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LES ANIMAUX DOMESTIQUES

Nous avons rattaché à un courant hypcrboréen l'introduction en Gaule de la civilisation mégalithique. A ce premier courant, la Gaule dut l'usage des grands monuments funéraires, — tombeaux de chefs; hypogées et ossuaires pour la plèbe; une rare perfection du travail de la pierre ; un certain développement de la céramique et un commencement de relations commerciales ' . Ces tribus n'ignoraient point l'art de lanavigalion, ainsi que l'indique la prise de possession par elles de plusieurs îles de la Manche et du canal Saint-Georges*. L'Armorique est, en Gaule, le principal foyer de cette civilisation.

Un autre courant, non moins puissant, se dessine aux yeux des archéologues dans la direction de l'est; son point de dé-

1. Voir (fig. 143-144), les spécimeus : i° de vases en terre; 2" de haches eu pierre polie, empruntés, les vases au Dictionnaire archéologique de la Gaule (époque celtique), les haches à rAlbuui inédit du D' G. Glosmadeuc.

2. L'intelligence et l'activité des néolithiques est un fait acquis. Une lacune, faut-il dire intellectuelle, est toutefois à noter. L'instinct du dessin si remarquable à rage du renne a complètement disparu. — A part les grossières décorations des chambres sépulcrales à la manière de Gavr'Iuis,rien, absolument rien. Les essais de représentation de la figure humaine signalés jusqu'ici soit sous des dolmens, soit dans des grottes néolithiques, sont des plus misérables. Il n'y a donc pas là seulement affaire de religion, comme chez les populations musulmanes de nos jours, il y a inaptitude. Cette inaptitude semble se prolonger durant toute la période intermédiaire entre l'âge de la pierre polie et l'âge du fer. La figure 145, p. 166, représentant un de ces essais informes, eu donne une idée sufflsante. (Voir pour plus de détails, Em. Cartailhac; Francepréhistoriqiie, p. 212-214). Des sculptures presque identiques se sont rencontrées dans plusieurs grottes du département de la .Marne. (Moulage au Musée de Saint-Germain, salle IIL)

Fig. 143. — Spéciiiicus do la poterie des doliucus. D'après le Dictionnaire archéologique de la Gaule (époque celtique).

LES CITÉS LACl'STRKS XÉOIhITHIQUES

part est le Pont-Euxin, les vallées du Caucase ou les grandes plaines arrosées par le Don et le Volga. L'existence de ce courant caucasien, pont-euxinien ou caspien^ n'est pas moins bien établi que le premier. Il suit la voie de Flster (le Danube), d'un côté, la voie du Dnieper de l'autre ^ A ce second centre se rattachent non seulement les cités lacustres, mais l'introduction en Gaule des animaux domestiques et des céréales.

Fig. 14,'). — Grossière représentation hiunaiue découverte à CuUorgiies (Gard.)

Les cités lacustres. — Pendant les basses eaux de l'hiver de 4853-18.")4 des travaux importants s'exécutaient àMeilen, sur le lac de Zurich. On fouillait dans la vase assez profondément.

1. Ces deux voies ont joué de tout temps un grand rôle dans le monde, comme ligues de jonction entre l'Asie et l'Europe. Ce rôle est très bien défini par M. S. Keiaach dans la préface de la traduction des Antiquités delà Russie rnéridiona/e de MM. Koudakof et Jean Tolstoi. « Les vastes régions de la Russie méridionale, depuis les bouches du Dauube jusqu'au Caucase et à la mer Caspienup,, présuuteut pour l'archéologie et pour l'histoire un intérêt multiple qu'expliquent à la fois leurs richesses naturelles et les avantages de leur situation géographique. C'est sur les rives de la mer Noire qu'aboutissent toutes Icsaucieimes routes de caravanes, qui mettent en communication, depuis les temps les plus reculés, l'Asie et l'Europe. C'est des bords de la

LKS r.lTÉS LACCSrUKS NÉOLITHIOUKS 107

De ce limon noir laissé momentanément à sec étaient retirés par les ouvriers des fragments de pieux ou piquets, on quantité notable et par ci par là des débris de poterie grossière. Cette poterie n'était pas romaine, car elle était noire, imparfaitement cuite et façonnée à la main, sans l'aide du tour à potier'. Les ustensiles, armes ou outils de pierre et d'os, les pieux qui les accompagnaient, à peine équarris, avaient un air encore plus primitif : ils rappelaient les objets analogues découverts daus les tourbières de la Scandinavie. Leur antiquité n'était pas douteuse, i^ourtant on n'y faisait qu'une attention médiocre, quand un bomme de vrai science, le

mer Noire que se dirigeât vers l'ouest et le uord-ouest de l'Europe, des voies couimerciales uou moins ancieuDes, naturellement tracées par les grands fleuves qui se jettent dans l'Euxin, le Danube, le Dniester, le Boug, le Dnieper et le Don. Les produits des mines de l'Oural, exportés bien avant les premières lueurs de l'histoire, suivaient la vallée du Volga et de ses affluents pour parvenir à celle du Don et à la mer d'Azow. Ces voies que suivit le commerce ont aussi donné passage à des mouvements dépeuples. L'histoire ne les a pas enregistrés, car il en est qui sont antérieurs à ses débuts et dont le souvenir était complètement effacé au temps d'flérodote. Une science nouvelle cherche, aujourd'hui, à retrouver la trace de ces conquêtes et migrations préhistoriques. »

L'attention des historiens avait été attii'ée déjà par Dubois de Montpéreux [op. laud., t. IV, p. 39Sj, il y a plus d'un demi-siècle sur ces grandes voies de migration ayant leur point de départ sur le Volga. « Il y a lieu de faire une remarque générale sur la bifurcation de la marche des peuples daus leurs migrations de l'est à l'ouest. Bien qu'il n'y eut point de chaînes de montagnes qui paraissent les gêner, malgré l'immense étendue en largeur du pays qui se présente à eux après qu'ils ont franchi le Volga, ils suivent tous une certaine route qui paraît au premier abord extraordinaire : la voie Sacrée des anciens, la voie Noire des modernes. Pour tous les peuples qui ne tirent pas vers le Danube, le courant de leur marche les porte nécessairement par là. Les nomades avec leurs chariots et leurs tentes, cherchent les gués du Dnieper pour les passer, et les gués les amènent précisément à l'origine de VExcnnpée, la voie Sacrée des anciens (cf. Hérod., IV, cxxxi). Une fois sur l'autre rive, l'on restait sur un plateau granitique, uniforme, couvert de la plus belle verdure. Nulle part on ne pourrait trouver de plus riches pâturages pour nourrir les troupeaux. Ce plateau les conduisait aux marais de Minsk. C'est par là que sont passés les Cimmériens aui, tournant à gauche, ont gagné la Galicie, en traversant la Podolie et la Volhynie». Une partie des Celtes paraît avoir suivi la même route que les Cimmériens. (Voir notre second volume.)

1. Ou sait que la poterie romaine est rouge, très bien culte et faite au our.

D"" Ferdinand Keller, président de la Société des Antiquaires de Zurich, vint à passer par là. La liaison qui existe entre les pilotis, les armes de pierre et les outils grossiers qui les accompagnaient frappe son imagination. Une phase nouvelle de l'histoire delà Suisse antique se révèle à lui.

Keller mit ainsi en évidence l'existence, à une époque inconnue, d'habitations intentionnellement bâties sur l'eau, à l'endroit indiqué par les pieux. Le nombre des ustensiles recueillis, d'accord avec l'épaisseur de la couche tourbeuse, témoignait en faveur d'une occupation prolongée de ces cabanes lacustres. Il y avait donc eu un temps oii les habitants de la Suisse se construisaient des magasins ou des refuges sur les lacs, "si même ils n'y vivaient. C'est la période dite des cités lacustres ou des palafittes^. L'éveil donné, on sonda les autres lacs. On trouva presque partout les mêmes pieux. Mais les objets découverts entre les pieux n'étaient pas partout les mêmes. A Meilen, tous les objets, sauf un seul ^, étaient en os et en pierre. Ailleurs et plus particulièrement dans la Suisse occidentale, à côté de stations rappelant celle de Meïlen, d'autres stations furent découvertes contenant de nombreux objets de bronze ^ Nous nous occuperons exclusivement, dans ce chapitre, des stations où dominent les objets de pierre.

La présence d'instruments identiques aux instruments recueillis sous les dolmens rend l'étude de ces palafittes particulièrement précieuse. On trouve sous les dolmens des offrandes funéraires, c'est-à-dire une série d'objets d'un caractère spécial et restreint. Les stations lacustres livrent à notre examen tout ce qui, intentionnellement ou par accident, était tombé des constructions dans le lac pendant une longue série d'années. Les renseignements recueillis sont bien plus

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