‹ Nos originesChapitre 48 sur 188 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

L'Académie demandait quels progrès les observations recueillies depuis le commencement du siècle, sur les monuments dits celtiques, avaient fait faire à la science, et ce que nous savons ou croyons savoir aujourd'hui louchant le caractère, la destination et l'origine de ces monuments. Nous avons répondu de notre mieux à cette question. Les résultats auxquels nous sommes arrivé, sont, il est vrai, en grande partie négatifs; mais, outre que c'est dans bien des cas avoir beaucoup appris que d'avoir appris que l'on ne sait rien ou fort peu de chose, il est deux ou trois points sur lesquels nous avons pu être plus affirniatifs, et ces points ne sont pas les moins importants. Ainsi, nous croyons avoir démontré, parle seul groupement des faits connus, qu'il fallait désormais renoncer à regarder comme celtiques les monuments qui portent ce nom, ou du moins renoncer h les considérer comme ayant été élevés par les populations avec lesquelles Rome et la Grèce ont été en rapport.

Nous croyons avoir démontré que les dolmens, en particulier, ont été élevés par une race beaucoup moins avancée en

civilisation que les Celtes, et qui n'a jamais pénétré dans Test de la Gaule, mais a seulement occupé une partie des contrées de l'ouest et du centre.

Nous avons fait voir que c'était surtout dans le nord de l'Europe que l'on retrouvait des monuments analogues, et qu'à considérer les contrées où ils dominaient, on était porté à croire que les populations qui les avaient élevés, après avoir séjourné quelque temps sur les côtes méridionales de la Baltique et occupé le Holstein et le Danemark, étaient remontées par la Suède occidentale, avaient tourné l'Angleterre, en se servant des îles comme étapes, et, après avoir laissé à droite et à gauche, en Ix'lande et en Ecosse, dans le pays de Galles et en Cornouailles, des colonies nombreuses, étaient venues s'abattre sur l'Armorique et avaient pénétré dans le cœur du pays, en remontant le cours des rivières qui se jettent, à l'ouest, dans l'Océan'. Ce sont ces populations septentrionales qui nous ont apporté les premiers germes de civilisation.

Nous avons montré que la majorité des objets trouvés sous les dolmens, armes ou ornements, sont en pierre et en silex, et qu'il est vraisemblable que la race qui y est enterrée se servait presque exclusivement d'armes et d'ustensiles de cette nature à l'époque où elle dominait en Gaule. En tout cas, si elle connaissait déjà le bronze, elle s'en servait peu et ignorait les armes de fer; c'est du moins ce qui ressort de l'ensemble des fouilles faites jusqu'ici.

Quant à la desLinalion de ces monuments, ce sont bien certainement, sauf exception, des tombeaux.

Ainsi, sous ce rapport, nous pouvons à peu près répondre aux questions de l'Académie, en avouant toutefois qu'il est désirable que de nouvelles investigations viennent justifier nos conclusious; nous pouvons dire en attendant: les dolmens et les allées couvertes sont des monuments sépulcraux ; leur

^. Nous ci'ojons ciicon' iUijoiird'liui que la ciinlisaliuii île (a picn-e polie a liien suivi cette, routo, m.iis nous snriotis moins afllnnatlf sur la migration des liopulations en grande masse. — A. 1!. l''L;viicr 1876.

144 LES Monuments dits celtiques

origine parait jusqu'ici septeiilrionale; reste à chercher le caractère fie la race qui les a construits. On ne sait d'elle qu'une chose, c'est que ses principales armes étaient en pieiTe et en silex.

Une élude complète des crânes humains, ossements d'hommes et d'animaux, et objets d'art de toute sorte qui reposent sous les dolmens, nous en apprendra un jour peutêtre davantage.

D'un autre côté, nous av(tns trouvé que les tumulus pouvaient se classer en deux groupes distincts : ceux de l'Ouest, ceux de l'Est. — Ceux de l'Ouest sont, pour la plupart, intimement liés à la période des dolmens, auxquels ils servent souvent ou d'enveloppe ou de base. Ils sem])lent toutefois appartenir à une civilisation ou plutôt à une période de civilisation un peu plus avancée. Les chambres qu'ils recouvrent et qui ne sont plus mégalithiques contiennent moins de silex et plus de bronze ; le fer y apparaît même, quoique encore très rare. On continue à ensevelir ; l'incinération t-st l'exception.

Ces différences entre le contenu des dolmens et celui des tumulus ou tumuhis-dnlmens (nous ne parlons toujours que des tumulus de l'Ouest) ne son! pas assez grandes pour qu'on ait le droit d'aflirmer qu'ils appartiennent à des races dilTérentes. On peut affirmer seulement que les tumulus sont d'une époque un peu plus rapprochée de nous et qu'il y a eu d'une période à l'autre, dans le mode d'ensevelissement, une légère modihcation. mais non une révolution radicale.

Les tumulus de I Est sont dans des conditions tout autres. Ils sont agglomérés au lieu d'être isolés; ils ne présentent plus ni chambres, ni galeries intérieures, et appartiennent déjà à l'âge du fer ; car si le bronze y domine encore, les armes de fer y sont abondantes. Le peuple qui les a élevés ensevelissait et ne brûlait l(!s corps qu'exceptionnellement. Leur destination d'ailleurs n'est pas douteuse : ce simt des tombes.

Les lumulus analogues qui couvrent sur une ligne à peu près parallèle la live droite du Rhin, et que l'on retrouve dans

LES .MONUMENTS DITS CELTInUlCS 145

les AlpL'S aux sources tlu Xeckar cl du Dauuhc (voir nuire carie)', sembleuL indiquer îles populations venues de l'est, piobablemenl par la vallée oii coule le Danube.

Rien n'autorise d'ailleurs à croire que ces populations l'iissrnl des populations celtiques. Elles nous paraissent même, aussi bien que les populations des dolmens, très distinctes des iribus dont le siège était le contre et le midi de la Gaule, et qui les premières ont été connues tles Grecs et tles Romains. On ne saurait déterminer la date de leur établissement en Gaule, mais il semble remonter beaucoup plus liant (jue l'ère clirélienne.

En deliors des dolmens et des tumulus, les grands alignements nous ont paru seuls avoir un caractère bien défini. Parlii iilicrs à la Bretagne, ils se rattacbent évidemment, comme les (bdmens, à des races du nord de l'Europe. Quelques (doservalions faites par M. Worsaae tendent, toutefois, à faire supposer qu'ils son! tout ;'i fait indépendants des dolmens, puisi|n'on en trouve dans des contrées ilu Nord où aucun dolmen n'a encore été observé, et où les tumulus sont d'un autre âge : iMge du fer.

Sur les autres monuments, toute afiirmalion générale doit être suspendue.

Il ne nous appaitient point de mesurer l'importance de ces résultats. Il est clair, toutefois, qu'ils sont de nature à modifier sensiblement les idées que l'on se fait généralement de la Gaule aux époques qui ont précédé la domination romaine.

Au lieu d'une race unique et à laquelle on croyait pouvoir attribuer tous les monuments qui avaient été élevés sur toute la surface de la Gaule, sauf, peut-être, quelques monuments de la Ligurie et de l'Aquitaine, il devient évident (pie deux races, au moins, ont dominé dans nos contrées, et que les seuls monuments anciens bien conserves qui nous restent appartiennent justement à celle de ces deux races dont l'hi-stoire ne parle pas ; tandis (]ue la race qui a liai par l'emporter

1. L;i miruili' lic ci'Ki' iMiti' est. (lr|JOS(;(! ;iu iiuisi'c ilc S.'iinl- (îi'i'iiiiiiri. Li' présent volume, en eontient une R'duetion.

r. I. lO

14fi LES MONUMENTS DITS C.ELTKjrES

eL par ddiiner sou nom ;m pays, csl cullc qui a laisséJc moins (le traces raalérielles île son passage et de son long et délinlLif séjour en Gaule.

On est porté à se demander, dès lors, ce qui, en fait de monuments, revient aux Celtes ou Gaulois' en Gaule. INous ne saurions, pour le moment nous l'avouons, l'épondre à cette question, mais nous croyons que le jour n'est pas loin oii, cessant de regarder les Celles comme des sauvages et de leur attribuer les monuments les plus primitifs du monde, on reconnaîtra dans les ruines du passé ce qui doit leur être attribué légitimement. L'élude de la numismatique, colle des basreliefs gaulois, qui sont moins rares qu'on ne le suppose, montrera que la race celtique avait ses arts à elle comme elle avait aussi ses armes particulières, et qu'il est impossible de la confondre avec les races de l'ouest et de l'est de la Gaule qui, à des époques diverses, l'ont enveloppée, sans jamais la pénétrer.

ÎS'ous avons l'espoir que l'avenir, un avenir prochain, réserve il ce sujet les plus curieuses découvertes.

:il ilrcomliri' ISGI.

NOTE ADDITIONNKI.LK AVEC, CAUTK

bE LA DISIRIIIL'TION DES DOLMENS SUU LA SUUl'ACi: liL LA lUAM'.L "'

11 nous semble, après mur examen, (jne les propositions M

suivantes soul bleu l'expression de ?ios coiinaissancrs actuelles :

\. Nous iliiiuMS iuijuiiid'luu aii\ Ccltu» i'( ;iu\ (liiiilui-i. !'■■ IVMii'i- LS7l;. 2. Extrait de lii Hcouc urc/ico/ugique, on iv|ioiisr iui\ ciiliiiiirs soiilcvrcs par iioliT mémoire. A. h. 1S7G.

LES -MONU.MENTS DITS T.ELTIOUKS i 47

1" Les dolmens el alléus cuuvcrles sont gciiéraleiiiuuL des tombeaux. Cette proposition n'est plus attaquée par personne.

2" Les dolmens et allées couvertes se Irouvent actuellement distribués sur la surface de la France suivant une loi facile à saisir, et que son uniformité et sa constance ne permettent pas d'allribuer au basard. Cette loi est celle-ci : Les dolmens se rencontrent dans les îles, sur les côtes septentrionales et occidentales de la France, à partir de l'embouchure de l'Orne jusqu'à l'emboucliurc de la Giionde. Ils se groupent sur les pointes et caps s'avançant dans la mer. Dans l'intérieur, on les rencontre en majorité à proximité des cours d'eau navigables. 11 est à noter que la rive droite de la Loire supérieure tout entière, le cours inférii'ur de la tSeine, le cours entier du Rhône et de la Saône sont presque complètement privés de dolmens.

3» On peut dire, d'une manière générale, qu'il n'y a point lie dolmens dans l'est de la France.

i" Les dolmens sont rares dans le centre de la Gaule et ne paraissent pas pouvoir être attribués au groupe de populations (jiii ont fait les grandes expéditions dltalie, de Grèce et d'Asie- Mineure, c'est-à-dire aux Gaulois.

Ce sont ces trois dernières propositions qui ont surtout été attaquées.

On les a tfouvées ou erronées, ou du ninius tiop absolues. Nous ne croyons pas qu'elles soient erronées. Sont-elles trop absolues? Cela dépend de la manière dont elles sont interprétées. Une proposition générale, dans un ordre de faits qui admet des exceptions, peut toujours paraître trop absolue. Le tableau suivant, rapproché de la carte que Udus joignons à cette note', indiipiera mieux qu'aucune discussion dans quelles limites nos propositions sont vraies, et si nous avons eu tort ou raison de leur (hmncr le caractère de généralité qui a paru suspect à plusieurs des savants dont nous aurions aimé à avoir l'approbation. Nous donnons aujourd'hui des chiH'res ; ils pourront désormais nous rectilier en connaissance de cause.

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