LES TUMULUS GAULOIS DE MAGNY-LAMBERT
c'est le fait mis hors de doute par les fouilles du Salzberg, les trouvailles de Straubiag, de Gedinne et de Cormoz, à savoir que le type d'épée de fer que nous venons de retrouver, aussi bien dans le ChâLillonnais qu'au Salzberg et à Atzelburg, est copié sur un type presque identique, qui, dans le sud de rAUemagne comme en Gaule, représente la dernière forme de l'épée de bronze. Lafig. 77 en est une démonstration suffisante. Cette épée de bronze, trouvée au Salzberg avec du fer, dans une sépulture voisine de celle d'où était sortie la belle épée décrite plus haut, a en effet exactement la même forme que cette dernière. Elle est seulement plus petite (0™, 75 au lieu de 1™,12). Les objets que renfermaient les deux tombes étaient d'ailleurs presque identiques'. L'épée do bronze à large soie, à crans et nervures longitudinales, n'était donc pas encore abandonnée à l'époque où la grande épée de fer commença à être en usage; et si cette juxtaposition des deux armes de fer et de bronze dans les tombes du Salzberg ne semblait pas une démonstration assez concluante, nous rappellerions que le même fait s'est reproduit non seulement dans les tumulus de Cormoz, mais dans ceux de Gédinne, en Belgique. Ajoutons, pour surcroît de preuves, que le docteur Lindenscbmit, après avoir parlé, comme nous l'avons dit, des épées de fer du musée de Landshul, termine sa notice par ces mots : « Une lame semblable, mais de bronze, a été trouvée à Vils, près de Landshut. » Une autre épée, du même type, également de bronze, a figuré à l'exposition universelle de 1867 : elle provenait du tumulus de Baresia fouillé par notre confrère M. Le Mirc^ Un tumulus du Lot, enfin, presque identique à celui de Baresia, recouvrait la même arme en même temps qu'un rasoir de bronze '. Nous saisissons donc pour ainsi dire sur le fait la transition du bronze au fer quant aux armes olfen-
1. Voir IWlbiim rie RamsaïKT exposé au musée de Sainl-Cermain i^Salle VI, meuble à volets n" 2.').)
2. Livret rie l'expositiou universelle rie ISliT. Histoire du travail, p. 42, W 402. Le moulage rie cette épée existe au Musée rie Saint-Gsrmain.
:). Von- Delpon, Statistiijue du Lot, t. !<"•, p. 39;i (Commune rie Cramât.) Cette épée est aujourd'hui riéposée au .Musée rie Saint-Germain, ainsi <iue l'élé-
LES TUMULIIS C.AILOIS DE MAG.N'Y-LAMnERT
(Suisse). Lamo en for; poignée en bronze.
sives, et nous avon.s là un argument qui s'ajoute à beaucoup d'autres, qu'il nous est impossible de développer en ce moment, pour considérer l'épée du Monceau-Laurent, du Bois de la Perrouse et du Salzberg- comme l'épée qui, chez les Gaulois, de la rive droite aussi bien que de la rive gauche du Rhin, a succédé immédiatement à l'antique
épée de bronze que nous ont Fig. ■is. '^ , . ^
st;ition de Mipringen décrite Ilésiode et Homère.
Une épée de fer récenniient trouvée à Mœringen, dans le lac de Bienne, à côté d'une épée de bronze sur laquelle cette épée de fer a été pour ainsi dire calquée, achève de démontrer comment la transformation des armes s'est opérée en Gaule et confirme les conjectures précédentes ' (fig. 78 et 7)!l.
Le troisième groupe, les épées des cimetières de la Marne-, de la plaine des Laumes, sous Alise, et de la Tène (en Suisse), nous oiïrent la transformation du glaive aux derniers temps de l'indépendance gauloise, sous la pression d'événements qu'il sera peut-être possible de préciser un jour.
gant rasoir qui faisait jiarlic île la drcuiiverle. De muiivcIIcs éjji'es
du même type nous onl été signalées depuis : celles dont le Musée
de Saint-(;erniain possèdi; 'es originaux ou les moulages sont déjà
au nombre de i:i (provenances : environs de Ui.jou, La l.anpie
dans la Drôme, le Itlione à Valence, la Drônu', Hourges, lioissia
dans le Jura (deux exemplaires), la Seine à Villeneuve-Sainl-
Oeorges, la Sa^ne, les l'nvirous de Caliors.) Il l'aiil ajouter mie
épée de provenance inconnue (collection Massénat, à lirives > et une V\g. 79.
autre de Bourg-en-l!resse dont li' Musée possède li' dessin. l'our les É|iéc de lironie,
épées du même type trouvées en assez grand nombre dans les pays sl.ition
rhénans, voir Tlïiltscli, l'iindstutixlik. p. 40.— Dett.rieiue Milion. de Mœringen
1. Voir au Musée de Saint-tiermain le moulage di' ces é|iées, (^"is»e). que nous devonsà la générosité du U^tlrossde Neuveville (Suisse).
2. Voir plus loin l'article ; IliTourrrip d'nbjcls i/diilnis ni lln/ii'. oii l'-l figurée une de ces épées. On reconnaîtra facili'menl (|uidles liirmnd un type à part.
292 Lies TL'.MULUS GAULOIS DE MAG>y-LAMDLRT
LE MASOIR
L'objet de caractère gaulois, ou passant pour tel, le plus remarquable après la grande épée de fer parmi les objets découverts dans nos quatre tumulus est, comme nous l'avons dit, le rasoir. C'est bien, en effet, selon toute vraisemblance, ainsi qu'a essayé de le démontrer M. Gozzadini, uu vrai rasoir que cet instrument en demi-lune tranchant à l'extérieur que nous figurons ici (lig. 80).
Fig. SU. — Rasoir de Magnj-Lnmlx'i-t.
Le rasoir n'est pas précisément rare en Gaule, mais il y est très inégalement réjiarli. M. de Hing, dans ses fouilles de tumulus en Alsace, n'en a pas rencontré un seul. Les cimetières gaulois du département de la Marne, qui ont livré, avec cent et quelques épées de fer d'un type spécial, plus décent cinquante torques et des centaines de bracelets, ne recelaient pas une seule de ces minces et fines lames de bronze qu'il est impossible de voir dans une collection sans qu'elles attirent l'attention par leur élégance et leur bizarrerie. Cependant, près de six cents tombes ont été fouillées dans la Marne '. Dans la Côle-d'Or, au contraire, sur neuf tumulus renfermant à côté du squelette la grande épée de fer à soie plate, neuf, c'està-dire la totalité de ces tumulus, le Monceau-Laurent, la Vie de Bagneux, le Monceau-Milon, le Bois de Langres, la Perrouse, Créancey, Meloisey et les deux tumulus de Cosne, contenaient le rasoir. N'est-ce pas là une coïncidence remarquable, et qui semble nous avertir (jue le rasoir était comme le com-
1. On l'ii a l'oiiillr aiijoui'd'lun pliisirurs iiiillii'is sans ii'iicoiilror un seul rasoir de bronze — Deuxième t'diliou.