LES TUMULUS GAULOIS DE MAI.NY-LAMBERT
« Celte espèce de construction était établie sur une aire en (erre noire dans laquelle ont été trouvés: 1» un petit anneau de bronze; 2» à deux mètres plus au nord, mais toujours au même niveau, une perle en terre cuite. Je poursuis presque jusqu'au sol naturel, et là je rencontre de nouvelles pierres plates, mais de dimensions plus considérables, (1™,10 de long), qui me semblent inclinées de manière à être les débris d'un caveau. J'écarte ces pierres, et des os apparaissent. L'attention redouble: je fais relever ces pierres soigneusement et je puis constater que j'ai devant moi un squelette humain gisant sur des dalles. Près du squelette et à sa droite, est placée une épée de fer brisée en plusieurs morceaux, mais dont je puis prendre la mesure exacte, car les morceaux sont bout à bout et en place. Cette épée a un mètre de longueur ; la poignée est cassée, mais peut se reconstituer; c'est même la seule poignée de ce genre que nous ayons aussi complète. Elle consiste en une soie plate h rivets de bronze ; des empreintes de tissus se remarquent sur la lame'.
« Le crâne était malheureusement brisé par un éboulemenl. A l'.5 cent, au-dessus de la tète se trouvait un rasoir de bronze ayant pu servir de pendeloque. A côté gisait une grande cuiller, espèce de puisoir, en bronze également, d'une exécution parfaite et qui était ornée de dents de loup près du bord. La queue était cassée et le morceau manque ; tuais ce qui en reste permet d'en deviner la forme. Cetle anse élail fixée par deux rivets. Deux restaurations de l'époque allirenl mon atteniion : une première pièce a été mise et fixée, avec des rivets, sur la panse de la cuiller. Sur le bord, où avait existé aussi une fracture, on a procédé autrement : c'est à l'aide d'une série de petits trous prati(|ués de chaepie côté et reliés avec du fil de bronze que le mal a été réparé ; ce qui donne il l'ensemble de la répaiation l'aspect d'une grosse coulure dans de la toile*.
« Tout près se trouvaient ijuatre petits morceaux de poterie et un grand seau de bronze.
« Il m'a fallu prendre beaui-oup de précautions jiour retirer <c' giiiiul seau de la fouille. Il était rempli de pierres, et le fond déplacé était remonté jusqu'au milieu. Sur ce fond, empâté dans une matière noire visqueuse, était placé un joli petit vase de bronze, en forme de coupe, a
ture était au-dessous : elle était des plus ric-lics. Lr défunt avait été oiiterré sur un char, dont de nombreux déhris purent être sauvés et conservés i)ar M. le baron de lîonstetten. Il rii':i paru utile de signaler ci's Cdïm-lilences, d'autant plus que les tumhelles d'.Vuet semblent bioii être coiilcmiioniliii's Jcs tiimulus dr' Magny-Lainberl. .V. lî.
i. Le Musén (le Saiiil-fïerriuiiii possi-ile plusieurs iléliris de Immics d'éiiéfis des tunuilus de la Cùte-d'Or, fouillés par M. deSaulcy, sur Icsiiuids sont é;;alciiient très reconnaissahles des l'mpreintes de tissus nnaloK'ues. .\. 1!.
2. Ces réparations grossières et maladroites sont très fréquentes dans la série des vases à laquelle appartient notre puisoir. Il est évident que les guerriers qui se servaient de ces vases n'avaient pas sous la maiu des ouvriers capables de les réparer. ^(îtte observation n'est pas indifférente pour l'iii^toiri' du commerce du bronze en Occident, et partiriilieremeut en Oiiuli'. A. lî.
272 I.IiS TLMLLIS GAULOIS DE MAGNY-LAMBERT
bord plat. La place où il était est encore 1res bien marquée sur le fond du seau. La coupe et le seau étaient tout déformés ; mais heureusement le métal était encore assez bon et m'a permis, non sans peine, il est vrai, et grâce au concours de notre excellent atelier, de remelire tout en étal. Le seau a 32 cent, de hauteur sur 34 1/2 de larf,'eur ; il est ornemente de six cercles au repoussé, plus le cercle du haut qui est roulé.
« Un ornement à petits points, également au repoussé, forme, dans l'intervalle des cercles ou bourrelets, des parallélogrammes obliques composés chacun de trente points, c'est-à-dire six points en hauteur et cinq en largeur, liatre les cercles, l'obliquité des parallélogrammes est opposée, ce qui donne à l'ensemble des ornements l'aspect de chevrons, La dernière rangée seule fait exception pour le nombre des points, qui ne s'élève qu'à vingt-cinq, cinq en hauteur et cinq en largeur. Au bas et près de la sertissure, les mêmes points se retrouvent sur une seule rangée faisant le tour du seau. Le bord du haut est roulé à joint, sur un tube de cuivre rempli de métal blanc et fusible. Le fond est serti sur le bord, et le renflement qui forme le premier cercle du bas est également garni de métal blanc. La partie cylindrique du seau est formée de deux feuilles de métal égales et réunies par treize rivets de chaque côté. Les rivures ne sont pas apparentes à l'extérieur. Au bord du haut et à l'intérieur sont placées des contre-plaques de 32 raill. de long, destinées à augmenter la solidité des rivets. Deux anses sont fixées sur le seau par six clous, trois de chaque côté. Ces clous ont les têtes coniques et pointues à l'extérieur. A l'intérieur, ils sont rivés sur des conlreplaques de bronze. Deux pendeloques à double plaque, en bronze fondu, ornées de saillies qui pourraient représenter des lèles de canard, sont rehées auxanses par un anneau en bronze fermé à joint. Sous le fond du seau, une petite plaque de bronze est fixée par trois rivets; elle me semble être une réparation, comme celles dont j'ai déjà fait mention à propos de la cuiller.
« Au Monceau-Laurent, les pieds du squelette étaient nord-nordest. L'orientation varie dans les tumulus que j'ai fouillés du sud-est au nord-est.
« Tumulus de la Vie de Bagneux. — Ce gros lumidus de 33 mètres de diamètre sur 4™, 60 de hauteur n'était formé que de pierres sèches. 11 n'y avait pas, comme dans le tumulus du Monceau-Laurent, de revêtement de terre à la surface ; les pierres étaient aussi moins bien agencées. Je dois dire qu'il m'a paru avoir été fouillé anlérieurcmenl sur plusieurs points; mais ces fouilles n'avaient {>énélré qu'à une petite profondeur; j'ai pu constater, par la position des gros os du squelette et de l'épée gisant à droite, que tout était parfaitement en place. Les gros os avaient, il est vrai, été rongés par de petits animaux que je suppose être des rats (beaucoup de mâchoires de petits rongeurs s'étant trouvées dans le fond du tumulus); les petits os, les côtes et d'autres menus fragments avaient même été portés par ces petits animaux rà et là dans les trous formes par les pierres mal ajustées; mais, je le répète, le fond du tu-
Li;S TUMULIS GAL'LOIS Dli M ACNV-LAMBLIil' 2To
nuilus n'avait pas été violé. Des pioriTS de (liineiisioris lel.itivcmciil considérables étaient placées autour du siinolellc, ,i peu près comme elles avaient dû l'être dans l'origine, à l'exemple de ce que nous avions trouvé au Monceau-Laurent. Plusieurs de ces pierres étaient brisées, mais les morceaux se rajustaient et ne pouvaient nous laisser de doute sur l'existence d'un caveau effondré sous le jjoids du monument qui le recouvrait. .Nous pûmes constater, en nn'ine tcnqis, que cette construction avait été très mal faite. Les quatre lumuliis que j'ai fouillés présentent, d'ailleurs, le même effondrement. A .30 cent, au-dessus des débris de la léte du squelette, se trouvait un rasoir de bronze et de petits morceaux de poterie ; à droite du squelette, ainsi que nous l'avons déjà dit, une grande épée de fer de 95 cent, de long. La poignée, .à rivets de fer, qui gisait à la bauteur de l'épaule, était garnie d'une matière fibreuse encore très visible, qui pourrait bien être du bois ; l'empreinte en est prise par l'oxyde de fer d'une façon assez nette pour ((ue l'on puisse reconnaître le sens du fil et constater que, à un peu jilus de la moitié de la poignée, le fil est en travers, tandis que partout ailleurs il est en long. Sur la lame se remarquent aussi diverses empreintes d'éloffes parfaitement visibles. Le tissu le plus près de la poignée est le plus fin et d'un beau travail ; le second est plus gros, mais dénote la même fabrication. Le troisième, qui se trouve dans le bas, est d'un travail en diagonale que nous avons encore de nos jours. L'existence constatée de ces trois genres de tissus à différentes hauteurs sur la lame prouve non seulement que le mort avait été enterré tout habillé, mais que son habillement se composait de diverses pièces faites d'étoffes distinctes. Il y a donc lii un fait curieux à noter '.
« Je dois ajouter que dans le cours des fouilles, à lni,20 du sommet et au centre, avaient été trouvés des os isolés, un bracelet en bronze ayant les deux bouts croisés, et à 2 mètres plus bas, un demi-bracelet en bronze composé d'un fil plié et tordu avec une petite virole pour arrêter la boucle de l'agrafe. Nous ne sommes pas sftrs que ces objets soient en relation directe avec la sépulture du f md. 11 avait été trouvé aussi précédemment dans ce lumulus, par un ouvrii'c carrier, un anneau en bronze qu'il s'est empressé de nous remettre |inur le Musi'e. Les pieds du squelette étaient est-nord-est.
« TumuliK de la Comhe-Iiemard. — Ce tumulus avait a. sa base 20™, 50 de diamètre. Il n'est pas possible de donner sa bauteur primitive,
1. La variété dans In n.-durc des çmpri'iulcs d'élufrcs sur celle lame (rrpi'e montre clairement que les empreintes antérieurement couslatécs (voir p. '21\, note 2) doivent être attribuées plutôt au vêtcmcut qui envciloppait le mort qu'à un tissu qui aurait garni le fourreau, comme on avait été d'abonl tenté do le croire. Ces empreintes de tissus sont souvent très nettes, et il est certainement permis d'espérer que l'on pourra un jour, par une étude comparative des faits, déterminer la nature des tissus employés par nos pères. On no saurait trop onpiger les arclié()lo;;ues à donner le plus di' publicité possible aux observalions de ce gcm'o qu'ils puurionl iccuiillir'. — A. 1!.
27i LE.S TL'MLXL'S GAULOIS DE 3IAGN Y-LAMIIERT
atteiuki qii il avait élé élùlé pour fairu rcnipierreineuL de la roule. Mais, par un hasard des plus heureux, on s'élait arrêté à un mètre du fond, en sorte que le caveau avait été complètement respecté.
« Je me suis décidé à lu fouiller jusqu'au sol naturel, et bien m'en a pris. En eÛ'et, après un travail très court, je suis tombé droit sur le squelette, qui avait la tète brisée comme dans les autres lumulus, mais était d'ailleurs parfaitement en place. Près de la tète se trouvait un grand c3rcle en fil de bronze très fin avec des enroulements aux extrémités, et plusieurs morceaux de poterie, mais en trop mauvais état pour que Je puisse penser à restaurer les vases. Tout ce que je peux dire, c'est qu'un ornement formé de trois petites gorges faisait le tour du vase principal. A côté du corps, et près de chaque bras, était placé un bracelet fabriqué avec un morceau de bronze carré et tordu. Une grande épingle en bronze de 4i cent, de long, à tête ornée, gisait de l'autre côté sur l'humérus du bras gauche, où elle avait fait marque d'oxyde vert très visible. La pointe se dirigeait vers l'épaule dioite. Au centre du squelette, plusieurs fragments de bracelets ou d'anneaux d'une espèce de lignite, à rainure à l'extérieur, furent recueillis avec une canine de chien, une petite plaque d'or ornée de dessins en forme de points au repoussé, une aiguille de bronze à chas, un petit objet en bronze roulé, espèce de bague, et enfin une petite perle bleue en pâte de verre opaque avec un ornement en zigzag sur la panse, en même matière et d'une couleur vert d'eau.
« Près des pieds, une sorte de grand anneau, formé d'un ruban de bronze avec gros enroulements inverses aux extrémités et une nervure au milieu, me semble avoir élé un anneau de jambe. Ces richesses, et l'absance d'armes de quelque nature que ce soit, semblent indiquer une sépulture de femme. A deux mètres des jiieds du squelette et au sud, un des ouvriers releva une espèce de petit torques en forme de lacet et un fragment d'objet de fer tranchant d'un côté, très épais de l'autre. Ces derniers objets peuvent bien ne pas a|iparlenir à la si'pulluri' primitive. Les pieds du squelette étaient sud-est.
'■ TiiiHuliii 'lu lie l'i Combe à In Boilcusc. — Le luuudiis du champ de la (^imibe à la Boiteuse était d'une belle foiine, cpioiipie de petite dimension. Il n'avait que 23 mètres de diauiètre sur 2"i,.50 d'élévation. Sur le côté sud, à un mètre ilu fond, sr trouvait une grande quantité d'ossements humains avec crâne brisé, comme toujours. Un des os portait la trace d'oxyde de bronze ; mais, malgré tout le soin a[)porté aux recherches, aucun objet de métal n'a pu èti-e trouvé à proximité ; probablement qu'il s'agissait d'un objet li-ès mince, qui aura été détruit. Un fémur de ce squelette compte 47 cent, do long, mesure prise aux plus grandes extrémités. C'est la dimension du fémur du squelette de noire laboratoire, qui est de taille moyenne. Au centre du lumulus, les ouvriers renconlrèrent des fragments d'os et des débris de poterie ornementés sur la panse. L'ornement consiste en chevrons superposés, obtenus à l'aide de trois lignes paiallèles, creusées avant la cuissoji au moyen d'un outil rond ou éhiiuchoir. Le bord est haut de six centimètres. Ce vase
LE MONCEAU LAURENT Commur.3 da Magny-Lambert (Côle-d'Or)
LES ir.MULUS GAULOIS DE MAGNi'-LAJIllKRT 27o
clpvait avoir 15 cenl. 1/2 df diaim-lie a l'ouverture ; il rappelle ccrlaius vases (les cimMiéios du déparlenicnl de la Marne que l'on peut voir au musée de Saint-Orniain. Un petit iV.igment de f^rosse poterie et de terre très grossière, un bracelet de bronze, mince et cassé, et trois autres débris de bronze indéterminables, formèrent cette fois tout le bagage de noire fouille. Tous ces objets étaient en désordre et épars çà et là. Je suppose que ce tunudus a été fouillé, mais à une époque reculée, car il avait au sommet un cliène dont les grosses racines pénétraient jusqu'au fond et qui ne devait pas avoir été planté là d'hier. Je joins à ce rapport les plans et la coupe du tunmius du Monceau-Laurent, et les dessins détaillés de tous les objets trouvés, qui sont aujourd'Imi restaurés avec soin et fij^urent dans 1rs vitrines du Musée. »
MEMUIIIE
SUH I,E3
OnJET.S DÉCOUVERTS DANS LES TU.MULUS DE MAGNY-LAMDERT
Le rapport de M. Maître, si plein do faits et d'observations judicieuses, éveille cependant en l'esprit le désir de quelques renseignements supplémentaires ; c'est M. Flouest qui nous les donnera.
Tandis qne M. Maître surveillait avec tant de zèle les ouvriers placés sous ses ordres, M. Flouest explorait la contrée, notait avec soin tous les vestiges d'anciennes sépultures dont les traces ou le souvenir existaient encore, et dressait à l'aide du cadastre une carte du territoire de Magny-Lanibcrt'. On n'y voit pas seulement la place des quatre tumulus fouillés ; on y reconnaît de plus la présence, dans un rayon assez restreint, de vingt-neuf autres lombes semblables, plus ou moins bien conservées, (l'est déjà assez pour prouver que nos (|iialre tumulus n'étaient pas isolés, qu'ils faisaient partie il'iiri ensemble, et doivent être considérés comme lomlios parliculii'res d'un cimetière commun. Ce caractère sera encore plus sensiiiie. si l'on observe, avec M. Floucsl, que quelques-uns des petits groupes que sa carie fait si liirn
1. Cette carte au été déiioséi' au m>vr di' SnlMt-(jçrin.ijn.
276 LES TCMULUS GAULOIS DE M MiNY-LAMBERT
ressortir sont encore an milieu des bois, restes d'une antique forêt ; ce qui permet de penser que, dans les intervalles aujourd'hui livrés à la culture, les monuments qui reliaient les groupes entre eux ont été détruits. Ceux-là seuls ont résisté qui étaient sous des futaies respectées ou sur le bord des routes, ou bien encore qui se trouvaient trop considérables par leurs dimensions pour être facilement rasés. Cette hypothèse est d'autant plus vraisemblable que des monuments du même genre se retrouvent à quelque distance de là dans la forêt deChâtillon, qui s'étendait autrefois sur tout l'arrondissement. Quant à la connexité et à la contemporanéité do ces sépultures, elle ressort non seulement de l'identité de construction des quatre tumulus fouillés et de l'analogie des objets découverts, mais du fait que deux autres tumulus antérieurement explorés par M. Gaveau et décrits par M. Flouest, le tumulus du bois de Langres et celui du Monceau-Milon, marqués également sur la carte, avaient donné, il y a dix ans, des résultats identiques et notamment la grande épée de fer et le rasoir. Le fameux tertre dit La Bulte de Sainte-Colombe, voisin de Magny-Lambert, et qui a livré en 18G2 à ses heureux explorateurs, avec des débris de chars, les boucles d'oreilles et les bracelets d'or qui sont au nombre des plus précieux joyaux du musée de Saint-Germain, appartenait au même ensemble. Nous sommes donc bien en présence d'un vaste cimetière dont nous retrouvons, d'ailleurs, les ramifications non seulement au nord, du côté de Châtillon, comme nous venons de le dire, mais, ainsi que nous le verrons bientôt, à Gcnay, près Semur, et bien plus au sud, au delà même de Beaune, près de Cussy-la-Colonne et d'ivry. Ce cimetière recouvre incontestablement les dépouilles d'une aristocratie guerrière, dont nous avons à rechercher maintenant la nationalité. Nous essayerons, en même ti'uips, de déterminer l'épo(iue approximative où elle doniinaildans la contrée. Disons tout de suite qu'il faudrait être bien peu versé dans l'étude de nos antiquités nationales pour ne pas reconnaîlii', au premier abord, le caraclère éminemment gaulois de ces tombes. Là
LES TUMULLS IIAILOIS DE MA(,NY-LAMBEItT 2//
n'est pas la difficulté : il sufiil de lapprucher de nos fouilles celles de MM. Max. de Ring en Alsace', de Saulcy aux Chaumes d'Auvenay" et à Méloisey (Côle-d"Or), Albert Bruzard à Genay près Seniur, Castan à Alaise, Troynn et Clément en Suisse, Guigues à Saint-Bernard (Ain), Le Mire dans le Jura, ou encore de parcourir la salle du musée de Saint- Germain où sont réunis les objets provenant des lombes gauloises explorées autour du camp de Chàlons, pour n'avoir à cet égard aucune incertitude'. Les guerriers du cimetière do Magny-Lambert sont bien des Gaulois : leur nationalité ne fait aucun doute. Le point ilélicat est de savoir à quelle époque de noire histoire, à quel siècle ils apparliennenl. Si toutes les tombes dont nous venons déparieront, en effet, des caractères communs qui permettent de les classer uniformément au nombre des sépultures gauloises, elles présentent aussi des différences dont quelques-unes sont assez tranchées pour consliluer des catégories et même peut-être des époques distinctes. Dire que les tumulus de Magny-Lambert sont des tumulus gaulois serait donc émettre une assertion, archéologiquement, de peu de conséquence. Il faut serrer le problème de plus près et autant que possible le circonscrire entre des dates précises. Ce problème difficile, le progrès de la srience nous permet, je crois, de le résoudre. Il n'a pas fallu moins que cette espérance pour nous déterminera attirer l'attention de la Société sur nos fouilles et à lui demander le secours de ses lumières.
Notre l'spoir d'arriviM- à un résultat heureux, en poursuivant ces recherches, se fonde sur la constatation de deux faits qui semblent aujourd'hui voisins de l'évidence, à savoir: i" que la série des objets recueillis en Gaule, kpartir des temps les plus reculésjusqu'à la fin di; l'époque mérovingienne, pour
1. Tiiiiilicx <plliiiHCs (le l'Msiirc, \v.\r .M,-i\. de liiiin, ISMI-IS^U, In fol., Ii'iiis fascii'iili'S nvcc ;itliis.
1. Voir iV'S (ili.jrl> an Mum'i' iIi' S.iiiil-lii'iniiiiii. l'I lier, (irehénl., iioiiv. si'']'ii', I. III (ISr.l), p. I.
'■\. Voir \\i salle VII ilii Mum-c <le Saint-lJertnaiii.
278 LES TUUL'LUS GAULOIS DE M.VGNY-LAMIiER T
ne pas aller plus loin, fonni' un nombre appréciable de couchas ou assises successives dislinclcs, de caraclère très tranciié, à l'aide desquelles on peut former, pour employer une expression toute géologique qui rendra parfaitement ma pensée, une coupe stratigraphique analogue à celle des terrains do différents ordres dont les géologues ont tiré si grand parti. Le second fait qui donne à cette classification une importance toute particulière, c'est que le caraclère typique de chaque couche ne provient pas de l'évolution ou épanouissement d'un germe qui se développe l'égulièrement comme fait l'embryon dans les êtres vivants, mais bien plutôt des modifications successives et diverses que des influences étrangères à notre pays et faciles à saissir ont imprimées à l'élément indigène. En sorte que, de l'étude comparative et parallèle de la civilisation des pays étrangers dans ses rapports avec notre histoire, jaillissent des traits de lumière inattendus et qui jettent sur la marche de la civilisation gauloise un jour tout nouveau. C'est ce qui arrive dans le cas particulier dont nous nous occupons. L'élément qui apparaît, dans la couche archéologique à laquelle appartiennent nos tumulus, quand on la compare il la couche immédiatement antérieure, porte une empreinte qu'il est impossible de méconnaître.
Nous avons devant nous, à côté de l'épée, du bracelet et du vase en argile gaulois, une ciste ou seau et une coupe de bronze, pour ne parler que de ces objets, d'une industrie et d'un art qui forcent immédiatement à tourner les regards du côté de la vallée du Danube ou de la haute Italie. La mince feuille d'or repoussé du tumulus de la Combe-Bernard et la perle émaillée rappellent les îles de la Grèce, Chypre, Rhodes, ou la Crimée. L'anneau de jambe à enroulement trouve ses analogues en Hongrie, en Mecklembourg et en Danemark. La Gaule, à l'époque où nos tertres ont été élevés, était donc en relation avec des coiilrées très diverses et parliculièiemenl avec le monde grec et iialiole, c'est-à-dire avec une civilisation qui n'est pas enveloppée, comme celle de la Gaule, d'un voile épais, mais qui, au contraire, eit de bonue heure
LES TLMILUS GAULOIS DE MAr,.NV-LAMI)EHT 279
et plus (le cinq conls ans avant notre pays en pleine lumière. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de ce fait : il parle assez haut de lui-même ; laissons donc ces considérations générales qui peuvent paraître prématurées, et abordons directement l'étude du mobilier funéraire provenant des fouilles de Magny-Lamberl, dons nous demandons seulement la permission de rapprocher, chemin faisant, les divers objets sortis des tumulus de caractère analogue précédemment explorés, afin de rendre notre démonstration plus saisissante.
Les objets sortis des fouilles se décomposent à première vue en trois groupes, de la manière suivante :
Objets 7'econiuis généralement comme gaulois et classés jtisqii'^ ce jour sous ce titre par les archéologues les plus autorisés.