DISCOURS D OUVERTURE
Appliquer les documents archéologiques à l'histoire nationale, faire de l'archéologue un auxiliaire de l'historien, est une idée qui aurait probablement provoqué un léger sourire sur les lèvres de nos pères.
L'archéologie ainsi comprise est, en effet, une science nouvelle, une science en voie de formation. Celle jeune science, ou pour mieux dire cette branche nouvelle de la science a fait, il est vrai, depuis vingl-i;inq ans, d'immenses progrès. L'Archéologie hislorique, je dis historique à dessein, n'a pas aujourd'hui seulement de nombreux adeptes, elle a ses musées et ses publications : elle va avoir son enseignement.
Nous sommes loin de l'époque où les archéologues, les antiquaires, comme on disait, obéissaient exclusivement à des préoccupations d'art et de curiosité. L'archéologie, pour vous comme pour moi, messieurs, sera un complément, un accroissement de l'histoire. Tel est l'esprit qui doit présider au développement de notre enseignement.
Le cours portera, cette année, sur les époques les plus reculées de notre histoire. Nous aborderons l'étude de la Gaule au moment même où la présence de l'homme dans nos contrées est signalée par des indices certains, bien avant qu'aucun historien ait prononcé le nom de notre pays. Nous appliquerons à la connaissance de ces époques lointaines les données archéologiques et paléontologiques recueillies jusqu'à ce jour. Nous gagnerons ainsi, peu à peu, les temps éclairés de la lumière de l'histoire, pour lesquels VAvchéolofjie nous sera encore du plus grand secours. Nous nous arrêterons au début de l'ère dite Méruvingienne. Notre limite extrême, vers les temps modernes, sera la mort de Clovis (1).
Durant cette longue étape, dont le point de départ est, d'après les estimations les plus modérées, à plusieurs dizaines de milliers d'années derrière nous, nous rencontrerons bien peu de monuments d'art. Nous aurons d'abord à traverser les âges ténébreux qui précèdent l'introduction des métaux en Gaule; ces âges durant lescjuels notre pays aurait offert aux voyageurs le s|)eclacle de populations analogues aux tribus indigènes de la Terre de Feu ou de l'Australie; ces âges où le uuuninouth, le grand ours des