Né l'an 544 ap. J.-G
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Je ne crains pas de le dire, sous beaucoup de rapports, nous le pouvons. Permettez-moi de vous exposer, en manière de préface, les résultats qui, dès maintenant, semblent acquis, d'énumérer les questions que nous aurons à traiter avec vous.
Quand l'homme a-t-il fait son apparition en Gaule? « Aussi loin « qu'on puisse remonter dans riiistoire (écrivait Amédée Thierry, « il n'y a pas vingt-cinq ans) on trouve la race des Galls occupant « le territoire continental compris entre le Rhin, les Alpes, la « Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan. » Cette date supérieure, pour l'auteur de l'Histoire des Gaulois, est le xx" ou xvi= siècle avant notre ère. Voilà où l'on en était en 1800. La science démontre, aujourd'hui, que la Gaule était habitée longtemps, bien longtemps avant l'arrivée des Galls ou des Celtes^ de beaucoup plus récents que ne le croyait Amédée Thierry.
L'homme vivait en Gaule dès l'époque quaternaire. Nous vous dirons ce qu'il faut entendre par ces mots : époque quaternaire, époque des glaciers, qui ont besoin d'être expliqués. Nous vous montrerons au milieu de quelle faune, de quelle flore, sous quel climat vivaient nos premiers pères. Nous vous rappellerons la lutte de Boucher de Perthes pour le triomphe de cette vérité aujourd'hui reconnue.
L'existence de l'homme en Gaule remonte-t-elle encore plus haut? L'abbé Bourgeois l'a soutenu jusqu'à sa mort. M. de Quatrefages a prêté à cette opinion l'autorité de son nom. Nous nous ferons le rapporteur des faits allégués. Nous avons nous-même fait exécuter des fouilles à Thenay, d'accord avec l'abbé Bourgeois. Nous avons remué dans ces fouilles plus de cinq mille silex. Une partie de ces silex a été déposée au Musée de Saint-Germain. Nous vous établirons juges du problème. Je ne crains pas de vous dire que dès maintenant, pour ma part, je ne crois pas à l'existence de l'homme tertiaire.
L'homme de l'époque desalluvionset des glaciers n'a point disparu, en Gaule, avec la période que caractérisent ces phénomènes. Nousleretrouvonsàl'époquedite récente après l'apaisement de ces grands mouvements diluviens, vivant une partie de l'année dans les cavernes. Nous interrogerons ces premiers refuges de l'homme contre le froid et le soleil. Le renne jouait un grand rôle dans leur existence. Nous rapprocherons ces mœurs primitives de celles des
G DISCOURS DOUVERTURK
Lapons et des Esquimaux, pour lesquels le renne est également une providence. Vous serez peut-être étonnés d'apprendre que q;ielques-unes de ces tribus avaient le goftt des arts. Leurs artistes gravaient et sculptaient sur bois et sur ivoire fort habilement. Nous mettrons sous vos yeux des spécimens de leur industrie.
Mais sortons des cavernes.
Une ère nouvelle commence pour la Gaule avec les monuments mégalithiques, les dolmens, cromlechs et allées couvertes, les stations lacustres, les instruments en pierre polie (1), l'introduction dans le pays des animaux domestiques. Il y a là dans les mœurs une révolution des plus importantes, un premier essai très remarquable d'organisation sociale, digne de toute votre attention. L'exploration scientifique des dolmens et allées couvertes, qui sont des tombeaux, tombeaux parfois très riches, l'exploration des cités lacustres, où la couche de sable dite : couche arcJu'olofl'iqup a conservé, au fond des lacs, jusqu'à des étofîes de l'époque, nous mettra en rapport intime avec les représentants de cette première et grossière, mais pourtant puissante civilisation.
Des cartes archéologiques et des statistiques nombreuses donneront pour ainsi dire un corps aux déductions que nous aurons à tii'er des faits.
Il n'y a eu nulle part dans le monde de grande civilisation, avant la connaissance et la mise en œuvre des métaux. Comment les métaux ont-ils été introduits en Gaule? La métallurgie n'a point pris naissance dans nos contrées ; elle est d'origine orientale. L'étude des textes, l'examen des documents archéologiques le prouvent. Nous dirons un mot des corporations religieuses de l'Asie Mineure et du Caucase, qui ont eu longtemps le dépôt des secrets métallurgiques : les Telchines, les Curetés, les Cabires et les Chalybes. Nous suivrons à la piste des découvertes d'antiquités, les grandes voies de migrations et de commerce par lesquelles les métaux pénétraient en Occident. Nous étudierons d'une manière particulière la voie du Dnieper et la voie du Danube Nous essaierons de déterminer l'époque à laquelle a com-
1. L*îs instruments on pierre de la période précédente étaient taillés à éclats et non polis.
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menci^ ce commerce. Nous constaterons que le bronze et mémo le fer apparaissent déjà sous les dolmens.
Le bronze, et surtout les armes de bronze, ont généralement précédé en Europe des armes de fer. Nous expliquerons quel sens il convient de donner à cette expression âge du bronze.
Les populations d'ordre très diveis qui occupèrent la Gaule pendant si longtemps avant l'introduction des métaux sont restées innommées. Avec les métaux se montrent à nous les races historiques, Ligures, Ibères, Celtes, que les Phéniciens et les Grecs ont rencontrées sur nos côtes. Nous rechercherons quels sont les monuments et antiquités qui peuvent leur appartenir, quelles sont les parties du pays que chacun de ces groupes a sûrement occupées. Des cartes ethnologiques exposeront à vos yeux les hypothèses auxquelles l'étude combinée des faits archéologiques et des noms de lieu nous a conduit. La concordance des résultats obtenus par les archéologues et par M. Longnon (1), qui a fait de l'étude des noms de lieu son étude de prédilection, donne à ces hypothèses un haut degré de probabilité.
A quelle époque devons-nous faire remonter l'usage de 1 epée de fer en Gaule? Nous n'en sommes pas encore à fixer des dates précises. Nous sommes seulement en mesure d'affirmer que quand les Galatesou Gaulois ont pénétré en Gaule, ils étaient déjà armés de l'épée de fer, la grande épée de fer dont pai'le Polybe. Les Gaulois, tels que l'exploration de leurs tombeaux nous les montrent, constituaient un groupe de tribus presque exclusivement guerrières. J'espère vous prouver qu'ils étaient distincts des Celtes, mais dans la mesure où l'indique Plutarque FaXâ-a'. —^ xz/'i-Aou -fi-)z'j^, l<'s Galates de race celliqne, qu'ils avaient tout d'abord occupé les deux rives du Rhin et que, dans le principe, ils s'étendaient en Germanie sur les contrées qui s'appellent, aujourd'hui, le pays de Bade, le Wurtemberg, la Bavière, la Hesse et une partie de la Bohême. Nous les trouvons, également à cette époque très reculée, dans les Noriques où a été découvert un de leurs plus remarquables cimetières, le cimetière de Hallstadt
1. M. I-ongnon, membre de l'Institut, fait à l'École des Hautes-Études un cours sur les noms de lieu, appelé à rendre de grands services à la science.
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près Salzburg (d). Nous étudierons ce cimetière, qui est incontestablement gaulois.
L'étude des cimetières gaulois très nombreux, tant dans les contrées germaniques qu'en Suisse, en Bourgogne, dans les Vosges, le Jura, la Champagne, les Ardennes et une partie de la Belgique, nous sera d'un grand secours. Nous retirerons de l'examen du mobilier funéraire de précieux renseignements sur l'armement et le costume guerrier, épée, bouclier, lance et casque; sur les insignes militaires, couronnes d'or, torques, bracelets, poignards, sur le char de parade et le char de bataille.
Des vases grecs et étrusques, trophées de victoire renfermés dans ces tombes, sont un souvenir des expéditions de nos pères a l'étranger. Ces vases appartiennent à des séries datées. Ils sont donc particulièrement précieux pour nous. Nous les mettrons sous vos yeux. Les cimetières gaulois se divisent en deux grandes classes : les iumulus d'un côté, les cimetières à inhumation sans tumulus de l'autre. Ce dernier groupe se rattache principalement aux populations de la Belgique de César. Nous aurons donc à distinguer, avec l'auteur des Commentaires, les Gaulois des Belges. Nous insisterons sur les différences qui existent entre le mobilier funéraire des Gaulois et le mobilier funéraire des Belges.
Les Gaulois et les Belges étaient des conquérants. Que devinrent après la conquête les populations primitives? Une partie semble avoir été refoulée dans les contrées montagneuses du centre, ou, à l'ouest, dans les Armoriques; le reste réduit à l'état de servage. Un fait parait certain. Au temps de César tout souvenir de laconquête était complètement effacé. La distinction des classes, fruit de cette conquête, en portait seule témoignage. L'origine du fait était inconnue. Faut-il s'en étonner? Le souvenir de la conquête franque n'était-il pas déjà complètement effacé parmi les galloromains, au xii« siècle de notre ère? Nous aurons à comparer les deux époques (2).
Nous voici, après une longue pérégrination, à travers les temps