‹ Nos originesChapitre 39 sur 188 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Les conséquences positives ou négatives qui découlent des faits recueillis dans le mémoire soumis au jugement de l'Académie sont les suivantes ' :

1° Les monuments dits celtiques, menhirs, peulvans, pierres branlantes, dolmens, allées couvertes, tiimulus, cromlechs ou cercles de pierres, enceintes de pierres et de terre, ne forment point un tout que l'on puisse étudier en bloc et sur lequel ou puisse porter un jugement général. Hien ne nous prouve que

1. Os conclusions sr)nt celles du lucinoire (pic riM-.liliit Acailciuic ili's 1nscriiilions) a coiiioinic en 1802. La (|uesli(iii [i\\:\\t été posée p;ir rinslilut dans les termes suivants : <■ Déterminer par lui cxMuicn approfondi ce ipie les dérouvertes faites depuis le commencement du siècle ont ajouté à nos connaiss;uices .sur l'oiigine, les caractères dislinctifs et la destination des monuments dits celtiques (menhirs, dolmens, allées couvertes, tumuli, etc.V Reclierclier les différences cl les analogies ries monuments ainsi désignés ipri r'xisfcril srrr- le liTritoir'r' île l'anciennr' (Jaiilr' e( de ceux qui ont été liouvis d.irr- dirrrlris rnutrées de llùli'ope, nolrrnririr'nl r'ii Airglr^lerix'. « Norrs ne rloiurorrs pas le mémoire lui-nicnie, cpri esl cniré prr'srpie loul rMitir'r dans les divers articles rlii llicliunndire i/'Arc/iro/nf/ii' (époque celliquc) publié par la (lorumission de la topognrphie des (Jaules. Le premier volume de ce llicliniiiuiiie est aujoru'il'luri entre les mains du iirrblii'. Notre Curie ries dolmens, .-rdoplée par la Uommissiou fans arrcrrtre ninrlirrcalion, fait parlie de r-es premiers fascicules, .\iius \ renvovons le lecteur. — La pulilication ilc cr' diclirirrriaric :r. ili'prri^. •■le irrtiMriiluplU'. — Juin ISSI. — lleii.iiéme rdilioii.

102 LES MOM'ME.NTS DITS nain,iri>

ces monumenls appartiennent tous à une même époque et aient été élevés par les mêmes peuplades. Il faut diviser ces monuments par groupes distincts et considérer chaque groupe à part, s(Mis peine de s'exposer aux plus graves erreurs.

2° Un seul des groupes que nous avons examinés étant simple, celui des dolmens et allées couvertes, les quatre autres étant plus ou moins complexes, on ne peut que pour les seuls dolmens formuler une affirmation générale: pour les quatre autres groupes, menhirs, tumulus, cercles de pierres, enceintes, il n'est pas permis, dans l'étal actuel de la science, d'aftirmer du particulier au général.

3° Les faits ne nous donnent aucun droit de considérer la Gaule comme ayant été primitivement couverte sur toute sa surface, même d'une manière inégale, de monuments d'un ordre quelconque. La distribution des monumenls existant encore aujourd'hui conduirait au contraire à un résultat tout opposé; il subsiste, en effet, bon nombre de monuments dans des contrées où l'on ne voit aucune raison pour qu'on les ait respectés; il n'en reste pas dans d'autres oii l'on ne voit aucun motif pour qu'on les ait détruits.

i.ONSÉi.iUKNC.KS N'ÉfiATIVKS l>AHTlClIL:fCRES

1° Il n'est point prouvé que les pierres branlanti's soient autre chose que des phénomènes naturels.

2° Il n'est point prouvé que les pierres à bassins soient autre chose que des phénomènes naturels.

3° Il n'existe aucun signe, en dehors dos fouilles, qui permette de distinguer une pierre posée d'un bloc naturel erratique.

4° Il n'existe aucun signe qui permette de distinguer un menhir, au sens ordinaire du mot, d'une pierre limitante ou même d'une pierre tombale. On peut à peine fain- exception pour les menhirs de très grande dimension.

LES .MOMMi;>iTS DITS i ri.Tli.HICS 103

o" Les faits ne poilent poiiil à croire qui' les menhirs soient des pierres élevées sur des tombeaux.

fi" Les faits ne conduisent point li considérer les dolmens comme des autels.

7° Les enceintes en terre ne sont pniiit, en général, des camps romains; mais on ne peul aflirniei- ([iie pour un très petit nombre d'entre elles que ce soient dos oppida gaulois.

AKKlR-irATlONS l'OSri IVKS

I" Les seuls grands alignements bien constatés sont ceux di' la Bretagne (Morbihan, l'"inisli're, C.ôtes-dii-Nord et Ille-et- Vilaine).

2° Les menhirs sont souvent associés à des dolmens, à des lumulus ou à des cercles de pierres. Cette association est le signe le plus certain auquel on puisse reconnaîlrc leur ancienneté et leur caractère religieux ou commémoratif.

.3° Les dolmens se répartissent suivani une lui qu'il n'f-%1 pas impossible de saisir. Ils se rencontrent le plus généralement sur les côtes, sur les pointes avancées dans la mer, sur les hauteurs qui longent le cours supérieur des rivières de l'ouest de la France. Il n'en existe, sauf de très rares et insignifiantes exceptions, ni dans l'est, au delà de la Saône, ni au sud-ouest, entre les Pyrénées et l'embouchure de la Garonne.

4° Les faits prouvent que la grande majorité au moins des dolmens sont des tombeaux.

")" Sous les dolmens non violés auliefnis et demeurés intacts jusqu'il nos jours, les inshumciils de pierre dominent; le bronze et le fer sont rares '.

G" Un erand nombre de dolmens oui iMé eiil'nuis primitivement ou recuuverls d'un amas de lerre el de pierres.

i. Nous avions ('■cril, on 18(jl, (|iic li' fiT n'aiii);ii'ail .jamais siiiis des ilolinons. Los dôpoiivortos iiltôriouros, en iniiiioiilior dans lo dopartoincnl do l'Avoyroii, ont pronvô (|no dos olijoti on l'or se Irniivoiil dans ili's ilolinons inlarts. —

Itl'Itrit'WP l-ftitiun .

lOi I.I.S MONl'MKNTS Dl'l S ( r':i.Tioui;s

7" Parmi los luniulus, les luimiliis-lonibeaux sont de beaucoup les plus nombreux. Les bulles défensives, les bulles liniilanles sont relalivemenl rares.

8° Les lumulus-lombeaux se divisenl nalurellement en deux espèces, les lumulns isolés el les lumulus agglomérés.

9° Les lumulus isolés se rencontrent surtout dans la zone des dolmens, au nord-ouesl el à l'ouest de la France.

10" Les lumulus agglomérés, surloul les grandes agglomérations, sont dans l'est.

ir La limite des deux zones, pour les lumulus, est à peu près la même que celle qui sépare la contrée des dolmens de colle où les dolmens ne se montrent pas.

12° Dans la zone ouest, les lumulus sont en général à galeries et chambres intérieures; ils contiennent en grande majorité des objets de bronze, deux cinquièmes à peu près d'objets en pierre, cinq pour cent tout au plus d'objets en fer.

13° Les lumulus de l'est n'ont ni galeries ni chambres; les corps ensevelis sont simplement recouverts do pierres plates formant une espèce do voûte grossière. Là, le bronze domine, mais on y trouve aussi beaucoup de fer, et en particulier des •irnies do fer, doux cinquièmes environ ; la pierre et le silex y sont tout à fait exceptionnels, sinon inconnus.

li° Dans l'une des zones comme dans l'autre, les traces d'incinération sous les lumulus sont plutôt l'excoption que la règle.

1S° On ne trouve sous los lumulus que dos traces très rares do l'occupation romaine '.

16° OuanI aux enceintes ou camps, celles qui paraissent remonter à une époque antérieure à l'occupation romaine ne dépassent pas vingt-cinq ou trente sm- plus do quatre cents.

17° Soixante enceintes soulomonl portent des traces de l'occupation romaine.

1. l'iusimirs laits Ijicu cuiislalrs iicrnii'lliMil il'alTu'iiii'i aiij(jiiicriii]i ipril y a en souvriil, ilaiis fO cas, sii|irr|iiisi(i(iii df srijulliirrs. Il laiil laiii' l'M-cption .

tuillctuls. |i(inr la ni'luii|ii('. m'i Ir-. Iiiiiiillii'^ niiiinina -.dji! ikpiipIii ciin.

i.KS :\ri)\(MF.\Ts mis (.Ki.Tiniii;s lOM

18° Trois Cents camps enviniii ne purlfiil auciini' Iraci' d'uni' occupaliun quelconque '.

19° Jusqu'à nouvel ordre, toute hypothèse qui se trouve en contradiction avec ces propositions doit être rejetée comme au moins prématurée.

LES HYPOTHÈSES JUGÉES l'AR LES FAITS

Nous croyons donc inutile de faire l'historique d'hypothèses qui, pour la plupart au moins, n'ont plus aucune valeur en présence des faits nombreux que nous avons relevés et qui, en général, les contredisent. Par la même raison nous ne citerons que peu de noms propres. Ce qui nous intéresse, c'est la vérité : peu importe par qui l'erreur a été pendant un temps jiropagée.

Les hypothèses qui méritent qu'on les prenne en quelque considération ou qui, à cause de la faveur dont elles ont joui, doivent être combattues, peuvent se résumer de la manière suivante. Nous parlerons d'abord des hypothèses à combattre.

HYl'OTHKSES A i.OMItATTIU",

Hi/po//i('ses f/énéralps. — l''Les menhirs, dolmens, lumulus, cromlechs sont des monuments élevés par les Celtes ;

2° Ces monuments couvrirent autrefois, inégalement sans doute, mais presque sans exception, toute la surface de la Caule. Si l'on n'en trouve pas aujourd'hui partout, c'est qu'ils ont été détruits.

lli/pollirapa porticiilirri'x. — I" Les menhirs sont des idoles ;

I. Lo iioiiibrc (Ips cnccinles reconnues //rr-romninei s'est licinicdiiii jiininenUilepiiis 1862. De nombreuses exploialions ont démontré <pie plusieurs de eis op/jii/a avaient même été occupés par les p{ipulatlons de l'âge de la pierre, et n'avaient pas cessé, ilepuis cette é|)o<(ue, de servir di' lli'iix de nd'ii^ce. — \. |;., 1" février lS7ti.

lOG I-KS MONUMENTS DITS CELTlOrKS

2" Les iiienliirs sont des pierres comniémoralives élevées sur des tombeaux :

3" Les menhirs sont des autels;

4" Les pierres branlantes sont des pierres druidiques;

5° Les pierres à bassins sont des pierres à sacrifices:

6° Les dolmens sont des autels où l'on a sacrifié des victimes humaines;

7° Les tumulus appartiennent, en général, à l'ère celtique ^ ;

8" Les corps sont ensevelis sous les dolmens, incinérés sous les tumulus ' ;

9° Les tumulus ont été en majorité élevés par des populations du Nord, Danois, Saxons, Normands, etc. ;

40° Les tumulus agglomérés marquent des emplacements de grandes batailles;

H" Les enceintes en terre sont en majorité des camps romains : ils sont situés en général le long des voies romaines, à proximité des frontières ou sur les eûtes, pour surveiller les pirates.

llVPOTlli-.SF.S Pl.rS KN KVPPORT WEC LKS FAITS

l" Les dolmens sont des tombeaux : ils appartiennent k l'âge de la pierre;

2» Les tumulus sont des tombeaux ; ils appartiennent à l'âge des métaux ;

3" Les dolmens sont préceltiques; les tumulus sont ctdtiques.

Examinons d'abord les deux hypothèses qui dominent toutes les autres :

\. II faudrait .s'pntpndre sur la siRnification ilo ce torme : ère ce/ligue. Si l'on voulait liien distinguer, rouimo l'oiil fuit les Grpes, Vi'ie celtique do V'ere (jaulnhe, colto l'XjJi'cssion de cellirjuex a|i|)li(|iire aii\ tumulus jiourrait Otre jusie dans une rerlaiuo mesure : certains tumulus penveut ètic cellicines : d'antres sont eerlainomi'nl f,'anlois. (Voir plus loin les articles relatifs au\ Celtes et an\ (laidois. — A lî.. f'' février tS'ii.i

2. Nous parlons de la (laule. Celle proposilion esl jnste. appliiniée anx pajs Scandinaves.

l.F.S MON'CMENTS DUS l'.CI.TIOrKS IdT

Première hypothèse : Lex moinimpiits dits: cp/f/i/itps ont été élevéx par les Ce/ tes.

Cette hypothèse, fondée sur un .simple raisonnement et acceptée sans contrôle, doit être, selon nous, complètemeni abandonnée. Notre conviction à cet égard est entière, attendu que 1° le raisonnement sur lequel celte hypotlièse s'appuie est faux, et que 2" l'hypothèse est encomplèle contradiction avec les faits connus.

De quoi se compose en etl'et le raisonnement par lequel ou est arrivé à classer tous ces monuments au nombre des monuments celtiques? Des deux propositions suivantes, vraies toutes les deux — c'est ce qui a produit l'illusion — mais d'où l'on a tiré une conclusion fausse. Les menhirs, dolmens, lumulus, etc., n'appartiennent pas à l'ère romaine : ils sont antéro mains. Or, quelle race occupait la Gaule avant les Romains? la race celtique : donc les monuments dont nous parlons sont celtiques. Il faut s'entendre : si cela veut dire simplement qu'ils sont de l'époque qui a précédé la conquête romaini'. la conclusion est juste et conforme aux prémisses: mais si, eu appelant ces monuments celtiques, on veut dire qu'ils ont été élevés par les populations avec lesquelles la Grèce et Rome ont été en rapport et dont nous parli'nt les historiens, le raisonnement est radicalement faux. Il suppose établies, en elfel. les proposiliims suivantes, à savoir : qm- la Gaule n'a jamais eu, avant les Romains, d'autres habitants que lesGeltes; qu'il n'y a point eu en Gaule de race correspondant ii ce qui- dans les autres pays on a appelé a/iorif/rurs ; quil n'y a point eu dans les temps antéliistoriques d'occupation du littoral par des invasions étrangères à larace dominante; qu'il n'y a point eu à côté des Celles et des Gaulois, dominateurs, des tribus inférieures et dominées composant la plèbe et cette partie de la nation, qui, au rapport des écrivains latins et grecs, ne jouissaient d'aucun droit politique, — car si cela est, pourquoi les monuments qui nous occupent, d'un caractère si primitif, ne seraient-ils pas ceux des aborigènes, ou <les populations ([iii ont occupé les côtes sur lesijuclles ces mo-

108 l.KS MOMMF.NTS DITS i:EI.Tlnn:s

numenls abondent, ou des tribus subjuj^uées el réduites par les Celtes et les Gaulois ' à une sorte d'esclavage, qu'elles fussent ou non les populations primitives du pays?

Mais, aurait-on répondu autrefois, nous trouvons ces monuments à peu près partout en Tiaulo. Ces monuments étant les vestiges les plus remarquables do l'ancienne civilisation du pays (si cela peut s'appeler une civilisation), comment ne pas croire que ce sont les monuments de la race dominante? Nous aurions peut-être, il y a quelques années, été embarrassé par ce raisonnement. Il ne peut plus nous faire illusion aujourd'hui. Sur quoi, en elfet, s'appuie l'affirmation que les monuments dits celtiques se trouvent partout en (iaule? Sur l'abus que l'on fait de cette qualification de monuments celtiques donnée aux pierres debout, pierres branlantes, pierres à bassins, dolmens, tumulus, cromlechs, et même aux oppida présumés. A ce compte, sans doute, on peut trouver un peu partout des monuments celtiques, mais qui prouve que les pierres debout, les pierres branlantes et à bassins, les dolmens, les cromlechs, les tumulus, les camps retranchés soient des monuments de même ordre, dus aune même civilisation, à une même race? Cette affirmation est plus qu'hypothétique. Nous avons démontré qu'elle était contraire aux faits; que les dolmens n'avaient jamais couvert toute la Gaule, ni même aucune contrée de la Gaule dans sa totalité ; qu'ils occupaient des positions déterminées par des conditions spéciales, avec une uniformité qui ne permet pas de douter que ce fait ait le caractère d'une loi constante; que les tumulus sont de deux époques distinctes et, comme les dolmens, divisent la Gaule en deux zones nettement tranchées : que l'on ne peut faire aucun fond sur des monuments de pierre d'un caractère aussi vague que les menhirs, et que, quant aux cromlechs, ils sont en si petit nombre et si mutilés qu'ils doivent à peine être pris en considération dans une étude sérieuse. Enfin, nous ne savons rien ou presque lien sur l'origine el la date des

1. Vdir |iliK liilii iiiiliT Mriiiiiin' sur l.i wili^iir .1rs mois (\-ll;r cl Cii/iil.r il;iiis I'dIvIic, ri nos .iillcii'S : l'r/lrs ,■{ Ciiiilnis.

LtS .MONUMENTS DUS CKL'l lyi'KS Kilt

enceiutos on leire. Mais ce n'est pas lonl : il y a la de graves éléments de doute, il n'y a pas démonstration. La démonslralion, si nous ne nous trompons pas, la voici :

Vous voulez que les monuments dont il s'agit soient l'œuvre des pojpulalions avec lesquelles la Grèce et Rome ont été en relation. Je ne vous dirai pas : oii sont les textes qui parlent de ces monuments si singuliers, si on dehors des habitudes grecques et romaines? commeul se fait-il qu'aucun écrivain ancien n'en ait parlé? Omission au moins bizarre! — Je vous dirai : prenez les populations que la Grèce et Rome ont connues les premières, avant l'époque réellement historique pour la Gaule, de six cents à deux cents ans avant Jésus-Chiisl; circonscrivez sur une carte le domaine probable de ces puissantes tribus. N'est-ce pas là que vous devriez trouver les moiuiments celtiques les plus remarquables ?

Or, ce travail nous l'avons fait. Xous avons teinté eu jaune sur notre quatrième carte les limites probables dans lesquelles étaient resserrées les populations gauloises (jui, du vi" au n'' siècle av. Jésus-Christ, ont envahi l'Italie, la Grèce, le sud de l'Allemagne, la Thrace et l'Asie-Mineure : les Cénomans, les Carnutes, les Senons, les Lingons, les Biluriges, les b'duens, les Arvernes, les Ambarres, les Volques Tectosages et les Salyens. Ces tribus forment un groupe compact au centre de la Gaule, dans lequel les Tectosages et les Salyens seuls ne rentrent pas. Eh bien, c'est en deiiurs de ces populations que se trouvent presque exclusivement les seuls monuments dits celti(]ues qui ont un caractère bien défini, les dolmens et les tumulus.

.Nous nous permettrons de faire une autre remar(jue (jui n'est [leut-èlre pas sans valriir.

Slrabon nous apprend (livre IV, p. 177) que les lits de tous les tleuves de la Gaule sont si heureusement disposés par la nature, qu'on peut aisément transporter les marchandises de l'Océan à la Méditerranée, et réciproquement; car la plus grande partie du transport se fait par eau, en descendant et en remontant les llcuves, et le jieu de chemin qui se fait par

110 LES MO.Mi-MEMS DITS CELTIijLKS

terre etsL d'aulaiil plus commode que l'on n"a que des plaines à Iraveiser. Il ajoute (page 189) : « On peut remonter le Rhône bien haut avec de grosses cargaisons; ces bateaux passent du Rhône dans la Saône, et ensuite sur le Doubs (?). De là les marchandises sont transportées par terre jusqu'à la Seine, qui les porte à l'Océan à travers le pays des Lexovii et des Calètes. Cependant, comme le Rhône est difficile à remonter, à cause de sa rapidité, il y a des marchandises que l'on préfère porter par terre, au moyen de chariots, par exemple, celles qui sont destinées aux Arvernes et celles qui doivent être embarquées sur la Loire, quoique ces cantons avoisinent en partie le Rhône. Un autre motif de cette préférence est (jue la route est unie et n'a que huit cents stades environ. Un charge ensuite ces marchandises sur la Loire, qui offre une navigation commode. »

Suivez ces deux routes sui' notre carte, vous ne rencontre/ sur ce parcours ni dolmens, ni tmnulus. Les populations t\m ont élevé ces monuments semblent avoir fui systématiquement les vallées du Rhône, de la Saône, de la Seine, et même dr la Loire au-dessous de Roanne, où devait connnencer la navigatidu dont parle Slrahou.

Nous demandons que l'on nous explique pourquoi la grande route de commerce de l'antiquité à travers la Celtique, aussi bien que les (•(jnirées i>i\ dominaieni les tribus celtiques les plus guerrières, celles qui ont fait trembler Rome, la Grèce et une partie de l'Asie, sont les moins riches en monuments dits ce/ti(ji/fs.

Hypothèse pour hypothèse, nous avouons préférer celle qui s'appuie sur des faits incomplets, nous iv voulons bien, mais qui n'est pas du moins en contradiction avec l'ensemble des observations recueillies jusqu'ici,

Di:l.\u;\ii'; hypothksi;. Les inonuinriils dits ccltùjucs tiitt ruiivi'fl (latri'fois, inéf/Hlement sans iloiilc, mais sans exception cependant, la sarface de la Gaalc.

Cette affirmation, qui n'est qu'une hypothèse fondée sur la

],i:s .m(i.\l\mi:nts uns iiii.rinULS 111

croyance que les munumenls dont nous nous occupons sonl celtiques et doivent se trouver pailout où ont vécu les Celtes, c'est-à-dire fondée sur un cercle vicieux, a été aussi facilement acceptée que la première. Un archéologue, qui n'est pas sans mérite, écrivait en 1830 : ■< Les provinces de l'est sont en général moins riches en monuments celtiques que celles de l'ouest, mais il est à présumer que cette différence n'a pas toujours existé, car pourquoi le culte druidique {sic) aui'ait-il été moins puissant et aiu'ait-il érigé moins de monuments dans une partie des Gaules que dans l'autre '? » Puis l'auteur essaye d'expliquer cette différence en prêtant aux populations germaniques de l'est un esprit de destruction de ces monuments que n'auraient pas eu les populations de l'ouest, restées celtiques. Après quoi il cherche, avec la conviction qu'il en trouvera les vestiges, des monuments celtiques détruits ; el il en trouve, mais si mutilés qu'il faut les yeux de la foi pour les reconnaître. Le même raisonnement a conduit aux mêmes assimilations abusives les archéologues des Vosges, de la Moselle, du Jura, de la Cote-d'Or et de beaucoup d'autres départements. Sans la préoccupation de trouver des monuments celtiques sur tous les points de la Gaule, on n'aurait jamais fait rentrer, dans cette classe, les pierres et blocs que l'on a tlécnrés dans ces contrées du nom de menhirs el d'aiilels druidiques. Il est moins facile à l'imagination de créer des dolmens el uiènie des criunlechs; aussi n'en a-t-on point trouvé.

Dans les contrées oii l'un n'a rencontré aucune liace de dolmens ni de menhirs, on a signalé des pierres branlantes et des tumulus, el l'on a afiirmé sans aucune hésitation (|uo c'étaient des monuments celtiques. C'est ainsi que Camhry el son école ont pu dire ijue l'on retrouvait des monuments celtiques non seulement dans toute la Gaule, ce qui était déjà une exagération, en Angleterre el en D;uiemark, dans le nord de l'Europe en général, où il y en a ésideininiMit, mais dans

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