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Une tombe de la forêt do Hatten (Alsace

36. Enfin la tombe d'Armsbeim, rive gauche du Rhin; musée de Mayeuce.

37. La tombe de la Gorge-Meillet, commune de Somme- Tourbe (Marne).

A ces trente-sept tombes, il en faudrait sans doute ajouter plusieurs autres de même genre, mais siluées sur la rive droite du Rhin, dont nous ne disons rien pour ne pas sortir de notre domaine, qui est la Gaule proprement dite'. Nous avons donc le droit de dire, quoique nos recherches à cet égard soient loin d'être complètes, que ce rite était d'un usage relativement fréquent dans l'est de la Gaule. Car, toutes ces tombes étant incontestablement des tombes de chefs, le chiffre de trente-six déjà acquis est relativement considérable. Nous ne connaissons aucun exemple analog'ue dans la partie occidentale du pays, et nous croyons devoir le constater avec d'aulant plus de soin que ce n'est pas la seule différence que nous aient présentée l'état social et les mœurs de ces deux zones, à beaucoup d'égard parfaitement distinctes'. Ajoutons que de ces trente-six tombes un seul casque est sorti jusqu'ici, celui de Berru'.

Le casque de Berru, tout en provenant d'une sépulture normale et rentrant dans une série connue, paraît donc une excep-

1. binix nouvelles tomlics à cliar ont encore été tout récemment signalées jiai- M. ('.11. Cournault dans les environs de Sigmaringen.

2. V. notre mémoire sur /es Tiami/tisr/an/disde la cummiimdeMarin'j-lAimberl. 'i. La nouvelle tombe de Somme-Tiiurlje, au lieu dit Corr/e-Meit/el, contenait

un casque qui présente les plus grands raiiporls a\ec celui de Derru. {Cala/uyiie du musce de Sutnl-Ccnnain, (i. i-i.) Voii' au musée de Saint-Ccrmain les objets et la reconstitution de la tombe cxjiosés salle IX.

LIÎ CASOl'E DE BERRU

tion. Il ne semble pas que, chez les populations de la Marne, (le la Côte-d'Or et de la Suisse, le casque fût une partie habituelle de l'armement du guerrier, pas plus du chef que du soldat. II est donc possible que ce casque, tout en ayant été trouve dans une tombe gauloise, no soit pas à proprement parler un casque gaulois. Mais si ce casque n'est pas un casque gaulois, qu'cst-il? Il n'est pas romain, pas plus que les objols

Fig. lU.'t. — Casque dc! hi Gul'go-.Mcilli't.

qui l'entouraient. Sur ce point les archéologues sont d'accord. Doit-on l'attribuer à l'Étrurie? Il pourrait à cet égard y avoir hésitation. Pourtant, à y regarder de près, il faut, je crois, renoncer également à cette provenance. Ni l'ornementation ni le travail du casque de Berru ne sont étrusques. Parcourez les deux volumes du Musée grégorien, vous n'y trouverez aucun casque semblable. Est-il grec? Pas plus qu'il n'est étrusque ou romain. Non seulement nous ne connaissons aucun casque grec analogue, mais les vases antiques soit

368 LE CASyLlU DE BEIIRU

élriisques, soit grecs, ne nous en offrent aucune image. Le casque de Berru est donc un casque sid gcneris, c'est-à-dire en dehors des types fournis par les civilisations grecque, étrusque et romaine, ou du moins ne s"y rattachant que de loin. Est-ce donc un produit de l'art indigène? Silius Italiens nous dit que dans le temple oîi les Romains reçoivent les ambassadeurs de Sagunte, s'offrent à la vue de ces derniers :

gale» Senoniim

Et L'iKUi'ura horrenles coni.

(l'un., 1, V. 627.)

Mais, quoique Slrabon nous affirme que les Ligures avaient adopté le costume des Celtes, il n'y a pas là un témoignage de nature à déterminer notre conviction. Silius Italiens est de date trop récente pour faire autorité en pareille matière. Il serait singulier, d'ailleurs, que le casque étant une coiffure si rare en Gaule, au moins à cette époque, des Gaulois, et surtout des Ligures, eussent poussé si loin l'art de fabriquer cette partie de leur armure. Le casque de Berru est, en ctTet, d'un travail des plus raffinés. Nous sommes donc entraînés à tourner nos regards d'un autre côté et à nous demander si nous n'avons pas là un produit du courant oriental indo-caucasique auquel appartenaient les bandes armées que les Romains ont appelées Gain et les Grecs Galatse. Or, quant à la fabrication, c'est cette fabrication au martelage si habituelle aux Gaulois du Danube, comme nous le démontrent les centaines de vases sortis du cimetière de Hallstalt (vallée du Danube), et un grand nombre d'autres recueillis tant en Suisse que dans la vallée du Rhin'. Quant à la forme, c'est à peu de chose près celle des casques représentés sur les bas-reliefs assyriens du palais de Sargon, qui sont coniques et surmontés d'un bouton comme le nôtre, avec un léger couvre-nuque, et dont M. Place dit avoir trouvé des débris dans les décombres des clianibrcs royales. Des casques tout semblables, ajoute-t-il, sont encore portés par les Tiaris (nestoriens du Kurdistan). La direction

1. Voir ces moulages au musée de Saiiil-Goniiaiu et notri' arlicli' Les tiimu/iix Hinihis, etc.

LE CASOUE DE BEmiU

sur laquelle nos regards dnivcnl se porler esl donc ainsi neltement indiquée. Nous sommes en dehors du monde grec et romain, même étrusque, en dehors aussi du monde Scandinave (rien de semblable n'existe dans les pnys où domina si longtemps à titre exclusif l'usage du bronze). C'est entre ces deux courants, le long de la voie qui conduit au Caucase pai' le Danube, du Caucase dans l'Inde d'un côté et l'Assyrie de l'autre, .que nous devons cherclier l'inspiration à la(jueile a obéi l'artiste auteur du casque de Berru. Là est, selon nous, la plus forte probabilité. El si l'on nous reproche d'aller chercher bien loin nos types, nous répondrons que l'étonnement de nos contradicteurs provient d'un point de vue erroné. Nous craignons à tort, en France, de tourner nos regards vers l'Orient. Qu'un objet de l'époque franque nous rappelle Byzance ou le Caucase, cela n'a rien qui nous paraisse invraisemblable. Que l'on nous dise que les barbares du v^ siècle de notre ère ont apporté dans leurs bagages, à la suite d'Allila, des olijets dont les modèles pourraient se retrouver autour de la mer Caspienne, cela nous paraîtra tout naturel. Pour ces époques, nous avons perdu l'habitude de chercher exclusivement l'origine des choses à Rome ou à Athènes. Nous nous habituerons peu à peu à agir ainsi pour les époques antérieures. Nous saurons un jour tenir un compte suffisant de ce monde caurasodauubien si longtemps inconnu des Grecs. Pourtant une civilisation, et une civilisation plus avancée qu'on n'est porté à le croire, existait sur plusieurs points de ces vastes contrées. Los objets sortant à chaque instant de terre le démouircnl : notre casque nous paraît être un de ces témoins irrécusables de ce qu'était alors C(! monde barbare si dédaigné.

Jetons maintenant les yeux sur les motifs d ornementation du casque de Berru, sur cette fleur trifoliée que soutiennent des palmes renversées, motifs déjà. signalés par M. Schucruians sur le bandeau d'or d'Eygcnhilsen, sur un vase de la découverte d'Armsheim', et sur les colliers d'or des lumuius de

1. Ci'Mv. ilécoiivcrtr esl aAW ([110 nous avons sigiiuli'c [ihis li.inl e( oii sr (roulait une roue de char.

370 LE CASQUE DE liERRU

Besseringeo, près de Trêves, que nous retrouvons sur le casque d'Amfreville {Revue archcol.. 1862, p. 223, pi. V), et vous ne songerez en effet ni à l'art étrusque ni à l'art grec, même archaïque, mais à un art oriental, indo-caucasique, dont l'artiste auquel nous devons le casque do Berru semble s'être évidemment inspiré.

Eu résumé, le casque de Berru ayant été trouvé non seulement en Gaule, mais dans un milieu tout gaulois, bien plus, dans la tombe d'un chef au service du pays, ce casque ne re-

Fi};. lOG. — Casque dWinfrcvillc.

levant (il n'y a pas de doute à cet égard) ni de l'art romain ni de l'art Scandinave, nous sommes en face de trois hypothèses seulement :

1° Origine étrusque ;

2° Origine indigène ;

3" Origine ou inspiration orientale directe.

De ces trois hypothèses, nous préférons de beaucoup la dernière', et cela pour bien des raisons autres que les raisons d'ordre purement archéologique ; c'est ce que nous expliquerons un autre jour. Nous rappellerons seulement ici que, chaque fois que nous sommes amenés à discuter un des problèmes analogues ;\ celui-ci, concernant la Gaule, nous sommes toujours entraînés comme malgré nous aux mêmes conclusions.

1 seiitonibrc 1874.

\. M. Roiiiiicli m'a l'ail j'i'iiianiiii'i' (lu'iin i';iP<|ii(' ili' (ialalc, ll},'iirr sur les IrojjIm'os de Pcrgamp, présente une resseniblance Irapiiantc avec celui de lîerrii (Baumeister, Denlmuelef des K/assischeii Allerl/iums, ûg. 1432). — Oeiuième édition.

LES GALATES OU GAULOIS

Lu à r.\cadi''niif des Inscriptions en avril 187o.)

PREAMBULE

La Commission de in lopograpliie des (!uules, dans sa séance du 15 juillet 1875, ayant décidé que l'arlicle Galli serait tiré à part, cet article a été envoyé à tous ses correspondants, à l'effet de provoquer leurs observations. Un certain nombre de nos savants confrères ont répondu à cet appel. A la suite des observations adressées à la Commission, et qui nous ont été communiquées, observations dont nous remercions les auteurs, quelques modirications de détail ont été apportées à la rédaction primitive. Kien n'a été changé au fond, que nous croyons de plus en plus répondi-e ;i la réalité des choses. Sur les deux poinis principaux, en particulier, la distinction des Celles et des Galales d'un coté, le caractère légendaire des récils de Tite-Live de l'autre, notre conviction n'a fait que s'accentuer davantage. Nous attendons avec confiance le jugement du public plus étendu auquel nous nous adressons aujourd'hui,

S.iint-r.ermaiM, \» m.ii ISTtJ.

LES GALATES OU GAULOIS

Oiiand on considère l'cnscmbli' dos nations européennes, on liouve non sciilenienl qu'il se compose do groupes dislincls, divers de langue, de iradilions el de coutumes, et reliés entre eux seulement par les traits générau.x d'une civi-

372 LES CALATES OU GALLOIS

lisation commune, mais encore que chaque groupe, chaque nationalité en particulier, est loin d'avoir un caractère d'unité. Le nom ethnique par lequel chacun de ces groupes est actuellement désigné ne nous apprend, d'ailleurs, presque rien sur le véritable caractère des populations auxqui'lies il s'applique. Anglais, Allemands, Grecs, Italiens, Français sont des termes qui jettent à peine un jour incertain sur ces dilTérentes nations. Tout le monde sait, aujourd'hui, que les Français ne sont point, en majorité, les descendants dos Francs, les anglais des Angles, les Allemands des Alemanni, les Grecs des Graii, les Italiens des Itali. L'histoire explique à notre pleine satisfaction l'origine de ces appellations, auxquelles, par suite, nous n'attachons plus d'importance. Nous savons que ces noms sont des noms locaux ou de tribus, étendus par l'usage à des populations très bigarrées. On répugne à croire, au contraire, qu'il en ait été de même dans un passé plus éloigné, et que les termes Galli et CeltiV, par exemple, puissent représenter autre chose que de grandes unités ethniques. Bien plus, nos meilleurs historiens ont renoncé à distinguer les Cellœ des Galii. Celtes et Gaulois sont pour eux un même peuple, sous un même nom légèrement modifié, celui de Gaëls. Nous nous trouverions, suivant cette doctrine, en présence d'une grande et puissante race ayant occupé non seulement la Gaule, mais une grande partie de l'Europe, de l'an 1500 environ avant notre ère jusqu'à l'invasion des Francs, c'esl-à-diie pendant piès de deux mille ans'. Ce fait serait unique dans l'histoire. Peut-on croire que, durant tout le cours d'une période aussi longue, partout où, d'une extrémité de l'Europe à l'autre, nous rencontrons les noms de Cimmerii^ de Celtœ et de Galli {on a coutume de rattacher les Cimmerii aux Gaëls), nous ayons en face de nous des tribus de même race et de même civilisation, unissant à la communauté de langage la communauté de religion et de coutumes? Nous pouvons dire, sans étonner personne, qui' le

1. C'est l'oiùnion quiressorl des écrits dWmédéu TliioiTy t( qui est professée dans la jihipart de nos établissomonls d'instniclion )iiiblii|ue.

LES GALATES OV GALLOIS 373

nom do Français, cléiiv<5 du nom d'une tribu germanique établie sur les bords du Riiiii inférieur, n'est qu'une expression politique couvrant dans sa complexité, en dehors des éléments germaniques (ju'il indique dircclemeul,des éléments gaulois, celtiques, ibériques, bretons, cimbriques elbelges que la politique de nos rois a depuis unifiés; nous ne pourrions pas exprimer la mènir pensée relativement au nom des Gal/i sans soulever les plus vives objections. Affirmer, par exemple, que les Gaulois, Galli et Galatœ, ont joué en Gaule un rôle analogue et presque identique à celui des Francs de Clovis, à sept ou huit cents ans, il est vrai, de distance en arrière, paraîtrait une nouveauté des plus hardies et au premier abord des moins acceptables : telle, cependant, nous semble être la vérité.

Si, sous le nom de Franc plus ou moins altéré, nous retrouvons de nos jours, comme n(ms venons de le dire, dans les limites de nos frontières politiques, des Bourguignons, des Visigoths, des Basques, des Bretons et des Gaulois, nous retrouverons do même en Gaule, au temps de César, sous ce nom de Galli donné par les Romains aux populations de la contrée appelée France aujourd'hui, des Ligures, des Ibères ou Aquitains, des Belges, des Cimbres, des Germains et des Celles, Ions à notre sens aussi dilTérents des véritables Gaulois que les Francs l'étaient des Gaulois eux-mêmes. L'étude attentive des textes classés chronologiquement (ce que nou!) ne croyons pas qu'aucun historien ait fait jusqu'ici) ', les notions ressortant des découvertes anthropologiques et archéologiques poursuivies avec tant d'ardeur depuis quinze ans, nous ont conduit à cette conviction. Nous avons été assez hciH'eux pour la faire partager, dans une certaine mesure du moins, par la Commission de la topographie des Gaules, qui a accepté avec réserves, il est vrai, et sous la responsabilité de notre signature, l'article Galli rédigé dans ce sens et en a voté l'impression.

1. Voir plus haut, ;i l'article Celle.':, rrnumi'ration iIps toxtos relatifs A la première période, <l'H<TalHe h Polybo.

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C'est col article que j'ai l'iionneur de soumettre aux lumières de l'Académie.

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