‹ Nos parlementairesChapitre 17 sur 136 · M. HENRY BÉRENGER · texte numérisé non relu

M. HENRY BÉRENGER

Et cela suffit pour donner à M. Henry Bérenger une belle place dans la galerie des bons Français qui n’ont jamais douté de la victoire française.

L’ABBE BERGEY

On représente volontiers l'abbé Bergey discourant dans un tonneau, devant un Evangile et une bouteille de Bordeaux.

C’est que M. le Curé de Saint-Emilion est un fidèle disciple des deux, ce qui n’est pas inconciliable.

L’abbé Lemire, son très respecté collègue, a bien su allier ses sentiments religieux avec la république. On ne peut décemment reprocher à l’abbé Bergey d’aimer en même temps la Bible et le bon vin.

M. le Curé de Saint-Emilion a fait la guerre. Aumônier au 36 e d’infanterie, il devint vite populaire parmi les poilus : il fumait la pipe comme un sapeur, goûtait le pinard, ne crachait pas sur la gnole. Ah ! il n’engendrait pas la mélancolie, le curé du soleil !

m. l’abbé bergey

Certain vendredi, on lui offrit du poulet :

Bah ! s’écria-t-il, si Jésus avait fait la retraite de Charleroi, il le baptiserait morue et le mangerait avec nous...

On dit que lorsque M. Mandel alla le chercher, l’abbé Bergey le prévint : « Prenez garde, je suis un cheval de timon, je vais tirer sur la charrette et suis capable de la faire arriver la première. Gare au cheval de flèche, s’il est fragile... »

Vous savez ce qu’il advint.

Sa campagne électorale fut d’ailleurs très brillante. Tribun merveilleux, causeur intarissable, il clouait ses adversaires d’un mot.

Quand sa voix fléchissait, il humectait ses lèvres d’un verre de vin du cru et grillait une cigarette qu’un gars du patronage lui tendait au moment opportun.

Au lendemain des élections, M. Mandel n’avait évidemment pas le sourire : « De quoi se plaint-il, il emporte une veste mais il leur « envoie » une soutane !... »

Au physique, l’abbé Bergey... mesure 1 m. 92.

Face énergique, menton têtu, voix harmonieuse, il n’a pas dépassé la quarantaine.

Il a gardé sa verdeur, malgré l’éclat d’obus qui lui troua la poitrine en 1915. 11 fut décoré de la Légion d’Honneur.

En 1916, à Verdun, la croix d’une main et son fusil de l’autre, il ramenait un bataillon en « pagaye ».

M. l’abbé Bergey n’a pas encore débuté pour ainsi dire à la tribune du Parlement.

Il a déjà recueilli parmi ses collègues de toutes nuances de grandes sympathies. Nous verrons bientôt s’il trouvera la manière de se faire accepter comme son collègue Lemire dans ce milieu parlementaire où il faut tant de doigté.

M. LÉON BETOULLE

M. Léon Betoulle est député de la Haute- Vienne depuis 1914 et maire de Limoges depuis 1904. Barbu, taille moyenne, avenant, il est très populaire dans le monde ouvrier de son département qui n’est pas précisément très maniable et qui a été souvent agité par des conflits fâcheux. La grande autorité de M. Betoulle en a évité plusieurs et il serait injuste de ne pas souligner chez le maire de Limoges des qualités conciliatrices bienfaisantes à tous égards.

Ce petit employé de commerce devenu journaliste a littéralement conquis les masses ouvrières et le 11 mai 1924, malgré toutes les attaques des listes dissidentes, il arrivait en tête de celle du S. F. !. O. À cette heure

M. Betoulle a accompli cinq législatures et a fait successivement le tour de toutes les commissions, s’assimilant toutes les questions et notamment tout ce qui a trait à l’assistance, au travail, aux travaux publics. Il donna un moment à la Commission de l’Instruction publique des avis qui se traduisirent par des actes ministériels. En 1910, il fit voter un projet de loi accordant aux institutrices des congés de maternité. Cette loi fut plus tard étendue aux femmes fonctionnaires des autres services de l’État. Membre de la Commission d Administration générale et de celle des Pensions, le député socialiste, un peu fougueux à la tribune, modérera son tempérament pour continuer à apporter à ses collègues des propositions raisonnables qu’il présente d’ailleurs avec une amabilité qui lui a conquis pas mal de sympathies.

Sa récente nomination au Sénat, au premier tour et à une forte majorité, confirme magistralement la sympathie et la fidélité de ses électeurs à tous les degrés.

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