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ONT-ELLES EU LEUR AGE DE BRONZE

l'ItEAMBlLK

Nous avons vu, il.nis 1rs articles composant la première partie de ce recueil, que, durant ma période dont iJ est difficile de déterminer la durée, mais qui parait avoir été longue, l'Europe tout entière avait ignoré l'usage des métaux. Ue grands monuments funéraires (monuments mégalithiques), indice d'un état social avancé, s'élevaient, cependant déjà dans les pays Scandinaves, en Germanie (Germanie du nord), dans les iles Britanniques et en Gaule. Les populations qui honoraient ainsi leurs morts illustres ou puissants connaissaient presque toutes les animaux domestiques, se livraient à l'élève du bétail, et poussaient très loin l'art de travailler et de polir les pierres dures. Elles cultivaient nos princi|)ales céréales et fahrlipiaient des étoffes '. On peut donc dire qu'il y a eu en Europe un df/e du ta pierre. Les contrées où cette civilisation semble avoir été le plus intense sont les contrées du nord. L'Italie et la Grèce paraissent être restées, au contraire, presque complètement en dehors de ce graml mouvement européen ^.

Nous avons vu, d'un autre côté, qu'en Suède et en Danemark, à cette première période en a succédé une seconde , caractérisée également par des monuments funéraires spéciaux, des luiiudus (avec ou sans chambres intérieures) où l'on n'inhumait plus les corps, où on les brûlait, et dans lesquels les armes de bronze abondonl, sans (|u'on y rencontie jamais de fer. Ces monuments, très nombreux en Scandinavie, existent aussi en Angleterre, en Irlande, en Hanovre, en MeUlembourg et dans quelques autres conirées du nord de l'Allemagne. Les archéologues

1. Voir à Saint-Germ.iin \» s;illç des .'inliquilés lacustn'S de l'.-'inc de l.i pierre

2. L'existence d'un i'ige de l;i pierre caractérisé n'a pas été jusqu'ici non plus reconnue en Asio-.Mineuie. Ces fidls méritent une sérieuse attention.

208 LA GAULE ET l'iTALIE ONT-ELLES EU LEUR AGE DU BRO.NZE?

les moins aventureux assif;nenl à Vàge du bronze, dans ces pays une durée de mille uns environ (de l'an 1000 av. J.-C. au commencement de notre ère). Nous sommes porté à faire remonter un peu plus liaul le commencement de celte période.

lie même fait ne s'est point ]>roduit, ou du moins d'une manière aussi tranchée et avec le même caractère de généralité, dans les contrées méridionales de l'Europe. î\\ en Grèce, ni en Italie, ni en Gaule nous ne trouvons de monuments distincts où le bronze domine exclusivement, accompagné de rites funéraires particuliers. Si nous en trouvons, ils y sont en très petit nombre. L'étude des cimetières les plus anciens de ces diverses contrées nous permet même d'affirmer que les populations qui y reposent avaient déjà, dans une certaine mesure, au moment do leur établissement dans le pays, la connaissance et l'usage du fer. C'est ce qu'a démontré, en particulier, l'exploration des cimetières antiques de Somma, Golasecca, Villanova et Chiusi (Italie)'.

On pouvait croire, il y a quelques années, que les habita lions lacusti'es de la Suisse faisaient exception. Mais il est prouvé, aujourd'hui, que si les types de l'âge de bronze dominent dans les stations lacustres, le fer s'3' trouve quelquefois, en particulier dans les stations les plus riches et les plus brillantes, comme celle de Mœringen '. Les populations qui s'étaient réfugiées sur les lacs dans un but que nous ne saisissons pas bien encore, but commercial ' ou de simple défense, avaient, sans doute, un matériel de bronze analogue à celui dos populations du Nord Scandinave ; un grand nombre d'objets sont identiques des deux côtés. On n'en peut pas conclure nécessairement qu'il y ait eu rapport direct d'une des contrées à l'autre. Ces rapports, cependant, nous paraissent probables. Nous sommes convaincu que, dès lors, les deux points extrêmes des voies naturelles dessinées par le cours du Danube, d'une part, et les cours de l'Oder, de la Vislule ou du Dnieper, de l'autre, étaient, pour ainsi dire, en contact'. Quoi qu'il en soit, ces simples réflexions démontrent à quel point il est nécessaire de ne point faire de la particularité des stations lacustres un fait qu'il soit permis de généraliser pour imposer à la Gaule et cà l'Italie (la haute Italie a aussi ses lacs habités) un ûge du bronze. Les faits concernant les habitations lacustres et les lerramares (habitations sur lacs artiliciels) ", faits qui nous semblent procéder d'un même principe, ont sans doute besoin d'être expliqués, comme tout ce qui est anormal ; mais le moyen de résoudre ce problème est-il d'en nier l'existence même, en déclarant que nous sommes simplement en pré-

1. Voir plus loin notre note sur lu sépulture de Pogr/io Benzo, près Cliiusi.

2. Voir plus loin : Deux mors de cheva/, Mœringen et Vaudrevanges.

3. M. E. Desor croit que les statiu?is où se trouve le bronze étaient des magasins.

4. Ces rapports entre le Daueiuarli et la Suisse uut été démontrés depuis avec évidence. (Deiidièiiie édition.)

.'). Ce caracti're a été très bien étalili iiar le chanoine Chierici, conser\ateur lUi nuiséc de Itcgjiio. Sun lra\iiil est MÈallieureusemciit resté inédit.

DE l'eXI'KESSIOX « AGES OU BUONZE » APPLIQUÉE A LA GAULE 209

soiini' tl'im (liiveloppemenl norinal ilu p.iys à son àijc du hronze'i D'ail- Icur?, à (juelle date placeraiL-on crt dye du bronze en Gaule? Car il faut encore ne pas être en désaccord trop complet avec les données de l'histoire. Assignera-t-on à l'âge du bi-onze hclvéliciue cette date de Vnnmille adoptée par M. Oscar Monlelius pour la Suède? Une foule de difficultés s'élèveront immédiatement dans l'esprit de quiconque est au courant des grands faits historiques et se rappelle où en était alors la civilisation hellénique et tyrrhénienne. Faire l'emonter beaucoup plus haut dans le passé l'époque des stations lacustres ne rend guère la solution plus facde. Nous avions exprimé ces idées au dernier Congrès de Slockholm. Le volume dans lequel le compte rendu de noire improvisation devait figurer ayant péri dans l'incendie de V Imprimerie centrale de Suède, nous n'avons pas craint de reproduire ici celle note telle qu'elle devait paraître dans le volume officiel du Congrès. Nous espérons que les bons esprits ne nous blâmeront pas d'avoir été aussi explicite sur une question de celte importance, même au risque de froisser quelques amours-propres et de déranger ceux dont le siège est déjà fait.

Saint-Germain, 2 février 1876.

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