CHAPITRE m
Le Qongo fraaçaiii. ^ Situation, limites, étendue. — les sta* tions irançaises. — Brazzayille. — Population.
Nons désignerons sous le nom de Congo français tonte la région comprise entre le Congo et l'Ogôcué^ et renfermant le bassin da Qaîllon on Niari. En réalité, il fait suite à nos possessions du Gabon et nous constitue propriétaires d'une ligne de côtes s'étendant de 5® 30' sud à 2^ 25' nord, sur une longueur de plus de douze cent gtiatre-mnfft'einq kilomètres. Trois grands fleuves traversent cette région : le Gabon, l'Ogôoné et le Quillou qui relie Stanley-Pool à l'Océan.
A l'est, notre territoire suit la rive droite du Congo jusqu'à l'équateur; dans ce parcours^ trois grandes rivières viennent porter leurs eaux dans le Congo : le Liboko, qui rejoint le fleuve à Oubandji ; l'Alima, qui relie le Congo à l'Ogôoné^ et le Léfimi.
Au sud, le Tchiloango sépare nos possessions de celles du Portugal et de l'Etat libre.
La voie fluviale la plus importante du Congo français est assurément le Quillou ou Niari^ exploré et reconnu par M. de Brazza et ses compagnons. Ce fleuve, large de 90 à 100 mètres^ est navigable, par canot à vapeur, sur tout son cours moyen, et en partie sur son cours supérieur ; il forme une route fluviale aisément praticable et de beaucoup préférable à celle du Congo, et môme dé l'Ogôoué. De plus,
cette route dont nous possédons l'entrée, par snife de l'annexion du port de Loango , sur TAtlantique, , traverse un territoire français, éminemment fertile, oùf nous avons déjà créé plusieurs stations ; elle aboutit à cent vingt kilomètres seulement de Brazzaville. Avec un service régulier de porteurs, le trajet de Stanley-Pool à l'Océan par cette route peut aisément s'effectuer en vingt ou mw^^a«|/ jours.
Le second cours d'eau important du Congo français estl'Aliraa, qui se jette dans le Congo, au-dessus de Bolobo, c'est-à-dire dans la portion navigable du haut fleuve ; c'est par cette rivière et ses affluents, le Diélé et la Passa, que M. de Brazza a relié, au moyen d'une route carrossable, le Congo et l'Ogôoué, par France ville.
Voici, du reste, l'opinion d'un homme dont on ne peut suspecter la partialité à notre égard^ M. Stanley :
. (( La France est maintenant maîtresse d'un territoire ouest africain remarquable par ses dimensions» et qui ne le cède en rien aux régions tropicales les plus favorisées pour leurs productions végétales ; il est riche en minéraux, et il promet beaucoup, dans l'avenir, pour son importance commerciale.
< Sa superficie est de 257,000 milles carrés, c'està-dire qu'elle est égale à celles de la France et de l'Angleterre réunies ; pour pénétrer dans l'intérieur, il possède une voie fluviale de 5,200 milles; i l'ouest, se développe une côte de 800 milles baignée' par Tocéan Atlantique ; il renferme dans ses limites huit bassins fluviaux et sur tonte son immense éten-
dae do 90,000,000 d'hectares, on n'en saurait trouver un entièrement dëpounru de tout. »
Et ce vaste territoire^ ajoute Stanlej, la France Ta acquise gr&ce à Ténergie et au talent de M. de Brazza, grâce au dévouement et à Fintelligenoe de ses agents ».
Les stations du Congo français sont :
Sur le Quîllou : Bas-Quillou^ Ngotou, Niari-Loudina et Philippeville.
Sur la côte : Loango. et Pointe-Koire.
Sur le liant Ogôoué : Madi ville, où vient de mourir M. de Lastour, un des compagnons de Brazza ; en mémoire de ce dévoué collaborateur^ M. de Brazza a demandé que désormais Madiville porte le nom de Lastourville ; Doumé et Franceville.
Sur TAlima : Uiélé, Ngampo, Leketi et Mbochi ; cette dernière près du confluent de TAlima et du Congo.
Nkémé, sur la rivière du même nom, un peu audessus de Bolobo.
Mbé, capitale de Makoko.
Sur le Liboko : Nkoundja.
Sur le Congo : Nganchouno et enfin Brazzaville. On se souvient dans quelles circonstances ce dernier établissement fut créé ; lorsque Stanley vint à N'tamo pour y fonder une station, il trouva M. de Brazza déjà installé ; le reporter américain passa sur Tautre rive, et, en face dû poste français, établit le poste de P Association. Depuis lors, lui et ses amis n'ont cessé de répéter .que M. de Brazza avait été biji mal inspiré dans le choix de son emplacement ; quMl eût pu s'établir sur les hauteurs. M« Johnston^
un voyageur anglais^ donne de Brazzaville la description suivante : « De chaque côté de l'étang les })lages s'abaissent en plaines convertis d'épaisses forôLs ; la ceinture de montagnes s'élève vers l'intérieur, et, lorsqu'on atteint Ml'waou Brazzaville, la cjte est basse et presque au niveau de Teau. C'est là que de Brazza se vante d* avoir obtenu la cession à la République française d'un te^^rain long de neuf milles, Brazzaville se compose de quelques buttes indigènes ensevelies sous des bananiers et bordées par une épaisse forêt. Sar la gauche, en face de Tétang, existe une petite baie dont on pourrait faire un bon port, et un îlot fertile dont les Français pourraient tirer un excellent parti ; à part ces deux avantages, il est impossible de trouver le choix de cette situation le moins du monde favorable et même d'en arriver à nue autre conclusion que celle-ci : la situation est
aussi mal choisie que possible Je ne peux
supposer qu'une chose : c'est que, en dépit de l'aifec tion que les indigènes témoignaient à de Brazza, ils n'ont pas mis beaucoup de terrain à sa disposition, et qu'il s*est fixé là, parce qu'il n'a pu obtenir un emplacement meilleur (1). »
Quoi qu'en disent M. Johnston et ses compatriotes, la station française est fort bien située ; nous n'en voulons donner pour preuve que les lignes suivantes écrites par M. Stanley dans son livre : The Congo and the founding ofs its free state :
a Le Gordon Bennett, dit-il, est une rivière rapide qui descend en cataractes, et par deux bras se jette
(1) J.-H. Johnslor, The Iticer Conf/û.
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LE CONGO FB ANC Aïs. 147
dans le Congo , à cinquante mètres aa-dessus du premier rapide dangereux.
^ Sile Gordon Bennett, qui forme la limite du territoire français, s'était jeté dans le grand fleuve deux cents mètres plus haut (c'est-à-dire là même où est Brazzaville), il eût été avantageux pour moi d'établir nn poste à cet endroit ; j'aurais pu ainsi rrC assurer la navigation d'une étendue de plus de onze cents milles ^urlehaut Congo, »
Cet aveu est le plus juste éloge que l'on puisse faire de l'emplacement choisi par M. de Brazza ; il nous évite la peine de réfuter les critiques de M. Johnston.
Quoi qu'il en soit, nos possessions dans le bassin du Congo sont merveilleusement situées, et admirablement desservies par les routes fluviales que nous avons indiquées, et qui nous permettront de monopoliser une partie des produits venant du haut Congo.
A partir de Stanley-Pool jusqu'à la mer, le fleuve est coupé par trente-deux rapides ou cataractes ; il faut donc établir une route de Stanley à Yivi, point où le Congo devient navigable; cette route, nous l'avons toute créée, c'est la voie du Niari, qui permet de se rendrede Brazzaville à l'Océan en vingt jours^ à travers nn pays d'une richesse excessive.
Sur les rives de l'Atlantique, notre étendue de côte se développe, à vol d'oiseau, sur une longueur de sept degrés et demi, et nous possédons, à l'embouchure même du Quillou, d'excellents mouillages.
La mission française du Congo continue à poursuivre partout ses études < t ses recherches, avec le zèle et le dévouement qui lui ont déjà permis de
lis ^*0S PETITES COLONIES.
traverser les difficultés si grandes et si diverses du début; elle maintient dans tout l'ouest africain Vinr fl lien ce française, le pnjstige qui entoure notre pavillonà Tonibre duquel, grâce à la modération de M. de Brazza etde ses compagnons, nous avons su conquéri»;]a confiance et l'amitié de toutes les tribus qui habitant ces cjîitrées.
Les nations qui peuplent nos territoires Poiit nombreuses : c'est d'aborJ, au nord de l'Oirôoué , Icfs Pahouin^, Ossyobas ou Fans, dont nous avons déjà l)arlé; au sud, les Okandas, Bangoues, Avounia«^. Dans le bassin du Niari: les Baloumbos près de la côte et les Ballalis sur le haut fleuve. Sur les bords du Congo, les Batékés. Au nord de TAlima, les B'apfourous, les Oubanguis et les M'bocos.
Toutes ces nations ont entre elles beaucoup de similitude, au moins dans leurs coutumes, et ne diffèrent pas de celles que nous avons décrites en parlant de notre colonie du Gabon et de TOgôoné. Disons seulement que leur férocité a été singulièrement exagérée par certains voyageurs, peut-être pour exe usrer une répression, sinon inuti e , du moins par trop cruelle. Lorsque M. de Brazza a pu persuader à ces peuplades qu'il n'avait rien de commun avec cet autre blanc qui avait descendu le Congo quelque temps avant lui ; qu'il n'était pour rien dans les représailles exercées par le voyageur américain, il a obtenu de ces tribus tout ce qu'il a voulu et s'en est fa^ît, n )ri seulement des amis, mais encore des alliés et do puif>3ai)ti auxiliaires.
Le noir est défiant, craintif, et veut être traité avec douceur ; de- plus, il est essentiellement superstitieux ;
tant qu'il n'a pas compris le but que poursuivent les Européens en venant s'installer chez lui, il est disposé à voir en eux de mauvais génies^ et dans leurs actes, qu'il ne comprend pas, qui lui semblent surnaturels, il croit voir des maléfices. Mais quand, à force de patience, de douceur et de bons procédés, on lui a faitentendre ce que l'on attend de lui, il devient tout disposé à nous recevoir, et même à nous aider. Nous avons vu le parti que M. de Brazza a su tirer de ces populations.
Au moment de mettre sous presse,*nous apprenons que le Gouvernement français, comprenant que M. de Brazza pouvait seul continuer utilement l'œuvre commencée par lui, vient de lui confier le gouvernement général do nos possessions du Gabon, de l'Ogooué et du Congo français ; le docteur Ballay lui est adjoint comme lieutenant gouverneur. Nos comptoirs de la côte de Guinée spni rattachés au Sénégal.
Nous félicitons le gouvernement de cette mesure, et nous adressons à M. de Brazza et à son vaillant second M. Ballay, nos souhaits pour le succès de l'œuvre patriotique qu'ils ont entreprise : l'extension de l'influence française dans l'Ouest africain.
ÉTABLISSEMENTS DE LA COTE-D'OPi
GRAND-BASSAM— DABOU— ASSIME