‹ Nos petites coloniesChapitre 6 sur 44 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Occupation française. — Les traités. — Aspect général. — Topo-graphie. — Rivières.

Lorsqu*en 1841 M. Bouet-Villaumez, lieutenant do vaisseau, recevait do Louis- Philippe la mission de négocier avec les chefs indigènes, Denj's et Louis, la cession à la France de Tcstuaire du Gabon et du terri* toire environnant, il est certain que le gouvernement n'avait pas en vue la création d'une colonie agricole , et qu'il ne recherchait, dans la possession de ce point de la côte, qu'un port sûr où il pût établir une station maritime importante, et peut-être un centre commercial.

En effet, bien que les ilôts de la baie et le pays qui s'étendait au loin offrissent l'aspect d'une végétation luxuriante, d'un sol fertile, abondamment arrosé par de nombreuses rivières, il était facile de supposer que Ton n'amènerait jamais la population indigène, indolente et molle, à s'astreindre aux durs travaux de la terre ,

OJ KOS PETITES COLOXinS.

et qu'il serait impossible de transformer en agriculteurs ces peuplades à demi nomades. Le seul parti que l'on pouvait espérer en tirer était de s'en servir comme intermédiaires dans nos relations commerciales avec les tribus de l'intérieur.

Quant à cultiver eux-mêmes, les Européens n'y pouvaient songer, pas un n'eût pu sopporter lo rude labeur du défrichement à douze lieues à peine de réquateur, sous un climat torride et débilitant.

Un autre obstacle s'opposait, et s'oppose encore aujourd'hui à toute idée de véritable colonisation ; cet obstacle, c'est, malgré l'augmentation de notre territoire, le peu de terres cultivables dont le gouvernement pourrait disposer en faveur des émigrants cultivateurs. En effet, le pays sur lequel s'étend notre souVeraineté se divise en trois parties:

1® Les terrains domaniaux, qui ne comprennent qu'une petite étendue de terres réservées pour l'exécution des travaux de défense ; et une zone de six cents mètres de profondeur, située entre le fort d'Aumale etj la « Pointe Fétiche v. Cette dernière partie, qui représente environ cent trente-cinq hectares de superficie, est presque entièrement occupée par les constructions du gouvernement, et ne peut fournir de terrains à concéder.

2° Les propriétés particulières et les terres appartenant aux indigènes. Pour ces dernières, que l'on né peut exproprier et qu'il faudrait acheter, le gouvernement n'a pas voté de fonds.

3° La partie appelée terrains vagues. Celle-là, qui est la seule disponible, ne réunit pas les conditions nécessaires à la culture.

H est donc impossible d'accorder des concessions^ gratuite* ou autres, à moins que ce ne soit dans l'intérieur du pays ; de sorte que les Européens qui voudraient s'établir au Gabon seraient obligés d'acheter des terres aux indigènes. Il est vrai que ceux-cî n'attachent qu'une valeur minime à la propriété foncière, et qu'ils acceptent en paiement des marchandiseft^ européennes, ce qui en diminue encore le pris: ; mais enfin le colon, au lieu d'arriver pour défricher un terrain concédé, doit commencer par s'en rendre acquéreur. Of comprend que cet état de choses n'est pas fait pour attirer l'émigration vers notre colonie da Gabon.

Mais, ainsi que nous le disions plus haut, tel n'était pas le but du gouvernement.

La France venait de conclure avec l'Angleterre un traité pour l'abolition de l'esclavage, dont le foyer lo^ plus . actif se trouvait sur cette côte occidentale d'Afrique.

Fidèle aux engagements qu'il avait pris, notre pa} * entretenait dans ces parages une flotte de vingt-six navires chargés de donner la chasse aux négriers. Cesbâtiments, bricks et goélettes pour la plupart, destine* à remonter le cours des rivières, étaient d'un petit tonnage et d'un faible tirant d'eau. Ils embarquaient pea de vivres et étaient, par conséquent, obligés à de fréquents ravitaillements. La création d'une station navale sur ce point s'imposait donc comme une nécessite , et l'on désirait ardemment acquérir un port sûr oii, après avoir franchi les huit cents lieues qui séparent l'île de Gorée du Gabon , nos vaisseaux pussent trouver un centre de ralliement et des entre-

pots abondamment fournis de vivres et de munitions.

Le but fut atteint^ et la colonie a bien rendu, au moins pendant les premières années de notre occupation, tous les services qu'on en attendait.

Nous n'avions du reste pas été les premiers Euro péens que la situation exceptionnelle du Gabon eû^ engagés à s'y établir. Vers lo milieu du xvin' siècle, des Portugais, croyant trouver l'or en abondance dans cette région, pénétrèrent dans l'estuaire du Gabon et s'installèrent dans l'île Coniquet, à l'embouchure du Como; elle leur offrait une position parfaitement à l'abri des attaques possibles des indigènes. De là, toujours à la recherche du précieux métal, ces hardis explorateurs s'avancèrent dans l'intérieur, remontèrent, une partie du cours du Como et nommèrent montagne de Cristal la chaîne où ce fleuve prend sa source. Quelques auteurs accusent les Portugais d'avoir j)rofité de leur séjour au Gabon pour y faire la traite des noirs, et d'avoir laissé dans la mémoire des populations un triste souvenir de leur passage. Quoi qu'il en soit, leurs recherches ne donnant pas les résultats qu'ils en attendaient, les Portugais se retirèrent et allèrent rejoindre à Cap Coast des compatriotes plus heureux.

Depuis cette époque jusqu'en 1841, cette côte ne semble pas avoir été visitée. Lorsque M. Bouet- Yillaumez se présenta pour entamer les négociations avec les chefs indigènes, il reçut d'eux un accueil favorable.

Grâce à l'habileté de l'officier français, le chef Louis signait, le 18 mars de la même année, le traité qui

nons concédait une partîe du territoire situé sur la rive droite du Gabon.

Le 18 juin 1843, une expédition, partie un mois auparavant de Gorée, prenait possession de notre nouvelle colonie.

Cette expédition se composait du Zèbre, commandé par M. de Montléon; de VEglantine^ capitaine Jance, et d'un navire de commerce chargé du matériel. M. GuîUemain, capitaine d'infanterie de marine, commandant la garnison, accompagnait la petite armée d'occupation.

L'année suivante, aux mois d'avril et de juillet, de nouveaux traités passés avec les principaux chefs des tribus occupant les deux rives du Gabon nous assuraient la souveraineté de toutes les terres, îles ou presqu'îles baignées par les affluents du Gabon.

En 1849, on créait Libreville sur \e Plateau , oii s'élevaient déjà les magasins de l'Etat ; le nouveau village était peuplé avec un chargement de noirs enlevés au négrier VElizia et rendus à la liberté.

Quelques années plus tard, le 1^' juin 1862, notre colonie s'augmentait du territoire du cap Lopez ; plus récemment encore, les chefs de Sangatang et d'Isambey, anciens foyers de traite, reconnaissaient notre suprématie, et leur exemple était bientôt suivi par ceux de la rivière Danger et des îles Elobey, au nord du Gabon.

Aujourd'hui, notre colonie, située à 30' de l'équateur, par 7® de longitude est, s'étend entre le fleuve Moundah ou Mondah au nord, et l'Ogooué au sud ; elle comprend l'estuaire du Gabon.

C'est une baie magnifique, de vingt-trois milles de

profondeur et large environ de huît à dix milles dans sa partie moyenne, qui peut donner asile à une flotte tout entière, et au milieu de laquelle surgissent quel- <jues îlots.

Plusieurs rivières se jettent dans cette baie. Les plus importantes sont le Oomo,qui prend sa source aux jnontagnes de Cristal, coule du nord au sud, et, après avoir reçu les eaux du Boghoe, se jette dans le Gabon, un peu au-dessus de la rivière Bhamboe. Oelle-ci, qui, suivant le tracé fourni par Serval en 1862, prend sa source non loin de l'Ogooué, vient se •déverser dans l'estuaire, au point nommé Chinchiva, -centre commercial de toute cette partie du pays.

D'autres cours d'eau traversent encore notre possession. Ce sont au nord : le Mondah, qui se jette dans rOcéan, au cap Estérîas;la rivière Danger, qui, avec le Como partant d'un même point, forme un angle dont les monts de Cristal sont le sommet.

Enfin au sud, l'Ogooué, qui débouche par deux bras auprès du cap Lopez, et dont nous étudierons le cours «n indiquant les principales explorations tentées pour pénétrer par cette voie dans l'intérieur.

Lorsque l'on vient du large et qu'on entre dans la rade, on aperçoit sur la rive droite le mont Bouet, ainsi nommé en mémoire du fondateur de la colonie. Au pied de la hauteur, une maison en briques rouges tranche sur le fond de verdure sombre qui couvre le rivage : c'est la mission catholique. Un peu plus loin, quelques cases de bois, puis deux maisons blanches carrées: c'est Libreville, ou Plateau, puis le siège du gouvernement, et l'hôpital. Plus au fond, on peut distinguer dans le lointain, sur la plage, les doinoores

de GlasSj oh sont les principaux établissements de commerce anglais, allemands et américains ; puis sur une éminence la mission américaine et Prince Gloês, le village des noirs.

Autour de la rade, d'énormes touffes de palétuviers trahissent la présence de terrains marécageux; plus loin, croît une végétation abondante, que dominent d'immenses fromagers et de grands spatbodéas, connus sous le nom de tulipiers du Gabon, qui se couvrent deux fois par an d'une abondante moisson de fleurs oran orées.

Enfin, au dernier plan, l'Ue aux Perroquets et l'île Coniquet, qui surgissent de l'eau comme d'énormes bouquets de verdure, ferment le coup d'œil de la rade et cachent l'embouchure du Como et du Rhamboe. A l'horizon ondulent les premières li^n^s de montagnes du continent africain, dont les teintes, s'a&iblissant par degrés, se fondent et s'évanouissent dans le bleu intense du ciel.

Tout cela donne à cette baie un aspect qui séduirait, s'il était plus animé. Cette rade profonde et si belle manque de mouvement ; on n'y voit que le stationnaire de la division, un petit nombre de navires anglais ou américains et, plus rares encore, quelques navires français ou quelques goélettes chargées de remonter le cours des rivières.

Tel est notre établissement du Gabon, fondé pour servir d'appui à notre marine de guerre, et peut-être pour favoriser les essais d'un commerce qui a prospéré assez bien entre les mains des Anglais et des Américains, mais qui, entre les nôtres, est resté timide

gg: KOS PETITES COLOïTIESv

OU malheureux. Ce n'est pas la faute du gouverne ment qui l'a créé, si le but militaire seul a été rempli et si notre pavillon n'a eu à protéger que de» intérêt» étrangers»

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