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CHAPITRE L

Histoire de Majotte. — Mœurs des Malgaches.

Dans le canal de Mozambique, entre Madagascai et le continent africain , le navigateur hollandais Comelias Hoatmann découvrit, en 1598, la plupart des îles dont le groupe forme aujourd'hui l'archipel des Çomores.

Les principales sont : Angazijaou Grandë-Comore^ Anjouan, Moheli et Mayotte.

Mayotte seule appartient à la France , qui en

Îrit possession en 1843 , en même temps que de Tossi* Bé et de quelques ilôts voisins.

Disons d'abord ce qu'avait été Majotte jusqu'à cette époque ; nous verrons après par suite de quels événements nous en fîmes l'acquisition, et quels habitants nous rencontrâmes dans cette île.

Bien que découverte la première parmi les Comores^ puisque le navigateur portugais Diego Ribero l'avait signalée en 1527^ Majotte demeura à peu près incon» nue jusqu'en 1830.

Le pilote hollandais Davis (1599) rapporte qu'elle était habitée par des hommes aux mœurs hospita-

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lières^ amis da laxe à leur façon ^ gouvernes par un roi « qui portait une longue robe de soie brodée à la manière des Turcs. •

On apprit par le capitaine anglais John Saris (1607) que € Majotte avait une rade fort commode :^.

Le voyageur Hamilton, de la même nation, écrivait en 1720: « Mayotte est environnée de rochers d'autant plus dangereux qu'ils sont cachés sous l'eau ; elle est si peu fréquentée, qu'on ne connaît pas le caractère de ses habitants. La religion qu'ils prôfesent est un mahométisme très mitigé J>.

On trouve encore dans les mémoires dq capitaine Pérou le récit humoristique d'une défaite infligée en 1791 par les habitants de Mayotte au sultan d'An- JQuan, leur suzerain, qui exigeait vainement le tribut convenu.

On savait enfin, et surtout, que cette île servait de repaire à des pirates turcs et à des négriers portugais, qui seuls sans doute connaissaient les moyens de passer entre les écueils signalés par Hamilion.

Mais là se bornaient les renseignements, bien res-* treints, comme l'on voit.

Après 1830, les événements dont Madagascar était le théâtre eurent leur contre-coup dans les Comores, ' et particulièrement à Mayotte. \

Les Baana-Eambo y gouvernaient depuis longtemps, de père en fils. Le prince régnant ne fut pas peu surpris de voir débarquer un jour sur son rivage Adriam-Souly, souverain Sakkalave du Boeni, sur la côte occidentale de Madagascar. Ce guerrier fuyait devant Badama I^, roi de la puissante tribu des Eovas, ^ui^depnis plusieurs annéesdéjà^avait entrepris de sou-

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mettre à ses armes la grande tle malgache. Adriam* Sonly demandait Thospitalitë pour loi et quelques milliers de soldats ou de sujets qui raccompagnaient. Or Baana-Kambo lui-même était en guerre avec les sultans d'Anjouan et d'Angazija. U accueillit donc avec plaisir Adrîam-Souly et ses soldats^ qui constituaient un renfort inattendu, donna à ce prince sa fille en mariage, et à celle-ci la moitié de son île pour dot.

Mais, trois ans plus tard, effrayé des menaces de Radama I%qai exigeait que 1 ancien chef du Boeni lui fût livré, Baana Kambo consent à détruire son propre ouvrage, et se résout à chasser Adriam-Souly de ses Etats. Il était trop tard. Reconnaissant mal Thospitalité qui lui avait été si généreusement accordée, ce dernier s'était créé un grand nombre de partisans : au lieu d'obéir, il se met à la tête des siens, inflige à son beau-père des défaites réitérées, le contraint à prendre la fuite, et, en 1839, se fait nommer sultan de nie en son lieu et place.

Comme tous les souverains qui s'imposent par la force, le nouveau roi eut bientôt à compter avec ses sujets. Les révoltes se suivaient, difficilement réprimées, et monté sur le faite, Adriam-Souly aspirait à descendre.

Aussi, en 1840, s'empressa-t-il d'entamer des négociations avec M. Jeherine, commandant la corvette française la Prévoyante^ de passage à Mayotte. Il offrait tout simplement de céder son île ; ses prétentions étaient des plus modestes : il demandait que la France lui servît une rente annuelle de cinq mille francs et se changeât de l'éducation de ses enfants. M. Jehenne avait reconnu les mouillages de Tîle ; il

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avait particalièrement remarqué an grand port capa* ble d'offrir an asile sûr à nne escadre tont entière, et Tîle devait constitner pour nous une excellente acquisition. Il se bâta donc de transmettre à Paris les vœux d'Adriam-Soulj, et le gouvernement de Louis-Philippe n^eut garde de laisser échapper une si belle occa* sion de bien faire à bon marché. Le 13 juin 1843, nos troupes d'infanterie de marine prirent solennellement, possession de Majotte au nom de la France.

Quel était le type originaire, quelles étaient le* mœur; primitives de nos nouveaux sujets? Nous allonsles décrire dans toute leur exactitude première ; elles sesont, du reste, moins modifiées qu'on ne pourrait le> croire après quarante ans d'occupation.

Les Malgaches qui habitentia province de Boeni,pa» plus que ceux qui peuplent Mayotte et Nossi-Bé, neparaissent avoir un type particulier. Ces peuples ont été successivement subjugués par les Antakaras, le» Antsianakas,les Hovas, les Arabes Mozanghi, les Sakkalaves, et leurs traits empruntentquelque chose à chacun de ces différents peuples. Chez quelques individu» cependant, et en particulier chez les Antarotes, il est encore possible de retrouver un reflet de la noble £orure de leurs ancêtres les Arabes. Chez les Andevous, au contraire, le type nègre du Mozambique domine. Les seuls qui aient gardé un ensemble pur et original sont les Sakkalaves, qui dédaignèrent toujours de s'allier aux vaincus.

Ils ont la taille svelte et longue, les épaules larges,, et leur teint est généralement couleur café au lait foncé. Le front large et haut se couronne d'une forêt de cheveux crépus sans être laineux; mais la tête se

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rëtrëcît vers Tocciput. Entre les pommettes saillantes brillent des jenx petits maïs fins, et le nez, quoique légèrement épaté, n'est pas volumineux. Les lèvres, un peu épaisses, recouvrent des dents blanches, bien rangées, mais la mâchoire est protubérante. La barbe est rare. Somme toute, le type est plutôt gracieux, et ces hommes sont intelligents. Quand ils sont de race pure, et qu'ils ressemblent au portrait que nous venons de tracer, leurs congénères les appellent Ampitihiy mot qui, dans leur idiome, représente le type accompli delà beauté plastique.

Prenons à sa naissance un enfant Sakkalave, et suivons-le à travers la vie. C'est le meilleur moyen de nous initier aux secrets des mœurs du pays; les lecteurs voudront bien remarquer aussi, chemin faisant, avec quelle simplicité étonnante ces hommes ont résolu plusieurs des graves problèmes sociaux qui nous passionnent aujourd'hui.

Toutes les femmes allaitant leur progéniture, à l'exception de la reine. L'enfant ne reçoit pas un nom aussitôt sa naissance, mais seulement vers l'âge de quatre ou cinq ans, et ce nom fait toujours allusion soit à l'une de ses qualités, soit à une circonstance particulière de son arrivée au monde. Comme c'est quelquefois assez difficile à trouver, il peut rester fort longtemps sans appellation particulière. Il est d'ailleurs libre de changer plus tard celle qu'on lui a donnée, si elle ne lui convient pas.

Six ou sept ans après, lorsque l'enfant est devenu un jeune homme, il est soumis à une cérémonie nouvelle, à la suite de Liquelle il a le droit le porter des armes. C'est alors que commence vraiment son éducation.

Le jeune Sakkalave contracte mariage entre treize et seize ans ; les jeunes filles vers onze ans. Hommes et femmes se montrent très indépendants dans leurs choix : une princesse du sang, par exemple, ne croira pas se mésallier en épousant un homme <lu commun ; celui-ci, il est vrai, ne sera jamais que le mari de la princesse, et pas davantage.

Qaandlejour du mariage est arrivéj'homme envoie chercher sa fiancée au domicile paternel. Parée de ses perles les plus pures, de ses plumes les plus brillantes, elle se rend, accompagnée de toute sa famille^ dans la case du père de son futur, où celui-ci l'attend, entouré aussi de parents et d'amis. Les femmes conduisent la jeune fille dans un coia de la case, où elle s'assied sur une natte. Un proche du jeune homme tue alors une poule, la fait cuire, et, arrachant les pattes, en offre une à chacun des fiancés : si la fiancée mange , la cérémonie est achevée , et l'heureux époux conduit sa femme dans leur nouvelle demeure.

Les Sakkalaves peuvent prendre autant de femmes qu'il leur convient ; quand il a plusieurs épouses^ le mari habite une case particulière.

La femme qui n'aime pas ou n'aime plus son mari peut retourner chez ses parents, et celui-ci ne peut pas la contraindre à venir de nouveau vivre avec lui. Par contre, à moins qu'elle n'ait été formellement répudiée, il lui est interdit de s'engager dans de nouveaux liens. La formule de la répudiation consiste en ces paroles adressées par l'homme à son

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beau-père : « Marie ta fille à un homme de l'est ou de l'ouest, du sud ou du nord, elle n'est plus ma femme ». En pareil cas, le mari peut, à son choix, garder ou renvoyer les enfants.

Chez les Sakkalaves, le principe : Ts paterest quem nuptiœ demonstrant, n*est pas admis. Le mari est libre Je renier ou de reconnaître les enfants.

La première épouse se nomme Vade-Bé. Si le rang du père est supérieur à celui de la mère, c'est du premier que l'enfant héritera ; dans le cas contraire, chez les Sakkalaves couime dans certaines f imilles privilégiées de notre ancienne noblesse , la mère anoblit.

Quand un Sakkalave a rendu le dernier soupir, on le pare de ses plus riches vêtements, on l'expose dans une hutte, sur un lit de branchages, où il res!e jusqu'à ce que, complètement desséché et réduit à l'état de momie, on le dépose dans la case qui lui servira de tombeau. Pendant ce temps^ ses femmes et ses parents gémissent à qui mieux mieux ; mais à peine est-il porté à sa dernière demeure, que les pleurs cessent comme par enchantement : on immole des bœufs, on se livre à de copieuses libations, et la cérémonie funèbre se termine par une immense consommation de bœuf bouilU avec du riz, mets înévitiible dans toutes les réjouissances.

Les princes sont jugés après leur mort, et reçoivent un nom posthume, glorieux ou flétrissant. Celui qu'ils ont porté de leur vivant devient fati (sacré,

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c'est le tapu des Taîtiens), et les personnes qnî avaient la même appellation^ on les objets qae ce nom. représente, sont immédiatement débaptisés.

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