‹ Nos origines litterairesChapitre 11 sur 27 · ED RE · texte numérisé non relu

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Et la multitude accourra vers eux comme au spectacle de la foire, et ils iront crier dans les rues et dans les carrefours.

Et l’apôtre montera sur des échasses, et il étendra les mains pour imposer silence; et il leur criera d’une voix forte et sonore :

«Petits et grands, écoutez ma voix. Je suis dévoré de l'esprit de prophétie, et je viens vous annoncer la lumiére qui éclaire, et ceux qui croiront en moi seront convaincus ; parce que je suis juste et vrai.»

Et tout le monde attendra en silence les paroles qui vont sortir de sa bouche.

Et il leur dira: «Vous êtes tous ignorants comme des bedeaux, et moi je suis savant comme un chancelier de l'Échiquier.

«Et nous sommes des Soleils, et vous êtes des Lunes pâlissantes à la vue de nos rayons...

« Vous êtes tous des esclaves, et vos Curés sont tous des despotes parce qu'ils prêchent contre la danse, et que vous leur obéissez après le Carnaval.

«Vous êtes en conséquence des chiens qu'on appelle Épagneuls, et vous êtes des automates qui vous faites traîner dans des brouettes où votre esprit est plus resserré que dans votre corps.»

Et tout le monde sera surpris en entendant ce langage, et dira que ce sont des injures impertinentes, et il repliquera que c'est ainsi qu'on prononce des oracles, et il ajoutera :

«Vous êtes des insensés et des extravagants de marcher sur les traces de vos pères, de suivre leurs lecons et de faire alliance entre vous. Allez chercher des filles de Madian et adorez leurs veaux d’or....

(Et vous changerez vos lois, vos mœurs et vos usages, et vous adopterez les leurs. ...

«Et vous ne parlerez plus votre langue, et vous en parlerez une autre que vous n'entendrez pas, et personne ne vous entendra, et vous ne vous entendrez pas vous-mêmes ; mais vous ferez sur cela comme nous, chacum de vous sera un de

nous, et alors vous ne serez plus des lunes pâlissantes, mais vous serez des soleils brillants comme nous....»

Et enfin, il s’élèvera un grand tumulte dans toute l'assemblée ; il s’y fera un grand bruit semblable à celui du mugissement des vents et des vagues de la mer, quand elle commence à entrer en fureur....

Mais les Anciens et les Sages répandus parmi le peuple adouciront son ressentiment, et ils diront comme lui que cet homme n’est pas le Soleil, ni un chancelier {de l'Échiquier. Et le peuple criera qu'il n’est point composé de chiens qu'on appelle Épagneuls ra

Et l'assemblée se dispersera et chacun s’en retournera tranquillement dans sa maison, et l'Apôtre de la nouvelle doctrine restera tout seul sur la Place publique à prêcher aux tables et aux tréteaux qui resteront devant lui dans un profond silence : et il sera enchanté du succès de ses discours. Et il s’écriera dans la joie de son cœur : (Heureuses les villes qui reçoivent notre parole. Heureux le peuple qui profite de nos leçons.» Et il s’en retournera en triomphe avec ses deux disciples, qui l'accompagneront à une demeure souterraine, où ils se féliciteront et se réjouiront ensemble.

Et ils travailleront à écrire des nouvelles du soleil et de la lune, d’où on croira qu’ils étaient tombés, et tout le monde croira qu'ils y sont retournés.»

Cette page, d'une ironie très innocente, est :

assurément l’une des plus alertes que l'on puisse lire dans le Canadien du commencement du dixneuvième siècle. Tous les articles n'ont pas autant de souplesse, et l’on en trouve qui trahissent une connaissance assez imparfaite de la langue française: mais tous sont animés du même esprit, et donnent à l’ensemble de l'œuvre du journal l'allure batailleuse que ses rédacteurs se plaisaient à montrer hardiment. |

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Cette conception très militante et parfois violente du journalisme était-elle la plus convenable, la plus utile, la plus propre à servir nos intérêts ? Est-ce quelle n'envenimait pas parfois plutôt qu’elle ne réduisait et apaisait les haines nationales ? Les chouayens, c’est-à-dire les Canadiens qui étaient liés par leurs sympathies et leurs intérêts au parti anglais, et plaçaient toutes leurs espérances dans les faveurs de la bureaucratie gouvernementale, pensaient bien que le Canadien faisait œuvre dangereuse et malsaine. M. de Bonne, qui fut ie chef de ces ralliés, ne pouvait approuver l’attitude des rédacteurs du journal français, et il souhaitait voir paraître en face du Canadien une autre feuille plus souple, moins rigide.

Des jeunes Québecquois, dont nous ne pouvons: d’ailleurs soupçonner le sincère patriotisme, n'étaient pas éloignés de penser un peu comme beaucoup de: chouayens sur ce sujet, Ils estimaient qu'il valait mieux placer sur un autre terrain la lutte, et donner aux polémiques un ton moins acerbe. Ils s’entendirent donc bientôt pour fonder et lancer un journal dont ils avaient publié le prospectus dès le 29 octobre 1806, avant même que le Canadien ne fût né, et le 3 janvier 1807 parut le premier numéro du Courrier de Québec.

Jacques Labrie, encore étudiant en médecine, Louis Plamondon, étudiant en droit, Joseph Perreault, greffier de la Cour du Banc du Roi,

Claude Dénéchaud, furent les principaux rédacteurs de ce nouveau « papier-nouvelle ».

Ces journalistes firent voir, dès leurs premiers articles, qu’ils n’entendaient nullement pactiser avec les rédacteurs du Mercury ; ils les combattirent plutôt avec une nette franchise. Mais ils étaient par-dessus tout persuadés que le peuple canadien-français pouvait se développer et prospérer sous la garde des institutions britanniques mieux encore qu'il ne l'aurait pu faire sous le régime français ; qu’il devait donc chercher à vivre en paix sous le drapeau de l'Angleterre, et à profiter le plus adroitement possible des bienfaits que lui procurait la constitution canadienne. Cest pourquoi ils s’'appliquèrent à conduire avec une grande modération la bataille où étaient engagés les esprits. Leur journal « devait avoir pour but principal d’inspirer aux heureux sujets du Canada le zèle, l'amour et la fidélité pour le glorieux monarque qui les gouverne, de leur faire goûter notre constitution en la leur faisant connaître, et surtout en leur démontrant qu'il n'y a de malheureux que ceux qui croient l'être. » ?

Moins combatif que le Canadien, le Courrier de Québec fit aussi une large part en ses colonnes aux études historiques et littéraires. Les articles du

(1) Cf. Le docteur Jacques Labrie, par l’abbé Aug. Gosselin, p. 61-77. Voir aussi une étude sur les Origines de notre Littérature par M. Thomas Chapais, dans ses Discours et Conférences, p. 184.

(2) Le Courrier de Québec, 3 janvier 1807.

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docteur Labrie sur notre histoire sont une des plus intéressantes contributions qui aient été apportées à l’œuvre du journal, et sans doute que l’auteur préparait ainsi les matériaux de cette Histoire dont les contemporains attendirent longtemps et si anxieusement la publication, que le docteur n’a pu faire paraître avant de mourir (1851), et dont le manuscrit, gardé par sa famille, a malheureusement péri, pendant les troubles de 1837, dans un incendie qui détruisit, lors du sac de Saint-Benoit, la maison où il était conservé.

Une certaine note légère, vive et spirituelle, égaie souvent la prose du Courrier. C'est en souriant qu'il meurt une première fois, le 27 juin 1807, et c'est, il faut l'avouer, sur un mode plus triste, que le 31 décembre 1809, il fait à ses lecteurs des adieux définitifs. Le Canadien, d'ailleurs, qui avait eu souvent l’occasion de croiser des polémiques ardentes avec le Courrier, avait lui-même salué d’un hommage respectueux et sympathique la première disparition de son collègue; il regrettait sincèrement que l'indifférence du public eût fait la vie si précaire à une feuille qui contribuait puissamment au progrès des lettres canadiennes.

Quelques mois après le décès du Courrier de Québec, le 7 mars 1810, un autre journal, le Vrai Canadien était fondé à Québec, et devait vivre une année. Né sous l'influence des passions violentes que venait de soulever la politique de Craig, au moment où l'exclusion du juge de Bonne de la

(1) Le Canadien, 11 juillet 1807.

Chambre des députés venait d'aboutir à une dissolution arbitraire du Parlement, et achevait d'ameuter les chouayens contre les patriotes, le Vrai Canadien était l'organe du juge de Bonne lui-même et de tous ceux qui voulaient à tout prix appuyer et justifier la conduite du gouverneur. Il voulut édifier sa fortune sur les ruines du Canadien que . brisait le 17 mars le despotisme intolérant des fonctionnaires anglais, mais il ne put rencontrer dans le public canadien-francçais de suffisantes et durables sympathies.

L'existence des feuilles québecqoises, écloses au commencement du dix-neuvième siècle, fut donc, en général, assez éphémère, si l’on excepte le Canadien, qui ne mourut que de mort violente pour renaître plus tard. Mais leur apparition successive prouve que la vie politique avait alors déterminé un assez large courant de vie intellec- ” tuelle dans la société de Québec. L'on se préoccupait d'écrire, de publier, et d’endoctriner la foule des électeurs.

Aussi bien, cette société de Québec, dont la vertu était assez infirme et la morale fort suspecte, si l'on en juge par des articles parus dans Îles journaux mêmes de l'époque, enfermait un groupe d’esprits très actifs. Les femmes n'y ont pas Îla réputation d’être très sérieuses ; elles lisent beaucoup de romans, et elles passent la plus grande partie de leur temps à ne rien faire ou à faire des riens ‘,

) Cf. Bibl. Canadienne, juillet 1828, p. 57-60.

mais les hommes, quelques-uns du moins, s’agitent et veulent développer dans le milieu où ils vivent le goût de l'étude et des bonnes lettres. C'est, outre le groupe des députés qui conduisent le parti canadien, Bédard, Blanchet, Taschereau, et quelques fonctionnaires comme Perreault et Romain, des jeunes comme Jacques Labrie, Louis Plamondon, Philippe-Aubert de Gaspé qui viennent de finir leurs cours classiques et se préparent aux carrières libérales. Ils éprouvent le besoin de s’unir et de s'organiser pour rendre leur travail plus efficace et plus persévérant. Il fondent donc en 1809 une société littéraire, qu’ils appellent la Société littéraire de Québec, et ils en ouvrent les portes à tous ceux de leurs compatriotes anglais qui désirent collaborer à leur œuvre. Le président de cette société est François Romain, gardien du Parlement et de la bibliothèque de Québec; Louis Plamondon, qui est encore étudiant en droit, en est le secrétaire.

La Société est à peine née qu'elle organise un grand concours de poésie anglaise, française ou Jatine. Les poètes sont invités à célébrer la naissance de sa glorieuse Majesté George II, et une médaille d'argent sera le prix du vainqueur.

Le trois juin 1809, la Société littéraire convoque le public de Québec en une séance solennelle où l’on fait la proclamation des lauréats. Louis Plamondon ouvre cette séance par un éloge très pompeux de George III, puis le président, en un langage plutôt boursouflé, paie son tribut d'hommage & au plus grand et au plus doux des

monarques », et annonce qu’une ode anglaise de M. John Flemming, et une ode francaise d’un poète anonyme qui signe Canadiensis ont mérité d’être couronnées par la Société.

L'ode française n’est en réalité qu'un pauvre essai de versification, et l’auteur l’eût-il signée que l’histoire des lettres canadiennes ne lui serait redevable que d'un acte de loyalisme, de courage et de bonne volonté. Le début de l’ode est une de ces invocations artificielles dont étaient coutumiers les classiques.

Sors du sein des Frimats, ranime ton génie, Muse du Canada fais entendre ta voix.

Le Dieu des vers doit fuir de l’Europe asservie, Ici tout vit en paix sous le meilleur des Rois ; La loyauté m'inspire, Et ma rustique Lyre Va par ses premiers sons célébrer George Trois.

Puis le poète exalte le roi pacifique, il abomine Bonaparte, il loue son prince d’avoir si vaillamment résisté à ce Ctrop fortuné brigand », et il prouve à chaque strophe que le «dieu des vers » ne s'est pas réfugié en son génie. Îl termine par ce couplet :

Trop fortuné brigand, en vain dans ton délire Tu crois du juste sort éviter les revers, Notre Roi, de son Isle ébranle ton Empire En donnant des vertus l'exemple à l'univers.

Albion triomphante, Dieu, dans ta main puissante, Pour punir les méchants mit le sceptre des mers.

La Société littéraire de Québec n’eut pas une très longue fortune, et son histoire est d’ailleurs assez obscure. Aussi bien, le Québec littéraire paraît-il avoir souffert beaucoup de la suppression du Canadien, qui avait été le principal organe de sa pensée et l'instrument efficace de son action. Ce n'est qu'en 1817 qu'on essaiera de remettre sur pied le journal québecquois, et dans l'intervalle Montréal se sera déjà chargé de recueillir et de développer l'héritage de nos jeunes traditions littéraires.

| Les Canadiens, d’ailleurs, ne pouvaient plus guère se passer de journal. [ls en avaient besoin pour suppléer aux livres qui étaient encore assez rares en ce pays; ils en avaient besoin pour s’instruire et suivre le mouvement de la politique nationale ; ils en avaient besoin surtout à une époque où la guerre américaine, qui fut d’abord désastreuse pour nos armes, venait de jeter !es esprits dans les plus vives inquiétudes sur le sort de la colonie. Aussi, le 27 mai 1813, parut à Montréal le premier numéro du Spectateur. Deux ans après, en 1815, fut fondée l’Aurore.

«Des morceaux de Politique, des Anecdotes amusantes ou instruclives, des morceaux choisis de Poésies ou de Littérature, d'Histoire Naturelle, surtout de celle du pays, l'Histoire des Phénomènes de la nature, les plus remarquables et les plus récemment observés, » telle est la matière très

étendue et très variée que, dans un prospectus daté du 7 avril 1813, Charles Pasteur se proposait de distribuer dans les colonnes du Spectateur. Et, en effet, le Spectateur renferme beaucoup d'articles scientifiques et littéraires, et la collection de ce journal constitue un des documents les plus précieux et les plus abondants qu'il faille consulter pour étudier la littérature canadienne de l’époque.

L’Aurore des Canadas, publiée par Michel Bibaud, s’occupa à son tour des sciences et des lettres. Cette feuille reproduisit volontiers, et de façon copieuse, les œuvres des littératures classiques latine et grecque; de temps à autre, elle devint, comme tous nos’journaux de ce temps, l'organe des poètes canadiens, et elle publia leurs hymnes, leurs épigrammes et leurs chansons.

Les annonces prirent aussi, dans ces deux journaux de Montréal, une place plus grande que celle que l’on avait donnée dans les papiers de Québec. Montréal se faisait déjà plus âpre au gain, industrieux et commerçant. La littérature en souffrait sans doute, et, au mois de septembre 1819, l’Aurore disparaissait, ou plutôt se laissait absorber par le Spectateur. Dès lors, les deux feuilles n’en firent plus qu'une seule dont Michel Bibaud prit lui-même la direction.

Un an plus tôt, le premier août 1818, Henri Mézières avait fondé l'Abeille Canadienne. Ce journal de littérature et de sciences est une sorte de revue ou plutôt un recueil publié deux fois par

mois à quarante pages. Mézières se plaît à constater, dès les premières lignes de son prospectus, quelles transformations profondes se sont accomplies en ce pays depuis vingt ans, et il signale tout particulièrement «le culte empressé que l’on y rend aux Sciences et aux Belles-lettres ». C’est pour développer encore ce culte, et pour fournir aux esprits une alimentation nouvelle qu'il s'est inquiété depuis plus d’un an d’intéresser à l’œuvre qu'il entreprend des savants étrangers : il veut que l’'Abeille Canadienne ne voltige et butine que sur des fleurs de choix, qu’elle ne recueille en sa ruche qu'un miel rare et délicieux.

À cette saison des lettres canadiennes, c'était trop haut porter ses ambitions. Mézières voulut tout de même les réaliser ; il exclut du même coup nos modestes ouvriers de la plume, et il alla chercher trop loin ses collaborateurs. Il ne s'est pas assez soucié de publier dans sa revue des œuvres canadiennes. On ne voit guère en ce recueil, qui a vécu six mois à peine, que des reproductions de littérature française ; et en feuilletant ces pages on se sent tout à fait en pays étranger. L’Abeille Canadienne n’était que de nom une abeille du Canada, et elle méritait bien d'en mourir.

Le Canadien, le Courrier de Québec, le Vrai

Canadien, le Spectateur, l’Aurore, l'Abeille Cana-

dienne, voilà donc pour la première période de notre histoire au dix-neuvième siècle, les témoins de l'activité intellectuelle de nos grands-pères.

La prose dont ils sont remplis constitue le chapitre le plus considérable de l’histoire littéraire de cette époque. Elle est à peu près la seule qui traduisent la pensée des Canadiens, la seule du moins, ou à peu près, que l’on imprime. Et c'est donc elle qui occupe, retient l'attention des citoyens, qui oriente leurs sympathies politiques, qui souvent leur dicte le jugement qu'ils doivent porter sur la chose publique. Cette prose est tour à tour enflammée et calme, ardente et contenue, agressive et patiente. Elle est pleine des agitations qui ont troublé certaines heures de notre vie nationale, à une époque où Craig était ici la dupe des mauvais conseillers qui l’entouraient : à une époque où nous étions à la fois irascibles et capables de revendications hardies ; à une époque où nos voisins se faisant envahisseurs, la guerre étrangère vint un moment rallier et grouper autour du drapeau, dans un commun dévouement, toutes les activités et tous les héroïsmes. C’est donc l'écho de vingt années de vie laborieuse et mouvementée, que nous apporte encore ces vieilles collections de journaux ; et cet écho est varié, multiple, fidèle ; il prend tous les accents des voix qui se sont alors exprimées par le discours ou par la plume.

Sans doute, les journaux de ce temps ne sont pas aussi inquiets des nouvelles de la rue, ils ne

sont pas aussi indiscrets dans leurs allures que les journaux de notre temps ; et c'est, à coup sûr, par quoi ils leur sont supérieurs. D'autre part, si la langue qu'écrivaient Viger, Bédard, Blanchet, de Bonne, Panet, Taschereau, Labrie, Plamondon, Bibaud, est souvent embarrassée, pesante et solennelle, elle a aussi je ne sais quoi de sobre, de court, de précis, de digne, que l'on aimerait trouver toujours dans la prose de nos journalistes contemporains. Les articles qu'écrivent ces rédacteurs ont une gravité et une certaine plénitude de choses et d'idées à laquelle on ne peut comparer toujours le ton souvent trop familier ou vulgaire, et aussi le vide tapageur que parfois l’on constate dans les innombrables colonnes de nos journaux.

Ce que nous disons, ici, de la prose des journalistes de 1800 à 1820, nous pourrions l'affirmer encore des orateurs parlementaires qui ont pris part aux débats de la Chambre des députés. Seulement, les documents nous manquent sur lesquels nous pourrions appuyer notre affirmation. Mais ce sont le plus souvent les mêmes hommes qui écrivent dans le journal et qui parlent à la tribune, et c’est pourquoi il est permis de conclure, avec vraisemblance, qu'ils transportent dans le discours ces qualités de précision, de clarté, de sobriété, et de force robuste qu'ils font paraître dans leurs écrits. Comme ils n’ont pas dans le journal une langue qui soit bien vive, imagée, brillante, chaude et colorée, on ne peut supposer qu'ils aient été des orateurs politiques soucieux de faire resplendir l'éclat

des périodes. La prose oratoire, comme la prose écrite de ce temps, est donc plus solide qu’artistique, plus vigoureuse que souple, plus ferme que vibrante: quoique pourtant certains articles du Courrier de Québec, du Canadien et du Spectateur soient parfois animés d'un souffle qui rappelle les enthousiasmes du lyrisme ou les vivacités mordantes de la satire. Malins et patriotes, nos ancêtres le furent toujours, et l'esprit gaulois n’a jamais manqué à leurs plus graves entreprises. La prose de nos journaux fut donc profondément imprégnée de cette générosité et et aussi de cette ironie légère et gracieuse que rarement l’âme française réussit à oublier ‘tout à fait. C'est dans les articles en prose de nos journaux que cette âme fit alors paraître ces deux précieuses qualités ; c'est aussi, et c’est surtout peut-être dans les poésies que l’on rencontre presque à chaque page de ces périodiques, qu'elle se plut à les joindre, à les mêler et condenser pour les faire saillir et briller davantage.

Les journaux de 1800 à 1820 ® sont, en effet, en même temps que le livre principal où se trouve imprimée la prose canadienne, le recueil unique où viennent se loger les vers, petits ou grands, que souffle à nos poètes la muse un peu rustique de nos origines littéraires.

(4) Il faut aussi consulter, pour l’histoire de la poésie au Canada de 1800 à 1820, le premier volume du Répertoire national

La poésie patriotique est la première quil convient de rechercher et d'étudier dans ces feuilles qui eurent pour mission principale d'entretenir, d'alimenter et de renouveler sans cesse au fond des âmes et des consciences le foyer de la vie nationale.

Et parce que c’est à l’époque des grandes agitations, à l'heure des combats périlleux que linspiration s’anime davantage et s'exprime avec le plus d’abondance, nous choiïsirons, parmi toutes les strophes patriotiques que l’on a pu composer au commencement du dernier siècle, celles qui furent publiées à l'occasion de la guerre que les Américains vinrent ici porter en 1812.

Les Canadiens, que l’on avait souvent voulu représenter comme des défenseurs très peu sûrs de la domination britannique donnèrent alors, en plus d'une rencontre, des preuves évidentes de leur franche loyauté. Ils furent, à certains moments, le rempart suprême et solide contre lequel vint se briser l’armée ennemie. |

On pouvait, du reste, prévoir cette ardeur guerrière et ce loyalisme fervent par le seul enthousiasme avec lequel les Canadiens avaient accueilli, en 1807, la nouvelle de la réorganisation de la milice canadienne. L’on pressentait, à cette heure, le conflit qui devait éclater quelques années plus tard entre la métropole et la république américaine, et les Canadiens se préparaient avec le plus vif

entrain à défendre généreusement le drapeau. On s estimait heureux de faire du service; on donnait alors le nom d'élus à ceux qui étaient appelés dans les rangs ; des patriotes qui avaient dépassé l’âge réglementaire demandaient quand même à être enrolés, et partout l’on fêtait et célébrait nos braves miliciens. Les chansons jaillirent spontanément des lèvres canadiennes ; elles saluèrent surtout dans un lyrisme plus ardent qu’académique le premier bataillon de la milice de Québec, et son capitaine, Dupré, l’idole des conscrits.

On dit que l'Américain Menace la Province,

Et qu'il veut d'un coup de main Déposséder un Prince.

Mais je suis soldat, moi,

Fidèle à ma Patrie,

Et pour elle et pour mon Roi Je donnerai ma vie.

| Refrain

Pour prévenir les desseins D'un peuple téméraire,

Sa loi va mettre en mes mains La foudre, le tonnerre.

Oui, Je suis soldat, moi,...

Dignes du nom glorieux

De Canadiens fidèles,

(1) On peut trouver trois de ces chansons imprimées sur des feuilles détachées, et insérées dans la collection du Canadien conservée aux Archives du Séminaire de Québec, tome I, p. 164, à la suite du numéro du 22 août 1807. Le docteur LaRue attribue ces chansons à un M. Baillargé, peintre et architecte.

Prenons tous de nos ayeux L'exemple et le modèle.

Oui, je suis soldat, moi... (1)

La guerre éclata en 1812, et les troupes américaines éprouvèrent d'abord de cruels échecs. Mais la campagne de 1813 fut particulièrement désastreuse pour nos armées dans le Haut-Canada. Les Anglais avaient presque partout fléchi, et après la bataille du vingt-huit septembre qui fut livrée devant Toronto, où les Américains furent encore vainqueurs, il ne restait plus guère à l’ennemi qu’à s'emparer de Montréal et de Québec pour devenir le maître du Bas-Canada.

Nos compatriotes s'émurent, et ils se préparèrent à une intrépide résistance. Un nouveau Tyrtée, le lieutenant Mermet, qui faisait partie du régiment de Watteville, emboucha la trompette

pour rallier les courages :

Je vois de toute part dans leur pompe homicide rtinceler le glaive et flotter les drapeaux ;

Mars apprête son casque et Pallas son égide, Et la mort ses flambeaux.

Guerriers, éveillez-vous aux cris de la victoire.

Aux armes, citoyens, il faut tenter le sort :

Il n’est que deux sentiers dans les champs de la gloire, Le Triomphe ou la mort.

L Le Foyer Canadien, IL, article du docteur H. LaRue, p. 60. |

Entendez-vous gémir votre auguste Patrie ?

Elle vous tend les bras, et ses yeux sont en pleurs,

Ses lauriers sont épars ; sa guirlande flétrie Implore des Vengeurs.

Allons et repoussons des nations jalouses ;

De nos ayeux du moins défendons le tombeau,

Le sceptre de nos rois, le lit de nos épouses, Nos enfants au berceau. (1

Dans le même numéro du Spectateur où nous lisons ces strophes ardentes, le même versificateur déplore qu'on ait, il y a huit jours, dans Îles colonnes de ce journal, consacré toute une longue poésie à la critique des vers, à la guerre des rimeurs ;

Eh ! qu'importe au Public la Guerre des Rimeurs, Quand il a sur le dos celle des empereurs ?

Qu'on ne parle donc plus de ces gens du Parnasse, S'ils n'ont point au canon attelé leur Pégase :

Sur la Paix, sur la Guerre, un vers qui ne dit rien, Ne peut être aujourd'hui qu'un bien fol entretien. ©

La guerre occupait donc tous les esprits, et l'on ne songeait qu’à débarrasser le territoire de l'envahisseur. Aussi ce fut, quelques jours après, toute une clameur triomphale, quand notre vaillant colonel de Salaberry, avec une poignée de trois cents hommes, eut vaincu sur les bords de la

(4) Le Spectateur, 28 octobre 1813.

(2) Voir la Saberdache de Jacques Viger, V, 145, où se trouve consignée cette poésie de Mermet, intitulée Trait d'humeur. Il s’agit d’une petite querelle littéraire entre Mermet et Denis-Benjamin Viger à propos des vers très lourds que celui-ci publiait de temps en temps dans le Spectateur sous la rubrique : Portefeuille-Canadien.

rivière Chateauguay une armée de huit mille combattants commandés par le général Hampton. L'ordre du jour publié après ce combat héroïque signalait «la valeur, la constance et le courage qu'avaient déployés nos soldats dans cette journée brillante qui couvre les Canadiens de gloire.»

Nos poètes ne pouvaient manquer de célébrer un si beau fait d'armes. Chansonniers et lyriques s'essayèrent sur ce thème glorieux. L’inspiration ne s'éleva pas vraiment jusqu'à la hauteur du sujet ; mais l’on peut du moins recueillir en ces essais quelques vers où s'exprime de facon à la fois simple, naïve et sincère le sentiment national.

Voici quelques couplets, un peu lourds, sans doute, mais francs, d’une chanson «composée à l'occasion de la bataille des Fourches de Chateauguay », et que signe Un Canadien.

Baptiste à la fleur de son âge De l'honneur suivant le sentier, A la Fourche, plein de courage, Combattait comme un vieux guerrier.

La balle cruelle Vient l’atteindre dans le moment Où la victoire est à nos vœux fidèle ; Au champ d'honneur, il meurt content. (Bis)

Un autre aussitôt prend sa place,

Et montre la même valeur :;

Le sort couronne son audace ;

De survivre il a le bonheur.

Après la victoire

(1) Le Spectateur, supplément du 29 octobre 1813.

Il chante et répète gayement :

Quand on revient, couronné par la gloire, Du champ d'honneur, on vit content. (Bis)

Nobles enfants de cette terre Qui s’arrose de votre sarg !

Comme dans la paix, dans la guerre Que votre nom soit triomphant.

De Mars le génie Vous inspire ses sentiments :

Toujuurs vainqueurs, enfants de ma patrie !

Au champ d'honneur, vivez contents. (1) (Bis)

Le Spectateur publia quelques semaines plus tard un hymne sur la Victoire de Chateauguay, qui est encore l’œuvre de J.-D. Mermet. Il y a dans cette pièce beaucoup de vers languissants et lourds ; le début est d’ailleurs assez vif, et la fin de l'hymne tombe d'une jolie chute.

La trompette a sonné : l'éclair luit, l'airain gronde : Salaberry paraît : la valeur le seconde,

Et trois cents Canadiens qui marchent sur ses pas, Comme lui, d'un air gai, vont braver le trépas.

Oui ! généreux soldats, votre valeur enchante :

La patrie envers vous sera reconnaissante.

Qu'une main libérale, unie au sentiment,

En gravant ce qui suit, vous offre un monument !

« Ici les Canadiens se couvrirent de gloire ;

« Oui ! Trois Cents sur Huit Mille obtinrent la victoire. « Leur constante union fut un rempart d’airain

€ Qui repoussa les traits du fier Américain.

€ Passant, admire les... Ces rivages tranquilles

(1) Le Spectateur, 11 novembre 1813.

€ Ont été défendus comme les Thermopiles ; € Ici Léonidas et ses trois cents guerriers LL * L L] L L € Revinrent parmi nous cueillir d’autres lauriers. » 4)

Si ardent que l’on soit à combattre, à défendre son Dieu et son Roi, on ne peut s'empêcher d’être heureux quand la paix vient ramener le calme et la joie dans les foyers, et c’est ce sentiment qu’un soldat du régiment de Meuron a essayé d'exprimer et de traduire en une poésie trop facile et un peu pesante, qu'il a intitulée : Couplets sur la Paix, et qui se termine par cette strophe : |

Enfants chéris de la victoire, Guerriers, unissez à jamais

Aux lauriers sanglants de la gloire La douce olive de la paix ;

Elle est le fruit de votre ouvrage ; Goûtez un bienfaisant repos :

Sans attiédir votre courage

Il peut faire oublier vos maux.

L'inspiration ne fut pas chez nos poètes exclusivement guerrière et patriotique ; elle fut plus générale, variée, multiple, telle qu’elle ne cesse d’apparaître toujours dans l’histoire des littératures. Tour à tour grave, légère, sérieuse, badine, lyrique, didactique, rêveuse, épigrammatique, elle prit un très grand nombre de ces formes courtes et rapides

(1) Le Spectateur, 25 novembre 1813. Voir aussi le Répertoire national, I, 95.

(2) Le Spectateur, 7 mars 1815.

qu’elle a revêtues en France dans la seconde moitié du dix-huitième siècle.

La chanson elle-même qui rythma bo la marche de nos soldats, descendit souvent vers des sujets plus petits ; elle se plut à taquiner et à médire, à déchirer les réputations et à enfoncer parfois son dard dans la chair vive des vanités personnelles. Ce sont les querelles de nos partis politiques qui lui fournirent surtout la matière la plus abondante de ses refrains satiriques. Les rédacteurs des journaux canadiens-français se renvoyaient de l’un à l’autre, et dans le langage des dieux, des épigrammes, qui souvent se prolongeaient en des couplets fort aiguisés. Et quand les discussions devenaient plus graves, et l'inspiration plus méchante, quand les journaux eux-mêmes n'auraient pas suffi à renfermer ces poésies, ou quand ils n'auraient pas voulu prendre la responsabilité des morsures cruelles qu’elles pouvaient faire à autrui, c’est sur des feuilles volantes qu'on les y imprimait, et l’on distribuait et vendait sur la rue ou sur le marché cette littérature toujours populaire.

De tous les vers satiriques que l'on voit souvent imprimés sur la dernière page des journaux de ce temps, nous ne citerons que cette tirade que décochait un jour à l'adresse du Canadien les jeunes rédacteurs du Courrier de Québec :

Veux-tu savoir, compatriote, Pourquoi le Canadien radote ?

C'est la faute de ses auteurs, Dans qui règne un certain délire,

Qui porte à vouloir tout conduire.

. Plaignons leur sort et leur malheur ; Car, après tout, leur radotage Tourne à notre désavantage :

L’étranger qui lit leur papier Dont le style incorrect, grossier, Lui donne à rire à chaque page, Ne connaît pas qu'il est l'ouvrage De deux pédans, dont l’un n'a lu Que son l’Homond, sans le comprendre, Et l’autre dans Ferrière a vu Tout ce que l’homme peut apprendre. (

Aucune discussion politique, aucune rivalité de partis ne détermina peut-être autant de chansons satiriques que les discussions et les rivalités auxquelles donnèrent lieu l’exclusion du juge de Bonne de la Chambre des députés, le renvoi du Parlement patriote, et l'interdiction du Canadien.

Ce sont alors des chansons à dix, quinze et dix-huit couplets, où successivement l’on rime et ridiculise les travers de l’un ou l’autre des principaux patriotes et chouayens qui conduisent la bataille. Certes, il ne faut pas attacher une très grande importance littéraire à ces élucubrations de la passion politique ; elles sont plutôt faibles, et d'une tenue peu académique.

Canadiens, vos représentants Ont fait faire culbute

Au juge par entêtement,

Qui a voulu sa chûte :

(1) Le Courrier de Québec, 11 mars 1807.

Ses suppôts pour vous abuser Font des discours frivoles ; Ne vous laissez point amuser Par leurs fades paroles.

Et l’on propose an peuple de renvoyer au Parlement les députés que Craig vient arbitrairement d'en faire sortir.

Quand oserez-vous donc chasser, Peuple, cette canaille,

Que le Gouverneur veut payer ?

Renommez les Représentants Que les nobles méprisent,

Et conduisez-les triomphants, Pour que tous les élisent.

Et les chouayens répondent à ces aménités par une complainte sur la mort du Canadien.

Il est mort, c’est pour le certain,

Ce vilain, méchant Canadien,

Qui semait la discorde,

Qui ne voulait pas faire le bien :

Il est mort pour tout citoyen

Qui aime la paix, la concorde,

To, to, to, battez chaud, bon courage, Nous avons mis fin au tapage.

Ah! ne les renvoyez donc plus:

Tous ceux que vous aviez élus, En veulent à votre perte,

À votre honneur, à vos écus :;

Ils sont méprisés, confondus,

Ne paraîtront plus, je m'en flatte.

TO t0 to ere

(1) On peut trouver ces chansons à la fin du vol. IV de la collection du Canadien, conservée aux archives du Séminaire

de Québec.

La fable voisine souvent avec la chanson satirique pour ce qu’elle enferme de malice à l'adresse des hommes qu’elle veut instruire. Aucun genre littéraire ne se prête mieux peut-être à la censure des travers, parce qu'aucun ne dissimule mieux la personne toujours irritante des censeurs. Ce sont d’autres orateurs que soi que l’on met en scène, le plus souvent des animaux, ou plus gentiment encore des arbres et des fleurs. Et l’on accepte volontiers les remontrances que nous font des êtres si éloignés de nos mesquins intérêts, et si peu capables d’éveiller notre susceptibilité.

Le Mercury ne pouvait donc s'irriter quand le Canadien lui dédiait un jour ce petit dialogue intitulé l’Érable et la Ronce :

L’érable dit un jour à la ronce rampante :

Aux passants pourquoi t'accrocher ?

Quel profit, pauvre sotte, en comptes-tu tirer ? — Aucun, lui répondit la plante.

Je ne veux que les déchirer.

Le curé et les marguillers de la paroisse de Notre-Dame de Montréal durent trouver assez plaisante, assurément, la lecon qu'ils purent lire un jour à leur adresse dans le Spectateur. Le public ne pouvait «s'empêcher de blâmer la petitesse mesquine de l’église paroissiale tout en admirant l'élégance et la magnificence avec laquelle on l'avait

(1) Le Canadien, 29 novembre 1806.

décorée », et voici comment un rimeur voila sous les allégories de la fable cette juste critique.

Il était autrefois une famille en ville Dont l'étroit et modeste asile Pouvait suffire à peine à deux enfants Et leurs parents.

Petit ménage Croît avec l’âge.

Celui-ci jeune encore allait multipliant.

Il eût fallu dès lors que le toit fût plus grand. D'y pourvoir eût été sagesse En avançant vers la vieillesse :

Nos deux époux très follement En jugèrent tout autrement.

Plus les enfants venaient, plus nos gens, à mesure, = Dans tous les coins de la maison Prodiguaient, en maintes façons, Sculpture et peinture et dorure ; L'embellissaient de toutes parts, Y faisaient briller tous les arts.

Quel aveuglement ! va-t-on dire.

Si vit-on tout le monde en rire.

Car en dépit de tous ces ornements Nos gens étaient tassés comme de vrais harengs. On voulut en vain contredire ; Quelque chose qu’on leur pût dire, Sous ces lambris dorés, ils aimaient mieux souffrir, Languir et respirer à peine, Vivre à l'étroit et dans la gêne, Et s'exposer même à périr, Que de se trouver humblement Plus à l'aise et plus largement.

J'entends chacun qui se récrie Contre cette insigne folie, Maudissant du couple entêté

L’aveugle opiniatreté.

Je leur dirais : Vous blâmez leur sottise ; Mes bons amis, regardez votre Eglise.

Cette fable est de Denis-Benjamin Viger ; elle est sortie de ce Portefeuille-Canadien, très lourd, que Viger secouait de temps en temps dans les pages du Spectateur. D'ailleurs, les journaux du commencement du siècle dernier renferment un grand nombre de ces fables où s'affirme sous Île couvert prudent de l’allégorie l’esprit malin et un peu irritable de nos anciens. Ces poésies sont une manifestation, pas toujours élégante, mais certaine, de l'âme vive, joyeuse et facilement méchante dont nous avons hérité.

Novembre 1905.

() Le Spectateur. 2 novembre 1815.

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