‹ Nos originesChapitre 150 sur 188 · Aujourd'hui memlire de l'Institut · texte numérisé non relu

Aujourd'hui memlire de l'Institut

elVHistoirc des Gaulois d'Âmédée Thierry est le livre où, depuis 1838, la plupart des Français ont recueilli les notions qu'ils possèdent sur la partie la plus ancienne de l'histoire nationale. L'auteur a mérité ce succès par son incontestable érudition et par le talent d'exposition dont il fait preuve. Mais la persistance de ce succès a eu l'inconvéniGut grave d'immobiliser chez nous la science. Les découvertes de Zeuss et de ces sucesseurs ne sont connues en France que dans un cercle des plus restreints. Pour le plus grand nombre des érudits français, les doctrines de linguistique émises en 1828 par Amédée Thierry et maintenues dans les éditions suivantes par ce savant si recomniandable, mais qui avait cru inutile de se tenir au courant des progrés de la science, ces doctrines, qu'aujourd'hui on pourrait appeler enfantines, semblent encore fondamentales, et servent de point de départ à des spéculations nouvelles, encore plus hasardées que celles d'Amcdée Thierry. Les dernières réunions de la Sorbonne ont fourni plus d'un exemple de cette aberration, et je dois constater, h l'honneur du savant secrétaire de la section d'archéologie, que malgré la courtoisie de sa critique, il n'a pas été complice de ces extravagances, qui sont quelquefois presque inévitables chez des écrivains dépourvus de livres, mais dont la muUiplicité n'est pas chez nous à la gloire de la science provinciale.

<i Je cite ces faits à titre d'exemple et pour montrer que les jugements portés par Amédée Thierry sur les origines celtiques ont besoin d'être revisés, au moins sur certains points.

H Suivant Tile-Live, V, xxxiv, dont Amédée Thierry a reproduit les doctrines (5° édition, 1. 1, p. 145-147), la première émigration des Gaulois en Italie est contemporaine delà fondation de Marseille, GOO ans avanlJ.-C., et du règne de Tarquin r.\ncion (GI4-ÎJ76). Amédée Thierry, en acceptant sur ce point l'autorité de Tite-Live, a suivi l'exemple d'un des savants dont l'érudition française du siècle dernier a le plus droit d'être lière; je veux parler de Fréret (Œuvres complètes, t. IV, p. 203). Contester la valeur historique du synchronisme indiqué par Tile-Live peut donc paraître, non seulement hardi, mais téméraire, pour ne pas dire plus. Mais cette témérité, si témérité il y a, a été avant M, Alexandre lîerirand et moi le fait de trois hommes qui tiennent en Allemagne, et je puis dire, en lîurope, le premier rang parmi les érudits de notre siècle. En contestant la valeur historique de ce synchronisme, je ne fais que répéter ce qu'ont dit avant moi Zeuss, Jacques Grimni et M. Monimsen, tous trois d'accord pour considérer comme fondée sur ce point la critique de ÎSiebuhr '.

« Dans son bel ouvrage sur les Germains et les races voisines -, qui date

1. M. d'Arbois de .Tubainvillo. semble croire que Niebulir est le pieniior ;\ avoir criliqué le récit de Tile-Live. .le le croyais comme lui; mais )1. CaiJoz m'ci si.snalé un ouvrage du xv!!!» siècle : lliiloirf ancienne t/cs peuple^ île l'Europe, par le comte du lîuat, où une partie des objections faites au récit de Tive- Livo sont déjà développées. La priorité revient donc à du lluat. Voir à V. Annexe un résumé des opinions exposées par cel auleiu'.

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