‹ Nos originesChapitre 77 sur 188 · SÉPULTIIRKS PRÉ-ÉTRUSOUES DE POGGIO-HEN'ZO · texte numérisé non relu

SÉPULTIIRKS PRÉ-ÉTRUSOUES DE POGGIO-HEN'ZO

bon (II, V, 28), tous Celles, à l'exception des Lygiens ; encore cetix-ci, quoique de race différente, se rapprochent-ils beaucoup des Celles par leur manière de vivre. » (Trad. Tardieu, I, page 208.)

Nous pouvons donc espérer, en éliidianl des cinieliéres de l'Italie seplenlrionale comme ceux de Golasecni, Yillanova et Chiusi, y puiser un certain nombre de renseignements don! prolileront nos études celliques. Quelques-unes de ces sépultures ont même été qualifiées de celtiques ou ijauloises par les archéologues italiens '. En nous transportant à Chiusi dans de telles conditions, nous ne sortons pas de noire cadre.

SKPULTURES PRK-ÉTRUSQUES DE POGGIO-RENZO

i>RÈs i.rirsi (Italie)

Dans une noie que j'ai ou l'honneur de lire en 1873 devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres, je disais que le classement méthodique des antiquités connues jusqu'ici sous le nom d'antiquités étrusques démontrait que sous ce nom général se cachaient des antiquités probablement pélasgiques, ombriennes ou celtiques, en tout cas antérieures au grand développement de la puissance étrusque, et de provenance asiali(iuc directe, (^elte première civilisation, disais-je, me semble avoir été importée d'Orient en Italie loule faite, comme nous avons importé en Amérique la civilisation européenne après la découverte de Christophe Colomb. J'ajoutais que l'une des principales routes de cette importation avait été la vallée du Danube, voie qui semble, aux temps primitifs, avoir été aussi fréquentée que les voies de mer. Je mettais alors sous les yeu.\ de l'Académie un ensemble de dessins représentant les urnes cinéraires et divers objets de bronze et même di> fer, appartenant à un des cimetières de cette époque reculée. Les cimetières de celte catégorie, ajoulais-je, ne sont pas rares l'U Italie. En dehors de ctlui de Golasecca, non loin du lac Majeur, on en connaît plusieurs autres autour de Bologne et

{. Voir Itiiiiidclli, l>i uim IdiuIki <i<i//ii-ilii/icii aroperla n Se>^ln Cii/eni/i' xii Tirimi. Milan. tRfl7.

230 SÉPULTURES PRÉ-ÉTRUSÇlUES DE POGGIO-RENZO

notammeuL celui de Villanova, déjà célèbre par les belles publications de M. le comte Gozzadini'.

Il faut rattacher de plus à celte classe de cimetières préétrusques des découvertes moins nombreuses, mais non moins importantes, de vases funéraires semblables ou analogues, faites à Chiusi, Albano et Cœre au midi, Sesto-Calende, Vadena, Matrai et Hotting au nord, c'est-à-dire jusque dans la vallée du haut Danube, autour d'Innsbrûck. Nous avons de fortes raisons de croire que des antiquités de même ordre se retrouvent beaucoup plus avant à l'est, dans la direct ion du Caucase. C'est là un fait d'une réelle valeur historique et qui donne un corps, pour ainsi dire, aux récits relatifs à l'expédition légendaire des Argonautes. On sait que les Argonautes, d'après la tradition d'Apollonius, auraient exactement suivi la même voie. La distribution géographique d'une partie de ces antiquités en Italie semble, d'un autre côté, en rapport assez intime avec les mythes relatifs à l'établissement tant des Pélasges que des héros homériques dans ces contrées. Nous pouvons donc espérer savoir un jour, grâce à la découverte de monuments qu'il nous sera possible de loucher, de manier, d'étudier à loisir, ce qui se cache de réel au fond de ces antiques légendes. Ces cimetières ont encore un autre attrait pour nous, car, aux yeux de quelques archéologues italiens, ce seraient des cimetières ombriens ou celtiques. A tous ces points de vue, les champs funéraires auxquels je fais allusion sont des plus intéressants. Mais le premier point, le point capital, est de bien établir la date relative de ces antiquités, comme aussi leur aire géographique. Qu'elles forment un tout à part, distinct par la nature des poteries et des motifs d'ornementation, par les caractères du mobilier funéraire autant que par l'uniformité du rite religieux, qui est presque sans exception celui de l'incinération ', cela ne fait plus de doute. Le mémoire de

1. /-« Nécropole de Villanova, décuuverle et déci-ite pur le comte el 1,1'iialeur Jean t;o2zailini. — Bologne, 1870, ('dit. française.

2. h'inliumation n'apparait dans ces einietii'res que, très tardivement, an moment où les populations primitives commencent à se mêler à d'autres groupes d'origine et de religion difTérenti's. conime les litrusques et les Gaulois.

SÉPULTURES PRÉ-ÉTRUSOUKS DE POilfilO-UENZO 231

M. le comlc Conestabile que j'annonçais dans ma première nolo, et qui vient de paraître', lèvei'ait les derniers scrupules s'il pouvait en exister encore dans quelques esprits. Mais sontce bien là des antiquités pré-étrusques, c'est ce qu'il faut exa-

Fig. aO. — Iriic l'ini'niii'i' ili' l'ofîsin-Itciizo diiiis son i'iivi'lii]))ic,

miner avant Ai' nnus denumder si nous devons donner à ces anti(|uités le nom de pélasgiques, (l'iimJu'ienncs, dr cclliques ou de teucrienues.

Au mois de juin dernier, passant à (^liiusi, je remarquai une dizaine d'urnes du type de Villanova encore en maj^asin'.

1. Soiva (lue disi-lii in hruiizn a/iliro-llu/iri i/r/ miisco ili l'iTiir/ia. Toriiio 18*4.

2. Il paniil (pi'il l'ii a l'Ir (Ii'i-diim'iI viii(;l-(lcu\, mais iilusiciii's uni iHi' dis- Ijprsr'-es. J'ai jju aclir-tcr pour If Musi'^c de Samt-(;i'iiiiaiti une de ces urnes, qui éUiil restée en la iiossftssion d'un niaicliand d'antiquités de la ville. D'autres sont aiijouici'hui, je crois, au .Musée de l'Iorenn'.

232 siîi'ui.iiHKS i'HK-KTRLSon:s m: por.mo-RicNzo

M. le chanoiue Kroggi, directeur du musée municipal, leur donnait, comme tout le monde, le nom de vases étrusques. Est-ce à dire que ces vases provenaient des chambres sépulcrales de l'antique Clusium connues de tous les archéologues? Nullement. M. Broggi m'avoua qu'aucun de ces vases n'avait cette provenance ; que c'était toujours en dehors des chambres sépulcrales, en pleine terre, que ces urnes se rencontraient, protégées seulement par une légère enveloppe de galets (fig. 59) ou par de minces dalles de tuf. Suivant l'opinion la plus commune, ces ensevelissements étaient ceux des pauvres ou des esclaves. Cependant, me dit-il, il y a un fait qui pourrail faire croire à leur antériorité relativement à nos grandes chambres sépulcrales ; c'est celui-là même qui concerne les urnes que vous avez sous les yeux et qui gisaient sous les déblais d'une chambre étrusque évidemment creusée longtemps après le dépôt des urnes en ce lieu.

Un pareil fait ne pouvait manquer de me frapper. Il répondait trop bien à mes secrètes préoccupations pour que je ne cherchasse pas à l'éclaircir. Je demandai au chanoine Broggi une note détaillée k ce sujet, avec dessins et plans à l'appui. Il ne fit aucune difficulté de me la promettre, et c'est sa lettre et ses dessins que je publie aujourd'hui, avec commentaire. Voici la traduction de la partie de la lettre du chanoine Broggi concernant la découverte de Poggio-Renzo :

" Un de nos fouil leurs trouva, il n'y a pas longtemps, quelques vases cinéraires dits de bucchero, vasi di itucc/ifro (c'est le nom que l'on donne en Italie à une certaine catégorie de vases noirs), déposés dans des trous creusés à la manière de petits puits sur le dos d'une éminence naturelle, au point 2 du dessin annexé à ma lettre (fig. 60).

(i Ces petits puits, chacun avec son ossuaire, étaient à la dislance de 0"',50 les uns des autres; mais il avait fallu, pi)ur les découvrir, creuser ijiu'lquefois ;i une profondeur de I"',."i0; quelques-uns cependant se rencontraient moins profondément. Ils étaient disposés à la file, sur trois rangs occupant la face sud-ouest du monticule. Les puits, garnis de petites

SKI'Cr.TIfllKS PlSIC-lCI'HI'SOnCS de l'OdOIO-HKNZd

mntoLtcs en galets desliaées à prolégoi' les vases, mesuraient de I mètre à O'",o0 de profondeur sur O^JO à 0'",37 de large, suivant la dimension des urnes elles-mêmes.

" dette enveloppe de pierres ou galets réunis sans ciment existait même sur les points oii le tuf qui fait le fond du monticule était assez compact pour que les parois du puits n'eussent pas besoin d'être soutenues artificiellement. (Tétait donc un usage indépendant des exigences de solidité de la construction, et comme une enveloppe d'honneur pour le vase cinéraire.

Fi.u'. CO.— Colllrii' lie l'.ii;i;i(i-lii'ii/(j (jdvs Cliiusi .

" Les vases cinéraires ont de 0"',"J2 à 0'",Go de liaul. Quelques-uns étaient couverts d'une plaque ou dalle en tuf. D'autres avaient pour couvercles des coupes de hucchero ou terre noire comme les vases, coupes qui ne paraissent pas toutes avoir été fabriquées à cet effet, mais avoir été destinées originairement à d'autres usages. Quelques-unes de ces coupes, cependant, sont de véritables couvercles (fig. 01 el 62). L une d'elle u niêm(! une anse des plus remaiipiables dans sa grossîèreté; cette anse est composée de deux ligures debout s'embrassant, pn.h.iype d'une décoration fréquente sur

SÉPULTURES PRÉ-ÉTRUSQUES DE POfifilO-RENZO

les cistes en bronze de la belle époque étrusque (fig-. 61). L'art en est si primitif que l'on pourrait prendre les figures plutôt pour des ours que pour des hommes. On ne remarque pas sur les vases un art plus raffiné. Ceux qui ne sont pas simplement lisses (fig. 62) ont pour unique ornement des combinaisons de lignes au trait, ('es vases, sans exception,

n'ont qu'une anse. Ceux qui originairement en avaient deux ont eu une des deux anses systématiquement amputée, ce qui s'est remarqué également dans une grande jarre où l'on avait enfermé un ossuaire avec un autre petit vase. Cette même particularité a été remarquée à Villanova sur des vases parfaitement semblables.

» Divers objets avaient été déposés dans les urnes de Pog'gio-Renzo. Ces objets ont également le plus grand rapport avec les objets trouvés à Villanova'. Ce sont particulièrement des débris de fibules et de rasoirs (not-aculae), des chaînes à maille double et autres objets analogues. D'après la forme et l'art des vases, en l'absenci' absolue surtout de certaines classes d'objets appartenant à un art plus avancé et qui se retrouvent presque constamment dans les chambres étrusques, on peut affirmer la haute antiquité de ces sépultures. Mais il y a de ce fait une preuve décisive et qui justifie l'opinion (|ue vous m'avez exprimée que ces urnes

1. Il faut ajoiilor : " cM les olijcis liuiivts diins les unirs rinérairos de C.olasocea. '• l.f iUiisrf tle Saiiil-CJcnnain posst'ilc une iiilricssaiilt' si'iii' île ces antiquit(''S. — A. I!.

Fifî. 61. — Urne iMin'raire de Poygio-Reiizu.

SÉPULTURES PRÉ-ÉTRI'SiJflîS DE POGGTO-RENZO

apparliennenl à la civilisation pré-élrusque; c'fst que, dans les lianes de ce même monticule, à cinq ou six mètres en arrière des urnes (n° 1 du plan, fig. 60), on a trouvé des chambres funéraires d'une somptuosité et d'une richesse qui ne peuvent laisser aucun doute sur leur caractère véritable. Or, les déblais occasionnés par le creusement de ces chambres avaient été rejetés sur le petit mamelon n° 2 qui contenait les urnes, en sorte que la terre de tuf extraite des chambres étrusques était superposée à la couche de terre naturelle dans laquelle les puits cinéraires avaient été creusés et recouvrai!

ainsi 1rs urnes sur une épaisseur de près d'un mètre. L'antériorité de ce premier ensevelissement es!

donc certaine. Des hommes qui font le métier de fouilleurs à Chiusi depuis de longues années, m'assurent que ce fait s'est reproduit déjà plusieurs fois dans des fouilles précédentes, mais qu'on négligeait et dispersait ces ossuaires comme n'ayant pas de valeur vénale. »

Ces renseignements sont des plus précis. Aux considéralions d'ordre moral ou de pure esthétique longuement développées par M. le comte Conestabile, dans son récent mémoire, vient donc s'ajouter ici un fait matériel considérable, qui, s'il est exact, comme tout porte à le croire, résout définitivement la question. Ce fait, attesté pai' le chanoine Broggi, est aujourd'hui accepté sans réserves par M. Gamurrini, directeur du .Musée étrusque de Florence '. Nous avons donc de très furti;s raisons pour le considérer comme un fait acquis à la science. Toutefois, les conséquences qui en découlent naturellement sont si graves qu'un nouveau contrôle ne serait pas

Fig. 62.

Urne cinéraire de Poggio-Renzo.

l. Voir Conestabile, Sovra due diac/ii, etc., p. 28, note 5.

23G SÉPir.Tl RES PRÉ-ÉTRUSniîES DE POGr.TO-RENZO

superflu ; el nous nous pormellons d'allircr sur ce point l'attention des jeunes archéologues français qui se trouvent maintenant à l'Ecole française de Rome.

Mais déjà d'autres faits particuliers viennent ajouter leur témoignage à ceux que j'ai cités et affirmer le caractère extraétrusque de nos urnes. C'est d'abord le contenu même de ces urnes, et avant tout la présence au milieu des cendres de nombreux rasoirs en bronze ou novaculœ. Je soupçonnais depuis longtemps que ces instruments n'étaient pas d'origine étrusque; j'avais interrogé à ce sujet M. le comte Guzzadini, qui en possède une douzaine dans sa collection provenant des fouilles de Villanova. M. Guzzadini m'avait répondu que la découverte de rasoirs semblables à Cbiusi, la présence de plusieurs autres au Musée étrusque de Florence, ne lui permettaient pas d'entrer dans mes idées. M. Gozzadini croit à Yélruscisme du cimetière de Villanova. Il était naturel qu'il se refusât à penser que les rasoirs qu'il y avait rencontrés pussent ne pas appartenir à cette civilisation. Je ne me considérai cependant pas pour battu : j'eus recours à l'obligeance toujours si grande de M. le comte Coneslabile, qui me paraissait moins engagé dans la question de Villanova. Voici la réponse de ce savant distingué, puisée pour Cbiusi à la meilleure source, puisqu'elle est la conséquence d'une enquête faite par M. Broggi lui-même.

« Mon cher confrère et ami, M. Broggi, auquel, d'après vos instructions, je me suis d'abord adressé, m'a tout de suite mis au courant des faits concernant les rasoirs qui ont passé par ses mains, et des observations qu'il a pu faire personnellement. M. Broggi en a vu en tout environ une dizaine provenant des environs dv, (Cbiusi. Quatre de cette provenance sont au musée de Florence. Quelques-uns ont été cédés par M. Broggi à d'autres musées. 11 lui on l'este un seul, qui sera déposé au musée municipal. Dans ce nombre on ne compte que deux variétés, dont les dessins ci-exécutés à demi-grandeur vous donnent une idée suffisante (fig. 63, 61 et 63 ").

" L'une et l'autre de l'es deux formes ne se lencdiilreiil que

SÉPl'LTURES PRÉ-ÉTRUSOUES DK PDGlilO-HKN/.u

rians les tombeaux les plus anciens de la contrée, dans les tombeaux creusés h la manière de puits. Ceux de la forme n" 63, 63" (c'est-à-dire avec manche attaché à la demi-lune par

Fin. G'-i vt ()4. — Ita^oirs de l'oggio-Id'iizo.

(les rivetsj ont été recueillis généralement dans des vases de liitcchrro comme ceux de la découverte de Por/f/io-Rfiizo, avec ornementations linéaires du genre archaïque que vous con-

Kif.'. (}'i . — .M.iriclic ilii r.isiiir,

naissez si bien' et qui compte comme élément la croir r/ammôp. doux de la forme n" 6i sont plus souvent renfermés dans

I. Voii- Ir iiii''riiiiii'r |in''cili'' ilr V. Ir l'uiilli' (^DiHSlnliili' . Ihir ilisi'hi, l'Ic, {■( l';ir(ii'iilii'iPnirril lr~ iiriil' lil.iiirlii- i|iji l';M-i-i>iii|i.iu'ti('M(.

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