DOLMENS
Leur distribution sur la surface de la Gaule
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Nos dolmens, ceux qui subsistent de nos jours, sont en général dénudés. Ils présentent l'aspect des dolmens de Korkonno, de la Table de César et des Pierres-plates (Morbihan)^
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Fjg. 108. — Les Pierres-plaies (Morbihan).
La cbambre sépulcrale est composée de gros blocs bruts, rap{)rochés sans aucun lion, ciment ou autre. Quelquefois de
Fig. 109. — Monumeuts mégalithiques, coutrucliou avec murs eu pierrettes.
petites murettes en pierres sèches bouchent les interstices
Fig. 110. — Tumulus de fiavr'Iuis. (Vue extérieure.)
Fig. 111. — Coupe (lu tumulus de Gavr'Iuis avec vue de la chambre sépulcrale de sou allée.
(fig. 109). La chambre est souvent précédée d'une allée ou vestibule, comme aux Pierres-plates (fig. 108) et à Gavr'Inis (fig. 111).
1. Voir la réductiou au 201^ de la Table de César, salle lil.
Ces chambres, ouvertes aujourd'hui à tous les vents et à rœiljdes curieux, ue se présentent pas à nous dans leur état primitif; elles étaient à l'origine hermétiquement fermées et recouvertes d'une enveloppe de terre ou tumulus, comme les
l'jg.112. — Kergoiilals. (Coupe et élévation.)
Fig. 113. — Tumulus de Kergoufals en Biguau. (Plan)
chambres sépulcrales de Gavr'Inis en Baden, celle du Mané- Lud, du Moustoir-Carnac, du Mané-er-U'oecken Locmariaker et de Kergonfals en Bignau.
L ACE DE LA PIERRE POLIE
Dans certaines contrées, le tumulus était entouré à sa base d'un cercle de pierres levées ou cromlech. D'autres cercles parallèles s'échelonnaient quelquefois, mais très exceptionnellement, en Gaule, le long des flancs du monument. Cet usage était fréquent en Algérie, en Angleterre, en Scandinavie '.
La chambre afl"ecte diverses formes et diverses situations. Elle est tantôt au centre du tumulus (Mané-cr-Il'oeck), tantôt plus ou moins excentrique (Gavr'Inis et Kercado). Les dernières fouilles en ont signalé qui se développaient en manière
Fig. 114. — Tumulus du Mauécr-H'oeck, commune deLocmaiiaker. (Coupe.)
de croix constituant à l'extrémité de l'allée une sorte de transept. L'allée, de son côté, n'est pas toujours un couloii' recli-
Fig. 115. — Tumulus de Gavr'Inis (commune de Baden).
Fig. 116. — Tumulus de Kercado (commune de Carnac).
ligne; elle s'infléchit dans certains cas, suivant des courbes bizarres comme à Kergonfals (fig. 113). Voulait-on dérouter les violateurs de sépultures et les chercheurs de trésor? Les grands tumulus de Crimée ont présenté des dispositions analogues *.
Un type sensiblement différent est l'hypogée, ou allée couverte dissimulée sous terre sans qu'aucun signe extérieur apparent en révèle l'existence. Les monuments des environs
1. Cf. notre Archéologie celtique el gauloise, l" éd., pp. 1G3, 164, 16." ; Gg. 24, 25, 27, 28 et 29.
2. Cf. Kondakof, Tolstoï, Reinach, Antiquités de la Russie méridionale, p. 25.
de Paris (Seine, Seine-et-Oisc et Suine-et-Marne) rentrent presque tous dans cette catégorie.
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Fig. in. — IIy[)ogéj de la Justice. (Coupe et plan.;
L'hypogé de la Justice (commune de Presles, Seine-et- Marne) en est un remarquable spécimen *.
1. Cet hypogée a c^la de particiilièrcmeat curieu.ic qu'il est ua des exemples les plus frappants de violation de sépulture néolithique a l'époque romaine, fait signalé dans d'autres sépultures mégalithiques, mais nulle part avec la même clarté (Voir E. Cartailhac dans Malcriaux, t. XX, 188G, p. 324-332). — La Revue caxhéulogigue, 18G7, p. 443 (Bulletin de l'Académie desiuscr., mois de mai), rend compte de la découverte dans les termes suivants : » M. Drunet de Presle annonce à l'Académie qu'un monument tout a fait analogue à celui d'Argeuteuil (cf. Rev.archéoL,t. XV, 1867, p. 364), vient d'être découvert dans la propriété de M. le comte deRuty, près Beaumontsur-Oise, non loin de l'allée couverte de la forêt de Carnelle dite : Pierre-Turquoise. Le nouveau monument sépulcral mégalithique est situé dans une pièce de terre qui porte depuis longtemps le uom de La Justice; oa peut donc le désigner sous le nom de Alice de la Justice, pour le distinguer de la Pierre-Turquoise, qui semble être sur le même territoire. M. Brunet de Presle, sur l'invitation de M. de Ruty, a commencé, de concert avec MM. de Quatrefages et Alexandre Bertrand, une fouille qui a donné de très heureux résultats. Une partie seulement de VAl/ce de la Justice a été dépouillée des terres qui la comblaient et déjà l'on a pu recueillir sept crânes, dont trois très bien conservés; deux haches doii<t une emmanchée dans un fragment de corne de cerf; deux couteaux en silex, plusieurs os travaillés et semblant avoir servi de poinçons; plusieurs cailloux percés pour pendeloques et bon nombre d'éclats de silex n'appartenant pas à la localité. Un des traits particuliers de celte fouille c'est qu'elle a produit deux objets eu bronze; une monnaie d'Autouiu le Pieux et un bouton évidemment galloromain. Nous devons dire, il est vrai, que ces objets ont été recueillis à un mètre seulement de profondeur dans la terre végétale (terre noire), taudis que les crânes et les objets en pierre polie, ainsi que les os travaillés, gisaient
l'aP.E DF la PIK.nRK POLIE l'JS
Bien que procédant tous d'un môme principe, ces monuments étalent donc à nos yeux les variétés de construction les plus diverses. La nature des matériaux qui, daus cerlaines provinces, se prêtent difficilement à l'érection des mégalithes, la rareté ou l'abondance de la terre végétale, le caprice des chefs de famille et les traditions de la tribu s'opposaient à ce qu'il existât de règle absolue. L'aménagement intérieur et le mobilier funéraire no sont pas moins variés. Les dissemblances,, à cet égard, sont même encore plus sensibles.
Pénétrons dans un de ces beaux tumulus, véritables collines artificielles* {fig. M8), à la suite de M. René Galles. Je choisis le Mané-Lud qui semble plus que tout autre avoir conservé la trace des cérémonies imposées parle rite funéraire. Écoutons le rapporteur des fouilles.
daus du sable (sable jaune), à une p' o^ondeur de 1™,70. La fouil'e continue sous la surveillance de M. Abcl Maître, chef de l'ateUer de 'Poulage du Musée de Saint-GeraTain. Sou aîtention a é^é spécialement appelée sur le mélange anormal de pierres po'ies et de bronze constaté dans li-itéreur du monument ; nous pourrons probablement, dans notre prochain numéro, donner de nouveaux renseignements sur la disposition relative de ces différents objets. » Cet espoir n'a pas été trompé, — Un dessin de M. Abel Maître avec coupe et plan déposé au Musée de Saint-Germain, salle M, vitr. 12 (dont notre fig H7 est la réduction) et placé au-dessous des objets découverts, offerts au Musée par M le comte de Ruty, met, pour ainsi dire sous les yeux, l'iiistoirc du monument ainsi résumé par M. Salomon Reinach dans sou Catalogue sommaire, i" éd., p 66. « Vitrine 12 : B. objets recueillis dans le dolmen de la Justice à Prestes (Seine-et-Oise), méthodiquement exploré en 1867 par M. Abel Maître, au nom du Musée. — A gauche sont les objets de la partie la plus aucionne oîi se trouvaient les squelettes et les instruments eu silex : fragments de poteries, pendeloques, perles, lances, haches polies, scies, éclats et pointes de tlèche. Au milieu, gaiues de hache eu bois de cerf, poinçons en os. A droite, objets trouvés dans un dépôt postérieur oîi avait eu lieu une inhumation à l'époque romaine, — poterie rouge grossière, ampoule de verre, anneaux de bronze, monnaies impériales depuis Vespasien (79 ap. J.-C.\ jusqu'à Théodose (395 ap. J.-C), anses de vases de fabrique romaine : curieux et incontestable exemple de superposition de sépultures. On voit combien on peut être induit en erreur sur la date des dolmens par le fait des inhumations secondaires qui en ont enrichi le mobilier. »
1. Le tumulus dit Mout-Saint-Michel en Carnac sert de soubassement à une chapelle qui u'en occupe qu'une toute petite partie. On peut juger par là de la dimension de quelques-uns de ces monuments. Cf. E. Cartailhac, La France préhistorique, p. 199.
«< Le Mané-Lud est si original * que j'aurais pu me croire transporté à un autre temps, chez un autre peuple que celui de nos mégalithes ordinaires. Je mettais au jour, à chaque coup de pioche, un ordre de faits tout nouveau. Je découvrais le théâtre d'antiques funérailles dont le sol conservait des traces sensibles. Le Mané-Lud, on le sait, forme une butte artificielle 1res allongée, 80 mètres de long sur 50 de large et remarquablement basse, 5™, 50 seulement d'élévation. J'en décrivais l'intérieur dans l'ordre de mes fouilles, dont le point de départ était à l'exlrémilé orien-
l'^ig. H8. — Le Mané-Liid. (Coupe et plan.)
taie du tumulus. A 10 mètres je rencontre un alignement curviliguc de petits menhirs (G) de 40 à 50 centimètres de hauteur et noyés, à 4m,50 au-dessous du sommet, dans les vases desséchés qui forment la tombelie. Cette ligne de pierres avait 12 mètres d'étendue. Sur chacune des cinq pierres debout formant l'extrémité nord, nous avons trouvé le squelette d'une lôte de cheval. Une seconde rangée de pierres parallèles à la première * (H) et formant avec elle une sorte d'allée, en différait en ce que ses éléments, au lieu de se toucher, étaient séparés par des inlcrvalles
1. Cf. Mém. de la Socii'lé polijmatli. du Morbihan^ auuéc 1804,