‹ Nos originesChapitre 27 sur 188 · AU CONGRÈS IJE STOCKHOLM · texte numérisé non relu

AU CONGRÈS IJE STOCKHOLM

aucun floulo à cet, égard '. 1^'homme était alors on Gaule contemporain du mammouth, du i/raiid cerf, de Yours et de la hyène des cavernes, du renne, du cheval sauvage, du bx'uf musqué^ de XantUope, de ïélan, du sa'iria et d'un très grand nombre d autres animaux de races depuis longtemps éteintes ou émigrées. Les débris de l'industrie bumaine, bâches en silex ou ustensiles en os et en bois travaillé, qui se trouvent associés aux ossements de ces diverses espèces, soit dans les sablières, soit dans les cavernes, ne permettent plus do nier cette contemporanéité '^

D'où venaient ces premieis habitants de l'Europe centrale? A quelle race liumaine appartenaient-ils? Ont-ils disparu comme le nianuiioutb, émigré comme le renne? Peul-on espérer retrouver quelque part, sur le globe, leurs descendants modiliés ou non par le temps et par le métissage? Il était impossible que les savants ne se posassent pas ces questions. Les philosophes et les politiques, aussi bien que les archéologues et les anthropologisles, ont intérêt cà ce qu'elles soient résolues. Dans la pimrsuite des lois du développement de la civilisation, il n'est pas indillérent de savoir laquelle dos hypothèses prop(is(''es jusqu'ici est conforme à la réalité : migrations et acclimatation des peuples, iniluence des milieux, lois de crnisement et d'hérédité, variété et inégalité dos races humaines. Fdimaliiui des nationalités, autant de problèmes qui se rattachent par des liens étroits aux études dont nous parlons. Faut-il penser, par exemple, avec quelques anthropologisles', qu'au sein même de nos sociétés modernes se

1. (i'i'jl uni' cni-ui- cil' ciDirr ijur Cuvicr ail \w l'i'xMfncr «le riKiiiirin- (jii.ilornaire ou nnlMilurie.n. Il soiili'iiail si'ulomoiit (\w, il<' son temps, on no l'avait point encore rencontié ilans nos contréos associé d'une manière cei-taine à des animaux fossiles. Voir Cuvier, Discours sur les rOvoluUuns de lu surface du globe, édit. Kirmin Didot, in-8, 18()7, p. 90.

2. II est nécessaire d'ajouter que les ossements d'un (j;iaMil noiiilire d'autres animaux vivant encore aujourd'hui sous nos (-limats i^i' rrIruuMiil (■fîalenifnt dans les sablières et les cavernes.

ii. M. de QuatrefaKi'S, en iiarliciilii'r, picjlcsse qu'il existi; aujourd liui encore, en Kurope, un (;ranil nonilire de descendanis des races de ré[ioque (|ualeniaire. Sir Jolin Lubbock, de son coté, croit que rorigine de certaines conlumes qui n'onl aucun rapjiorl avec notre dlal social actuel doit être cherclice dans les

34 l'archéologie PRÉIIISTOUIQLE

retrouvent encore cachés ces éléments primitifs et grossiers, et que les instincts des races quaternaires, dans une certaine mesure, vivent encore en nous? Ne roste-t-il, au contraire, rien de ces races complètenicnl mortes après avoir rempli leur mission? Les diverses races humaines ont-elles eu chacune, dès l'origine, leur rôle ici-bas providentiellement tracé, et, ce rôle achevé, sont-elles condamnées à quitter la scène du monde, y laissant seulement, comme souvenir de leur passage, l'héritage des découvertes qu'elles ont faites? Chaque race, chaque groupe humain aurait ainsi son œuvre à accomplir, et disparaîtrait ensuite pour luujours '.

Retrouver dans le passé l'origine des liésois accunmlés par ces activités multiples formant aujourd'hui le patrimoine du genre humain, faire à chacun sa part avec impartialité, n'est-ce pas une grande et noble lâche? Les moyens dont Dieu se sert pour mener l'homme à ses destinées sont couverts d'un voile épais. L'espoir de soulever enlin un cohi de ce voile anime les nombreux adeptes des sciences nouvelles. Sous l'empressement hévreux qu'apporlenl quelques-uns à la poursuite de ces pioblèmes, sous l'iiiipalience avec laquelle ils supportent le doute, sous les affirmations prématurées qui en sont la conséquence, il y a un mobile élevé qui doit faire pardonner certains écarts et certaines présomptions.

Relrouve-l-on aux époques primitives , en Suède et en Norvège, des traces de ces races quaternaires? Tel est le point que vise la première question.

A l'état de civilisation tout à fait primordial représenté par les hommes contemp(jrains du mammouth el du renne, succède, en ïlurupo (ce fait est maintenant hors de toute conteslatiiin), une civilisation nouvelle et bien plus avancée,

coalumes li-adilhunclU'iiienl coiisercccs de ces rares priiiiillees, nos jiremiefo ancêtres.

1. Il y a longlomiis (|u(! M. le coiiito do (ioliiiicau a sisnalr Tapliliulo des races jaiiiR's an Innail dos iiiélaiix (|ii'cll('s soiiibli'iit avoir cuimii de tout lemps, aptitude qui est loin de se retrouver au même doKi'é dans les laccs blanches, si supérieures ;ni\ premières jiour tout ce (|iji luiirlie au\ partirs élevres de l'intelligence.

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caraclélisée par la pierre polie, l'iatioduction des auimaux domestiques et des céréales, et, sur certains points, par l'érection des habitations lacustres et des monuments mégalithiques. (]ettc civilisation n'est pas sculemenl plus avancée, elle est beaucoup plus générale. Aucune contrée de l'Occident ne parait en avoii été privée : elle se retrouve aussi bien au ndrd qu'au sud, en Danemark et en Suède qu'en Gaule et en Italie, à l'ouest comme àl'est, en Pologne commeen Espagne. Sous quelle impulsion nationale ou étrangère, à la suite <le quels courants nouveaux de croyances ou de conquêtes celte grande révolulinn a-l-elle eu lieu? Snnt-ce les populations de l'âge du renne ', comme on les appelle, qui, d'elles-mêmes et "béissant à une loi de développement spontané et progressif, se sont élevée; à ce degré supérieur de culture sociale? Los éléments de ce progrès leur ont-ils, au contraire, été apportés du dcliors? Mais par qui? D'où et comment? Ouel a été, dans ce cas, après cette révolution, la situation respective des indigènes et des nouveaux immigrés? Dans quel nombre ces derniers étaient-ils? L'uniformité de civilisation, qui se manifeste alors partout à peu près dans Inule l'Europe, lient-elle à la piédominance numérique d'une ou plusieurs races nouvelles, ou indique-t-elle simplement l'empressement des diverses tribus déjcà étaldies sur le s(d à accueillir les nouveaux éléments de progrès mis à leiii' poilée par la Providencr? Pioblèmes difficiles, non encore lésolus, mais (jue la science ue désespère pas de résoudre.

Un premier pas en avani a été fait dans cet ordre Ar recherches. On commence à comprendre que la scdulion de ces questions n'est pas simple, mais complexe. En analysanl les éléments de cette nouvelle civilisation, on y trouve des parlies très distinctes et qui n'impliquent point obligatoirement une origine unique. Nous y notons les innovations suivantes :

1° Industrie du polissage de la pieire (silex et aulres minéraux);

1. Voii (iliii luiii iiutru iirliclc sur A'v Tiuiihdijk^i ilc la Gaule.

36 l'archéologie PBÉHlSTORlgUK

2° Érecliitn de monuments mégalithiques;

3° Rite de rinhumalion dans d'imposantes sépiiltiiros, symptôme d'un état relij^ieux relativement avancé:

4° Construction d'habitations lacustres;

o" Élevage d'animaux domestiques ;

6» Culture des céréales ;

7" Tissage d'étoffes de lin, de laine et d'écorce d'arbres;

8° Absence de représentations figurées d'êtres vivants, parliculièremenl remarquable après l'époque troglodytique, durant laquelle cet art avait été poussé si loin ' ;

9" Sculptures grossières sur les monuments de pierre, mais ne se composant que de lignes droites et courbes, de simples dessins géométriques.

La statistique démontre que ces innovations ont chacune leur plus grand développement sur des points particuliers de l'Europe; quelques-unes même sont absolument locales. 11 y a donc eu à l'âge dit de la pierre polie ^ à côté d'un fonds commun de civilisation que personne ne peut méconnaître, des variétés, selon les pays, nombreuses el sensibles. Par exemple, le domaine des ustensiles et armes en pierre dure(diorite, chloromélanite,saussurite, etc.), est beaucoup moinsétenduquccelui des armes en silex; celui des pierres sculptées est encore bien plus restreint. Les cercles de pierre et les menhirs, si fréquents en Suède et en Norvège, sont rares en Danemark el presque inconnus dans l'Allemagne du Sud el dans l'est de la Gaule. Les habitations lacustres ne se rencontrent guère qu'au pied des Alpes, en Suisse el dans la haute Italie ^ Il esl 1res probable que l'élevage du bétail n'était pas non plus un usage général. Il y a donc, comme nous le disions, variété sous cette

1. On siiit que Tun des caractères (II- In civilisation liogloilj tique est liavoir liroduit des œuvres de sculpture et (gravure sur bois de renne d'un mérite incontestable. Voir plus loin notre article sur les Troglodytes de. lu Gaule.

2. Depuis cette époque, des traces de stations lacustres ont été signalées tout le long du Danube et de ses affluents, de Belgrade au lac de Constance, à savoir: dans les lacs de Neusicdel en Hongrie, au sud de Presbourg; dans l'Attersée, le Traunsép; les lacs de Moud et de Gniund au sud de Salzburg; le lac du Keulscliach en Carinthie et entin le lac de Lajbacli, en Carniole. (Voir la Caiilr aranl tes Gaulois, p. \-2\\. Avril ISSI. Deuxième édilinn

At" COMIRKS DE SÏOCKHor.^r .{ /

unité apparente. Telle a été. d'ailleurs, la situation de l'Europe à presque toutes les époques de l'histoire. Les courants qui y ont apporté la civilisation no sont pas ceux d'une grande iner inondant le continent tout entier. Le progrès y semble venu, par flots successifs, de sources diverses et de directions variées, même à l'origine. Il est donc excellent, indispensable, de faire des études locales, limitées et précises, et de ne pas étudier seulement, d'une manière générale et comme en bloc, ces grandes périodes des temps primitifs. Il faut savoir se contenter de conclusions partielles afin d'arriver plus sûrement, un jour, h des conclusions générales. En tenant les regards fixés sur un point restreint, on y voit mieux, à la fois, et l'ensemble et les détails. C'est là un des avantages des congrès. On devait espérer que l'étude de l'âge de la pierre polie, en Suède, éclairerait d'une manière plus vive l'âge de la pierre polie en Europe.

x\vec la troisième question le problème s'élève encore et s'élargit. Nous sortons en réalité des temps sur lesquels l'histoire écrite ne nous a transmis aucun renseignement.

Nous entrons dans l'ère des métaux, qui est l'ère des sociétés vraiment civilisées. Du Caucase aux colonnes d'Hercule, des Alpes Scandinaves au détroit de Messine, le bronze et l'or sont travaillés avec soin. On commence dans quelques contrées à connaître l'usage des instruments et des armes de fer. L'incinération, conséquence évidente d'un changement de religion, devient le rite funéraiie dominant sur plusieurs points de l'Europe, dans les pays Scandinaves en particulier, dans la Grande-Bretagne, en Italie et sur le Danube.

S'il est possible de supposer, à la rigueur, que les populations troglodyliques ont dû kleur seule énergie les découvertes qui ont amené la civilisation de la pierre polie, et de ne voir dans ce progrès qu'un épanouissement des facultés natives de ces premiers occupants ilu s(d (de très bons esprits ont soutenu celte thèse), on esl obligé d'attribuer à de tout autres causes 1 introduction des métaux en Occident. Sui' cr point, le (loulc n'est plus [irruiis. Il y a là un accroissement considérable des

38 l'aiichéologik préhtstoriqie

forces sociales tlonl l'urigino no saurait Aire chercliéo qu'on Orient. De quelque point de l'Asie que nous soit venu ce procrôs, il est incootostahle, aujourd'hui, qu'il part de là. Une autre vérité non moins évidente est l'inégalité piofnnde existant, suivant les pays, dans la marche en Europe du mouvement qui produisit ces transformations. Cette inégalité est surtout sensihlc on ce qui concerne le fer. Le fer, que les Égyptiens possédaient 3,.^00 ans au moins avant notre ère, ne pénètre en Grèce qu'au xv" siècle avant J.-C, en Italie, suivant toute probabilité qu'au x\f, au vu'' seulement en Gaule. // faut atteindre l'ère chrétienne pour le rencontrer en Danemark et en Suède.

D'autres singularités ont rapport à l'histoire du bronze. Au début de l'âge des métaux, un certain nombre d'armes et de bijoux de bronze sont, sur des points extrêmes de l'Europe, identiques de forme et d'ornementation ', preuve évidente d'une origine commune; puis, peu à peu, celle uniformité disparaît et fait place à des variétés locales de plus en plus sensibles. Des diversités notables s'accusent en même temps dans le travail même de l'alliage. Ici, dans le nord, domine la fusion. Les objets en bronze, les vases, aussi bien que les bijoux et les armes, sont presque exclusivement coulés. Là, au contraire, sur le Danube, en Grèce et dans la Cisalpine, le martelage est d'usage commun. La fonte ne se montre qu'exceptionnellement et tard. Les vases et les statues des premiers temps sont formés de feuilles de bronze battues au marteau et réunies par le procédé de la rivure. Enfin, autre dillérence importante, les populations ne suivent pas toutes le rite de l'incinération; beaucoup et des plus vaillantes, parmi lesquelles nous devons compter certaines peuplades guerrières de la Gaule, continuent à inhumer les morts comme à l'âge d(! la pierre. Os faits sont de nature à attirer toute notre attention, car avec l'ère des métaux nous entrons, en Gaule au nmins, en pleine ère celtique,

\. Voir pluN liiiii r.ir'liclc BioiKe\ tle lu Cisa/pine el ilen jini/.i Iron.ia/piiis.

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celle ère obscure sur l'étude de laquelle doivenl se concenlrei' tous nos efforts. Suivant certains archéologues, les hommes du hrojizfi, devant lesqnels les populaiions des dolmens, au nord comme à l'ouest de l'Europe, ont dû courher la tète, auraient été des Celtes. Les Celtes du nord et les Celtes de l'ouest, quoique frères, auraient eu dans ce cas des rites religieux sensiblement différents. Ce seiaient des fières de religion et de mœurs à bien des égards opposées. Faudrait-il s'en étonner? Le titre de frère, etbniquement parlant, no doit point entraîner l'idée d'une homogénéité complète de civilisation. Tous les groupes d'une même race ne se sont point séparés au même moment du tronc commun. Ils n'ont point parcouru les mêmes étapes, ou, du mfiins, y ont fait des séjours inégaux. La doctrine des grandes migrations, s'avançant en masse compacte et couvrant la plus grande partie de l'Europe de couches successives et homogènes, perd chaque jour du terrain. L'introduction de la civilisation par petits groupes, de nature et d'origine diverses, quoique tous plus ou moins orientaux et aryens, groupes religieux et civilisateurs, bandes armées et conquérantes, comptoirs commerciaux . influx lent et continu d'immigrants en nombre resireini chaque année comme nos émigranls d'Améri(jue, t(d est l'aspect sous lequel l'hisloire priniilive de l'Europe se présente aujourd'hui à nos yeux '.

L'abus de noms ethniques, trop compréhensifs dans l'antiquité comme de nos jours, est certainement une des causes principales de l'obscurité qui entoure la question de nos origines. Un de nus maîtres, M. (luigniaut. a dil, il y a longtemps, que les Pélasges ne représentent pr(d)abl('ment, sous l'unité ethnique apparente de ce nom, qu'une phase particulière de la civilisation, durant laquelle des peuples très divers avaieni joué un nMe. la phiise plus orientale qu'européenne

1. Ci'la n'cmpècliP nullpinont c[u'iin uraiid nomliro do cos groupos aiont paili' unt' mémo, langue on les varii'lrs d'iinc iiirmo langiio inilo-ciiroiii''i'nni', alisoliiniont commn, aujoiinl'lnii, l':ni(;l:ii-i osl yiinli'' en Amriiqiif ii.n- des pupiilatioiii diverses.

10 l'abchéoi-ooif. PRÉHISTORIOI'K

qui précéda l'hellénisiue '. Stiabon prévenait les géographes et les historiens de son temps que si les anciens avaient donné aux habitants de l'Europe septentrionale et occidentale deux noms seulement, ceux de Scythes et do Celles, c'était uniquement par ignorance; que chacun de ces noms cachait des nationalités distinctes et présentant des degrés de développement social et moral très inégaux. On n'a pas fait moins abus du nom de TyrrhénieHn. La question étrusque en a été singulièrement embarrassée. Il est temps de débrouiller cet écheveau en substituant le plus possible des questions restreintes aux questions générales. L'étude de l'âge du bronze en Suède était une de ces questions sagement limitées dont on avait le droit d'attendre de bons résultats.

Les questions 4 et S ont trait surtout aux rapports de la Scandinavie avec les peuples des contrées méridionales : les Grecs du Pont-Euxin, les Etrusques et les Phéniciens. Des savants d'un grand mérite ont soutenu, en effet, dans ces derniers temps, la thèse de l'origine soit phénicienne, soit étrusque de la civilisation Scandinave de l'âge du bronze. Les archéologues danois semblent aujourd'hui accorder la préférence à l'influence hellénique. L'étude des routes de l'ambre et des caractères particuliers au premier âge du fer, époque où l'influence méridionale est évidente, était de nature il porter quelque jour sur la question générale.

La dernière question est une question do pure anthropologie.

Voyons quels ont été, sur ces divers points, les résultats du

l'IlEMîfclU': QUESTION'

La réponse à la première question a élé faite en deux mots par M. .Tohn Evans. Le problème à résoudre était celui-ci : Y a-t-il eu en Suède une époque paléolWriqtic correspondant i\ notre âge de la pierre éclatée (époi]ue du mammouth et du

I. L.-i iiii'iijc (jpiniu]] ,1 (■[<■ i('|iii<c (lc|iiHs (liir M. S.nci', li' saMiiil nrienlull^li' il'Oxriiiil. — DiMlvii'iilc rililioii.

AU 0(l\(lRf:S DE STnCKHiil.M 41

renne ou ère tro(jlodf/ti(jue)'! La réponse osl simple, a dil M. Evans : // ny a pas d'âge paléolitldque en Suède. Cette conclusion ne faisait que confirmer, d'ailleurs, une série de communications dues à MM. Torrell, baron Kurch (Suédois) et Rygh (Norvégien), communications auxquelles le secrétaire général du congrès, M. Hans Hildebrand, avait également donné son adhésion. L'opinion émise par ces divers savants représente sur ce point l'état actuel de la science.

D'après M. Torrell. qui a étudié spécialement les diverses formations géologiques do la Suède, rien n'autorise, en etTel. à penser que l'homme ait habité la Scandinavie pendant la période glaciaire ou diluvienne. // )i'ij a oi Suède riei? (/ui ressemble aux haches de Saint-Acheul ni à iinduslrie des cavernes du Périgord. Toutes les antiquités de pierre découvertes tant en Norvège qu'en Suède, appartiennent à l'âge de la pierre polie, à l'âge des animaux domestiques.

M. le baron Kurch est entré dans plus de détails : « Les traces les plus anciennes de la présence de l'homme en Suède se rencontrent, a-t-il dit, dans les provinces méridionales, en Scanie, à proximité du Danemark. Les objets recueillis montrent que les populations étaient alors à l'âge de Xa pierre polie. Ces objets sont identiques aux objets danois du même âge. Il y a sans doute, dans les collections représentant ces âges primitifs, des types plus ou moins rudes, mais cela n'indique point des époques distinctes et témoigne seulement d'une habileté plus ou moins grande chez les metteurs en œuvre. Toutes les formes^ mêlées dans les gisements, sont contemporaines. II est facile de constater, de plus, que l'industrie de la pierre polie, après son introduction en Scanie, a suivi lentement le chemin du Nord jusqu'au 65° degré de latitude où les armes en silex ne se rencontrent plus. Les contrées septentiionales n'ont été peuplées (juejilus lard. »

Lyell s'était donc trop pressé d'affirmer (opinion reproduite jiar le iloeteur ilamy') que l'existence des premiers hommes au

I. Dni'li'iir H.Min, l'iili'otitolijfjie humaini'. \i. 1 1 i.

42 l'archéologie préhistorique

nord de la Baltique a précédé la séparation complète et définitive de la Suède et de l'Allemagne du Nord. Cette doctrine, qui mérite au moins confirmalion, n'a pas trouvé de défenseur au congrès. Il est probable, pour rester dans une prudente réserve, que pendant toute la période qui, chez nous, est caractérisée par l'industrie de la pierre éclatée (haches de Sainl- Acheul, haches et couteaux du Moustier et de la Madeleine), période que nous désignons sous les noms (Vépoqne diluvienne et des cavernes, la Suède et le Danemark, en un mot les pays Scandinaves, étaient inhabités.

Nous devons considérer, jusqu'à nouvel ordre, ce fait comme acquis à la science. Or, ce fait est fécond en conséquences importantes.

Des savants, dont le nom fait autorité, avaient pensé qu'à la suite de l'exhaussement de température qui, sur certains points de l'Europe méridionale, accompagna le retrait des glaciers, les hommes des cavernes, escortés de toute la faune au milieu de laquelle ils vivaient, et notamment du renne, avaient remonté vers le nord, dans la direction des Alpes norvégiennes, et que les Lapons étaient les restes, peut-être dégénérés, des antiques et primitives populations de l'Allemagne du Sud et de la Gaule. Or, il devient évident, en tous cas, que ces populations n'ont pas pris la route du Danemark et de la Scanie, puisque les premiers colons qui ont mis le pied sur la terre Scandinave étaient en pleine possession de l'industrie de la pierre polie, connaissaient les animaux domestiques et n'avaient point de troupeaux de rennes. C'est donc une doctrine qui doit être au moins modifiée.

Ils n'avaient point de troupeaux de rennes. C'est encore là une vérité que le congrès a dégagée des ombres qui l'entouraient. Le renne, paraît-il, ne broute plus où la vache a brouté. Il y a antipathie entre les deux races, à moins (explication plus probable) que la vache en broutant ne détruise le lichen nécessaire au renne. Quoi qu'il en soit, il est reconnu que le renne recule en Norvège à mesure que la vache avance. Or, les premiers habitants de la Suède étant entourés

AI' CONGRÈS DE STOCKHOLM 'l ii

de troupeaux de bêles à cornes, il était probable, à priori, que le renne, dès lors, devait se tenir à distance : aucune trace de la présence du renne en Suède à cette époque n'a en effet été constatée jusqu'ici. C'est M. Hildebrand qui nous l'affirme. Il n'y a donc plus aucune raison de voir dans les Lapons ou Finnois du nord do la Norvège les descendants de nos populations primitives. S'il y a réellement entre les uns et les autres analogie de types, ce qui n'est point impossible, il n'y a point descendance directe. Il n'y a point, surtout, refoulement des seconds sur les premiers, comme on l'a répété si souvent. Sur ce point, comme sur tant d'autres, on s'était trop bâté de conclure. Les suppositions de retrait des antiques populations du sud vers le nord s'étaient appuyées, au début, sur des observations cràniologiques. // n'est pas éto?niant, a avoué au congrès M. Virchow, le plus habile antbropologiste de l'Allemagne, que des résultats fondés sur la crà?nolof/ie ne soient pas confirmés. La crâniolocjie est encore trop peu avancée pour fournir des données précises. Aveu précieux que les arcbéologues ne doivent pas oublier.

Mais il y a plus : M. Rygh ( Norvégien ) , appuyé par M. Lorange, son compatriote, apporte de nouveaux faits plus significatifs encore. Si, au delà du ljo° degré de latitude, on ne rencontre plus ni monuments mégalithiques, ni haches en silex, il n'en faut pas conclure que les contrées boréales fussent inhabitées dans l'antiquité. Les outils, couteaux et grattoirs en schiste, les ustensiles en bois de renne, dont M. Rygh étale plusieurs spécimens devant le congrès, démontrent, au eonliaiie, la présence, au delà ilu point où cesse le silex, d'une civilisation, différente sans doute dr la civilisation des contrées plus méridionales, mais à peu près du même ordre. M. Rygh propose de donner à cette civilisation le nom de civilisation du fjrmipe arctique. (Test, en edet, dans les limites du cercle polaire qu'elle se manifeste avec la plus grande intensité. Malheureusement, cette civilisation a été jusqu'ici peu étudiée, (le qu'on en sait est pour ainsi dire négatif. L'absence de dolmens et allées rouvertes, de haches

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en silex ot on pierre, osl, il est vrai, bien cnnslalée. Mais on ignore par quels rites funéraires les habitants primitifs de ces contrées remplaçaient l'inhumation dans des chambres sépulcrales. La provenance exacte des objets recueillis est également mal connue. Il y a donc là un fait plutôt signalé qu'étudié. Toutefois, la coexistence des deux civilisations, se touchant vers le 63° degré sans se confondre, n'en reste pas moins prouvée. C'est l'opinion de M. Worsaae, ministre de l'instruction publique en Danemark, l'homme le plus compétent en tout ce qui touche aux antiquités du Nord. » Il y a longtemps déjà, a-t-il dit au congrès, que j'ai constaté, en Scandinavie, l'existence de ces deux courants dilFérents, l'un venant du nord, l'autre du sud. Je suis heureux de voir cette vérité mise en lumière aujourd'hui, et le point de jonction de ces deux courants marqué avec tant de précision. La civilisation des monuments mégalithiques, du silex poli et des animaux domestiques propres à l'agriculture est venue en effel du sud '. Je n'ai plus aucun doute à cet égard. Elle a eu chez nous, pour point de départ, la presqu'île du Jutland. De là. elle a passé en Fionie, puis en Seeland, puis en Scanie. C'est la marche naturelle des migrations qui veulent, autant que possible, éviter la mer. » Sur un seul point M. Worsaae se sépare des archéologues suédois et norvégiens : il croit que dos tribus sauvages (celles qui ont élevé les Kjœkenmœddings) avaient précédé en Jutland et même en Seeland les hommes des dolmens. Il ne prétend, d'ailleurs, rattacher cette antique et premièi'e race, ni aux Lapons du pôle, ni aux tribus du groupe arctique de M. Rygh. L'arrivée de ces tribus boréales en Norvège est, suivant lui, relativement récente. Il y avait longtemps que les pécheurs de Kjœkenmœddings avaient disparu, quand les chasseurs do renne du groupe arctique ont pénétré dans le nord pour la première fois. Il constate la présence do ces sauvages on son pays. D'où ils venaient, il l'ignore.

I. M. Woi'SiliiP désiniii' ainsi les ivfjions siluôes nu suil ilii liaiirriiarK, c'oslii-dirc los contrées scplciilrioniilps do rAllonniiînp.

AI CONGRES DE STOCKHOLM to

Un Finlandais, M. Aspelin, ajoute son lénioignaj;e à ceux de JIM. Rygh, Lorange et Worsaae. Il a retrouvé en Finlande des faits analogues aux faits signalés en Suède el eu Norvège. En Finlande existent également deux zones distinctes : une zone du nord, une zone du midi, d'origine diffél'ente. La Finlande proprement dite et la Carélie russe, à louesl du lac Briga, ne sauraient être archëologiquement confondues avec les régions baltiques et lithuaniennes. Il y a là aussi deux civilisations qui se sont développées isolément , et. comme l'a si bien dit M. Worsaae, un courant du nord, un courant du sud. Les populations du sud les plus anciennes. comme celles de Suède, appartiennent déjà à noire âge de la pierre polie. Avant elles le pays était inhabité. Les populations du noi'd, pndialjJenicut plus récentes, dnivenl èlie rattachées comme en Norvège aux races boréales.

Dans une carte générale de l'époque des cavernes, la Finlande, comme les pays Scandinaves, devra donc être entièrement blanche.

Vous le voyez, monsieur le ministre, les résultats de cette première discussion ne sont pas sans portée. En admettant même qu'il n'y ait là encore que des présomptions, la science n'en est pas moins débarrassée de préjugés dangereux qui entravaient sa marche en avant. Bien plus, les nouvelles assertions apportées au congrès ne reposent plus seulement sur des arguments de sentiment, ou, ce qui revient au même, sur un nombre de fails insignifiants : elles reposent sur un commencement de stalisliijuc, sur des chiffres faciles à contrôler. Neuf cents ()i)jels appartenant aux pays norvégiens, dit M. Rygh, sont déposés dans les divers musées de Norvège. Trois cent cinquante seulement sont en silex : pre:<iji(c tous ont été recueillis dans la Norvéyc. méridionale. Ceux du groupe arctique sont, sans exception, en schiste et en grès. Les trois cent cintjuanle armes en silex sont, de plus, identiques aux armes danoises; les autres, aux outils dont les Lapons se servaient encore il y a cent ans. Dans le sud de la Norvège, point de (races di' renne même aux époques les plus au-

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cienncs '. Dans le nord, au contraire, se rencontrent beaucoup d'armes et d'outils faits de bois do ce cervidé. 11 y a là des faits qui s'encbainent, des faits positifs et précis comme en savent recueillir les patients travailleurs du Nord.

Conclusion. Daus la série des groupes humains qui composèrent les populations primitives de la Scandinavie, ne doivent entrer, comme premier élément, ni l'homme de Saint-Acheul et d'Abbeville, ni l'homme de Furfooz-, ni l'homme de Cro- Magnon ^ La Scandinavie, relativement à l'Europe centrale, est un pays nouveau.

Quelques autres faits curieux se sont dégagés encore de celte discussion. Et d'abord, à propos du renne, deux remarques ont été faites qui méritent d'être consignées dans ce rapport :

1" Le renne, que l'on ne rencontre nulle part, ni en Danemark, ni en Suède, et très rarement en Norvège, au-dessous du 65° degré, à l'époque de la pierre polie, avait existé dans ces contrées durant la période glaciaire, c'est-à-dire bien avant que l'homme y eût établi sa demeure ; fait analogue à l'histoire du cheval en Amérique, qui, après avoir été abondant à l'époque quaternaire, en avait, croit-on, complètement disparu : les races d'équidés actuelles, races libres ou races domestiques du Nouveau-Monde, sont une importation des Espagnols. Le renne libre du nord de la Norvège et d'une partie de la Laponie ne serait de même qu'un renne domestiqué revenu à l'étal sauvage, ce ne serait point le descendant de notre renne des cavernes. M. Nilsson avait remarqué depuis longtemps que les deux races sont distinctes.

2" Le renne, pour prospérer, ne paraît pas avoir besoin d'une très basse température. A Drontheim, où la température est celle de Stokholm, grâce au Gulf-Slrcam où les mai-

1. 11 s'agit tuiijoiiis (lo l'i'puiiiu' où riioiiiiiio lialiilait ces cotilivcs.

2. Caverne île l!elî;ii|iio où ont été Iromés des crânes il'un type inirlli-uliei', (Voir l'intéressante imliliraliori de MM.ile (Jualrer.ifces et llaniy, CniiiiK el/iiiicii.)

3. Caverne e\jilorée jnir M. Louis Lartet et où ont été recueillis île notnl)reu\ S(|iielettes linniains. On dit : la race de Cro-magnon. (Voir musée de Saint^ Geiniain, salle I, vitrine iU.)

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