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SÉPILIURES PUÉ-ÉTRUSQUES DE POGGIO-RENZO

de grandf's jarres eu lerre contenant aussi des vases noirs, mais d'une forme plus régulière, plus variée et d'une pâte plus fine, ornée toutefois de la même manière, suivant le système linéaire, avec gravures à la pointe et non en relief.

(( 11 n'est jamais arrivé jusqu'ici de trouver ces rasoirs dans des tombeaux plus récents et plus grandioses, par exemple avec les vases de bucchero à relief, ou encore avec des vases peints et des urnes d'albâtre. D'après la classe des récipients dans lesquels les deux formes de rasoirs sus-montionnées ont été trouvées, on pourrait peut-être supposer que la forme (63, 63") est la plus ancienne ; mais, même en ne voulant pas tenir compte de celte observation locale, il est hors de doute, d'après les renseignements donnés par M. Broggi, que les rasoirs découverts à Chiusi proviennent tous de lombes et d'urnes de l'époque primitive et tout à fait archaïque. Cette communication ne manque pas, comme vous le voyez, d'intérêt pour vous, et il me semble qu'elle cadre bien avec vos vues et se trouve d'accord avec la direction et le but de vos recherches. A moi, elle me paraît précieuse en vue de la détermination de cette civilisation primitive rencontrée par les Étrusques et acceptée par eux au moment de leur apparition en Italie. »

On comprendra quelle importance j'attachais à la provenance des rasoirs dits étrusques, et l'insistance que je mettais à faire constater qu'ils ne sortaient pas des belles chambres sépulcrales qui caractérisent cette remarquable civilisation, si l'on veut bien se rappeler ' que les stations où ces rasoirs se rencontrent au nord des Apennins , ainsi que le démontre une .statistique qui comprend plus de deux cent cinquante observations, sont toutes, sans exception, pré-étrusques ou extra-étrusques comme les stations de la Cisalpine et probablement celtiques. *

\.° Cimetières à incinération de Villanova, Vadena, Malrai et analogues (comme les stations de la Cisalpine) ;

I. Voir jiliis lijii\ mon Mcmuire ,ii(r /ci lu)nu/ii>i <lc Maf/iii/-lMiiiherl.

SliPlLTLIîKS l'HIJ-ÉriiUSnlES DE POGGIO-KENZO 239

2" Slalions lacustres de l'âge du bronze ou du premier âge du fer : on particulier les stations de iNidau ol Mœringen (lac do Bienne), des Eaux-Vives (lac de Genève), de Grésine (lac du Bdurget), do Peschiera (lac de Garde);

3° Tumulus do l'âge du bronze en Hanovre, Mccklembourg et Danemark :

4" Tumulus du premier âge du fer, souvent avec la grande épéc de fer à deux tranchants et à pointe mousse imitée de l'épée de bronze à soie plato, principalement dans les contrées orientales do la Gaule (Suisse, Jura. Côte-d'Or et Belgique).

Nous pouvons dire, en un mol, que les rasoirs de Poggio- Bonzo, qui se retrouvent en nombre considérai)le dans les conditions que nous venons d'énumérer, ne se sont, au conliaire, jamais rencontrés jusqu'ici ni dans les chambres étrusques proprement dites, ni dans les cimetières que nous regardons comme appartenant à imo époque plus récente, comme les cimetières d'Alaise et d'Amancey (Uoubs), do llaguenau, Bixheim et Hildoshoim (Bas-Bhin), de Berru , Bussy-le-Gliàteau, LaChoppe, La Croix-en-Champagne, Saint- Elienne-au-Temple, etc. (Marne), pas plus qu'à Halstatt (Autriche), c'est-à-dirr dans les cimetières où se fait quelquefois sentir l'influence étrus(jue.

Il est donc permis de dire que les mœurs particulières aux populations do Chiusi, à l'époque de l'ensevelissement de nos urnes, n'étaient ni celles des Etrusques de la belle époque, ni celles des populations de ce que l'on est convenu d'appeler [âge du fei\ tant de la Gaule que do l'Allemagne méridionale, avec lesquelles les fltrusquos paraissent avoir eu de bonne heure le plus do rapports ; tandis que ces mœurs se retrouvent, au contraire, aux époques les plus reculées (âge du bronze et débuts de l'âge du fer) ', chez certaines tribus spéciales s'échelonnant sur certains points dos bords de la Baltique aux Apennins. Ces mœurs bondjlrut dune appartenir

!. Il raiil SI' iM|piM'li-i- r|u>' II' liM l'Inil ilrj.i nmiiiiiiii, rn jl.ilii', |ii)iii' ii' iiioin» :mi x"" sii'i'lc iiviint iidIi'i' i'ix'.

240 sici'L'lti'hes pi'.É-ÉiitusoLi;s m-: PdiiGio-KENZO

à ce grand niouvemeiil civilisateur dont je parlais dans ma première noie el qui , venu direclemenl d'Orienl patdeux voies différentes, a laissé des traces plus ou moins disséminées dans presque toute l'Europe, de l'orient à l'occident, du midi au septentrion, et paraît avoir été comme le point de départ de l'art étrusque.

Je n'ai pas la prétention de déterminer, pour le moment, d'une manière précise, à quelle civilisation orientale appartenaient spécialement les divers groupes que nous suivons ainsi du Danube aux Apennins, tout le long de l'ancienne voie Émilienne, que nous retrouvons d'un autre côté en Suisse, sur le Rhin el sur l'Elbe. Voyons cependant de quel côté peuvent être les probabilités, et s'il est possible de projeter sur cet obscur problème quelques rayons de lumière. Ces tentatives, quoique peut-être prématurées, peuvent avoir leur utilité en encourageant déjeunes archéologues à entrer dans cette voie féconde de la distinction des époques et de la comparaison des groupes homogènes dès les temps les plus reculés '.

Et d'abord, qu'était C.hiusi avant les Etrusques, c'est-àdire à l'époque à laquelle appartennent nos urnes? Nous savons que Clusium s'était d'abord appelée Camars : « Ad Clusium quod Camaks vel Cami;hs olim appellabant . » (Tit. Liv., 1. X, c. XXV.) Cluvier et Ot. Mulb-r en concluent qu'il y avait là une ville ombrienne ou celtique dont les Etrusques se seraient emparés et à laquelle ils auraient imposé le nom de Clusium. D'après Servius, Clusius était, en elïet, fils de Tyr-

1. l'ar /«iiiiOf/énes nous ciilciiiloiis ilrs i-iiiii'lii'iv's iii'i se |ir.ilii|iic un riti' riiiii'niire uni(|iio. Cr canictiTo est des plus impoi'lanls. Li^s ohsi'urités qui oiivcloppoiit encore l'iiistoiic primitive de l'Italie viennent surtout de ee que l'on n'y a guère étudié que des cimetières mi\les. des cimetières urbains, comnie ceux de Mavzabotto et de /« Ceiiusa près de l!olo(;iie. On sait (|uelle répugnance les frilnis primitives, particnliérejnent les trilius pélasgiques, éprouvaient à aller perdre et anéantir, jiour ainsi dire, leur per.sonnaljté dans la confusion des grandes villes. Les anciens cimetières des grandes \illes, Home et Bologne en particulier, devaient renfermer et renti'rment, en effet, les éléments les plus divers. On ne peut étudier sans crainte de méprise les poiiulalions primitives que dans les cimetières riiriiu.v, |iar opposition aux cimelièri's iirluii/ix. \ ce titie, la catégorie des cimetières dont nous nous occupons dans cet arlicli' est particulièi'enienl impoi'lante.

SEPULTUUtS PlïE-ETRUSQUES DU POGGlO-RliNZO

2il

rhénus. Ce changemont do nom de la giaiido cité élriisquc parait significalif, cl l'on esL d'aulant plus porlé à y attacher do l'importance que nous savons que le même fait est signalé pour Ca3re avec des détails très précis. Ca're s'était d'abord appelée Agylla pondant qu'elle était occupée par les Pélasges '; elle ne prit, comme nous le supposons jioiir Cdiisium. le

Fig. G.'j. — Urne de CiPrc.

iiiiin de (];ei'e qn'apri'S la conquête étrusque. Or, nous avons cité plus liaul Cane parmi les villes où se reti-ouvcnt dos cimetières et des urnes identiques aux cimetières et urnes de Yillanova et de Cliiusi ; nous reproduisons ici, d'apri'S M. Coneslabile, une de ces urnes cinéraires (lig. 02). Personne, assurément, ne serait étonné que celte urne provînt

1. " Les Ciprefani consacreront à Delphes le trésor dit tles Agylli'ons. iKircc ([ue leur patrie, appelée maintenant C.'ere, se nommait jadis Ar/ij//a. Klle passe pour avoir été fondée par des Pélasges. >- (Strabon, p. 220.) Cf. Virg., JEiieid., Mil, vers 181 ; Denys d'IIalie., Anliq. roin., 1. III, c. 58.

T. I. Il)

2i2 siîPULTuiiEs riiÉ-ÉrnusoiES de poggio-uenzo

de Poggio Ronzo au lieu do provenir de CaM'c. Céere et Clusium peuvent donc être considérées comme liées Tune à l'aulre par un passé pré-élrusque commun. Elles semblent avoir suivi la même fortune. N'est-il pas surprenant, après cola, de constater que ce sont les deu.N: seules villes du territoire de la confédération étrusque qui, dans l'Enéide, portent secours aux ïroyens et à Enée ' :

Mnssicus aerata princcps secat a^quora Tigri; Sub quo mille manus jiivcnum, qui moonia C/usi Quiqur» iirlicm Jitiiioro Cosas.

{.-Eneid.,\, V. IGG.)

Seqiiitur inik-hciTiraus Aslur, Astiir cquo ûdem el vcrsicoloribus aniiis. Torcentum adjiciiiiit, mens omnibus una scqiiondi, Qui Caerete doino, qui sunt Minionis in avvis.

(.-Eneid., X, v. ISO.)

Nous ne pouvons pas nous empêcher d'accorder à ces rapprocliemonls une grande valeur historique; nous y sommes d'autant plus enclin que le nom de Camers, donné par Virgile à deux chefs latins, montre que ce nom avait une certaine célébrité :

l'i'ulinus .Vnlai'uni et Lyf;im, prima ligmiiia Tui'ni Persequitur, fortemtpie .^umam, fulvumcjue Camerlem Magnanimo Volscente satum, ditissimus agri Qui fuit Ausoiiidum et tacitis regnavit Amyclis.

(.€/(., X, V. oGi.)

Nous touchons donc, avec le héros Camers l'Ausonien, aux plus anciens souvenirs de lllalie, comme nous le faisions tout à l'heure avec les deux cités AgylJa cl Camars : « Ad Clusiuni quod Camars vol Camers olim appellahant. »

Mais nous avons cité encore une autre ville voisine du Latium où des urnes analogues à celles de Camars et d'Agylla ont été également découvertes. Cette localité c'est l'antique Albc, Albe-la-Longue, la ville de l'Italie à laquelle se rattachent

1. l'opulonia, Pisa et Ilva, citées l'galemeni jiar Virgile dans le même passage, n'étaient pas, comme on sait, au nombre des douze cités confédérées, ("."étaient probablement des villes pélasgiqucs.

SÉPULTIRES PliÉ-ÉTRUSQlIES DE POGGIO-UENZO

le plus inlimemcnt les légendes hoyemies. Ne faudrait-il voir dans tous ces rapprochements qu'un jeu du hasard ?

Trois villes, Chiusi, Ca-re, Albano, nous offrent des cimetières identiques, appartenant à une époque reculée préétrusque ou extra-étrusque; ces trois villes sont, dans ri?«eï(/e.

^mùùù^0^^

Kit:. 61). — l'nii' lU- (Miiiis

celles tlont le sort se trouve lié à celui d'I'luée. N'y aurait-il pas là une coïncidence bien singulière, s'il ne fallait y voir comme le souvenir et l'éclio de faits i-écls, suuvciiii' dont Virgile était si palrioliqucment curieu.x.? Jîlt si aucune autre ville étrusque de i'I'lLrurie centrale ne ligure dans V l'hiridc, n'est-ce pas que , à l'époque où nous iransporlenl les traditions et les légendes, les Etrusques, les vrais Tusci, n'avaieni

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