‹ Nos originesChapitre 141 sur 188 · CALLI · texte numérisé non relu

CALLI

Nous avons dit brièvement, au mot Celtse du Dictionnaire, pourquoi la commission n'avait pas cru devoir donner plus d'étendue à un article qui semblait, cependant, appelé à être l'un des plus importants du Dictionnaire. Nous renvoyions alors le lecteur au mot Galli. II est nécessaire de justifier ce laconisme afin d'éviter tout malentendu. Il ne faut pas croire que ce silence fait volontairement autour du mot Celtœ tienne à ce que la Commission ne reconnaisse pas la grandeur et l'importance de la civilisation à laquelle on donne généralement le nom de civilisation celtique. Nous avons pensé seulement que la meilleure manière de dégager des témoignages confus des anciens ce qui appartient en propre à cette première période était de faire, avant tout, la part des temps plus rapprochés de nous et mieux connus où nos pères portaient le nom de Galli.

Les mots Celtœ et Celtica n'eurent pas longtemps pour les Grecs un sens défini et restreint '. Dès le iv" siècle avant notre ère, la Celtique ne représentait plus rien de précis, ni géographiquemciit ni ethniquement. Par ces termes, d'une élasticité pour ainsi dire illimitée, quant il s'agissait des contrées occidentales de l'Europe, on désignait toutes les populations du Nord-Ouest, comme on désignait par le terme de scythiques les populations septentrionales, par ceux d'Indiens et d'Éthiopiens les races qui occupaient à l'orient et à l'occident les contrées méiidionales du monde connu des anciens.

Les anciens eux-mêmes n'igoraient pas le caractère banal des mots Ccl/xel Celtica: plusieurs textes en font foi. Uèuuir

1. On n vil :'i r;irliclc^ Ce/Lr que, si'liin iiniis, diins le iiiiiiiMpi'. les (irrcs appliquaient lo nom do Coltos aux seuls habitants du haut Danube, dos rives du Rhône, des bords de la Méditerranée (Gaule méridionale) et des rivages de l'Adriatique (haute Italie).

LES (lALATES OU GAI:L0IS 37o

en faisceau les renseignements transmis par les historiens, les poètes, les philosophes, naturalistes et même les géographes grecs etialins sous ce nom commun et vague, n'aurait d'autre résultat que d'augmenter la confusion existant déjà dans les esprits relativement à ces temps reculés. Ces renseignements ne seraient pas seulement confus, ils seraient incomplets. A un moment difficile à fixer, et dont la date varie suivant la pairie des écrivains qui se sont occupés de nos pères, les noms de Galli et de Gahitx ont remplacé et éclipsé celui de Cclta> '. Déterminer ce qui, dans les récits relatifs aux Gaulois, est applicable aux temps anciens où le nom des Celtes dominait seul, est une tâche des plus ardues. Déterminer ce qui y est relatif à la Gaule proprement dite, à notre Gaule, n'est pas plus facile, le nom de Gaulois, Grt/// ou Cialalœ^ quoique moins étendu que celui de Celtsc, ayant toutefois, du !'■■■ au v'' siècle de notre ère, été indifféremment donné à des groupes plus ou moins importants qui, en dehors de la Gaule, occupaient les îles Britanniques, le Jutland et une partie des bords de la Baltique, la Bohème, une partie de la Thrace, la Bavière, le Tyrol, une partie de l'Illyric et de l'ancienne Cisalpine, et même quelques cantons de l'Espagne. Le groupement des textes concernant la Celtique est donc chose très délicate et demande une grande circonspection.

Un fait, cependant, frappe l'esprit de l'observateur attentif à classer les textes chronologiquement. A partir du iv" siècle avant noire ère, il voit se dessiner dans la vaste contrée dite Celtiqui' une foule de nations diverses, petites et grandes, dont aucune n'est présentée comme nouvelle venue, dont plusieurs figurent même déjà dans les écrivains antérieurs, et qui sont assez neltemont distinctes des Celtes pour occuper désorm.iisune place à part dans la géographie et dans l'histoire. Oulre les Ibères, les Ligures, leslllyriens et les Sigynes, nous reiiconirons les noms nouveaux des Basiaiii.e, des Carni, des

\. On |.i ni diri' il'nnc manière générale que c'est à I ri'0(|np de finvasion des Galalcs <-ii Ualie. Voir noire mémoire sur la Valeur des iiia/s Oei.t.e cl Galat.e dans Po/ybe {liev. arcliéo/., janvier, février et mars )87G',

376 I.ES GAI.AlhS OU GALLOIS

Gal;i(a% des Scordisci, dcsSiiovi, des Taurisci, dos Cimbri, des Aquilani, dos Bolga>, et enfin, des Germaiii ol des riclfo, dans lesquels nous ne sommes jioinl autorisés à voir des Celtes. Les noms de Ccllibèro, do Colto-Ligyes cl de Colto-Scytlies, dont se servent quelques écrivains pour désigner certaines populations mieux connues do l'ancienne Colliquc, indiquent la transition dos idées vagues de l'époque primitive à des idées plus nettes et plus conformes à la réalité. Nous donnons do même, aujourd'hui, à plusieurs populaliruis de l'Inde, d'origine obscure, le nom d'Indo-Scythes, nom hybride indiquant l'embarras où nous sommes d'en faire nettement des Touraniens ou des Aryas.

Ainsi, à mesure que le jour se lève sur l'Occident, que les brouillards des premiers âges se dissipent, la carte de l'ancienne Celtique se colore peu à peu de teintes variées représentant des nationalités diverses, et l'on comprend parfaitement que si les anciens ont donné tout d'abord à l'Europe un nom unique, c'était, comme le dit Strabon, uniquement par ignorance.

Si donc nous voulons savoir ce que pouvaient représenter réellement, à l'origine, ces mots mystérieux do Celtse et de Celiica^ la logique veut que noas en dégagions d'abord ces éléments confus. C'est seulement quand nous aurons rendu aux Ibères, aux Ligyens, aux Gaulois ou Galates, aux Illyrions, aux Cimbres, aux Bastarnos, aux Belges, aux Aquitains, aux Germains, etc., ce qui leur appartient en propre, que nous pourrons pout-êlre. par exclusion, reconnaître la part qui, dans cotte confusion do renseignements venus de toutes paris et accumulés sans ordre pendant dos siècles sous une étiquette commune, revient légitimement aux Celtes ou, si l'on aime mieux, à la période celtique, à la civilisation celtique ; car trouver un groupe ethnique qui mérite le nom de Colles, rien ne nous dit que nous puissions jamais y parvenir '.

1. On a vil, i'i l'arlidc Celles, quo l'ontroprisc ne nous parait pas invalisable. Voir aussi cp ((uc nous disons dans nolii' pri'fac'o dos deux périodes de notre histoire ayant précédé l'invasion des Galates.

LES GALATES OU GAULOIS 377

Celte marche du connu à l'inconnu est d'autant pins nécessaire que, nous le savons aujourd'hui, grâce an progrès dos éludes anthropologiques, la Gaule a été peuplée par des races très distinctes. Los types les plus divers cocsislaient sur notre sol dès les temps les plus reculés '.

Nous avons pensé, en conséquence^ qu'il élail prudent de nous attacher d'abord à l'élude d'une question limilée et de concentrer nos efforts sur l'un des groupes humains les mieux définis, celui que les llomains ont connu sous le nom de Galli, les Grecs sous celui de Galata'.

Ces termes Galli et Galata' apparaissent dans l'histoire à un moment dont nous pouvons déterminer la date avec une approximation suffisante. Ils sont appliqués dès le début, surtout au début, à des groupes précis dont nous connaissons les noms et qui occupent une contrée parfaitement définie : je veux parler des bandes guerrières qui, après avoir envahi la haute Italie, s'étaient avancés jusqu'à Rome, l'an 390 avant notre ère, et s'en étaient emparées. Do nombreux détails nous ont été transmis par les Romains, ou par des Grecs ayant vécu à Rome, sur le caractère physique et moral, sur l'état social et les mœurs de ces envahisseurs. Le portrait qui a été fait d'eux par les contemporains de leur domination en Cisalpine est resté aux yeux de tous, jusqu'il ces derniers temps, le type gaulois par excellence, bien que déjà, dès le commenceniont de notre ère, il ne répondit plus complètement aux originaux, du moins dans la (îaule centrale. C'est le groupe à la fois le plus compact, le plus homogène, le plus célèbre de l'ancienne Celtique. C'est celui dont le nom a fini par prédominer des Apennins à la mer du Nord. Il est donc très important de l'élutlier à son origine, et nous avons le droit d'attendre des résultats heureux de cette étude; d'ailleurs nous n'avons pas le choix. C'est le seul groupe (jui se détache avec netteté au milieu de tous les aulres, le seul au sujet duquel on puisse énoncer des affirmations précises.

t. Voir lu Ll'.hi travail do MM. de Quritrelagcs et Hamy : Crania ellmica.

En résumé, nous sommes en présence de deux noms ethniques, Celtœ et Galli ou Galatœ, ayant été successivement appliqués à des populations occupant à peu près les mêmes contrées. Du premier nous ne savons presque rien de précis : les renseignements les plus anciens se réduisent à quelques mots. Un seul point les concernant paraît bien établi. Les principales tribus celtiques connues des Grecs au début de leurs rapports avec la Gaule occupaient le sud et le sud-est du pays et s'étendaient de l'autre côté des Alpes jusqu'au Pô, dont elles possédaient les deux rives. Mais à mesure que nous approchons des temps où l'histoire projette sur les événements une lumière plus vive, les documents concernant les Celles deviennent de moins en moins nets, l'ethnique Cellse commençant alors à se confondre avec l'ethnique Galli. Le nom des Galli, au contraire, est très précis à l'origine. Les anciens nous ont parlé avec grands détails des populations portant ce nom célèbre, qui ne perd de sa précision qu'en absorbant et remplaçant celui de Cellse. La logique commandait de commencer par l'étude des Galli ou Galalœ, avant que leur nom eût pris une trop grande extension et par conséquent perdu de sa précision première.

GAULOIS, CISALPINS ET TRANSALPINS D'après Polvee

Polybe, nous croyons l'avoir démontré', ne confond point les Celtes et les Galates. Les Celtes sont pour lui, comme pour les Grecs de son temps, les antiques populations sédentaires de l'Italie supérieure, distinctes dos Ligyens, des Étrusques et des Vénèles. Les Galates sont des tribus plus guerrières, d'origine plus récente, dont le trait principal était d'avoir pris Rome avec l'aide des Celtes. Si nous réunissons en faisceau les traits divers formant le portrait des Gaulois ou Galates d'après Polybe, Tite-Live, IMularque, Pausanias

1. Voir iicidr niriuiiirc sur 1.1 Valeiir des e.rpressions K£),to!' et V^\i-C3.i dans Polybe, ivsumi' à la lin de l'o voliimp.

d'après polyde 379

et leurs imitateurs, nous reconnaissons dans ces Gaulois des hommes du Nord ou présentant, du moins, tous les caractères des races septentrionales actuelles : une haute stature, une peau blanche et lactée, les cheveux d'un Ijlond ardent et les yeux bleus. Ce portrait est encore celui qu'Ammien Marcelliu ', six siècles après Polybe, nous fera traditionnellement des Gaulois; c'est aussi celui que reproduit Jordanes ' vers l'an ooO de l'ère chrétienne. Il y a là un type physique très caractérisé. Tous les historiens sont d'accord à cet égard. Rien ne nous dit que ce type appartint, à ce même degré, aux Celtes.

A quelles populations ce portrait s'appliquait-il dans l'esprit de Polybe? Il ne peut y avoir aucun ddule à ce sujet. Il s'agit uniquement pour lui de certaines populations non liguriennes, ombriennes ou étrusques, situées en Italie au nord-est des Apennins, sur le versant méridional des Alpes, d'un côté; et, de l'autre, des populations de même origine occupant le versant opposé, versant septentrional des Alpes, les Transalpins ^ La Lombardie au sud, au nord le Tyrol autrichien et la Bavière, telles sont à peu près dans Polybe les limites des pays gaulois. Par Transalpins, Polybe ne désigne jamais les habitants du Nord-Ouest, les habitants do notre Gaule. Nous devons prendre bonne note de ce fait important. *

Page 1