‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 46 sur 168 · LES TROGLODYTES · texte numérisé non relu

LES TROGLODYTES

IL LliS TUOGLODYTES. (LTIOMMK DES CAVEKNES.) LcS CaVCr-

nes habitées à tàge du mammouth *. Les cavernes habitées à l'âge du renne. Le dilaviuni ne se montre pas seulement sur les pentes et dans le fond des vallées parcourues par les grands cours d'eau diluviens; il a pénétré dans nombre de cavernes, oii il se présente à nous identique au diluvium de la plaine. Or ce limon des cavernes contient les mômes ossements fossiles, les mêmes silex quaternaires que les alluvions (fig. 45 à 50).

L'homme s'est réfug-ié dans les cavernes, y a séjourné sinon à l'époque diluvienne du moins à une époque voisine, en tout cas, avant l'extinction des grands mammifères. Une ingénieuse observation de M. Edouard Dupont ^ montre que les troglodytes de la Lesse, par exemple, n'ont pas seulement succédé dans ces cavernes aux espèces éteintes, mais qu'ils ont vécu dans leur voisinage et en ont fait leur nourriture. Les squelettes de ces grands pachydermes et ruminants ne sont jamais entiers dans les cavernes habitées par l'homme. Les parties de l'animal conservées sont toujours les mêmes, le crâne et les os des membres particulièrement garnis de chair. Les vertèbres, les côtes, les os du bassin et de l'épaule manquent généralement, Le gros gibier était donc tué loin des habitations. Nos chasseurs rapportaient dans leurs demeures souterraines les membres qui contenaient la cervelle et la moelle dont ils étaient particulièrement friands^.

1. Période des alluvious. Cf. SalomonReiuach, Descriplion raisonnée,\i. i59.

2. Edouard Dupout, dans L'Homme pendant les âf/es de la pierre, 2° édition, p. 83 et suivantes.

3. Cf. marquis de Vibraye, Académie des sciences, t. XLl, 4 septembre 1865 : « On s'explique la rareté des longs os des pachydermes dans les cavernes

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Alluvious et cavernes, planche de comparaison le D^cl^onncure archéologique la Gaule (é,

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L HOMME QUATERNAIRE 81

L'intérêt qui s'attache à l'exploration des cavernes est facile à comprendre. Les chances d'y découvrir des ossements humains et des débris de Finduslrio de l'époque qualernaira y sont bien plus grandes que dans les dépôts diluviens des vallées où le hasard seul les a déposés. On peut espérer y trouver des indices précieux sur le genre de vie de ces premières tribus humaines. Mais avec quel soin, avec quels scrupules ne doiton pas procéder à ces recherches! Cuvicr se méfiait peut-être un peu trop de ce qui sortait du fond de ces refuges naturels où n'existe aucune stratigraphie précise et dont les couches mobiles sont exposées à tant de bouleversements \ Sa méfiance était toutefois justifiée à bien des égards. L'observation est particulièrement délicate quand il s'agit de squelettes humains. La couche du diluvium n'est jamais très épaisse, les ossements, déposés primitivement à la surface, y sont noyés dans les conglomérats des temps postérieurs. La contemporanéité des ossements humains, des ossements d'espèces éteintes et des silex travaillés peut, presque toujours, donner lieu à contestation. Les cavernes ont servi de sépulture aux époques les plus anciennes, très fréquemment à l'époque néolithique ^ Des excavations plus ou moins profondes ont pu être faites dans les couches du diluvium pour mettre les cadavres à l'abri de la dent des carnassiers. Quelques cavernes ont été habitées, pour la première fois, à l'époque de la pierre polie. Les objets immédiatement superposés aux couches diluviennes peuvent même y être de date très postérieure ^

[à alluvions] par la difficulté du transport. Il me semble, au surplus, à peu près démontré que les aborigènes n'apportaient pas entiers dans leurs demeures les animaux qu'ils avaient abattus, comme le témoigne l'absence presque complète de certains os, tels que les fémurs supérieurs des canons de renne, les os longs d'aurochs et de cheval. »

1. Cf. Jules Desnoyers, article : Grottea, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle.

,2. Époque de la pierre polie.

3. Ajoutons que presque toutes les cavernes ont été, à diverses reprises, visitées par les fauves qui en ont bouleversé le sol. D'autres sont traversées par des cours d'eau qui ont dû déborder plus d'une fois. Autant de causes d'incertitude au sujet des conséquences scientifiques à tirer de la position des objets dans les cavernes.

Il faut s'entendre en oulre sur le sens des mois : Troglodijtisme; époque des cavernes. L'habitat dans les cavernes n'est point un fait particulier à la Gaule. 11 ne constitue point une étape dans la marche de l'humanité vers la grande civilisation Les cavernes, en Gaule comme ailleurs, n'ont jamais été habitées que passagèrement. Il y avait en Gaule, à l'origine, à côté des troglodytes, des chasseurs vivant dans les plaines et sur les hauts plateaux, les podiomites de M. Edouard Dupont *. Si les plus anciens troglodytes, contemporains des populations dont les traces se retrouvent dans les alluvions des vallées de la Somme, de la Seine et de la Vézëre ne se fabriquaient pas d'abris artificiels (ce qui n'est point prouvé), les plus rapprochés die nous, les troglodytes de la dernière période quaternaire^ sont déjà trop industrieux pour qu'il soit possible de leur refuser l'art de construire des cabanes.

Sous ces réserves, pénétrons dans les cavernes, à la suite d'Edouard Larlet, de Christy, de MM. Dupont et Piette. Nous ne saurions avoir de meilleurs guides. Laissons de côté les cavernes habitées immédiatement après Tépoque des grandes alluvions. Leur exploration n'apprend rien de nouveau au sujet des mœurs de nos primitifs ancêtres. Les outils sont à peu près les mêmes que dans les alluvions (voir plus haut, p. 80); aucune trace n'y apparaît d'industrie plus développée. Les caractères physiques de l'homme nous sont inconnus ^

Tout autres sont les résultats de l'étude des cavernes de Vâge du renne des paléontologistes (époque magdalénienne* des préhisloriciens), époque de transition entre le quaternaire

\. Edouard Dupont, Congrès de Pest, p. 78.

2. Age du renne qu'il est géologiquement impossible de distinguer nettetement du récent ou période actuelle.

3. Cf. Fraipont, Recherches ethnographiques sur les ossements humains découverts à Spy. '( Selon nous, rien n'autorise à dire qu'on connaît aujourd'hui l'homme des cavernes contemporain de l'e/e/j/ia.î an/jç'MWS. Sou existence nous est actuellement révélée par les outils en silex, mais sou squelette reste à découvrir. »

4. Du nom de l'une des stations ou a/j7-is sous roche d« Périgord. — Im Madelaine (commune de Tursac).

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et le récent. Conservons la dénominalion, puisqu'elle est consacrée, n'en concluons pas, toutefois, que le climat était alors très froid et que nous avions en Aquitaine, à cette époque, la température du Groenland ou de hi Laponie. Nous avons vu qu'au début de l'habitation dans les cavernes, la température de nos vallées n'avait rien d'excessif, A V époque du renne des archéologues % les grands glaciers s'étaient déjà retirés depuis long-temps. Une des g-rottes habitées parmi les plus intéressantes, la grotte de Gourdan ', près Montréjeau, est située sur l'emplacement de l'ancien glacier, Une autre grotte, la grotte d'Aurensan inférieure, si bien explorée par le pasteur Frossard ^, touche à Bagnères-de-Bigorre, en plein pays morainiqiie. Que le climat ait été alors plus ou moins rude en ces contrées*, un fait est certain : les peuplades qui fréquentaient alors les vallées de la Vézère, de la Haute-Garonne et du Gave de Pau avaient des loisirs, formaient une sorte de société organisée en tribus ou en familles, et déployaient des talents instinctifs dignes d'admiration. Le terme n'est pas trop fort.

Ces nomades ignoraient, il est vrai, l'usage du métal, leurs, instruments sont en silex ou en os, surtout en silex; ils ne se donnent pas la peine de polir la pierre. Ils laissent s'accumuler dans leurs tanières et y pourrir les restes des animaux dont ils se nourrissent. Leurs demeures ressemblent à de véritables charniers ^. Au premier abord, on croirait ces nomades au dernier degré de la sauvagerie, et cependant le sentiment des

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