‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 6 sur 168 · ap. J.-r · texte numérisé non relu

ap. J.-r

DE l'école du Louvut; 3

Cavernes, le renne erraient encore dans nos plaines et dans nos forêts. Après une époque de transition, probablement très longue, caractérisée par l'érection des monuments mégalithiques et l'apparition des métaux, commence l'ère celtique et gauloise. La Gaule est déjà une nation, mais une nation étrangère aux raffinements des arts et de la grande industrie. Tout ce qui s'élève au-dessus d'un certain niveau i)résente, à cette époque, le caractère d'importation étrangère.

A cette longue période, jusqu'à l'entrée des Romains en Gaule, ne se rattache aucun ensemble de monuments dans le sens étroit du mot, sauf les monuments funéraires mégalithiques, quel({ues vestiges de stations lacustres et un certain nombre de murs d'oppida gaulois.

L'époque romaine, sous ce rapport, est un peu plus féconde et nous offrira plus de ressources; mais l'art gallo-romain est un art de décadence et d'imitation sur lequel nous n'aurons pas à insister. Notre attention se portera de préférence sur tout ce qui nous sera un témoignage de la transformation sociale et économique opérée par la conquête romaine.

L'étude des bijoux mérovingiens nous mettra, un moment, en présence d'une influence orientale très sensible, mais passagère et sans action notable sur le caractère définitif de l'art national.

Ces échappées sur l'histoire de l'art fourniraient difficilement matière à un cours méthodique en vingt-cinq leçons. Où sera donc l'intérêt de ce cours, d'où les considérations, qui font l'intérêt principal des cours d'archéologie, seront forcément bannies? L'intérêt de ce cours, tel que je le comprends, sera la reconstitution de notre histoire nationale, industrie, mœurs, usages, relations extérieures, pour les temps sur lesquels les documents écrits sont absolument muets; pour les temps plus rapprochés de nous, la révélation d'une foule de détails concernant la vie publique et privée de toutes les classes de la population, même les plus infimes; détails dont l'histoire proprement dite s'est, de tout temps^, médiocrement souciée, dont notre siècle^ au contraire, est particulièrement avide.

Vous êtes-vous jamais posé cette question bien simple? A quelle époque remontent les récits authentiques les plus anciens, tracés, originairement, par des mains contemporaines des événe-

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ments, concernant los contrées qui sont aujourd'hui la France? Vous ne trouveriez rien, absolument rien antérieurennent aux Commentaires de César.

Polybe ne connaît, sous le nom de Gaule ou plutôt de Celtique, que la Cisalpine, les deux versants des Alpes et les côtes de la Méditerranée. Les contemporains de Cicéron n'en savaient pas davantage : « Où est situé le pays des Nerviens, écrit Marcus Tullius « à son frère Quintus, je n'en sais absolument rien » (1), et dans le De Provinciis consularibus : « Ces contrées qu'aucun récit, aucun « livre n'avaient fait connaître, dont tout le monde ignorait le nom, « notre général, nos légions les ont traversées. Nous n'occupions « qu'un sentier dans la Gaule, le reste était au pouvoir de nations « ennemies ou inconnues, féroces et belliqueuses... César a poussé « jusque-là les limites de notre empire (2). »

Avant César, les Romains et les Grecs avaient connu des Celtes et des Gaulois guerroj-antà l'étranger, ils ne connaissaient pas la Gaule. Ces Gaulois^ avant les guerres puniques, étaient encore pour eux « des hommes nouveaux, des guerriers aux armes incon- « nues, des aventuriers venus des extrémités les plus septen- « trionales delà terre (ri) ».

EtaprèsCésar, sommes-nousbeaucoupplusricliesen monuments écrits? Laissons de côté Strabon, qui copie César ou Posidonius, et les géographes comme Ptolémée, qui nous ont transmis de simples nomenclatures de peuples et de villes; qui pouvons-nous citer? Ammien Marcellin, qui a fait campagne en Gaule, mais dont quelques pages seulement concernent nos ancêtres. En réalité la lacune est presque complète entre César et Grégoire de Tours (4). Grégoire de Tours est véritablement notre premier historien.

C'est à cette pénurie de renseignements qu'il nous faut suppléer.

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