‹ Nos originesChapitre 84 sur 188 · Apollon., Arf/onaii/., liv. IV, v. G · texte numérisé non relu

Apollon., Arf/onaii/., liv. IV, v. G

se rend par sept embouchures au fond du golfe de la mer de Sardaigne. Les Argonautes, ayant pris la première branche, se trouvèrent au milieu des lacs dont le pays des Celtes est couvert et risquaient, sans le savoir, d'être jetés dans l'Océan, d'où ils ne seraient jamais revenus, si Héra, descendant du ciel, n'avait du haut des monts Hercyniens fait retentir l'air d'un cri qui les remplit d'épouvante. En même temps elle les repousse en arrière, leur fait prendre le chemin par lequel ils devaient revenir dans leur patrie et les enveloppe d'un nuage, à la faveur duquel ils traversent, sans être aperçus, les tribus innombrables des Celles et des Ligyens. Etant enfin parvenus à la mer, après être sortis du fleuve par l'embouchure du milieu, ils abordèrent heureusement aux îles Slœchades (les îles d'IIyères)'. » La position des Celtes est ici encore nettement déterminée.

Rappelons-nous qu'Apollonius écrivait ii Alexandrie sous Plolémée Evergète, 240 ans environ avant notre ère; qu'il traitait un sujet traditionnel, très populaire, et l'objet déjà de nombreux poèmes, dont le plus ancien parait remonter à l'origine même de la poésie grecque'; que sa géographie est en général une géographie tout à fait rétrospective, homérique ou même anté-homérique, conforme h l'esprit de la légende ; qu'il n'est point vraisemblable que le poète alexandrin ait voulu faire parade de connaissances récentes qui, sans rien ajouter à l'intérêt du poème, auraient été un anachronisme choquant, et nous attacherons un grand prix à son témoignage. Ajoutons que les peuples dont le nom figure dans les

1. Nous nous expliquons (Ullicili'nicnt pourquoi ces vors, d'un si ginnd intérêt liistoriquo, ne, flgurent tlnns aucun des recueils où ont été réunis les textes concernant les Celtes, ni dans les Vindicix Cellier de ScliiT[iflin. ni dans le liremi(>r volume des Historiens de France d(! Dom Bouquet.

2. Il no faut pas oublier ((ue, sans parler d'Orphée, le niytlie îles Argonautes avait été célébré, avant Apollonius, par lloiuèrc, Hésiode, l'indare, Onomacrite qui, sous Pisistrate, recui'illit les fragments attribués à Orphée, Kpiménide de Gnosse, Cléon de Curium et plusieurs autres. Hérodote nous apprrnd que le voyage des Grecs en (^olcliide. et l'enlèvement de Médée étaient des faits connus des Perses eux-mêmes. On n'altère pas, sciemment, un mylhc aussi ancien et aussi respecté.

Argonautiqnes apparlientienl tous aux temps les plus reculés. Les vingt-quatre noms suivants en fournissent la preuve. Sont mentionnés successivement dans les Argonauliques : les Pelages, les Dactyles, les Bébryces, les Mariandyniens, les Chalybes, les Tibarèues, les Mossynëques, les Macrons, les Thyniens, les Mysiens, les Paphlagoniens, les Assyriens, les Sauromates, les Sintiens, les Sig-ynes, les Sindes, les Nestiens, les lUyriens, les Hylléens, les Ligyens, les Tyrrhéniens, les Phéaciens, les Curetés et enfin les Celtes.

Il est donc permis d'affirmer qu'au milieu du mi" siècle avant notre ère, les Celtes de l'Éridan et des vallées du haut Rhône, les Celtes des grands lacs entre la forêt Hercynienne et la Ligurie, avaient déjà une réputation légendaire bien établie, qui permettait de leur faire jouer un rôle à cùté des Ligyens dans des événements remontant au temps d'Hercule '.

D'où venait celte grande réputation des tribus celtiques confinées dans les Alpes et rayonnant d'un côté jusqu'à la vallée du Pô, de l'autre le long de la mer de Narbonne jusqu'au.x: Pyrénées ? Nous sommes réduits sur ce point à des conjectures. D est, toutefois, impossible de nier que ces tribus devaient avoir un caractère bien tranché et quelques qualités éminentes pour avoir ainsi fi-appé l'esprit des Hellènes. Le commerce de l'ambre était probablement, alors, entre les mains de ces Celtes de l'Eridan. La proximité où ils étaient des Sigynes' de l'Ister (Hérod., IV, 9), et leurs rapports très probables avec les Hyperboréens de la Baltique, jaslifient

i. Nous ne paMons pas d'un autrn ti'xti' qui fiu'ait ivnioiili'i' la jiri'Si'nci' des Celtes en Italie au règne de Roniulus. Plutarque [liomu/us, c. 17) raconte que le poète grec Simulus, dont malheureusement nous ignorons la date, attribuait aux Celtes, et non aux Sabins, la mort tragique de Tarpeia. Ce texte n'est peut-être pas tout à fait à dédaigner. Il pourrait être l'écho d'une anli(|ue tradition. Il ne faudrait pas oublier, toutefois, qu'en '.iH ^6i'' oljnip.i, suivant Denys d'Halicarnasse, Anl. Hom., VII, 3, les Tyrrhéniens occupaient encore les rivages du golfe Ionique, dont les Celles, ajoute-l-il, devaient les chasser avec le temps.

2. Voir ce que nous disons Ai- ces Sigynes dau^ notre article ; Heur mois de c/ieuaL etc.

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cette hypothèse. Les Celtes des vallées du Rhône, les Celtes des grands lacs', pouvaient de leur côté (ce qui serait en mémo temps une explication des stations lacustres conforme aux idées de M. Desor =) se livrer à l'industrie du bronze. Les beaux spécimens d'armes el de bijoux", découverts tant dans les lacs de IHelvélie que dans les contrées alpestres, militent en faveur de cette conjecture. Il faut reconnaître, en tout cas, que dans cette région nous sommes au milieu des plus anciens Celtes de l'histoire.

Trois textes encore, deux d'Hérodote, un d'Arislote, quoiqu'un peu plus vagues, constatent également la présence des Celtes aux sources du Danube ou dans les environs des Pyrénées. « Le fleuve Ister (le Danube), dit Hérodote '' (440 av. J.-C), prend sa source chez les Celtes, près de la ville de Pyrène, et traverse l'Europe par le milieu. » Et ailleurs'' : « L'Ister, après avoir pris sa source chez les Celtes, les derniers des hommes à l'occidenl, si l'on en excepte les Cynètes, traverse l'Europe entière jusqu'au pays des Scythes, où il se perd dans la mer. » « De Pyrène, écrivait de son côté Aristote environ cent ans plus tard (Pyrène est une montagne située dans la Celtique au couchant d'été), sortent l'Ister et le Tarlessus. » Nous sommes toujours dans la même contrée, quoiqu'un peu moins bien définie, entre les sources du Danube et les Pyrénées.

En dehors de ces témoignages recueillis dans Hécatée, Hérodote, Scylax, Xénophon, Platon, Aristote, Plolémée fils

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