Monceau de pierre et de terre où les pierres dominent
3. Le plancher s'est retrouvé dans bon nombre de monuments du Finistère et des Côtes-du-Nord.
« A l'ouest du galgal central, nous n'avons plus retrouvé que la roche granitique. Mais là, comme à Test, la roche avait été aplanie, nous voulons dire dépouillée de l'enveloppe de terre naturelle qui la recouvrait. Les ouvriers avaient probablement reculé devant la difficulté de l'attaquer elle-même.
« A l'extrémité du tumulus, au point de la plaine d'où l'on voit le soleil disparaître, chaque soir, dans l'Océan, se dresse, vous le savez, l'allée couverte mise à nu par nos devanciers (en A). Nous n'avons plus à l'explorer, mais nous devons vous rappeler que ses parois sont en quelques endroits couvertes de signes bizarres, encore visibles, dont la patience de M. Samuel Fergusson a pu rétablir les contours.
« En somme, qu'avons-nous? d'abord une plate-forme rocheuse préparée sur une étendue de plus de 80 mètres en longueur et de 50 de largeur. Ensuite, à l'extrémité occidentale de ce plateau, un beau dolmen à galerie, et à l'extrémité orientale une avenue de pierres debout dont quelques-unes supportaient des têtes de cheval. Au milieu, un galgal formé de pierres sèches et recouvrant une crypte sépulcrale établie d'après un système de construction particulier et renfermant des ossements humains et quelques objets de l'âge de la pierre polie. Entre le galgal et les menhirs, une nappe de pierre artificielle couvrant le sol naturel et qui, soulevée, laisse voir un monceau de charbon, plus loin un tas d'ossements d'animaux. Enfin, toutes ces choses, noyées dans un monticule de vase desséchée, entassées à grande peine et formant une masse imperméable de près de dix mille mètres cubes, ce tumulus allongé n'était pas destiné seulement à protéger les cryptes, mais à recouvrir le théâtre tout entier d'une scène funéraire imposante.
'< Pour nous, le Mané-Lud est une illustre tombe et ces tètes équestres, ces restes de sacrifice, ces squelettes humains sont là pour accompagner la dépouille mortelle d'un grand chef. »
Nos lecteurs partageront certainement ropinion exprimée ici par M. René Galles. Oui^ nous sommes en présence de la tombe d'un grand chef, d'un chef honoré et puissant appartenant à un état social relativement avancé, h une distance moralement incalculable de l'homme des aliuvions et de l'homme des cavernes.
Des fouilles semblables, aussi fructueuses, ont été pratiquées par les soins de la Société polymathique dans les grands tumulus, vierges jusque-là, dits : Moustoir-Garnac', Mané-
1. Les fouilles Ju Moustoir-Carnac entreprises sur la demande et avec les fonds du Ministère de l'Instruction publique et dirigées, comme celles de Mané-Lud, par M. riiitcndaut licué Galles, ont révélé un rite funéraire et des habitudes rappelant au plus haut degré celles de Mané-Lud, (Voir Rev. arch.,
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te.- Ir.J,}
er-H'oGck, Mont-Saint-Michel, Tumiac, Kergonfals, Moustoir-Carnac et la Trinité-sur-Mer.
1863, t. XII, p. la et suivautes). Nous donnons (flg. 119) la coupe et le plan du monument.
« En A (voir le plan fîg. I), les fouilles nous ont d'abord révélé un amoncellement de pierres de 3 mètres de hauteur sur 1 mètres de largeur à la base. — Sous ce galgal, au milieu d'une grande quantité de charbons entoures de terreau fortement noirci, une grande jatte en terre cuite brisée (voir Rev. arch., 1863, pi. VI, n" 8), contenant un certain nombre d'ossements d'animaux. — Autour de la trace incontestable du foyer, ou remarquait irrégulièrement disposées, j'allais dire comme des sièges, une série de pierres debout (nous eu avons compté neuf hautes de 0m,50 environ).... Partant de cette coupure centrale, notre fouille s'est dirigée simultanément vers chacun des deux bouts de la colline funéraire. — A l'ouest le galgal se continua sans se modifier jusqu'à une distance de 22 mètres du centre, puis il a cessé tout à coup et nous n'avons plus trouvé qu'une accumulation de vases de marais desséchées. 11 en avait été de même au Mané-Lud. Nous n'avons pas marché à plus de 4™,30 dans cette pâte terreuse et durcie, que les pioches de nos ouvriers rencontraient la paroi orientale d'un beau dolmen (B. 4 mètres de long sur 2 mètres de large), dont le plancher composé d'un pavage informe était recouvert d'une, couche de terreau de 0™,30 d'épaisseur. — Dans cette couche se sont rencontrés : 1° les débris d'uu vase eu terre {Rev. arch., 1863, pi. VII, fig. 7); 2" une olive en serpentine longue de 0m,055 dont chacune des extrémités est creuse et très conique (/?ey. arch., l. c, pi. XV, fig. m.m'). Tout près était une petite rondelle eu jaspe bleuâtre percée en son cintre et pouvant s'appliquer exactement sur l'extrémité de l'olive; — puis un morceau de silex brisé en deux morceaux (long. 0",23) et un second vase [Bev. arch., 1863, pi. VI, n» 13).
Ce vase a été reconstitué comme le premier par les soins de M. de Cussé et est exposé au musée de la Société polymathique à Vannes.
Un autre vase, mais en fragments, reposait près de ce dernier. Au delà, à l'ouest, nous n'avons plus rien rencontré — A l'est, les ouvriers, pendant ce temps, rencontraient dans le galgal qui se prolougeait jusqu'à l'extrémités du tumulus une nouvelle crypte C et D, parmi les pierres de laquelle ont été recueillis un silex tranchant, deux vases brisés et une moitié de perle en verre sillouné par une ligne jaunâtre en zigzag [Rev. arch. L c, pi XV, fig. 3). Nous craignons que cette perle ne se soit glissée ultérieurement dans le tumulus.
A 5 mètres de ce lieu, toujours en marchant vers l'est, nous avons découvert une seconde chambre de 2 mètres carrés environ de superficie (fig. I), avec lit de terre et dallage. Cette chambre ne nous a donné aucun objet votif et cependant cette dernière crypte avait été l'objet d'une sollicitude toute particulière, tandis que ses voisines sont simplement englobées dans le noyau de pierres sèches de la tombelle. Ici, nous reconnaissons d'abord un galgal particulier qui récouvre spécialement la cellule, puis une couche de vase et enfin, au-dessus de celle-ci, les deux éléments des grands tumulus qui se sont relevés pour faire place à ce système secondaire. On dirait un petit tumulus bien complet enfermé dans un grand. En résumé le Mo«.<;<o?V-On'«rtc présente les particularités suivantes. Surmonté d'un menhir, il renferme à l'ouest un
l'âge t>e la pierre polte
Au Mané-or-Iï'occk', la chambre sépulcrale, comme au Mané- Lud, était au centre du tnmulus, sans couloir; mais à l'entrée, circonstance unique jusqu'ici (fig. 120), se trouvait placée uno
Fi?. 120. — Totem du Mané-er-H'oeck.
pierre sculptée sur laquelle, dans une espèce de cartouche, était gravé ce que nous croyons pouvoir appeler le tôtom du chef. La chambre mégalithique présentait une autre singularité.
Fig. 121.— Hache et anneau du Mané-er-IÎ'oeck, dans leur position originale.
Sur une couche de terre parfaitement unie et que rien n'avait dérangée, depuis le jour de la fermeture du sépulcre, reposait
grand dolmen sépulcral, au centre un vase, des ossements d'animaux, les restes d'un foyer considérable; à l'est, deux cellules évidemment funéraires. La solution de l'intéressant problème soulevé par la fouille de Mané-Lud trouve donc ici une confirmation nouvelle; savoir que les tombelles allongées recouvraient, en outre d'une ou plusieurs sépultures de chefs, le terrain sur lequel se sont accomplies les cérémonies funèbres. 1. Cf. Revue archéologique, t. IX, 1864, p. 137.
un grand anneau plat en jade, légèrement ovale, sur le bord duquel était appuyée la pointe d'une magnifique hache en même matière, de 35 centimètres de long, d'une si belle conservation qu'elle semble sortir des mains de l'ouvrier. Près de la hache, à sa suite, se trouvaient deux grosses pendeloques en calaïs, espèce de turquoise. Plus loin une autre hache, en jade blanc, puis une autre pendeloque. L'anneau, la grande hache, la petite, les pendeloques étaient placés en ligne droite et cette ligne coïncidait parfaitement avec une des diagonales de la chambre.
Au-dessous de la couche de terre était un dallage irrégulier, comme au Mané-Lud, également avec traces de plancher en bois. Ce dallage était divisé en deux parties distinctes par une rangée de pierres peu épaisses, placées de champ. Dans une de ces divisions avaient été déposées cent une haches dont onze en jadéite, quatre-vingt-dix en fibrolithe, plus trois belles pendeloques en calaïs et quarante-quatre petits grains de collier en quartz, en agate et en turquoise grossière. Trois couteaux de silex tranchants et une quantité notable de charbon complétaient le mobilier funéraire. Ajoutons que dans un coin se rencontrèrent quelques débris de poterie '.
Ces beaux monuments appartiennent tous au département du Morbihan, tous à la zone maritime. Le département du Finistère adonné lieu à des explorations non moins intéressantes. Dans ce département, M. Paul du Cbâteliier a joué le rôle de M. l'intendant René Galles dans le Morbihan. Plusieurs tumulus vierges ont été fouillés par lui. Dans la commune de Plabennec, le tumulus recouvrait une chambre sépulcrale mégalithique identique à celle du Morbiban, avec dallage et parquet en bois. La chambre est, de plus, lambris-
1. Eu dehors du fait général, plusieurs particularités concernant ces monuments sont à noter : 1" la coexistence dans l'un de ces tumulus de plusieurs eusevelissemonts, l'un sous allée couverte mégalithique, l'autre sous galgal avec chambre sépulcrale en pierresde petite diinensiou grossièrement appareillées; 2' le dallage eu pierres ajustées et le parquetage en bois des chambres funéraires.
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Fig. 122. — Aspect do la chambre du Alauc-er-U'oeck.
sée, et une banquette en pierre revêtue de bois de chêne court le long- des parois. Le mort avait été incinéré, ses cendres et ossements brûlés étaient accumulés au fond de la cella. Auprès étaient déposés dans une gaine en bois deux beaux poignards de bronze. Mêmes rites funéraires à Kerougant et à Gourillac'h, enPIouvenez-Lokrist, chambre lambrissée, poignard en bronze (fig. 123)*. M. du Châtellier fait remarquer, et nous devons insister sur ce point, que, contrairement à ce qui a été observé dans le Morbihan, l'incinération est relativement très fréquente dans le Finistère.
« Nous avons relevé S pour le département du Finistère, les explorations faites jusqu'à ce jour dans quatre-vingt-douze sépultures ayant donné des mobiliers de l'époque de la pierre polie, y compris des stonecists , la plupart des explorations ayant été faites par nous. Les résultats obtenus sont concluants : soixante et une sépultures étaient à incinération, vingt-six étaient à inhumation, cinq n'ont donné que des résultats incertains. 11 est vrai de dire que quelques-unes de ces tombes appartiennent à la fin de l'âge de la pierre polie , mais sans qu'on y ait, cependant, constaté la présence du bronze. Kous pouvons donc conclure que dans le Finistère, à l'époque néolithique, le mode de sépulture par incinération était dominant; la chose est constante. Du reste, l'incinération ne s'est pas montrée dans les sépultures de notre département seulement. M. E. Gartailhac, dans un remarquable article, V incinération chez les hommes de l'dge de la pierre, inséré dans la livraison de janvier 1888 des Maltriaux pour l'histoire de l'homme, a prouvé surabondamment
1. Le Musée de Saint-Germain possède uu de ces poignards (salle 111, vitrine u" 22,079), ainsi que les trois poignards découverts sous un tumulus de la forêt
I''ig. lii. — Poiguard eu brume du Guurilluc'U.
de Clohars-Caruoët, jadis au Musée dcCluny, aujourd'hui Musée Saint-Germain (même salle, vitriue I-A, noSOjGOO.)
2. Cf. l'aul du Châtellier, Les époques préhistoriques ou gauloises dans le Finistère, Paris, chez Lechevalier, 1889; et sur les slone-cists, D' Closmadeuc, La question des dolmens et des coffres de jÂerre {stoîie-cisls). Vannes, 1890.
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par un intéressant relevé des faits (lue riucinération, à cotte époque reculée, est un fait aujourd'liui constaté prescjue partout en Gaule. Toutefois, il faut reconnaître (jue dans les stnne-rists et autres coffres de pierre les sépultures sont invariablement à inhumation directe, u
L'avenir dira si ce rite n'est pas un usag-e local, inlrotluil en Armorique, à l'époque de Finlroduclion des métaux.
(Port-ar-Saoz).
(Cruguel).
(Carnoët).
(Crugufl).
(Cruguel).
Fig. 124. — Pointes de flèche en silex découvertes dans les tumuli-dolinens où apparaît le bronze.
Nous devons insister sur ces faits, et relever avec soin ces opinions d'hommes très compétents. Nous avons, en effet, longtemps professé que le rite funéraire de l'âge de
la pierre polie et plus parliculièrement le rite dolménique, était l'inhumation. Ce rite était incontestablement celui de l'ère mégalithique en Scandinavie, oii l'incinération apparaît seulement à l'âge du bronze. Le principe absolu, en Suède et en Danemark^ ne l'est plus en Gaule : soit. Doit-on, toutefois, le renier? Nous ne le croyons pas. L'élude des sépultures de familles et de tribus nous montrera quel serait le danger d'un trop complet changement de front.
Après le Finistère, les Gôtes-du-Nord. A Porz-ar-Saoz, en Trémel, M. l'abbé Prigent a défoncé un tumulus analogue à ceux des environs de Quimperlé et de Ponl-l'Abbô'.La chambre sépulcrale contenait une belle série de vingt-neuf flèches en silex (fig. 124) *, une hache et quatre poignards de bronze. La poignée de l'un des poignards avait été ornée de clous d'or. Ces poignards étaient renfermés dans des boîtes en bois, comme objets particulièrement précieux et probablement hié-
1. Cf. Société d'émulation de-; Câtes-du-Nord, t. XVII et pi. IX (1880).
2. Des poiutcs de flèche semblables et aussi parfaites de travail ont été découvertes sous plusieurs dolmeus conteuant du bronze, entre autres sous les dolmens de Clohars-Caruoët et de Cruguel, Ces pointes de flèche sont d'nne telle perfection que Mérimée et Penguilly L'Haridon en avaient fait monter en épingles de cravate. Les sépultures de cette catégorie sont moins rares qu'on ne pourrait le croire. M. Le Pontois signale sept découvertes analogues constatées à :
Plolîvorn. Société d'émulation des Câtes-du-Nord, t. XIX, 1881, p. 128 (découvert entre 1825 et 1830).
Cloiiaiss-Carnokt. Revue archéologique, t. XVI, 18(13, p. 344 (découvert en 1843).
Taniioukdou eu Bourbriac, Cùtes-du-Nord, Société d'émulation des Côtcs-du- Nord, t. XIX, p. 121.
Le Goiiku.la'cii. Société d'émulation des Côtes-du-Nord, t. XIX, 1881, p. 12j (découvert en 1867).
Poitz-AP.-SAOZ. {Société d'émulation des Côtcs-du-Nord. t. XVII, 1880, p. 113 (découvert en 1873).
Keuiiué-bkas. Matériaux pour l'Iiisloire derho77ime,i8?>0, p. 289 (découvert en 1879).
TossF,N\-KF,BGAURO(iNON. Sociélé cl'émulution des Côles-du-Nord, t. XIX, 1.S81, p. 15 (découvert en 1880).
Kervini en Poullau, V'iu'isière. Dul/e/in de l'Association lirefonne, 1887. p. 18(;, (i[ L'AnlIiropologie, 1890, p. 431 (découvert eu 1887).
Plus la découverte (le Cruguel, Revue arckéul<igicjue, t. XV, 1890, p. 335, avec planches.
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ratiques. Ces tombes sont bien des lombes de chefs politiques ou religieux.
Les sépultures de famille ou de tribus sont rares en Armorique. Dans certaines contrées, comme l'Ile-de-France, elles sont, au contraire, fréquentes. Le dolmen prend alors la forme de l'allée couverte cachée sous terre. On pourrait donner à ces monuments le nom de dolmens-Iuj pogces. Tels sont les hypogées de Meudon, Gourtieux^ Argenteuil, Conllans-Sainte- Honorine, Luzarches, Marly, Ghamant, de la Justice, de Vie-
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Fig. 125. — Mobilier de l'allée de la Justice '.
sur-Aisne et de Mizy. Dans ces hypogées, jamais d'incinération. Les ensevelissements y sont en nombre généralement assez élevé. Sous la tête ou aux pieds des squelettes, sont déposées des haches en silex. Nous sommes au milieu de tribus pauvres : rien qui rappelle le luxe des chefs armoricains. Les ossements sont parfois disposés avec tant de symétrie, si bien classés que l'on se croirait en présence de