CHANDERNAGOR
La ville de ce nom est située dans le Bengale, par 22° 51' 26''de latitude nord et 86° 9' 15" de longitude est. Elle se trouve à quatre cents lieues de Pondichéry,. et à sept lieues seulement de Calcutta.
Elle est bâtie sur la rive droite de l'Houorlv, l'un des bras du Gange, à trente-cinq lieues de son embouchure. Le fleuve décrit à cet endroit une courbe gracieuse, et c'est au fond de l'anse que s'élève Chandernagor. Sur ses bords, et le long d'une promenade ombragée, on admire une assez longue rangée de coquettes maisons, dont la belle apparence extérieure laisse supposer une prospérité qui est bien loin d'exister.
Environnée de bois et d'étangs, Chandernagor jouit d'un climat très doux; malheureusement les pluies
<jui commencent en mars et avril, deviennent continues en juin, et torrentielles an mois d'août. De pins, des cycloncsy exercent de temps à autre leurs ravages, deux de 1854 et de 18G9 ont détruit une partie de la ville.
Malgré sa belle position et ses environs pittoresques, cllo est triste et pauvre, car le commerce et rindustrio y sont :i peu près morts. L'Hougly peut ^tro remonte en toute saison, jusqu'au-dessus de Ohanderna^or, par les bateaux à vapeur, car ils y trouvent une hauteur d'eau constante de huit mètres environ; mais leur nombre est bien peu considérable: t^ue viendraient-ils faire là ? Quand les Anglais ont <;on.struit la voie lorrce de Calcutta à Delhi, ils ont oiFcrtà hi France non seulement de la faire passer par Chandernagor, mais encore de construire dans notre «îiablisscmcnt des théatres,des maisons de jeux, etc.... de telle façon qu'il serait devenu la ville de plaisap.ce -do la grande cite indo-anglaîse. C était la résurrection <ît la richesse pour Chandernagor. Comme compensation, il est vrai, les Anglais demandaient la cession •des terrains nécessaires à l'établissement de la voie •et a la construction de la gare. L'administration fran- •çaise suscita tant de difficultés, éleva des prétentions tellement exagérées, que les Anglais finirent par icviter soigneusement notre colonie dans leur tracé, •ci que la gare se trouve à plusieurs kilomètres de la ^ille restée aussi triste que par le passé.
Il y a à Chandernagor un collège confié à la dîirection des Frères du Saint-Esprit.
Son tribunal de première instance, composé d'un juge président, d'un procureur et d'un greffier, juge
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE l'iNDB. 343
par an 157 afTaires civiles, 20 affiiires commerciales^ et 60 affaires correctionnelles.
LOGES DU BEKGALV.
Balassore, Dacca, Cassimbazar, Paihna et Jongdia consistent chacane en un pavillon entouré d'un petit territoire habité par quelques Indiens, sur lesquels nous avons droit de juridiction civile et criminelle. Ces loges sont au cœur des villes anglaises du même nom, toutes dans le Bengale.
Ce serait peut-être, à propos de celte région, le lieu de parler de la chasse. Nous no traiterons pourtant pas cette question, car elle nous ferait sortir de l'Inde française, seul objet de cette étude. C'est qu'en effet le gros gibier et les grands fauves sont extrômcmcnt rares, pour ne pas dire inconnus dans nos districts. Quant au gibier ordinaire, il est fort abondant, à la vérité, et facile à tuer ; cependant , nos compatriotes le poursuivent peu à cause de la chaleur et des insolations : les coups de soleil de l'Inde sont tout aussi mortels que les piqûres de ses reptiles.
Il est évident que toutes les loges précédemment énumérées ne méritent d'être citées que pour mémoire. Encore, sauf Calicutet Mazulipatam, elles sont presque toujours louées aux Anglais pour de très modiques redevances.
Somme toute,nous possédons dans l'Inde cinq villes présentant, avec les territoires qui en dépendent, 60,000 hectares environ de superficie^ et un peu plas de 300,000 habitant».
Nous n'y sommes, comme on le voît, ni riches nî puissants. Cet aveu sera mieux compris encore quand nous aurons complété les détails déjà fournis sur l'industrie dans le courant de cette étude^ et quand nous l'aurons toriuinéopar un apôrçtf général, avec quelques oliifiVes sfatistiques sur la navigation et le commerce.
L'induiririoa tout naturellement son centre le plus nciif à Pondicliéry; nous nous sommes déjà étendus sur ce sujet, nous n'y reviendrons pas. Nous avons sî<rnalc aus.ii le chantier de construction de Karikal : ajoutons qu'on y fabrique les mêmes étoffes qu'à Pondicliory, mais en moins grande quantité, et qu'on y trouve encore plusieurs huileries, deux teintureries, une savonnerie et une indigoterie.
A Chandernagor, Mahé et Yanaon, l'industrie des tisserands était autrefois très prospère ; mais aujourd'hui sa décadence est presque complète, parce que nous sommes obligés de demander les matières premières à nos excellents voisins les Anglais, et qu'ils ont bien soin de les frapper de droits de sortie très élevés.
Mieux encore : la fabrication du sel,quî était autrefois très active dans nos établissements, y a été interdite depuis la convention passée avec l'Angleterre le 13 mai 1818. — Tel est le bilan de l'industrie.
Quant à la navigation, les relations avec la France et les colonies françaises sont encore réservées aux bâtiments français. Mais il a bien fallu admettre les navires étrangers à faire le commerce dans nos établissements, sous peine de le voir disparaître presque entièrementi On a cru devoir frapper les navires de tous pavillons des droits ci-après :
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L'iNDE. 345
Par tuiHicau :
Droits de tonnage et de manifeste à Pondichéry,Karikal et Mahé,qnand
le navire opère » 20
Droits de phare. ..... o » 15
Droits sanitaires ^ ]s> 02
Droits de présence par jour. ... 1 20
Toutefois, les droits sanitaires n'existent pas pour les bâtiments venant de Madras ou de Karikal et des points intermédiaires situés entre ces deux villes.
Le conseil général de l'Inde statue sur toutes les taxes et contributions, à l'exception des tarifs de douane^ qui sont réglés par décret. A proprement parler, il n'existe pas de droits de douane, car il serait impossible d'empêcher la fraude dans nos établissements tout à fait enclavés au milieu des possessions anglaises. Cependant on perçoit des droits d'entrée sur les spiritueux extraits du cocotier^ du palmier^ de la canne à sucre et du riz, ainsi que sur le tabac et le bétel. Quant au sel, son introduction est absolument interdite.
En 1880, l'inde française a importjè :
De France. . . . l,200,000fr.demarchandîses Des colonies françaises 488,000 » m
De l'étranger. . .
Elle a exportié :
Pour la France . .
:» l'étranger • .
346 NOS PETITES COLOKIES.
Tont cela n*est ni brillant, ni consolant^ quand on soncre que nous avons possédé le tiers et plus de rilindoustan etque nous y avons gouverné trente-cinq millions de sujets hindous! Enfin quels regrets ne doîton pas concevoir quand on constate que les Anglais ont obtenu les magnifiques résultats dont ils bénéficient actuellement par Tobservation pure et simple de la politique dont l'infortuné Dupleix fat le créateur et la victime I Aujourd'hui notre rôle politique est à jamais terminé dans la péninsule indienne, et nous avons constaté que nos établissements végètent au triple point de vue agricole, industriel et commercial. Que nous reste-t-il donc ? une vague espérance que Pondichéry verra son importance s'accroître considérablement dans l'avenir, puisqu'olle est devenue une des stations de la ligne de paquebots qui relie Marseille au Japon et à la Chine par le canal de Suez.
.^>-o<Zxy^'
BIBLIOGRAPHIE
E. Terry. Histoire philosophique et politique des éta
blissements et du commerce des Européens dans le%
Indes. (6 vol. in-16, Paris, 1778.) Charpentier. Histoire de la Compagnie française pour
le commerce des Indes Orientales (1666).
La Bourdonnais. Mémoires recueillis par son pclil'fiH
Barchou de Penhœn. Histoire de la domination an- - glaise dans les Indes (1841).
DE Saint-Priest. La perte des Indes sous Louis XV
(Revue des Deux-Mondes 1845).
de Lanoye. L'Inde contemporaine (1858).
DE Warren. L'Inde anglaise en 1843, 4844 (2® éditioiv
Roux. Le Bailli de Suffren dans VInde (1862). BOHAN. Voyage dans les Indes Orientales (1866). Grandidier. Voyage dans l'Inde Méridionale (Tour du
Monde 1869).
TiBULLE Hamont. Histoire de Dupleix {Paris, in-8°, 1881,
Pion et &).
M™° DE L. Documents inédits, Anquetil-Duperron. L'Inde en rapport avec VEurope,
Paris, an VI (1798, 2 vol. in-8°;.
M. Williams. Modem India and the Indians (Londres,
1878, in-80).
Sir Richard Temple, /ndia in 1880 (Londres, 4880,
in-8°).
Elisée Reglus. L'Inde et VIndo-Chine.