‹ Nos petites coloniesChapitre 29 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

KarikaL — Yanaon. — Mazalipatam. — Mahé. — Calicut.— Surate. — Chandernagor. — Loges du Bengale. — Coup d'œil général. — Conclusion,

Nos établissements de l'Inde se composent de fractions de territoires isolées les unes des antres. Nous connaissons déjà Pondîchéry et ses différents districts, étudions maintenant nos autres comptofrs, sur lesquels nous n'avons malheureusement pas une aussi grande abondance de détails intéressants.

KABIKÂL.

Cette ville et son territoire sont situés, comme Pondichéry, sur la côte de Coromandel, mais dans la province de Tamjaour, et par 10° 55' de latitude nord, et 77° 24' de longitude est. Elle se trouve à 104 kilomètres au sud du chef-lieu.

La ville s'élève à un mille et demi de l'embouchure de YArselar, affluent du Oavery, dont le cours est de seize lieues. Elle présente à peu près le même aspect général que Pondichéry, mais en beaucoup plus petit. Son port, que signale de dix milles environ un phare à feu fixe, haut de dix mètres, élevé à l'entrée de lu rivière, est assez assidûment fréquenté, du moins pendant la saison des pluies, époque à laquelle l'Arselar est navigable jusque-là. Pendant la saison sèche, une longue barre de sable obstrue son embouchure, et d'ailleurs on ne peut charger à Kari-

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kal que des navires d'un faible tirant d'eau, car la profondeur de la rivière est diminuée, à toute époque, par les terres d'alluvion qu'elle charrie sans cesse.

Le climat et la température sont à peu près les mêmes qu'à Pondichéry.

Le territoire de Karikal comprend cinq districts ou maganoms : Karikal, Tirnoular, Nellayendour, Nedouncadou et Cotchéry. Ils renferment entre eux cent sept aidées.

Ce territoire est habité ^nrdeux cent dix-sept Européens et quatre-vingt douze mille trois cents Indiens. Le conseil local se compose de huit membres, et le conseil général de trois membres européens et trois membres indigènes.

Un tribunal de première instance a été institué à Karikal depuis 1827. Il comprend un juge président, un lieutenant déjuge un procureur de la République et un greffier. Voici la statistique des affaires jugées en 1882 :

Affaires civiles 415

— commerciales ..... 65 ^ correctionnelles. . . . . 146

Le territoire de Karikal ne représente qu'une superficie de 13,515 hectares ; mais il se trouve d'une très grande richesse de production, fertilisé qu'il est par des inondations périodiques rappelant de loin celles du Nil, produites par le débordement duCavery et do ses affluents au nombre de six. Ces irrigations sont encore complétées par quatorze canaux principaux avec leurs ramifications. Les terres, parfaitement cultivées, produisent surtout du riz en abondance.

Ici, les terres de chaque aidée sont en général des propriétés indivises e:cpIoitées diaprés un mode spécial par les possesseurs communs. Ces propriétaires fonciers ou miraadara paient au gouv.ernement la redevance des terres, et ils emploient pour les cultiver des sous-habitants qui ont droit, comme salaire, à une part déterminée dans le produit des récoltes. Ces sous-habitants ont, à leur tour, sous leur dépendance une classe de travailleurs nommés panéah.

L'industrie est assez développée dans le territoire de Karikal. Elle s'applique principalement aux toiles gulnées, que nous connaissons déjà.

Signalons encore un chantier de construction, non seulement pour les caboteurs, mais aussi pour les gros navires ; sur ce point le mouvement commercial est assez animé. — En 1882, les droite sur le sel, le tabac, etc.. ont produit 96,000 f;-. de recettes.

Il y a à Karikalj comme à Pondichéry, un agent d'émi^rration.

VANAON.

Le comptoir de Yanaon est situé dans la province de Golconde, par IG" 43' de latitude nord et 80^ 5' dii longitude est, à 140 lieues de Pondichéry.

La ville est bâtie au point où le Godavery divise ses eaux, et forme cet affluent qui prend le nom de rivière de Coringuy. C'est la seule possession actuelle qui rappelle Tan tique domination de la France dans ces fameuses provinces des Circars, jadis conquises par l'intrépide Bussy.

Le territoire, de 1,429 hectares, s'étend entre le

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fleuve et la rivière, sur une longueur de près de trois lieues et une largeur qui varie de trois cent cinquante mètres à trois kilomètres. Yanaon et son territoire ne comptent pas plus de sept mille habitants. Malgré ce nombre très restreint , le sol , d'une grande fertilité , donne toutes les productions que nous avons signalées d'une façon générale pour Tlnde entière. De plus, jusqu'en 1839 le commerce y fut assez actif; mais, à cette époq^ue, un terrible cyclone détruisit la ville, qui ne s'est jamais complètement relevée de ses ruines, fit un nombre considérable de victimes et infecta la région de miasmes délétères.

Le Godavery, dont l'embouchure est presque toujours obstruée par des bancs de sable, se jette dans la mer, à quatre lieues au sud-est de Yanaon.

Le conseil local n'a que quatre membres. Un tribunal de première instance y juge en moyenne par an vingt-huit affaires civiles et quatorze affaires correctionnelles.

HAZULIPATAM.

A cent dix lieuçs au sud de Yanaon, se trouve Mazulipatam, ville anglaise depuis 1769. Elle eit située dans la province des Circars septentrionaux, par 16^ 10' de latitude nord et 78" 48' de longitude est.

Nous y possédons une loge, c'est-à-dire un petit comptoir pour la vente des marchandises, avec le droit d'y faire flotter notre pavillon, une aidée nommée Francepett (pett, village), et deux terrains habités par deux cents Indiens environ, dépendant de la loge française de Mazulipatam^ qui relève elle-même

de Yanaon. Par une convention conclue avec l'Angleterre le 31 mars 1853, nous avons abandonné le droit de vente et de fabrication des spiritueux dans cette loge, et de ce chef les Anglais nous paient annuellement une somme de 3,500 roupies^ soit 8,500 fr.

Le comptoir de Mahé est situé sur la côte du Ma* labar, par 11« 42' 8" de latitude nord et 73" 12' 23" de ' longitude est.

La ville, distante de Pondichéry d'une centaine de lieues, est bâtie près de l'embouchure et sur la rive gauche du cours d'eau dont elle a pris le nom. Un pont la relie à l'autre bord.

A proprement parler, ce n'est pas une ville, c'est un jardin touffu où l'on a construit des maisons. Les habitations européennes, qu'ombragent les bananiers et les lataniers, n'ont qu'un seul étage, mais sont propres et môme coquettes ; les huttes en paille sont au contraire d'une saleté repoussante, et avec les indigènes y cohabite une variété considérable de vermine.

La rivière de Mahé est navigable jusqu'à une distance de trois lieues dans l'intérieur, pour les bateaux de 60 à 70 tonneaux ; mais son entrée est fermée par une barre de rochers quo Ton ne peut franchir qu'à marée haute.

A Mahé, le climat est plus salubre qu'ailleurs, malgré les rizières environnantes, parce que la ville est presque toujours balayée par un vent assez fort ; la température y varie de 22"" à âO^

ETABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L'iNDE. ÔM

Los amsôaes (villages, mot spécial à Mahé) qui ont été rétrocédées à la Franc» portent les noms de Pandakel, Chambaro, Palour^ et Chalakara. Elles sont à quelque distance de la vili >, mais reliées entre elles et à Mahé par une rouie et par plusieurs che mins bien entretenus.

La superficie totale Ju territoire est de cinq mijle neuf cent neuf hectares habités par nué population de sept mille individus, parmi lesquels on ne compte guère plus d'une vingtaine de blancs.

Le conseil local a quatre membres, comme celui de Yanaon.

Le commerce est peu important dans ce comptoir; la principale industrie est le tissage.

La terre est sablonneuse. Sur le bord des rivières^ où il est facile de produire des inondations artificielles, les indigènes s'adonnent à la culture du riz, et dans l'intérieur ils consacrent tous leurs soins aux cocotiers.

. lyiahé pourrait à bon droit s'appeler le pays du cocotier.- Les indigènes tirent de cet arbre précieux absolument tout ce dont ils ont besoin : le fil qu'ils fabriquent Avec ses fibres sert à coudre leurs vêtements ou leurs embarcations; son bois les aide à construire leurs cases, et ses feuilles desséchées en forment la toiture. Ses fruits, remplis d'une crème végétale et d'une éàii délicieuse, leur procurent une nourriture et une boisson des plus agréables. Les noix sèches décortiquées portent le nom de coprah. On tire du coprah une huile excellente, qui sert aussi bien à la préparation des aliments qu'à l'éclairage.

Le callou est un jus extrait des spaths du coco-

tior, et Yarrack, une liqueur fermentée distillée avec le •callon.

îjarrack-patte est une liqueur distillée avec les jagres «t l'écorce de Vacacia leucocephalea.

Mahé est placé spécialement sous la protection de sainte Thérèse et de saint Sébastien ; nous n^avons pu, malgré nos recherches, savoir pourquoi. Ce dernier saint a la réputation de protéger contre les épidémies, aussi reçoit-il fréquemment des délégations et des processions d'indigènes.

Nous ne quitterons pas ce comptoir sans signaler un mode de locomotion qui ne lui est pas particulier, il «st vrai, mais qu*on y emploie pius fréquemment qu'ailleurs.

Nous voulons parler des chariots trai nés par

des bœufs. Ceux-ci sont loin d'avoir — heureusement pour le voyageur — l'allure lente et majestueuse do ceux dont parle Boileau. Leur conducteur, du reste, ne les laisse guère en repos; il est assis sur un des brancards du chariot, et on le voit fréquemment se pencher avec vivacité vers la partie postérieure de «on attelage, qui prend aussitôt une allure plus vive. Qu*adonc fait l'Indien ? Il a tout simplement mordu irès fort la queue de ses bœufs.

LOGE DE OALIOUT,

Toujours sur la côte de Malabar, à 13 lieues au «ud-sud-est de Mahé, se trouve la ville anglaise de Calicut, où nous possédons une loge qui a pour hôte «mique le concierge chargé de garder le pavillon.

LOGBDB SUBATB.

Nous avons une petite factorerie dans la ville anglaise de ce nom, située dans le Goudjerate, par 21° 22* de latitude nord et 76° 46' de longitude est, à 55 lieues au nord de Bombay. Un agent français y avait étë établi en 1819; mais il mourut quatre ans après, et on ne l'a jamais remplacé. Depuis 1823^ la France est représentée à Surate par un simple gardien.

Le jardin et les bâtiments qui dépendent de la loge sont loués 2,000 fr.

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