir, pour l'expliquer, à l'hypothèse d'uu naufrage d'une famille entière sur la plage pliocène. — Mais quelle probabilité y a-t-il que l'homme naviguât à cette époque ? — D'ailleurs, les divers ossements sont trouvés à des niveaux ditTérenls. 11 y aurait donc eu plusieurs naufrages successifs. 3» D'après une remarque de M. Topiuard : les ossements du squelette complet, même les plus petits, entre autres les phalanges d'une maiu au quart Uéchie, ont conservé leurs rapports normaux, ce qui exclut toute probabilité d'uu ballottement par les eaux. 4° Ou objecte que les couches marines n'ont pas été remaniées, mais M. Topinard, qui a été examiner le gisement, fait judicieusement observer qu'il s'agit d'une argile glaiseuse se tassant facilement. Dans la supposition d'une sépulture, on doit admettre que la fosse creusée a été remplie par la même argile qui, se tassant de plus en plus par la pression des terres, a dû bientôt ne plus faire qu'un avec le terraiu environnant. Cf. Rev. d'anl/u-op., 1880, p. 563-142.

Donc, jusqu'ici, on ne connaît pas de squelette tertiaire.

Objets en os travaillés, lncisés, etc. — Le 8 juin 1863, M. Jules Desnoyers présentait à l'Académie des sciences des ossements de rhinocéros découverts dans un terrain des environs de Chartres, Les sablonnières de Samt-Prest, plus ancien que les terrains de transport quaternaires des vallées de la Somme et de la Seine. Ces ossements portaient des stries, empreintes, incisions qui lui parurent être l'œuvre d'une main humaine.

« Je fus frappé, en dégageant un tibia de rtiinocéros du sable qui le recouvrait, d'y voir apparaître des stries variant de forme, de profondeuret de longueur qui ne pouvaient être le résultat de cassures ou de désiccation qu'on y remarquait aussi, car elles leur étaient évidemment antérieures. Elles coupaient l'os dans le sens de sa largeur et passaient même pardessus des arêtes, en en suivant les contours. Ces stries ou traces d'incision très nettes, quelques-unes très fines et très lisses, les autres plus larges et plus obtuses, comme si elles avaient été produites par des lames tranchantes oudentelées de silex, étaient accompagnées de petites incisions ou entailles elliptiques, nettement limitées, comme les aurait produites le choc d'un instrument aigu. Des dendrites ferrugineuses et le sable recouvraient une grande partie de ces cavités et stries, qui, d'ailleurs, étaient presque toutes un peu usées par suite des frottements et du roulis que la plupart des os et des dents avaient subis, sans doute avant et pendant leur enfouissement. »

Après avoir contrôlé cette première observation par une série d'observations nouvelles et retrouvé des stries et entailles analogues sur les fossiles du val d'Arno (Italie) appartenant à la même période tertiaire supérieure ou pliocène, M. J. Desnoyers concluait ainsi.

« De ces faits il semble possible de conclure, avec une très grande apparence de probabilité, jusqu'à ce que d'autres explications plus satisfaisantes viennent mieux éclaircir ce double phénomène (une partie des stries paraissaient à M. J. Desnoyers, altribuables aune action glaciaire) que l'homme a vécu sur le sol de la France avant la première et grande période glaciaire', en même temps que Velephas mcridionalh et les autres espèces pliocénes caractéristiques du val d'Arno en Toscane et qu'il a été en lutte avec ces grands animaux. »

1. Voir pour l'époque glaciaire, Saldiiioii lleiiiacli, Description ruisonmie du Musée de Suinl-Gennani, p. 20, 30, 2'Jl.

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On remarquera que M. J. Desnoyers met une prudente réserve dans ses affirmations. De très justes observations de M. de Mortillet justifient cette réserve.

« Les observations de M. J. Desnoyers' sont si bien faites, si bien décrites qu'elles vont nous aider à découvrir quelle est la nature des intéressantes empreintes constatées par lui et quelle est la cause qui les a produites. Mêlés aux ossements avec stries et empreintes plus ou moins profondes, on trouve aussi dans le gisement de Saint-Prest des silex fortement striés. Ces stries, qui vont jusqu'à la rainure, ne sont certainement pas l'œuvre de l'homme. C'est l'effet d'un frottement violent ou d'une très forte pression avec glissement. Les sables et graviers de Saint-Prest ne contiennent pas de matières plus dures que le silex. Or, pour que le silex scie le silex, il faut une force considérable. Du moment où les stries ont pu se produire sur le silex, on conçoit tout naturellement que des empreintes ou entailles profondes se montrent sur les os, matière beaucoup moins dure. »

Nous croyons avec M. de Mortillet que là est la vérité. — Mais, encore ici, nous trouvons M. de Quatrefages d'un avis contraire.

'< Malgré les objections soulevées par quelques archéologues éminents*, je persiste à regarder comme bien démontré que l'homme a laissé des traces de son industrie près Chartres, dans les sablières de Saint-Prest. »

Toujours la même opposition entre ti-ansformistes etmonogénistes.

Aucun des quatorze autres faits de même nature, allégués en faveur de l'existence de l'homme tertiaire, n'a résisté à un examen scientifique sérieux. lia été prouvé : que les entailles dos os de San Giovanni, près Sienne, sont récentes et dues aux outils employés sans soin par les ouvriers pour effectuer l'extraction de ces os^; que les profondes impressions remarquées sur l'os de Neuville (Loiret), doivent être attribuées à un phénomène naturel, indépendant de toute action humaine*; que les entailles de la mâchoire de rhinocéros de Billy sont de simples

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