LES TOMULUS GAULOIS DE MAGNY-LAMBERT
Parmi les objets de la première catégorie et que nous classons sous le litre d'objets gaulois, il eu est deux qui doivent appeler avant tout notre attention ; ce sont l'épée de fer et le l'asoir de bronze, objets qui, jusqu'ici, se sont plus particulièrement rencontrés dans les cimetières gaulois du Chàtillonnais, auxquels se rattachent, comme nous l'avons dit, les sépultures de Magny-Lainbert. Les autres objets, les bracelets simples, les débris de céramique brune, les aiguilles, sont une partie si ordinaire du mobilier funéraire de nos pères, qu'il n'y a aucune nécessité de s'y arrêter longuement. Passons de suite à la pièce la plus intéressante.
l'épée de fer
Les dessins que j'ai l'honneur do mettre sous les yeux de la Société font saisir de suite le caractère très tranché des épées de fer dont les fouilles de Magny-Lambert ont enrichi le nmsée de Saint-Germain. Ces épées se distinguent: 1» par leur longueur qui atteint un mètre ; 2" par le caractère de la soie qui, dans ces deux épées, est plate et munie de rivets, de bronze dans l'une, de fer dans l'autre, destinés à fixer une garniture en bois ou en os dont quelques traces sont encore visibles sur le n" 2 ; 3" par l'existence de crans assez prononcés à la naissance de la lame, au-dessous de la poignée ; 4" enfin, par la forme même de la lame qui est à deux tranchants, à pointe mousse, s'élargit sensiblement vers son milieu et se distingue par une ou plusieurs arêtes médianes. Ajoutons que les fourreaux de ces épées devaient être en bois ou d'une matière analogue, puisqu'ils n'ont laissé aucune trace. (Voirfig. 70, 71, et 72.)
Mais ces caractères déjà si saillants frapperont encore bien plus l'esprit si l'on place nos épées en regard, soit des épées de bronze primitives telles que nous les rencontrons dans prosqiui toute l'Europe, dans la haute Italie, en Hongrie, en Hanovre, en Danemark, en Irlande, aussi bien qu'en Gaule, soit des épées de fer sortie des fossés de la plaine dos Laumes
ÉPEliS DE FEl!
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à Alise-Sainte-Reine, des divers cimetières gaulois du département de la Marne ou do la station lacustre do laTèno (lac de Neufcliâtel, Suisse). Ce sont ià en elfel, trois groupes bien distincts et si nettement tranchés que l'évidence de cette classification s'impose à l'esprit des moins habitués à ce genre d'études. Nous nous contentons de mettre ici on regard de la grande épée de fer les formes les plus caractérisées des épées de bronze (fig. 73, 74, 73, 76). Mais, si ces épées de types divers se classent ainsi comme d'elles-mêmes, soit d'après leurs formes particulières, soit d'après le métal dont elles sont composées, ajoutons que cette classification est encore confirmée par les provenances de chacun de ces types, puisque l'on peut affirmer que généralement, en Gaule, ni les épées de bronze, excepté certains types spéciaux, ne se rencontrent avec les épées du type de Magny-Lamberl, ui ces dernières avec les épées du type des cimetières de la Marne ou du type lacustre de la Tène. Il y a plus : tandis que nos épées sortent de tumulus ou galgals à noyau de pierre, la majeure partie des autres épées proviennent, en France du moins, ou de découvertes isolées, ou de tombes creusées dans la craie, sans aucun signe extérieur. Il y a donc là non seulement des formes distinctes, mais des types appartenant à des populations d'habitudes différentes, à dos époques probablement successives. Une étude approfondie de Tépée, en Gaule suffirait seule à démontrer ce fait par la constatation de formes de transition qui permettent de saisir de la façon la plus claire le passage de l'épée de bronze à la grande épée de fer, à laquelle succède, par suite de transformations que l'on peut dire historiques, l'épée des cimetières de la Marne iinissant, dans les derniers temps de l'indépendance gauloise, par se confondre presque avec l'épée du légionnaire. De ce que nous venons de dire, retenons pour le moment que la longue épée à soie plate et à rivets, à double ti'anciiant et pointe mousse, est bien un type à pai'tse rattachant à nu système de sépultures dont jusqu'ici en Gaule, le département dr la Cùte-d'Or nous fourni h's plus beaux S]iécimens.
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284 LES tl;.mulus gallois de magny-lambert
Ce que nous avançous paraîtra, je l'espère, de loule évidence en présence des fails suivants.
Ce ne sont pas seulement le Monceau-Laurent elle tumulus de la Yie de Bagneux qui, dans la Côle-d'Or, ont fourni des épées semblables. M. Flouesl nous apprend qu'une épée presque identique aux nôtres, et dont il nous donne un croquis dans sa récente brocliure ', était sorti, il y a dix ans, de la démolition du luniulus du Bois de Langres. Celle épée, déposée à la mairie de Cbàlillon-sur-Seine, était à soie plate et cà rivets, à crans marqués à la naissance de la lame et à arêtes médianes, comme les épées du musée de Saint-Germain, et mesurait, lame et soie réunies, 0'",90. Mais, comme elle était en très mauvais étal et brisée en plusieurs morceaux quand M. Flouesl l'a dessinée, on peut présumer sans crainte de se tromper qu'elle approchait sensiblement du mètre de l'épée du Monceau-Laurent. Vers la même époque, un autre tumulus du Cbâlillonnais, le Monceau-Milon, avait été fouillé par M. Gaveau, sur le territoire même de Magny-Lambert. La même épée, dont on n'a malheureusement conservé que la poignée à soie plaie et à rivets de bronze el la naissance de la lame, s'y était également rencontrée. Cette poignée appartient actuellement au musée de Saint-Germain et porte ainsi à quatre, sur six tumulus fouillés dans la même commune, le nombre des épées de fer du type qui nous occupe. Nous ne devons pas oublier que des deux tumulus qui n'ont pas fourni d'épée, l'un est présenté comme la sépulture d'une femme et l'autre était k peu près vide. N'oublions pas non plus qu'auprès de chacune de ces épées était un rasoir eu bronze, objet très rare chez nous en dehors des tunuilus de la Côted'Or, el qui, sur plus de six cents lombes gauloises fouillées dans le département de la Marne cl ayant produit près de cent épées ou poignards, ne s'est pas rencontré une seule fois-. Enfin^ au moment même où je fais devant vous la seconde leclure de ce mémoire, M. Maître, qui continue dans le Clià-
1, l.e Tiimii/iis fin lioix de l.diif/rrs. Cli'. ji. JliO. iiolo 1.
2. Los rasoirs i\\\v l'on y rciicdiilic smil m IVr l'I (riiiir imlri' l'oniic.
iFT-'. n:nr\r,s li.ws \.y ruMn.rs lu' monci^ia
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tillonnais les fouilles commencées Tannée dernière, m'écrit qu'il vient de découvrir dans la commune de Quoniiçny-sur- Seine, au village de (losne, deux nouveaux luinulus qui ont livré chacun une nouvelle épée de fer de la même forme que les précédentes et un nouveau rasoir de bronze.
Nous reviendrons bienlùt à l'examen de ce dernier et remarquable instrument. Continuons l'énuméralion des épées qui appartiennent au type dont nous pom'suivons l'étude.
Il nous faut sortir maintenant du Châtillonnais, mais non du département de la Côle-d'Or. Transportons-nous au bois de la l'errouse, priîs de Cussy-la-Colonne (arrondissement de Beaune). « Dans un lumulus f(jrmé de pierres de diniensions médiocres, placées avec soin les unes sur les autres, de manière à former une masse compacte et dont la durée devait braver l'action des siècles (c'est bien là l'analogue de nos tumulus de Mag-ny-Lambert), s'est rencontré, dit M. de Saulcy, à côté de faibles débris d'un corps humain, une grande épée gauloise ayant exactement la forme de certaines épées de bronze bien connues de tous les archéologues, mais de dimension double, à pou près, et en fer '. » Celte épée, oU'erle à l'empereur Napoléon III, ([ui l'a donnée au musée de Saint-Germain, mesure dans son état actuel 0"',93 et devait mesurer 1 mètre au moins dans son intégrité. Elle rentre de tout point dans la catégorie des épées de Magny-Lamberl : soie large, plate et à rivets de bronze, élargissement de la lame vers le milieu, pointe mousse et crans prononcés au-dessous de la poignée. Sa conservation remarquable, supérieure à celle des trois épées citées précédemment, permet de suivre distinctement sur la lame trois arêtes longitudinales. La forme générale en est très élégante et rappelle, en elTet, comme le dit M. d(^ Saulcy, la forme des épées grecques. Nous l'avons prise pour modèle dans la restauration que nous avons essayée de ce type curieux, dont un dessin a dté donné plus haut (p. 281, lig 7t).
1. lU-i'. arc/i., 1861, 2'^ sciiii'sli'o, \t. ■IKI-ill. C.f (imuilus a\:iit un iJi'ii moins ili" 4 mi'tn'S (II! liant et 16 mi'triw rlo circonférence. Les objets qu'il contenait sont au musée df Sainl-liirniain.
28fi LES TLMULLS GAULOIS DE MAGN V-LAMBERT
A côlé de ces sept épées el sans sortir encore de la Gaule, nous pouvons en placer dix autres, malheureusement presque toutes incomplètes, mais qui, à certains indices, rentrent de droit dans le type que nous étudions.
1° Un tronçon d'épée offert au musée de Saint-Germain par M. deSaulcy: provenance, Ci'éancey (Côte-d'Or), dans un tumulus eu pierre : soie plate et à rivets de fer, lame à triple nervure;
2° Autre tronçon offert par le même et recueilli dans uu lumulus de Méloisey (même département). Il ne reste aucune trace de la poignée, mais le tronçon, conservé au musée de Saint-Germain, montre très nettement une forte arête médiane flanquée de trois lins filets de chaque côté, qui rappellet l'ornementation de l'épée du tumulus de la Perrouse ;
3" Un troisième tronçon qui se réduit presque à la soie a été découvert par MM. l'ahbé Cerès et de Mortillet dans un monument niixle, tumulus-dolmen do la commune de Sallcs-la-Source (Aveyron), où M. de Mortillet a signalé une sépulture de l'àgc des métaux, superposée à une sépulture de l'âge de la pierre polie'. Une sorte de coupe eu feuille de bronze, de forme et de fabrication primitive, jointe à cette poignée d'épée de fer plate et à rivets do bronze, fait n'ntrer cette découverte dans la même catégorie que les précédentes;
4° Un tumulus de Cormoz (Ain) nous donne un onzième exemplaire do cette intéressante épéo gauloise. L'arme est trop altérée pour pouvoir ètro mesurée et le fer tinp bour- • souflé pour que l'on puisse aflirmer. ce qui paraît cependant jtrobablo, que les nervures particulières à ce type s'y ro(r(mvent, mais la soie plate et h rivets (de fer) est très reconnais sable ■. Ajoutons encore à cette série :
8° L'épée du champ des Fertisses, commune de Sainte- Solange (Cher), que la famille La Ghaussée de Bourges conserve comme un souvenir pioux d'un fils enlevé promaturé-
1 . Vou lo ii'Mill.it (le i-i'lli' fouille dans la salle 111 <Ul Musée dr Sauil-Cnriuaiii.
2. Voir l'cllr l'ii.'e au Musée de Saint-flrniiaiii. salle VI.
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ment à la science. Nous attendons un dessin colé do cette épée, qui nous a été promis * ;
6° Lépée du tuniulus de Rixheini, fouillé par M. de Ring et reproduite pi. VIII, n° 12 du deuxième cahier de ses Tombes celtiques (1861) ;
7° cl 8" Deux épées- décritt'S par M.M. Dujardin et Cravet dans leur note sur le cimetière gallo-yenmiin de Louette de Saint-Pierre et de Gediniie (Belj^iquc). A côté de ces deux dernières épées gisaient des rasoirs en bronze, comme à côté de nos épées du Cliàtillonnais ;
9° Une épée trouvée à (Jhanteloup (commune de Lunery, Cher), avec un rasoir en bronze ^ ;
10° Une épée trouvée à la Rochetle (Drôme), la première de cette classe qui ait été découverte dans le Midi*.
Voici donc plus de quinze exemplaires bien constatés en Gaule d'une épée de fer, h soie plate et à rivets, dont la lame atteignant, dans toutes celles qu'il a été donné de mesurer, 1 mètre, soie comprise, est ornée d'élégantes nervures à l'imilalion d'un des groupes les plus gracieux des épées de bronze. Il n'est pas inutile de faire remarquer que, sur les dix-sept épées de même type connues jusqu'ici, neuf, comme nous l'avons dit, proviennent des tumulus de la ( lôte-d'Or. Ce nombre, quoique restreint, paraîtra significatif, si l'on se rappelle que l'attention des archéologues a été tout récemment dirigée de ce côté et ijue, de plus, ces épées se présenleni, presque toujours, dans un ('lai de déléiidralion lel, qu'il faut, pour ne pas jeter au rebut ces informesdébris,ôlrebien prévenu d'avance de leui' importance.
La Gaule transalpine, noire Gaule, est-elle la seule cunlrée où ces épées se soient rencontrées, et, si elles se rencontrent ailleurs, se rencontrent-elles dans des conditions analogues à celles ijue nous avons constatées?
1. Socii''tr^ (li'S Aiilii|ii:iires ilu (j'iitrc, I. III, ii.-i;;. S cl !t, l'I pi. u" 1. M. liiilidl <\p. KorsfTS nous .-i, depuis, i-uiiimimi(|iir un dessin Iri'S o.\:ict, de (•clli' i-\ir{\ Ce
Irssin il î'Ii' di'pDsé ;iu iiiuséc de S:iinl-(i('iin;iin.
2. Ces épées, aujourd'hui fort, altérées, sont au Musée do Naniur. .'i. CoiiiiuuuiiMtioii di' M. l'uliol de Kersers favril 1887).